{"id":10143,"date":"2017-11-22T20:00:46","date_gmt":"2017-11-22T19:00:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10143"},"modified":"2017-11-22T20:00:46","modified_gmt":"2017-11-22T19:00:46","slug":"monte-cristo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10143","title":{"rendered":"Monte-Cristo"},"content":{"rendered":"<p>Lecture | Biblioth\u00e8que Michelet | <a href=\"http:\/\/www.paris-sorbonne.fr\/Livres-en-tete-Monte-Cristo\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mercredi 22 novembre, comme toutes les semaines, je finissais ma journ\u00e9e \u00e0 20h, \u00e9puis\u00e9e et songeant \u00e0 tout le travail qui m&rsquo;attendait pour la fin de la semaine. Je dois avouer, avec honn\u00eatet\u00e9, que j&rsquo;allais un peu en trainant des pieds \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement organis\u00e9 par le Festival livres en t\u00eate : la \u00a0\u00bb soir\u00e9e lectures et dessins\u201d. \u00c9tant aussi \u00e9tudiante \u00e0 Michelet, je redoutais un peu de revenir \u00e0 la nuit tomb\u00e9e dans la biblioth\u00e8que o\u00f9 je viens tous les jours \u00e9tudier. Mais, ce soir, les lieux \u00e9taient m\u00e9tamorphos\u00e9s : dans la p\u00e9nombre, toutes les tables \u00e9taient vides, juste occup\u00e9es par de grandes feuilles blanches et des feutres color\u00e9s. Les r\u00e8gles du jeu \u00e9taient simples : nous devions \u00e9couter la lecture d&rsquo;un extrait du chef-d&rsquo;oeuvre d&rsquo;Alexandre Dumas : <i>Le Comte de Monte Cristo, <\/i>et laisser libre cours \u00e0 notre imagination en dessinant sur les grandes feuilles vierges. La biblioth\u00e8que a \u00e9t\u00e9 choisie par ce qu\u2019elle \u00e9voque, une fabrique de cigares cubaine, o\u00f9 les ouvriers travaillent tout en \u00e9coutant le r\u00e9cit qu&rsquo;un lecteur d\u00e9clame. Alexandre Dumas \u00e9tait un grand classique et ceci explique l&rsquo;origine des cigares <i>Montecristo<\/i>. Pourtant l\u00e0, point de cigare \u00e0 rouler, nous \u00e9tions des ouvriers libres de produire des \u00e9bauches, des silhouettes et des arabesques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s mauvaise dessinatrice, je me suis pourtant laiss\u00e9 compl\u00e8tement prendre au jeu et, alors que j&rsquo;ai une tendance \u00e0 me d\u00e9concentrer tr\u00e8s rapidement, ces presque deux heures sont pass\u00e9s tr\u00e8s vite et se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es \u00eatre une exp\u00e9rience in\u00e9dite, surprenante et m\u00eame presque magique. Je me suis v\u00e9ritablement \u00e9vad\u00e9e, \u00e0 travers ces mots, cette langue, et cette \u00e9criture propre \u00e0 Dumas. J&rsquo;ai eu l&rsquo;impression de vivre le r\u00e9cit, de comprendre la solitude et le d\u00e9sespoir d&rsquo;Edmond Dant\u00e8s et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mue par cette amiti\u00e9 paternelle qui na\u00eet entre lui et l&rsquo;Abb\u00e9 Faria.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions plac\u00e9s de dos, de sorte \u00e0 n&rsquo;entendre que la voix du lecteur, sans l&rsquo;observer, afin d&rsquo;\u00eatre compl\u00e8tement port\u00e9 par les mots qui r\u00e9sonnaient dans la salle. Les lecteurs changeaient, et je m&rsquo;en apercevais \u00e0 peine car j&rsquo;\u00e9tais transport\u00e9 par la beaut\u00e9 de la langue et la fluidit\u00e9 du texte. Sur ma feuille, je tentais de reproduire le Soleil et la mer, les murs et les barreaux de prison, l&rsquo;\u00eele au tr\u00e9sor, et d&rsquo;autres images qui s&rsquo;entrem\u00ealaient avec les mots qui jaillissaient du texte : D\u00e9sespoir, Mort, Douleur, mais aussi Libert\u00e9, \u00c9vasion ou Passion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus qu&rsquo;un roman, <i>le Comte de Monte Cristo<\/i> devient un long po\u00e8me fragment\u00e9 o\u00f9 les mots d\u00e9tach\u00e9s finissent par ne compter que pour eux-m\u00eames et produisent une sorte d&rsquo;enchantement. Je n&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 rien d&rsquo;autre pendant toute la dur\u00e9e de l&rsquo;exp\u00e9rience, seule cette langue pure comptait. Coup\u00e9e du monde, je me sentie finalement moi aussi comme une \u00eele au milieu de la mer o\u00f9 le tr\u00e9sor \u00e9tait cette beaut\u00e9 de la litt\u00e9rature qui fait \u00e9cho en chacun de nous.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gabrielle de l&rsquo;Estoile<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ann\u00e9e, les participants du festival de lecture \u00e0 haute voix \u00ab\u00a0Livre en T\u00eate \u00bb, qui se d\u00e9roulait la semaine du 20 au 26 Novembre, ont eu le plaisir de pouvoir profiter de diff\u00e9rentes soir\u00e9es m\u00ealant la lecture, et donc la litt\u00e9rature, avec une autre forme d&rsquo;art. Le mercredi 22 Novembre a eu lieu l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement appel\u00e9 <i>Monte-Cristo<\/i> qui permettait aux curieux, amateurs d&rsquo;Alexandre Dumas et de dessin, d&rsquo;exercer leur imagination au fil d&rsquo;une vivante lecture de l&rsquo;\u00e9vasion de Dant\u00e8s. Se d\u00e9roulant dans une des salles de la biblioth\u00e8que Michelet, la soir\u00e9e avait pour but de reprendre une tradition cubaine qui consiste \u00e0 faire la lecture aux ouvriers pendant qu&rsquo;ils travaillent. Et ce notamment pour les ouvriers fabriquant des cigares, d&rsquo;o\u00f9 le nom du fameux cigare le Monte-Cristo, dont les feuilles sont roul\u00e9es au rythme des aventures de Dant\u00e8s. Cinq lecteurs se sont succ\u00e9d\u00e9s pendant deux heures, immergeant les auditeurs dans le monde de Dumas, de la rencontre entre l&rsquo;abb\u00e9 Faria et Dant\u00e8s jusqu&rsquo;\u00e0 la mort du premier et l&rsquo;\u00e9vasion du second. L&rsquo;audience, compos\u00e9e d&rsquo;une trentaine d&rsquo;auditeurs de tous \u00e2ges (s&rsquo;\u00e9chelonnant de dix \u00e0 soixante ans environs), \u00e9tait r\u00e9partie sur des tables de travail o\u00f9 \u00e9tait mis \u00e0 sa disposition du mat\u00e9riel pour dessiner, entre autres feuilles et feutres. Certains dessinaient, d&rsquo;autres se contentaient de se laisser bercer par le flot de paroles rythmant les aventures du jeune marin. Les lecteurs, hommes et femmes, tentaient \u00e0 leur mani\u00e8re de donner vie au vieillard et \u00e0 la lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e contre la mort et l&rsquo;oubli. Vers le milieu de la s\u00e9ance, les biblioth\u00e9caires ramass\u00e8rent les quelques dessins produits par les artistes en herbe afin de choisir lequel ils jugeaient le plus marquant, pour d\u00e9cerner un prix final, un livre portant sur la fabrication des cigares \u00e0 la Havane. L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement, m\u00ealant dessin et lecture, \u00e9tait in\u00e9dit. La possibilit\u00e9 de pouvoir faire jouer les liens intimes entre les deux arts, de solliciter son imagination et son attention sur deux p\u00f4les normalement distincts \u00e9tait un vrai plaisir. L&rsquo;\u00e9motion li\u00e9e \u00e0 la lecture pouvait trouver sa voie d&rsquo;expression par le dessin, par les formes et les couleurs. L&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait paisible et chacun se lassait embarquer par la contemplation auditive qui lui \u00e9tait offerte. Le festival proposait ainsi de m\u00ealer lecture et danse, lecture et d\u00e9gustation, lecture et musique afin d&rsquo;initier les apprentis lecteurs ou esth\u00e8tes chevronn\u00e9s au plaisir de pouvoir transgresser les fronti\u00e8res de l&rsquo;art le temps d&rsquo;une soir\u00e9e.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Charras<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Lecture | Biblioth\u00e8que Michelet | En savoir plus Ce mercredi 22 novembre, comme toutes les semaines, je finissais ma journ\u00e9e \u00e0 20h, \u00e9puis\u00e9e et songeant \u00e0 tout le travail qui m&rsquo;attendait pour la fin de la semaine. 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