{"id":10108,"date":"2017-11-16T20:00:24","date_gmt":"2017-11-16T19:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10108"},"modified":"2017-11-16T20:00:24","modified_gmt":"2017-11-16T19:00:24","slug":"clerambard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10108","title":{"rendered":"Cl\u00e9rambard"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre 13 | <a href=\"http:\/\/www.theatre13.com\/saison\/spectacle\/clerambard\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est avec la fameuse pi\u00e8ce de Marcel Aym\u00e9 jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1950 au th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es, que Jean-Philippe Daguerre \u00e0 choisi de mettre en sc\u00e8ne le caract\u00e8re burlesque de la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale. Cette pi\u00e8ce c&rsquo;est <i>Cl\u00e9rambard<\/i>, ou l&rsquo;histoire d&rsquo;une riche famille au nom illustre qui va troquer sa mondanit\u00e9 contre la foi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout ce cheminement d\u00e9bute avec une vision du comte de Cl\u00e9rambard, celle de saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise lui offrant le r\u00e9cit de sa vie. Accabl\u00e9 de dettes, ce comte aigri, autoritaire et insens\u00e9 va changer du tout au tout, entrainant avec lui une \u00e9pouse afflig\u00e9e, un fils mis\u00e9rable et une belle-m\u00e8re sarcastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat financier des Cl\u00e9rambard, la pi\u00e8ce m&rsquo;a finalement sembl\u00e9 tr\u00e8s pauvre. La sc\u00e9nographie s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e tr\u00e8s modeste, sans doute \u00e0 cause de la petitesse de la sc\u00e8ne, et malgr\u00e9 cela, certains \u00e9l\u00e9ments ne s&rsquo;y accordaient pas. Deux chaises, un tableau d&rsquo;anc\u00eatre et deux pulls rouges de part et d\u2019autre, dont la pr\u00e9sence ne semblait pas en ad\u00e9quation avec l&rsquo;ambiance globale de la sc\u00e8ne. Ces pulls se sont relev\u00e9s n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une anecdote de d\u00e9but de pi\u00e8ce indiquant que la famille tricote pour r\u00e9ussir \u00e0 gagner de l&rsquo;argent, et permettant l&rsquo;introduction du personnage de La Langouste, jeune prostitu\u00e9e dont le fils est amoureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les costumes \u00e9taient peu esth\u00e9tiques, \u00e0 l&rsquo;exemple de celui de la comtesse ressemblant moins \u00e0 une aristocrate qu&rsquo;\u00e0 une provinciale, ou \u00e0 l&rsquo;habit de moine donnant l&rsquo;impression d&rsquo;un d\u00e9guisement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, les interventions sonores n&rsquo;\u00e9taient pas toujours heureuses, je pense notamment \u00e0 l&rsquo;apparition de saint Fran\u00e7ois dont la voix \u00e9tait relay\u00e9e par une enceinte ou aux chants d&rsquo;oiseaux lors des visions surnaturelles du comte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d&rsquo;autres termes, tout est fait de mani\u00e8re \u00e0 ce que le caract\u00e8re caricatural de l&rsquo;histoire devienne le point central de la pi\u00e8ce. Ceci \u00e9tant largement accentu\u00e9 par le jeu des acteurs. Les traits sont forc\u00e9s, les \u00e9locutions, ainsi que la gestuelle sur sc\u00e8ne. On nous expose d&rsquo;ailleurs des \u00e9l\u00e9ments invisibles et surnaturels tranchant avec une certaine illusion du r\u00e9el que l&rsquo;on retrouve dans l&rsquo;art th\u00e9\u00e2tral. En fait, quasiment tout rel\u00e8ve de l&rsquo;exag\u00e9ration. D&rsquo;ailleurs, le caract\u00e8re loufoque de certains personnages est magistralement interpr\u00e9t\u00e9 par Flore Vannier-Moreau dans le r\u00f4le de La Langouste et Franck Desmedt dans le r\u00f4le du comte. Deux personnages totalement atypiques et oppos\u00e9s. D&rsquo;une part une charmante prostitu\u00e9e au franc parl\u00e9, de l&rsquo;autre un orgueilleux qui deviendra modeste et pieux croyant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En cons\u00e9quence, cette pi\u00e8ce rel\u00e8ve vraiment d&rsquo;une volont\u00e9 comique, presque grotesque de la mise en sc\u00e8ne. Chaque \u00e9l\u00e9ment de l&rsquo;histoire apparait comme anecdotique face \u00e0 la conversion de la famille \u00e0 la foi et \u00e0 la pauvret\u00e9. Un mariage arrang\u00e9 avec une jeune fille laide, un p\u00e8re infid\u00e8le ou le meurtre d&rsquo;une araign\u00e9e. Tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de dr\u00f4lerie pour mener le spectateur \u00e0 entrer dans la personnalit\u00e9 saugrenue des Cl\u00e9rambard, finissants par \u00e9changer leurs biens contre une roulote pour vivre de charit\u00e9 et d\u2019aum\u00f4ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Laura Wagner<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 16 novembre au Th\u00e9\u00e2tre 13 \u00e9tait jou\u00e9 <i>Cl\u00e9rambard<\/i>, mis en sc\u00e8ne par Daguerre. Pi\u00e8ce m\u00e9connue d&rsquo;Aym\u00e9 alors qu&rsquo;il fut une des plus belles plumes du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est inquiet que je suis parti assister \u00e0 la repr\u00e9sentation. Subventionn\u00e9e par la mairie de Paris, conseill\u00e9e par <i>T\u00e9l\u00e9rama<\/i>, j&rsquo;avais un <i>a priori<\/i> n\u00e9gatif sur la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ma joie fut inversement proportionnelle \u00e0 ma crainte\u00a0: <i>Cl\u00e9rambard<\/i> est un chef d&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fran\u00e7ais est soign\u00e9, les personnages remarquables, le jeu d&rsquo;acteur coruscant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours du Comte (Franck Desmedt) est disert, vif, passionn\u00e9, plein d&rsquo;alacrit\u00e9 et d&rsquo;ardeur, d&rsquo;une \u00e9nergie et d&rsquo;une exaltation folles. Cette pi\u00e8ce ne manque pas de r\u00e9pliques teint\u00e9es d\u2019humour, \u00e0 aucun moment l&rsquo;ennui ne se fait sentir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La noble famille de Cl\u00e9rambard est ruin\u00e9e. Mais le tyrannique Comte refuse de vendre la demeure familiale quatre fois centenaire et fait travailler fils, femme et mar\u00e2tre. Il souhaite conserver cette maison qui inscrit sa famille dans la pierre, la dur\u00e9e, la lign\u00e9e, l&rsquo;h\u00e9ritage et dans l&rsquo;histoire de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une apparition miraculeuse, il rencontre saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise qui lui remet un ouvrage sur sa vie. De tueur de chien &#8211; pour le plaisir et pour se nourrir &#8211; le Comte va devenir protecteur des arachnides. Il se lance avec \u00e9loquence dans un \u00e9loge de la pauvret\u00e9, dans un hymne au d\u00e9tachement des biens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Comte est excessif en tout mais sa conversion n&rsquo;est pas caricaturale\u00a0: il conna\u00eet le doute dans la foi et la faiblesse de la volont\u00e9 par rapport aux tentations. Il est \u00ab\u00a0terrass\u00e9 par le d\u00e9mon de la concupiscence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il a compris que la saintet\u00e9 consiste \u00e9galement \u00e0 se soucier de la saintet\u00e9 des autres, il <i>secoue<\/i> sa famille avec une charit\u00e9 muscl\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ratzinger explique que la conversion change la nature des \u00eatres. Il semblerait que celle du Comte soit superficielle\u00a0: son caract\u00e8re dictatorial &#8211; \u00e0 prendre unilat\u00e9ralement des d\u00e9cisions qui concernent sa famille &#8211; n&rsquo;est pas att\u00e9nu\u00e9 par sa conversion, il passe d&rsquo;un exc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;autre alors que la vertu est entre deux vices antagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il confond pauvret\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, entendue comme une disposition d&rsquo;\u00e2me, avec pauvret\u00e9 mat\u00e9rielle au point d&rsquo;avoir pour dessein de vivre d&rsquo;aum\u00f4ne, entra\u00eenant sa famille dans une roulotte. Il ne suit pas son devoir d&rsquo;\u00e9tat, nonobstant cet avertissement du cur\u00e9 \u00ab\u00a0il n&rsquo;est pas sage de faire v\u0153u de pauvret\u00e9 quand on a la charge d&rsquo;une famille\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans le sous, la Comtesse consent \u00e0 marier son fils \u00e0 une laide roturi\u00e8re contre la promesse d&rsquo;une dot g\u00e9n\u00e9reuse. Le Comte lui pr\u00e9f\u00e8re une prostitu\u00e9e. Cette pi\u00e8ce est p\u00e9trie d&rsquo;Ecriture, la prostitu\u00e9e promise \u00e0 son fils devient, dans la bouche du Comte, une \u00ab\u00a0princesse du ciel, promise au Ciel\u00a0\u00bb, ce qui est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Mattieu 21:31. Il la dit si pleine d&rsquo;humilit\u00e9 (l&rsquo;antichambre de toutes les vertus) que son fils ne la m\u00e9rite pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le saint n&rsquo;a pas sa t\u00eate dans un vitrail\u00a0; il est vitrail et transmet une lumi\u00e8re qui t\u00e9moigne d&rsquo;un au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En 1h40 le Comte nous fait vivre cet au-del\u00e0.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Pierre-Hugues Barre<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le comte de Cl\u00e9rambard, noble d\u00e9sargent\u00e9, fait travailler sans rel\u00e2che sa famille afin de r\u00e9tablir sa situation ou tout au mieux pour \u00e9viter de tomber dans le d\u00e9nuement complet et signer la chute irr\u00e9vocable de l&rsquo;auguste famille. C&rsquo;est un homme brutal, tueur sadique d&rsquo;animaux au c\u0153ur sec et \u00e0 la langue fourchue. Il brutalise ses proches et plus particuli\u00e8rement son fils en qui il fondait tous ses espoirs de gloire retrouv\u00e9e et qui n&rsquo;est finalement qu&rsquo;un ben\u00eat incapable de coudre convenablement aux c\u00f4t\u00e9s de sa m\u00e8re et de sa grand-m\u00e8re maternelle, belle-m\u00e8re du comte. Le cur\u00e9 du village propose \u00e0 Madame la Comtesse un mariage de convenance entre son fils et la fille pour le moins ingrate et n\u00e9anmoins richement dot\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0obscur\u00a0\u00bb commer\u00e7ant nouveau riche, Ma\u00eetre Galuchon. Pendant ce temps, le comte dispara\u00eet de sc\u00e8ne et en profite pour assouvir ses pulsions morbides en tuant le chien du cur\u00e9. N\u00e9anmoins, le chien r\u00e9appara\u00eet plein de vie \u00e0 son ma\u00eetre, croyant \u00e0 une mauvaise plaisanterie de son h\u00f4te, et\u00a0l\u00e0 d\u00e9bute la transformation radicale du comte. D\u00e8s lors intervient sur sc\u00e8ne une apparition divine, celle de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise, ami et sauveur des b\u00eates, adorateur de la Cr\u00e9ation divine, qui exhorte le comte \u00e0 le prendre en exemple en lui transmettant \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9dition du Ciel\u00a0\u00bb, l&rsquo;ouvrage qui conte son saint parcours de vie. Le comte de Cl\u00e9rambard va alors exhorter sa famille \u00e0 l&rsquo;humilit\u00e9, \u00e0 une vie de rien et promettre son fils \u00e0 la prostitu\u00e9e du village, condamnant son nom au d\u00e9shonneur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le jeu th\u00e9\u00e2tral est pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, les acteurs jurent, se frappent, se touchent, s&rsquo;\u00e9crient. Tout est \u00e0 d\u00e9couvert, nu et grotesque. C&rsquo;est une fiction qui prend pied dans le r\u00e9el avec certains moments surr\u00e9alistes comme l&rsquo;apparition de saint Fran\u00e7ois ou bien encore quand la grand-m\u00e8re Cl\u00e9rambard retrouve par miracle l&rsquo;usage de ses jambes, miracle qui annonce la fin de la pi\u00e8ce. L&rsquo;ultra surr\u00e9aliste prend place \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sc\u00e8nes domestiques banales, grivoises et triviales. Ce th\u00e9\u00e2tre en annuaire permet d&rsquo;appr\u00e9cier compl\u00e8tement, sans obstacle, tous les moments de la pi\u00e8ce en permettant ainsi au spectateur, comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, de participer r\u00e9ellement \u00e0 la pi\u00e8ce. La repr\u00e9sentation d\u00e9pouill\u00e9e use d&rsquo;un langage cru, de r\u00e9actions humaines, de l&rsquo;avachissement des personnages dans leur r\u00f4le social : on assiste \u00e0 une authentique peinture de genre qui fait rire aux \u00e9clats\u00a0le spectateur. La pi\u00e8ce est grin\u00e7ante et d\u00e9clenche un rire franc presque choqu\u00e9 de ce qui vient d&rsquo;\u00eatre cri\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 sur sc\u00e8ne. L&rsquo;irrespect et l&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence sert le divertissement du spectateur qui profite jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la profonde et tr\u00e8s imparfaite humanit\u00e9 que porte et met en exergue cette pi\u00e8ce dite du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre classique\u00a0\u00bb et qui est finalement des plus moderne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elisa Rouzes<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Un illumin\u00e9 de Dieu\u00a0: ainsi peut-on d\u00e9finir le comte de Cl\u00e9rambart, depuis que saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise lui est apparu pour l&rsquo;inciter \u00e0 la bont\u00e9 envers les animaux. Cl\u00e9rambart devient aussi despotique dans la d\u00e9fense de son nouvel id\u00e9al qu&rsquo;il se montrait auparavant sadique pour les animaux comme pour les hommes. C&rsquo;est cette com\u00e9die satirique de Marcel Aym\u00e9 que Jean-Philippe Daguerre met en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre 13. <i>Cl\u00e9rambart<\/i> fit un petit scandale lors de sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise en 1950, <i>et<\/i> pour cause\u00a0: Marcel Aym\u00e9 y pr\u00e9sente une vision assez iconoclaste de la religion, et y brosse une satire caustique de toutes les strates de la soci\u00e9t\u00e9, de l&rsquo;aristocrate \u00e0 la prostitu\u00e9e en passant par l&rsquo;\u00e9picier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les spectateurs rient, \u00e9videmment, en regardant <i>Cl\u00e9rambart<\/i>, mais, si Marcel Aym\u00e9 fait intervenir quelques sc\u00e8nes de gros rires lors de la rencontre entre l&rsquo;\u00e9picier et la Langouste, la prostitu\u00e9e locale, le comique de la pi\u00e8ce ne s&rsquo;y limite heureusement pas\u00a0; le jeu extr\u00eamement expressif &#8211; \u00e0 outrance, parfois &#8211; des acteurs aide \u00e0 souligner surtout le comique de <i>caract\u00e8re<\/i> des personnages cr\u00e9\u00e9s par Marcel Aym\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il serait facile pourtant de faire une lecture superficielle de <i>Cl\u00e9rambart\u00a0<\/i>; Jean-Philippe Daguerre ne tombe pas dans ce pi\u00e8ge, puisque sa mise en sc\u00e8ne ne se contente pas de faire ressortir le comique des personnages &#8211; ou des situations cr\u00e9\u00e9es par leurs extravagances\u00a0; au contraire, les acteurs ont r\u00e9ussi la difficile performance de r\u00e9v\u00e9ler le v\u00e9ritable caract\u00e8re et les vraies motivations des personnages, au sein d&rsquo;un univers perp\u00e9tuellement balanc\u00e9 entre le miracle et la folie. Nul doute qu&rsquo;ils aient ainsi \u00e9t\u00e9 fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;esprit de la pi\u00e8ce telle que l&rsquo;entendait Marcel Aym\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, l&rsquo;ambivalence de cette \u0153uvre tient au fait que, m\u00eame si l&rsquo;on a affaire \u00e0 des \u00ab\u00a0types\u00a0\u00bb &#8211; l&rsquo;aristocrate, l&rsquo;\u00e9picier, la prostitu\u00e9e, qui se rep\u00e8rent facilement \u00e0 leur costume tr\u00e8s connot\u00e9 &#8211; les personnages sont plus travaill\u00e9s qu&rsquo;on pourrait le croire au premier abord. C&rsquo;est pourquoi, par exemple, le personnage de Cl\u00e9rambart n&rsquo;est pas rendu risible\u00a0; m\u00eame dans sa despotique ardeur de nouveau converti, il lui reste juste ce qu&rsquo;il faut de l&rsquo;ancienne dignit\u00e9 de l&rsquo;aristocrate, nuanc\u00e9e toutefois par un enthousiasme qui, au-del\u00e0 de ses aspects comiques, nous pousse \u00e0 nous demander si Marcel Aym\u00e9 n&rsquo;a pas voulu, \u00e0 travers <i>Cl\u00e9rambart<\/i>, faire surtout l&rsquo;\u00e9loge d&rsquo;une foi plus passionn\u00e9e, plus spontan\u00e9e. Ainsi, \u00e9tonnamment, c&rsquo;est le cur\u00e9 qui, dans cette \u0153uvre, tient le r\u00f4le du \u00ab<i>\u00a0raisonneur\u00a0<\/i>\u00bb\u00a0: lui seul reste aveugle \u00e0 la vision finale de saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, qui jette tous les personnages pr\u00e9sents &#8211; sauf lui &#8211; \u00e0 genoux. On voit, d\u00e8s lors, pourquoi cette \u0153uvre a pu \u00eatre per\u00e7ue comme une attaque indirecte contre l&rsquo;\u00c9glise. Sans aller jusque l\u00e0, on peut du moins y voir une critique de ceux qui se reposent sur une institution en excluant cet enthousiasme et cette relation personnelle \u00e0 Dieu qui, si l&rsquo;on en croit Marcel Aym\u00e9, constitue la distinction fondamentale entre le bigot et le saint.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Claire de Mareschal<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans un petit th\u00e9\u00e2tre perdu entre quelques tours du XIII\u00e8me arrondissement que se joue actuellement <i>Cl\u00e9rambard,<\/i> la c\u00e9l\u00e8bre oeuvre de Marcel Aym\u00e9 mise en sc\u00e8ne par Jean-Philippe Daguerre. Une petite salle intimiste pour accueillir cette oeuvre d\u2019un humour noir, parfois grin\u00e7ant, qui nous laisse sur une bonne note et permet de d\u00e9couvrir Marcel Aym\u00e9 comme il se doit si ce n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 le cas. Le comte de Cl\u00e9rambard est un homme d\u00e9sabus\u00e9, cynique, renferm\u00e9 et \u00e9touff\u00e9 par les dettes. Il en est r\u00e9duit \u00e0 faire manger \u00e0 sa famille du chat \u2014 qu\u2019il prend un malin plaisir \u00e0 tuer \u2014 et \u00e0 tricoter des pull-overs qu\u2019il vend pour sauver les murs de la demeure familiale, non sans un certain orgueil<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">pour ses origines. V\u00e9ritable tyran envers sa famille, bourreau sadique pour les animaux, il change du tout au tout le jour o\u00f9 il pense voir l\u2019apparition de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise. Il se met d\u00e8s lors \u00e0 imposer la saintet\u00e9 \u00e0 sa famille entrainant dans les m\u00e9andres des quiproquos et des incidents le futur mariage de son fils. Le d\u00e9cor, sobre, pour mieux mettre en valeur le texte de Marcel Aym\u00e9, d\u00e9tone avec la mise en sc\u00e8ne \u00e9lectrique au service du jeu des acteurs, survol\u00e9 par Flore Vannier-Moreau dans le r\u00f4le de la Langouste qui nous \u00e9blouie par sa fraicheur. On pardonne les longueurs du d\u00e9but de la pi\u00e8ce apr\u00e8s s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 port\u00e9 par l\u2019histoire et l\u2019humour noir de Marcel Aym\u00e9, n\u2019\u00e9pargnant pas les rires du public. Si la fin peut paraitre un peu abrupt et loufoque, la pi\u00e8ce pose n\u00e9anmoins quelques r\u00e9flexions sous couvert de cynisme et d\u2019un ton satirique sur la religion, l\u2019orgueil, et m\u00eame l\u2019amour. Mais pour le d\u00e9couvrir, il faut se rendre sans h\u00e9sitation au Th\u00e9\u00e2tre 13 avant le 23 d\u00e9cembre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Audrey Mascleph<\/h6>\n<hr \/>\n<h5 style=\"text-align: justify\">Sacr\u00e9 Cl\u00e9rambard !<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Comte de Cl\u00e9rambard est un \u00eatre vil, fourbe et cruel qui tue des animaux pour son propre plaisir et qui r\u00e8gne sur sa famille comme un despote sur ses sujets. Apr\u00e8s avoir \u00e9trangl\u00e9 le chien du cur\u00e9, lui apparait saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise qui lui impose d&rsquo;aimer son prochain sans exception. Cette crise mystique bouleverse les relations familiales car celui-ci se met dans la t\u00eate d&rsquo;imposer \u00e0 tous sa saintet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce postulat de d\u00e9part permet par la suite de d\u00e9ployer un v\u00e9ritable tourbillon d&rsquo;humour noir, de quiproquos et de com\u00e9die qui porte un regard acide mais toujours universel sur les m\u0153urs de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;ouverture de cette pi\u00e8ce r\u00e9jouissante, <i>Cl\u00e9rambard<\/i>, pr\u00e9sente un d\u00e9cor simple mais d&rsquo;\u00e9poque. Les principaux com\u00e9diens comme des esclaves tricotent en rang des gilets destin\u00e9s \u00e0 nourrir la famille qui malgr\u00e9 son rang de noblesse est ruin\u00e9e. En arri\u00e8re-plan tr\u00f4ne le portrait de la descendance familiale comme une relique des bonnes conventions et d&rsquo;une morale qui va disparaitre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pi\u00e8ce peu jou\u00e9e \u00e9crite par Marcel Aym\u00e9 m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre red\u00e9couverte en se rendant jusqu&rsquo;au 23 d\u00e9cembre au Th\u00e9\u00e2tre 13. La troupe s&rsquo;en donne \u00e0 c\u0153ur joie o\u00f9 chacun joue sa partition \u00e0 travers cette \u0153uvre satirique, dr\u00f4le et cruelle qui entraine le public dans un v\u00e9ritable plaisir communicatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le jeu des com\u00e9diens qui sont excellents dans leurs r\u00f4les, permet de transmettre de v\u00e9ritables \u00e9motions qui peuvent passer du rire le plus franc \u00e0 un humour noir. Les sc\u00e8nes de vaudeville notamment emmen\u00e9es par la figure de l&rsquo;amant, du cur\u00e9 et de la prostitu\u00e9e \u00ab\u00a0La langouste\u00a0\u00bb, permet aux com\u00e9diens de jouer avec ces st\u00e9r\u00e9otypes pour le bonheur du public qui suit ces p\u00e9rip\u00e9ties loufoques. La transformation du Comte envers ses proches peut se lire comme une le\u00e7on d&rsquo;humilit\u00e9 et d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 qui se tourne vers les marginaux et les oubli\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rant marier son incapable de fils \u00e0 une prostitu\u00e9e plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une fille de la haute bourgeoisie. Le spectateur rit jaune et prend un v\u00e9ritable plaisir pendant 1h40 \u00e0 balayer les faux-semblants et les conventions pour mieux prendre le parti des Cl\u00e9rambard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le but \u00e9tant de d\u00e9livrer le message critique de Marcel Aym\u00e9 envers une certaine hypocrisie sociale qui se l\u00e9gitime sous couvert d&rsquo;une fausse religion mondaine. Seul le cur\u00e9 reste herm\u00e9tique au miracle qui finalement se produit et qui voit un des personnages rest\u00e9 clou\u00e9 dans un fauteuil se mettre \u00e0 marcher. L&rsquo;auteur prend donc le parti de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise pour mieux porter sa satire contre une soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialiste en manque\u00a0de foi et de probit\u00e9 sous couvert de respectabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce spectacle file \u00e0 toute allure avec deux simples changements de d\u00e9cors pour marquer les c\u00e9sures mais le spectateur ne d\u00e9croche pas une seconde tant le style parfois cru de l&rsquo;auteur est appropri\u00e9 et magnifi\u00e9 par les com\u00e9diens.\u00a0Il faut donc se pr\u00e9cipiter voir cette pi\u00e8ce pour passer un tr\u00e8s bon moment, mais aussi le temps d&rsquo;une soir\u00e9e, rire des travers universels \u00e0 toutes soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Adrien BAGET<\/h6>\n<pre>Photo : Th\u00e9\u00e2tre 13<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre 13 | En savoir plus C&rsquo;est avec la fameuse pi\u00e8ce de Marcel Aym\u00e9 jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1950 au th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es, que Jean-Philippe Daguerre \u00e0 choisi de mettre en sc\u00e8ne le caract\u00e8re burlesque de la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale. 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