{"id":10105,"date":"2017-11-15T20:00:37","date_gmt":"2017-11-15T19:00:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10105"},"modified":"2017-11-15T20:00:37","modified_gmt":"2017-11-15T19:00:37","slug":"pavement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10105","title":{"rendered":"Pavement"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Espace 1789 | <a href=\"https:\/\/www.espace-1789.com\/spectacle\/pavement\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis \u00e0 l&rsquo;Espace 1789 pour voir <i>Pavement<\/i>. La salle est pleine. Sans avertissement un premier homme entre sur sc\u00e8ne. Il est noir. Il danse. Puis ils sont deux, v\u00eatus de couleurs, heureux. Et un blanc arrive, banal, et les arr\u00eate en les couchants au sol. <i>Pavement<\/i> c&rsquo;est la vie de quartier des banlieues am\u00e9ricaines, librement inspir\u00e9 du film <i>Boyz&rsquo;n the hood<\/i>. <i>Pavement<\/i> c&rsquo;est une chor\u00e9graphie de Kyle Abraham et une dramaturgie de Charlotte Brathwaite. <i>Pavement<\/i> c&rsquo;est sept personnes sur sc\u00e8ne, qui dansent merveilleusement bien mais qui racontent aussi une histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle s&rsquo;inscrit dans une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9gnante, \u00e0 la fois pour le chor\u00e9graphe qui repr\u00e9sente, par un m\u00e9lange de danse classique et urbaine, l&rsquo;histoire des banlieues de Pittsburgh o\u00f9 il a grandit\u00a0; et pour le spectateur qui se voit plonger dans un univers r\u00e9aliste gr\u00e2ce au d\u00e9cor visuel (un terrain de basket) et \u00e0 la bande son (ponctu\u00e9e d&rsquo;extraits audio de bruits de rue\u00a0: conversations, voitures mais aussi fusillades). Comme toujours les mouvements des corps me font frissonner, la danse est belle. Mais c&rsquo;est aussi avec un naturel frappant que les danseurs mangent, se battent sur sc\u00e8ne, nous rappelant \u00e0 la fois l&rsquo;aspect v\u00e9ritable et quotidien des tensions repr\u00e9sent\u00e9es, des faits qui se sont produits et se produisent encore aux \u00c9tats-Unis. Le spectateur est d&rsquo;ailleurs pris \u00e0 parti et int\u00e9gr\u00e9 au spectacle par l&rsquo;adresse directe \u00e0 la foule d&rsquo;un personnage esseul\u00e9 qui crie \u00e0 l&rsquo;aide ou encore par la fa\u00e7on dont les danseurs occupent tout l&rsquo;espace (la sc\u00e8ne et la salle), brouillant la fronti\u00e8re entre performance artistique et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toute la pi\u00e8ce se construit sur une alternance entre repr\u00e9sentation de la violence et moments d&rsquo;harmonie et de tendresse. Cette dichotomie est visible dans la fa\u00e7on dont les danseurs interagissent entre eux mais aussi dans la bande son, avec une succession de bruits de la vie de la rue et de morceaux d&rsquo;op\u00e9ra, de bruitages un peu sordides et de chansons jazz plus joyeuses. Malgr\u00e9 tout, le moment de parfaite harmonie prend place dans le silence et la trivialit\u00e9 d&rsquo;un jogging autour de cette sc\u00e8ne-stade. Apr\u00e8s avoir enfil\u00e9 leur baskets sur sc\u00e8ne, les danseurs se mettent \u00e0 courir en rythme, \u00e0 l&rsquo;unisson, dans une course en \u00ab\u00a0troupeau\u00a0\u00bb o\u00f9 toutes les diff\u00e9rences se m\u00ealent et s&rsquo;accordent. La cohabitation devient alors moins artistique et plus concr\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les derni\u00e8res minutes, les corps se couchent finalement, les uns sur les autres. Ce retour \u00e0 la position allong\u00e9e qui avait ouvert le spectacle me donne l&rsquo;impression que rien n&rsquo;a chang\u00e9 si ce n&rsquo;est que maintenant tout le monde est au sol, dans la m\u00eame gal\u00e8re, et que demain verra se jouer les m\u00eame malheurs mais aussi les m\u00eames bonheurs. Une fin \u00e0 l&rsquo;horizontale qui reprend finalement cette tension entre bonheur et malheur\u00a0: le spectateur est laiss\u00e9 libre d&rsquo;y voir un d\u00e9part vers le sommeil ou vers la mort et un apr\u00e8s teint\u00e9 d&rsquo;optimisme et de compr\u00e9hension mutuelle ou au contraire un implacable retour de la violence.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Juliette Arial<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le mercredi 15 novembre 2017 \u00e0 l&rsquo;Espace 1789 se d\u00e9roulait le spectacle de danse <i>Pavement<\/i>, chor\u00e9graphi\u00e9 par Kyle Abraham en collaboration avec Abraham.In.Motion. Les sept danseurs de la troupe (Kyle Abraham, Matthew Baker, Winston Dynamite Brown, Tamisha Guy, Thomas House, Claude CJ Johnson et Jeremy Jae Neal) \u00e9voluent dans un d\u00e9cor et sous les lumi\u00e8res de Dan Scully, tandis que le son est g\u00e9r\u00e9 par Sam Crawford. Le chor\u00e9graphe s&rsquo;inspire du film de John Singleton, <i>Boyz N The Hood<\/i> qui traite le sujet d\u00e9licat des conditions de l&rsquo;homme noir am\u00e9ricain. \u00c0 quatorze ans, Kyle Abraham vit dans le quartier de \u00ab\u00a0Colline\u00a0\u00bb \u00e0 Pittsburg et c&rsquo;est son histoire et celle de toute la communaut\u00e9 noire am\u00e9ricaine qu&rsquo;il raconte avec<i> Pavement<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne se transforme en terrain de basket, le tapis de sol est blanc marqu\u00e9 d&rsquo;orange, tandis qu&rsquo;en arri\u00e8re plan se dresse un panier de basket, qui laisse \u00e9troitement entrevoir des buildings et un paysage urbain en son centre, le reste est noir. La libert\u00e9 et les perspectives des noirs am\u00e9ricains semblent se r\u00e9sumer \u00e0 cette petite surface. Lentement et gracieusement, la musique est changeante, alternant entre Bach, Brel, Vivaldi, Cook et Caldara, tandis que les lumi\u00e8res sont vives et varient en fonction des \u00e9v\u00e9nements. C&rsquo;est le chor\u00e9graphe qui fait le choix des costumes, des shorts, des treillis et des chemises \u00e0 carreaux, un <i>street wear<\/i> ann\u00e9es 90 affirm\u00e9. Certains des danseurs sont pieds-nus, d&rsquo;autres remettent leurs baskets sur sc\u00e8ne, tandis que certains \u00e9voluent dans le public passant entre les rangs en discutant comme pour \u00e9tendre la sc\u00e8ne. Des accessoires sont int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation, des produits repr\u00e9sentatifs de la culture am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La danse est fluide comme le moderne, l\u00e9g\u00e8re comme le contemporain et pr\u00e9cise comme le classique. Les danseurs se portent, se battent, s&rsquo;aiment, crient, discutent et rigolent au rythme classique, du jazz ou du hip-hop. Les contacts sont omnipr\u00e9sents, une main sur l&rsquo;\u00e9paule, un regard, un port\u00e9, une parole. Certains danseurs ont du texte : \u00ab\u00a0<i>Help me<\/i>\u00a0\u00bb est l&rsquo;une des phrases-cl\u00e9s de la repr\u00e9sentation, cri\u00e9e avec insistance \u00e0 plusieurs reprise. Le spectateur se laisse porter par la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la pr\u00e9cision et la maitrise des gestes ; les transitions se font en douceur, tellement, que la salle a du mal \u00e0 les percevoir : c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 les limites de la repr\u00e9sentation. Abraham chor\u00e9graphie sa propre histoire, celle de la plupart des hommes noirs am\u00e9ricains, en proie \u00e0 la discrimination et constamment en qu\u00eate de libert\u00e9 encore trop al\u00e9atoire ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Traqu\u00e9s par la police, frapp\u00e9s, trahis, les personnages s&rsquo;aiment, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent et se soul\u00e8vent au rythme de l&rsquo;Histoire, qui provoque un \u00e9lan d&rsquo;\u00e9motion chez les spectateurs, une remise en cause de la culture am\u00e9ricaine et de la perception de l&rsquo;<i>American way of life<\/i>. <i>Pavement<\/i>, c&rsquo;est l&rsquo;histoire de la d\u00e9ch\u00e9ance des quartiers de Homewood et Hill District dans les ann\u00e9es 90, et le paradoxe permanent entre les artistes et les gangs qui font de ces quartiers des territoires de conflits autour du march\u00e9 de la drogue.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Rosa Vecchione<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>Pavement<\/i> est un spectacle de danse contemporaine particuli\u00e8rement int\u00e9ressant en ce qu&rsquo;il m\u00e9lange de nombreux genres, comme pour repr\u00e9senter l&rsquo;h\u00e9t\u00e9roclisme de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes. Et le r\u00e9sultat est tout \u00e0 fait troublant\u00a0: d&rsquo;Antonio Vivaldi \u00e0 Sam Cooke, de ballets classiques en danses contemporaines, de peaux noires en peaux blanches, de d\u00e9ambulations banales \u00e0 entrechats\u2026 L&rsquo;ensemble cependant parvient \u00e0 conserver une harmonie certaine, presque paradoxale, n\u00e9e en r\u00e9alit\u00e9 des corps des danseurs. Les chor\u00e9graphies commencent et s&rsquo;interrompent imperceptiblement. Les pas de ces danseurs semblent toujours un peu dans\u00e9s, et leur danse aussi naturelle que la marche ou la course. L&rsquo;encha\u00eenement des diff\u00e9rents tableaux se fait donc gr\u00e2ce \u00e0 la souplesse de ces danseurs, toujours harmonieux, et cependant toujours en rupture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette rupture et cette harmonie c&rsquo;est peut-\u00eatre justement l&rsquo;expression par le corps de cette socialisation toute particuli\u00e8re dont nous parle Kyle Abraham et sa troupe de danseurs, celle des banlieues am\u00e9ricaines. Ce spectacle est \u00e9minemment sociologique\u00a0: il est question de mim\u00e9tisme et d\u2019ind\u00e9pendance, il faut montrer qu&rsquo;on appartient au groupe tout en restant unique, et \u00e0 ce titre chaque danseur se plie aux mouvements des autres \u00e0 leur rythme, mais s&rsquo;\u00e9chappe r\u00e9guli\u00e8rement pour\u00a0 broder sa variante singuli\u00e8re, puis revient aux mouvements du groupe sans que l&rsquo;ensemble n&rsquo;ait perdu sa coh\u00e9rence. <i>Pavement <\/i>c&rsquo;est l&rsquo;histoire des individus dans une soci\u00e9t\u00e9 ambivalente, toujours au bord de l\u2019an\u00e9antissement, reposant sur cette harmonie tr\u00e8s fragile. La th\u00e9matique de l&rsquo;exclusion sociale est \u00e9galement au c\u0153ur du spectacle, et c&rsquo;est le danger qui guette chaque danseur\u2026 Car la micro-soci\u00e9t\u00e9 de <i>Pavement<\/i> glisse insensiblement de d\u00e9fis, jeux et combat de coqs<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">en quelque chose de plus sombre, une violence, une cruaut\u00e9, un ennui sous jacent qui a des relents d&rsquo;indiff\u00e9rence. C&rsquo;est ce que le d\u00e9cor, un terrain de basket vide, et les lumi\u00e8res, grises de la poussi\u00e8re des banlieues en plein midi, disent de ce milieu\u00a0: son indiff\u00e9rence, son impersonnalit\u00e9\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et cependant ce qui rend <i>Pavement<\/i> si int\u00e9ressant c&rsquo;est que ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une all\u00e9gorie univoque et tragique de l&rsquo;histoire de nos soci\u00e9t\u00e9s La force de ce spectacle c&rsquo;est de maintenir les ambigu\u00eft\u00e9s\u00a0: jeu ou combat\u00a0? Geste de domination ou bien de protection\u00a0? Les rapports entre les personnages noirs et blancs \u00e9voluent dans diff\u00e9rents sens et prennent diff\u00e9rentes couleurs. Certes le spectacle s&rsquo;ach\u00e8ve apr\u00e8s la repr\u00e9sentation de l&rsquo;effondrement d&rsquo;une barre d&rsquo;immeuble, mais dans le dernier tableau tout n&rsquo;est pas d\u00e9truit, il reste ces corps justement, le plus important, ces corps qui r\u00e9sistent \u00e0 l&rsquo;effondrement en se combinant, pile mouvante de corps, indestructible car ensembles, et cependant s&rsquo;\u00e9crasant mutuellement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Agathe Degret<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Au moment d\u2019entrer sur ce terrain de basket, c\u0153ur des quartiers noirs de son Pittsburgh natal, Kyle Abraham ne prend pas un ballon mais une salle toute enti\u00e8re entre ses mains. Il nous prend et nous emm\u00e8ne en voyage \u00e0 travers l\u2019histoire, son histoire, celle de la communaut\u00e9 afro-am\u00e9ricaine. \u00ab <i>Ceci est notre histoire livr\u00e9e pour vous<\/i> \u00bb, voici la phrase que Kyle Abraham, cette \u00e9toile montante de la sc\u00e8ne new-yorkaise, fait r\u00e9sonner \u00e0 travers ses gestes et ses pas. Cet homme et les danseurs noirs qui l\u2019accompagnent dansent, une heure de temps, \u00e0 la crois\u00e9e de deux styles et de deux chemins, celui du classique et de l\u2019urbain. Nous ne pouvons nommer cette danse, comme ces hommes ne peuvent se nommer, \u00e0 la recherche de leur identit\u00e9 sur le pavement des rues am\u00e9ricaines o\u00f9 le blanc, aveuglant, efface tout sur son passage.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Maevane Doegle<\/h6>\n<pre>Photo : Steven Schreiber<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Espace 1789 | En savoir plus Je suis \u00e0 l&rsquo;Espace 1789 pour voir Pavement. La salle est pleine. Sans avertissement un premier homme entre sur sc\u00e8ne. Il est noir. Il danse. Puis ils sont deux, v\u00eatus de couleurs, heureux. 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