{"id":10021,"date":"2017-10-19T20:00:47","date_gmt":"2017-10-19T18:00:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10021"},"modified":"2017-10-19T20:00:47","modified_gmt":"2017-10-19T18:00:47","slug":"les-damnes-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10021","title":{"rendered":"Les Damn\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/les-damnes-17-18\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Du 29 septembre au 10 d\u00e9cembre 2017, Ivo van Hove pr\u00e9sente la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <i>Les Damn\u00e9s<\/i>, interpr\u00e9t\u00e9e par la troupe de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise dans la salle Richelieu, place Colette. Une adaptation du film r\u00e9alis\u00e9 par Luchino Visconti, l\u2019un des grands noms du XXe si\u00e8cle, qui lui vaut l\u2019Oscar du meilleur sc\u00e9nario 1969.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un sol orange vif s\u2019\u00e9tend au milieu de la sc\u00e8ne, le feu de la sid\u00e9rurgie, la tourmente, des ambitions, des obsessions, des passions, qui entra\u00eenent l\u2019une des familles les plus importantes d\u2019Allemagne dans la folie. L\u2019intrigue est men\u00e9e par un couple d\u2019amants, Friedrich Bruckman (Guillaume Gallienne) et sa ma\u00eetresse Sophie von Essenbeck (Elsa Lepoivre) proches des SS, ils organisent un complot pour s\u2019emparer des usines familiales. Mais tr\u00e8s vite, cette id\u00e9e les pousse dans leurs failles les plus dangereuses, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit trop tard : leurs revendications politiques les opposent aux membres de leur famille, Konstantin von Essenbeck, SA interpr\u00e9t\u00e9 par Denis Podalyd\u00e8s, et Herbert Thallman (S\u00e9bastien Pouderoux) qui lutte contre le national-socialisme. Ces conflits familiaux refl\u00e8tent ceux qui divisent l\u2019opinion publique dans une Allemagne en crise, vivant ses heures les plus sombres. L\u2019ascension politique, la fortune, la r\u00e9ussite et les complots m\u00e8nent le pays et la famille von Essenbeck dans un terrible engrenage \u00e0 la fois psychologique et moral. Un dangereux \u00e9quilibre entre revendications politiques, jalousies et jeux de r\u00f4les qui tueront presque la totalit\u00e9 des puissants membres de la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce dure plus de deux heures, sans entracte, le rythme est soutenu et intense. La sc\u00e8ne est toujours occup\u00e9e, sur le praticable, ou bien sur les cot\u00e9s o\u00f9 tr\u00f4nent des lits, l\u2019inceste, des tables \u00e9quip\u00e9es de miroirs, la transformation et des cercueils, la mort. Les com\u00e9diens sont film\u00e9s, et pr\u00e9sent\u00e9s sur grand \u00e9cran dans les moments les plus forts, ce qui permet aux spectateurs de rentrer dans leur intimit\u00e9, au moment o\u00f9 l\u2019Histoire les broie et ne laisse plus aucune place \u00e0 l\u2019individualisme. Les cam\u00e9ras suivent les com\u00e9diens et \u00e9tendent l\u2019espace de la repr\u00e9sentation au del\u00e0 de la sc\u00e8ne, dans les couloirs de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, dans le public et jusque dans la rue. Des fois, des images d\u2019archives sont projet\u00e9es afin de suivre les rebondissements et la chronologie qui \u00e9volue en fonction des \u00e9v\u00e9nements historiques, l\u2019incendie du Reichtag, la nuit des Longs Couteaux, Dachau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les costumes sont soign\u00e9s, brillants, les femmes sont en robes longues, les hommes en costumes. Quelques fois, les com\u00e9diens se mettent \u00e0 nu, pla\u00e7ant les spectateurs au coeur de leur intimit\u00e9 et de leurs cauchemars. Les lumi\u00e8res sont vibrantes, vives, la sc\u00e8ne prend des allures de bain de sang lors des nuits de fin juin 1934, c\u2019est \u00e0 partir de ce moment que le sol est recouvert de noir, une fracture, la famille plonge alors dans la terreur. D\u2019ailleurs les com\u00e9diens sont \u00e0 fleur de peau, les \u00e9motions explosent, ils crient, s\u2019entrechoquent, s\u2019entretuent, s\u2019embrassent, se battent et se d\u00e9battent au fil des \u00e9v\u00e9nements historiques, des positions politiques. Les liens qui les unissent sont parfois attendrissants, souvent malsains, ils se d\u00e9testent, s\u2019aiment mal, ces troubles les m\u00e8nent aux portes de la folie et de la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les spectateurs sont quelquefois film\u00e9s et projet\u00e9s sur grand \u00e9cran au cours de la repr\u00e9sentation. Les cris des personnages, le sang, le sexe, l\u2019inceste, la nudit\u00e9, l\u2019amour les g\u00eanent, les inqui\u00e8tent et parfois les \u00e9meut. Les sc\u00e8nes sont longues, pesantes, belles et sombres, elles mettent les spectateurs face au danger, \u00e0 la violence et \u00e0 la mort. La salle est vivante et tisse des liens intimes avec les personnages au fil de la pi\u00e8ce, de l\u2019instauration du r\u00e9gime nazi, des \u00e9v\u00e9nements et des disputes, de l\u2019amour et des meurtres. Le spectateur est plong\u00e9 au coeur de l\u2019histoire de l\u2019un des plus puissants pays d\u2019Europe, d\u2019une famille des plus importante d\u2019Allemagne et des passions les plus intenses. De ce fait, il est sensibilis\u00e9, choqu\u00e9 et tourment\u00e9 par l\u2019histoire d\u2019un pays qui pourrait \u00eatre le sien, et d\u2019une famille aux apparences normales \u00e0 laquelle il est facile de s\u2019identifier.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Rosa Vecchione<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Entr\u00e9s dans le th\u00e9\u00e2tre, nous ne savions pas exactement ce que nous allions voir. Le livret remis par l&rsquo;ouvreuse dit que la trag\u00e9die\u00a0<i>Les Damn\u00e9s <\/i>\u00e9tait d&rsquo;abord un film du r\u00e9alisateur Visconti dont le sc\u00e9nario sert de base au metteur en sc\u00e8ne Ivo van Hove. La troupe de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise allait nous montrer une riche famille d&rsquo;industriels pendant la prise de pouvoir des nazis dans l&rsquo;Allemagne de 1933. Nous allions assister \u00e0 un long cauchemar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;abord, saluons l&rsquo;intelligence de la pi\u00e8ce, sa technicit\u00e9, sa ma\u00eetrise. Toute critique viendrait se heurter \u00e0 cette intelligence. Par exemple, quiconque serait r\u00e9pugn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cran, au centre de la sc\u00e8ne, entendrait que l&rsquo;\u00e9cran a <i>significativement <\/i>sa\u00a0place. En effet, l&rsquo;\u0153il est fascin\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cran comme le fid\u00e8le par l&rsquo;image. C&rsquo;est sens\u00e9. Cependant, les diff\u00e9rents usages de la cam\u00e9ra, utiles pour appuyer le propos, demeurent un obstacle pour l&rsquo;atteindre sensiblement. Il est possible que le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma n&rsquo;aient rien \u00e0 se dire, tant leurs syst\u00e8mes sont radicalement diff\u00e9rents. De fait, la pr\u00e9sence des cam\u00e9ramans sur sc\u00e8ne ne peut \u00eatre ignor\u00e9e : ils deviennent des personnages-objets. Cette ambigu\u00eft\u00e9 des techniciens \u00e0 la fois objet, en ce qu&rsquo;ils sont pos\u00e9s l\u00e0, et \u00e0 la fois personnage, en ce qu&rsquo;ils parlent par le code cin\u00e9matographique, cr\u00e9e rapidement une distance entre le spectateur ennuy\u00e9 et la pi\u00e8ce. Donc, la parole de l&rsquo;\u00e9cran (un \u00ab\u00a0Deum est machina\u00a0\u00bb) \u00e9choue sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le sc\u00e9nario devient inerte dans le th\u00e9\u00e2tre. Alors essentielle \u00e0 la trag\u00e9die, la parole commence dans<i> Les Damn\u00e9s<\/i> avec l&rsquo;inanit\u00e9 (dialogues de t\u00e9l\u00e9film), se poursuit avec l&rsquo;insens\u00e9 (expression du \u00e7a et du cauchemar), se termine avec le silence (sc\u00e8nes en musique, longues minutes sans mots). C&rsquo;est pendant ce silence, durant lequel personne ne fait rien, que nous avons le temps de penser : \u00ab sans la stricte langue, point de th\u00e9\u00e2tre \u00bb. En ce sens, la multitude de r\u00e9f\u00e9rences sur lesquelles s&rsquo;appuie la pi\u00e8ce (Shakespeare, Artaud, Pasolini&#8230;) couvre avec grand bruit une obsession trop entendue, nommable : expressionnisme du rien. Ce bruit est le second obstacle au plaisir th\u00e9\u00e2tral. Ce bruit, que nous comprenons comme le bruit de l&rsquo;enfer (bagarres, cris, coups de feu, chants nazis, cendres, liquides noires et rouges) est autant d&rsquo;artifices qui touchent la t\u00eate et non le c\u0153ur. L&rsquo;exc\u00e8s derechef, vient contredire l&rsquo;\u00e9motion. Pour preuve les spectateurs ont souvent ri des sc\u00e8nes faites pour \u00e9mouvoir. Le spectateur est \u00e9cart\u00e9, perdu. C&rsquo;est le troisi\u00e8me obstacle : le m\u00e9lange des genres (ridicule, sublime), des arts (cin\u00e9ma, lyrique), et des intentions contraires (participation et d\u00e9sengagement du spectateur) rendent la pi\u00e8ce confuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sortis du th\u00e9\u00e2tre, apr\u00e8s une vague migraine, les spectateurs adh\u00e8rent \u00e0 la pi\u00e8ce comme \u00e0 une exp\u00e9rience de l&rsquo;esprit, une longue gesticulation, informe, abstraite. La confusion, m\u00eame chor\u00e9graphi\u00e9e, est moins efficace que la clart\u00e9, et l&rsquo;intelligence sans la simplicit\u00e9 dessert l&rsquo;\u00e9motion. Cette trag\u00e9die bavarde sur elle-m\u00eame, quand elle devrait cr\u00e9er au dedans des \u00eatres un grand silence, simple, digne\u00a0: voil\u00e0 enfin la diff\u00e9rence entre la grande trag\u00e9die et\u00a0<i>les Damn\u00e9s<\/i>, c&rsquo;est la diff\u00e9rence entre un cypr\u00e8s et une colonne de b\u00e9ton.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Adoul Marvin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>Les Damn\u00e9s<\/i>\u00a0est une pi\u00e8ce \u00e9crite sur la base du film de Luchino Visconti de 1969 et mise en sc\u00e8ne \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise dans la prestigieuse salle Richelieu par Ivo Van Hove, figure majeure de la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale internationale. L&rsquo;histoire raconte la tragique mont\u00e9e du fascisme en Allemagne durant les ann\u00e9es 1930 \u00e0 travers l&rsquo;histoire particuli\u00e8re des grandes aci\u00e9ries dirig\u00e9e par la famille von Essenbeck. Entre pro-nazis et r\u00e9sistants, complots, soif de pouvoir et amour, la famille se d\u00e9cime rapidement. Et le tout nous plonge dans une ambiance \u00e0 la fois sombre, inqui\u00e9tante et \u00e9rotique, mise en valeur par le divin jeu d&rsquo;acteur de Guillaume Gallienne et de Denis Podalyd\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est une pi\u00e8ce qui ne laisse pas indiff\u00e9rent, par la noirceur de son histoire et la brillante mise en sc\u00e8ne. Ivo Van Hove s&rsquo;est investi pleinement et prend le parti moderne et ambitieux de faire se c\u00f4toyer \u00e0 la com\u00e9die fran\u00e7aise le cin\u00e9ma et la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. C&rsquo;est ainsi que d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce des cam\u00e9ramans filment depuis les coulisses des premi\u00e8res conversations, des visages haletants, des discours poignants des uns et des autres, retransmis en direct sur un \u00e9cran g\u00e9ant situ\u00e9 au milieu de l&rsquo;arri\u00e8re sc\u00e8ne. Un parti-pris audacieux mais qui d\u00e9stabilise le spectateur : que regarder\u00a0? les com\u00e9diens ou l&rsquo;\u00e9cran\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Autre choix de mise en sc\u00e8ne int\u00e9ressant : toute la partie des coulisses est visible sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la sc\u00e8ne, ce qui, une fois encore, \u00e9tonne, on voit les com\u00e9diens se changer et se faire maquiller sous nos yeux. Le spectateur perd ses rep\u00e8res du th\u00e9\u00e2tre classique, on a l&rsquo;impression que ce fameux 4<sup>e<\/sup> mur tombe comme le masque des personnages tout au long de la pi\u00e8ce. Sur le cot\u00e9 droit, c&rsquo;est l\u00e0 que les damn\u00e9s rejoignent l&rsquo;enfer o\u00f9 cinq tombes sont ouvertes pour les morts qui viendront au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce les remplir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On voit devant nous se d\u00e9velopper un univers entre le sensuel et l&rsquo;intimit\u00e9, de nombreux nus mimant les rituels des damn\u00e9s avant d&rsquo;\u00eatre conduits dans leurs cercueils. Et entre le tragique et le sanglant o\u00f9 personne n&rsquo;aurait gu\u00e8re envie d&rsquo;y vivre. C&rsquo;est un spectacle monstrueux, choquant qui montre toute la brutalit\u00e9 et la violence d&rsquo;une \u00e9poque meurtrie par cette abominable id\u00e9ologie qu&rsquo;\u00e9tait le nazisme\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une pi\u00e8ce devant laquelle on ne reste pas indiff\u00e9rent : elle fait l&rsquo;effet de l&rsquo;onde de choc d&rsquo;une bombe, entre musique classique, chants et m\u00e9tal hardcore allemand. C&rsquo;est toute une progression dramatique qui m\u00e8ne \u00e0 une apoth\u00e9ose terrifiante. On supprime l&rsquo;amour et la sensualit\u00e9 du d\u00e9but, pour laisser place \u00e0 une \u00e9pouvantable rafale de mitraillette, qui dans son bruit assourdissant me laissa quelques instants dans le doute : \u00e9tait-ce un attentat\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une violence qui ne me laisse donc pas indiff\u00e9rent et qui semble malgr\u00e9 les immondices commis pendant la Seconde Guerre mondiale, se perp\u00e9trer encore et encore&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est une pi\u00e8ce \u00e0 voir de toute urgence\u00a0avant le 10 d\u00e9cembre, fin des repr\u00e9sentations\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Oscar Landi<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;apr\u00e8s le film de Luchino Visconti (<i>La Caduta degli dei, <\/i>1969), <i>Les Damn\u00e9s, <\/i>mise en sc\u00e8ne par Ivo van Hove, raconte l&rsquo;histoire de la famille von Essenbeck pendant les ann\u00e9es avant le d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale. L&rsquo;accession du nazisme cr\u00e9e des lignes de fracture qui divisent les membres de la famille entre ceux qui soutiennent les nazis et ceux qui les d\u00e9testent. Mais avec le temps, cette division devient de plus en plus brumeuse. Les questions politiques se transforment en questions sexuelles, morales, et existentielles. L&rsquo;intrigue de la pi\u00e8ce devient aussi de plus en plus fragment\u00e9e: au lieu de raconter l&rsquo;histoire de la famille en termes des \u00e9v\u00e9nements politiques, l&rsquo;adaptation de van Hove constitue des sc\u00e8nes qui se suivent, apparemment sans lien, les uns apr\u00e8s les autres, racontant de petites luttes interpersonnelles entre les personnages. \u00c0 la fin de la pi\u00e8ce le nazisme a triomph\u00e9, mais la vraie \u00ab\u00a0damnation\u201d dont le titre parle est, peut-\u00eatre, la damnation personnelle et morale d&rsquo;une famille qui s&rsquo;est d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien que l&rsquo;intrigue de la pi\u00e8ce soit captivante, la mise en sc\u00e8ne de van Hove est probablement l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus choquant. \u00c0 l&rsquo;arri\u00e8re de la sc\u00e8ne se trouve un grand \u00e9cran o\u00f9 les spectateurs peuvent voir une \u00e9mission en direct des personnages, fournie par un cam\u00e9raman qui les suit partout. Mais ce qui est troublant, c&rsquo;est que van Hove ne se donne aucune peine de le d\u00e9guiser; le cam\u00e9raman fl\u00e2ne au hasard, et l&rsquo;\u00e9cran \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re nous montre quelque chose comme un documentaire d&rsquo;amateur lorsque la pi\u00e8ce se d\u00e9roule. Parfois cette fonction a l&rsquo;air de trop avant-garde, comme si van Hove voulait exag\u00e9rer les diff\u00e9rences entre l&rsquo;histoire originaire de Visconti et sa propre adaptation th\u00e9\u00e2trale. Par contre, elle nous fait aussi penser aux effets de la surveillance constante qui \u00e9tait une arme tr\u00e8s efficace des nazis, et qui contribue \u00e0 diviser la famille. Et elle nous fait enfin penser au th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame: si le film est une fa\u00e7on de surveiller, le th\u00e9\u00e2tre l\u2019est aussi.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Whitney Sha<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s un passage remarqu\u00e9 au festival d&rsquo;Avignon en 2016, <em>Les Damn\u00e9s<\/em> prennent leurs quartiers dans la salle Richelieu de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise jusque d\u00e9but d\u00e9cembre. La pi\u00e8ce est mise en sc\u00e8ne par Ivo van Hove. Ce dernier va plonger le public dans l&rsquo;ascension macabre d&rsquo;une famille d&rsquo;industriels, les von Essenbeck, lors de la prise du pouvoir par les nazis en 1933 en Allemagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est sur une sc\u00e8ne vide de pr\u00e9sence humaine que s&rsquo;ouvre le rideau pour la premi\u00e8re sc\u00e8ne. Et pourtant, le spectateur ne peut s&#8217;emp\u00eacher de remarquer l&rsquo;\u00e9cran au fond qui diffusera au fur et \u00e0 mesure des images capt\u00e9es en direct tandis que la troupe jouera devant nous cette trag\u00e9die familiale. Une mani\u00e8re de plonger dans l&rsquo;intimit\u00e9 de chaque personnage et de nous faire voir l&rsquo;envers du d\u00e9cor qu&rsquo;on ne pourrait observer de notre fauteuil dans la salle. Le ton est de suite donn\u00e9 avec des cercueils vides sur un c\u00f4t\u00e9, des lits d&rsquo;un autre, des miroirs \u00e9clair\u00e9s et ce grand espace au centre, \u00e9clair\u00e9 d&rsquo;une lumi\u00e8re chaude o\u00f9 nous assisterons \u00e0 cette fresque sinistre. Ivo van Hove, par ce choix de mise en sc\u00e8ne, choisit d&rsquo;entra\u00eener avec lui le public dans cet environnement de tension, de trahison, de qu\u00eate de pouvoir et de violence. En d\u00e9cidant de mettre sur sc\u00e8ne une cam\u00e9ra qui filmera au plus proche chaque faits et gestes de chacun des acteurs, le sentiment d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 au sein de cette famille donnera aux spectateurs cette sensation d&rsquo;appartenance comme si, lui-m\u00eame \u00e9tait acteur dans cette maison qui se d\u00e9chire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce en elle-m\u00eame a une structure int\u00e9ressante puisqu&rsquo;on pourrait la s\u00e9parer en plusieurs actes qui se concluent tous par la mort d&rsquo;un des personnages. Cela lui donne un rythme effr\u00e9n\u00e9 dans lequel le public se retrouve embraqu\u00e9, faisant monter une certaine tension et terreur alors que les cercueils se remplissent peu \u00e0 peu jusqu&rsquo;\u00e0 se retrouver qu&rsquo;avec deux personnages restants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec l&rsquo;entr\u00e9e du parti d&rsquo;extr\u00eame-droite au Bundestag il y a quelques jours en Allemagne et la question des jeunes qui se radicalisent, <em>Les Damn\u00e9s<\/em> s&rsquo;implante dans une actualit\u00e9 qu\u2019elle-m\u00eame d\u00e9peint. Alors que l&rsquo;incendie du Reichstag \u00e0 Berlin vient d&rsquo;\u00eatre annonc\u00e9, certains membres des von Essenbeck d\u00e9cident de s&rsquo;allier au parti nazi tandis que d&rsquo;autres rentrent en r\u00e9sistance et cherchent \u00e0 s&rsquo;enfuir du pays pour ne pas avoir \u00e0 suivre ce r\u00e9gime. Les diff\u00e9rents membres de la famille vont, \u00e0 partir de l\u00e0, r\u00e9v\u00e9ler leur vraie nature et exprimer leurs opinions diff\u00e9rentes jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;entretuer entre eux. Un climat de terreur s&rsquo;installe au sein du foyer entre ceux qui r\u00e9sistent et ceux qui c\u00e8dent face \u00e0 la pression et \u00e0 la soif du pouvoir qui se traduit par la violence.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Jean-Victor Joseph<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est avec une pi\u00e8ce \u00e0 la fois perturbante et fascinante qu&rsquo;Ivo van Hove, metteur en sc\u00e8ne des <i>Damn\u00e9s<\/i>, nous entraine au plein coeur d&rsquo;une Allemagne secou\u00e9e par la mont\u00e9e du nazisme. Jou\u00e9e par les talentueux acteurs de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, cette pi\u00e8ce s&rsquo;inspire directement du grand classique du cin\u00e9ma r\u00e9alis\u00e9 en 1969 par Luchino Visconti, <i>Les Damn\u00e9s<\/i>. Maintes fois qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0spectacle monstre\u00a0\u00bb, elle retrace l&rsquo;histoire tragique d&rsquo;une riche famille allemande propri\u00e9taire d&rsquo;importantes aci\u00e9ries, les von Essenbeck. Nous sommes le 27 f\u00e9vrier 1933, l&rsquo;incendie du Reichstag est annonc\u00e9, la famille, elle, f\u00eate l&rsquo;anniversaire du doyen, Joachim. Ce dernier, en partageant sa volont\u00e9 de se rapprocher du National Socialisme, installe une discorde g\u00e9n\u00e9rale qui va gangrener toute la famille, jusqu&rsquo;\u00e0 la mener \u00e0 sa propre fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s la premi\u00e8re r\u00e9plique, van Hove nous expose le caract\u00e8re ambivalent de sa mise en sc\u00e8ne. A la fois comme pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre et comme film, sans doute en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Luchino Visconti. En effet, c&rsquo;est avec son utilisation originale de la \u00ab\u00a0sc\u00e8ne\u00a0\u00bb que tout se joue. Il n&rsquo;utilise pas seulement le champ visible du spectateur mais \u00e9galement largement le hors-champ, les couloirs du b\u00e2timent voire l&rsquo;ext\u00e9rieur du th\u00e9\u00e2tre. On se retrouve alors face \u00e0 une sc\u00e8ne vide, sans acteur, o\u00f9 toute l&rsquo;action qui se d\u00e9roule dans ce hors-champ est relay\u00e9e sur un \u00e9cran g\u00e9ant qui nous transporte dans une salle de cin\u00e9ma. C&rsquo;est assez surprenant au d\u00e9but, puis on s&rsquo;y adapte, en voyant \u00e0 quel point cela rythme, fluidifie le jeu, et le d\u00e9roulement du temps. On s&rsquo;impr\u00e8gne alors totalement de la sc\u00e8ne qui se passe sous nos yeux. Aucun d\u00e9tail ne nous \u00e9chappe, les dialogues se succ\u00e8dent, comme dans un film o\u00f9 la cam\u00e9ra port\u00e9e, pr\u00e9sente durant toute la dur\u00e9e du spectacle, cr\u00e9e de v\u00e9ritables juxtapositions d&rsquo;actions, et de sc\u00e8nes qui se passeraient au m\u00eame moment et qui nous sont pr\u00e9sent\u00e9es successivement, sans coupure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Petit \u00e0 petit, tout nous semble d\u00e9river. Bien que totalement ancr\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9poque par les costumes (je pense aux uniformes SS et SA), la sc\u00e8ne, au d\u00e9cor d\u00e9pouill\u00e9, devient le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;\u00e9pisodes plus surr\u00e9alistes les uns que les autres. Des hommes en noirs, des corps nus qui se tortillent, des morts hurlants, des cercueils, le fracas du gong. Et ce son agressif de locomotive qui r\u00e9sonne \u00e0 chaque meurtre, accentu\u00e9 par une lumi\u00e8re aveuglante. Tout nous m\u00e8ne dans un monde glauque, d&rsquo;angoisse, de tension et nous d\u00e9range profond\u00e9ment. La nudit\u00e9 participe \u00e0 cette surr\u00e9alit\u00e9. Tout comme les personnalit\u00e9s diverses, voire ali\u00e9n\u00e9s des personnages et leurs actions, qui choquent le spectateur. Je pense notamment \u00e0 une sc\u00e8ne, quasi orgiaque, qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement troubl\u00e9e, se terminant dans un bain de sang. Le chaos, le diable se meut sur sc\u00e8ne et \u00e9tend sa noirceur au d\u00e9cor tout entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, l&rsquo;angoisse atteint son paroxysme par le coup de feu final, la salle enti\u00e8re est touch\u00e9e et expire face \u00e0 la monstruosit\u00e9 nazie. Les totalitarismes tuent. Ils sont une folie intemporelle, qui d\u00e9cime les familles, les peuples, les hommes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Laura Wagner<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle a eu lieu \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, salle Richelieu. La mise en sc\u00e8ne est d&rsquo;Ivo van Hove.\u00a0La Troupe est celle de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, qui comprend 17 com\u00e9diens pour ce spectacle. On y trouve Sylvia Berg\u00e9, Eric G\u00e9nov\u00e8se, Denis Podalyd\u00e8s, Elsa Lepoivre, Guillaume Gallienne, etc&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s&rsquo;agit d&rsquo;une adaptation du sc\u00e9nario du film culte de Visconti, recr\u00e9\u00e9 sous nos yeux avec un dispositif novateur qui fonctionne comme un curieux m\u00e9lange des genres sur lequel nous reviendrons plus bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;histoire se d\u00e9roule en 1933 en Allemagne et recr\u00e9e la chronique d&rsquo;une riche famille d&rsquo;industriels pendant la prise du pouvoir par les nazis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les dissensions entre les divers membres de la famille s&rsquo;accentuent progressivement et vont crescendo, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9limination quasi-totale de celle-ci. Parmi ces membres, il y ceux qui collaborent pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;entreprise d&rsquo;aci\u00e9rie, ceux qui veulent prendre la t\u00eate de celle-ci en usant de manigances et de trahisons, ceux qui tentent de fuir l&rsquo;oppression ; c&rsquo;est ainsi une v\u00e9ritable trag\u00e9die qui se d\u00e9roule sous nos yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation est rythm\u00e9e par le signal provenant du centre de la sc\u00e8ne qui accompagne l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un personnage. L&rsquo;ensemble des com\u00e9diens et des techniciens se retrouvent face au public, dans une lente procession du mort vers un cercueil. Il y en cinq au total, le spectateur s&rsquo;attend ainsi \u00e0 une ponctuation et une interruption r\u00e9guli\u00e8re de la pi\u00e8ce selon ce rituel. Selon les mots d&rsquo;\u00c9ric Ruf, le condamn\u00e9 traverse le Styx du plateau devant l&rsquo;ensemble des protagonistes qui se pr\u00e9sentent \u00e0 nous tels un ch\u0153ur antique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une trag\u00e9die antique, c&rsquo;est bien l&rsquo;impression qui se d\u00e9gage \u00e0 l&rsquo;issue de la pi\u00e8ce. Une famille maudite se d\u00e9chirant au gr\u00e9 de ces passions, comparable aux Atrides, nous renvoie \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 du propos des Damn\u00e9s, d\u00e9j\u00e0 recherch\u00e9 par Visconti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les moyens mis en \u0153uvre favorisant une immersion totale du spectateur sont multiples, notamment cet effet de double repr\u00e9sentation via l&rsquo;usage de cam\u00e9ras qui suivent les personnages et qui se fondent parmi eux. En coulisse, nous voyons les d\u00e9tails des expressions, les conversations anodines ou bien celles qui visent le complot, les jeux enfantins et \u00e9rotiques. Les cam\u00e9ras filmant en plong\u00e9e nous montrent l&rsquo;appareil bureaucratique de l&rsquo;Etat, fig\u00e9. Par ailleurs, l&rsquo;\u00e9cran projette des extraits\u00a0 historiques, trois au total, de moments tr\u00e8s particuliers comme les autodaf\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il permet aussi une superposition de s\u00e9quences film\u00e9es et de s\u00e9quences r\u00e9elles, comme la sc\u00e8ne de l&rsquo;ivresse avec Denis Podalyd\u00e8s, tr\u00e8s marquante par ailleurs dans son jusqu&rsquo;auboutisme de d\u00e9cadence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, le caract\u00e8re provocateur du spectacle, la souffrance de ces vivants et de ces morts, film\u00e9s en cam\u00e9ra frontale, le final explosif du fils Martin tirant sur le public et habill\u00e9 des cendres de ses pairs, laisse le public en \u00e9tat de choc. Cela suscite r\u00e9flexion sur la mont\u00e9e des tensions internationales et de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un retour au pacifisme, mais aussi sur la position d&rsquo;un peuple face \u00e0 l&rsquo;autoritarisme ouvert ou dissimul\u00e9 d&rsquo;un Etat, de l&rsquo;industrialisation outranci\u00e8re et de la d\u00e9valorisation humaine qui s&rsquo;ensuit, etc\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Alice Bord<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En sortant d&rsquo;une exposition, d&rsquo;un film ou encore d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, il me para\u00eet difficile\u00a0de juger dans l&rsquo;imm\u00e9diat une prestation. Pourtant le jeudi 19 octobre en sortant de la\u00a0Com\u00e9die-Fran\u00e7aise apr\u00e8s 2h30 de th\u00e9\u00e2tre, j&rsquo;\u00e9tais compl\u00e8tement chamboul\u00e9e et\u00a0d\u00e9concert\u00e9e. <i>Les Damn\u00e9s<\/i>, mis en sc\u00e8ne par Ivo Van Hove, est un huis-clos mal\u00e9fique et\u00a0magnifique. Dans un d\u00e9cor qui peut \u00e9voquer un jeu de dames o\u00f9 les personnages auraient le r\u00f4le de pions, on nous pr\u00e9sente d&rsquo;abord \u00e0 travers des gros plans, projet\u00e9s en temps r\u00e9el sur un grand \u00e9cran plac\u00e9 sur la sc\u00e8ne, les membres de la noble famille allemande Von Essenbeck avec une sensation d&rsquo;intrusion ou de voyeurisme puisque ces derniers sont encore dans les coulisses. Nous sommes en 1933 et la sc\u00e8ne d&rsquo;ouverture se d\u00e9roule lors de la soir\u00e9e d&rsquo;anniversaire du grand p\u00e8re. Un \u00e9v\u00e9nement historique vient alors perturber la petite f\u00eate familiale, \u00e0 Berlin : le Reichstag est en feu. C&rsquo;est le d\u00e9but de la pi\u00e8ce mais surtout le d\u00e9but de la fin pour cette famille qui va subir une auto-destruction tragique. \u00c0 partir de l\u00e0, le spectateur est bloqu\u00e9, coinc\u00e9 face \u00e0 cette \u00a0\u00bb c\u00e9l\u00e9bration du mal\u00a0\u00bb, ne pouvant plus s&rsquo;\u00e9chapper et notre sort est semblable aux personnages enferm\u00e9s vivants dans leurs cercueils. Nous aussi, nous voulons fuir ou hurler mais nous sommes pris au pi\u00e8ge dans la machine infernale et dramatique, r\u00e9duits au silence pour ne pas perturber nos voisins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous voil\u00e0 donc assis dans notre beau fauteuil, \u00e0 assister avec malaise et horreur aux\u00a0abominations les plus cruelles dont l&rsquo;homme est capable : trahisons, inceste, p\u00e9dophilie,\u00a0viol, meurtres&#8230; Pire encore, nous sommes \u00a0\u00bb complices\u00a0\u00bb car, avec les effets de la cam\u00e9ra,\u00a0nous devenons des pauvres t\u00e9moins passifs de ces secrets terribles, sans pouvoir rien\u00a0faire pour arr\u00eater cette monstruosit\u00e9. Ivo Van Hove rappelle la grande Histoire avec des\u00a0\u00e9v\u00e9nements r\u00e9els tel l&rsquo;incendie du Reichstag, le camps de concentration de Dachau et\u00a0avec l&rsquo;exploitation des images d&rsquo;archives mais il d\u00e9passe tr\u00e8s vite l&rsquo;horreur de la mont\u00e9e\u00a0du nazisme pour amener \u00e0 une r\u00e9flexion plus universelle et atemporelle : la graine du mal\u00a0pr\u00e9sente et inn\u00e9e chez l&rsquo;homme. Avec l&rsquo;aide de proc\u00e9d\u00e9s visuels (la cam\u00e9ra et l&rsquo;\u00e9cran)\u00a0mais aussi avec des jeux auditifs (le volume tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, les cris d&rsquo;une foule imaginaire qui\u00a0s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent alors que seuls deux acteurs sont pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, etc), la mise en sc\u00e8ne\u00a0provoque chez le spectateur une sensation terrassante d&rsquo;angoisse et surtout cette\u00a0impression incroyable d&rsquo;y \u00eatre. Sensation renforc\u00e9e quand les com\u00e9diens brisent le\u00a0quatri\u00e8me mur, s&rsquo;immis\u00e7ant dans le public et plus pr\u00e9cis\u00e9ment quand Sophie Von\u00a0Essenbeck quitte non seulement la sc\u00e8ne mais le th\u00e9\u00e2tre m\u00eame et de se retrouve, dans\u00a0notre pr\u00e9sent et dans notre r\u00e9alit\u00e9, au milieu des passants press\u00e9s et vacant \u00e0 leurs\u00a0occupations quotidiennes sur la place Colette. D&rsquo;ailleurs peu de codifications th\u00e9\u00e2trales\u00a0traditionnelles sont respect\u00e9s : ici, pas d\u2019unit\u00e9 de lieu, de temps ou encore de r\u00e8gle de\u00a0biens\u00e9ance. Le sexe et le sang sont omnipr\u00e9sents. <i>Les Damn\u00e9s<\/i> donne une vision\u00a0absolument apocalyptique de la famille o\u00f9 les liens du sang n&rsquo;ont plus la m\u00eame\u00a0signification car des liens il ne reste que du sang. Les h\u00e9ritiers tuent le p\u00e8re. Le fils souffrant d\u2019un complexe d&rsquo;oedipe irr\u00e9solu, d\u00e9sirant sa m\u00e8re, finit par la violer et la tuer. La tension ne cesse de monter avec la progression de la pi\u00e8ce pour se terminer dans une acm\u00e9 de terreur, non sans rappeler l&rsquo;actualit\u00e9, qui finit par nous inclure \u00e9ternellement dans ce crime contre l&rsquo;humanit\u00e9 puisque ni les personnages, ni le public ne s&rsquo;en sortent indemnes quand le rideau s\u2019abat.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Gabrielle de l\u2019Estoile<\/h6>\n<pre>Photo : Christophe Raynaud<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | En savoir plus Du 29 septembre au 10 d\u00e9cembre 2017, Ivo van Hove pr\u00e9sente la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre Les Damn\u00e9s, interpr\u00e9t\u00e9e par la troupe de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise dans la salle Richelieu, place Colette. 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