{"id":10173,"date":"2017-11-27T16:21:20","date_gmt":"2017-11-27T15:21:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10173"},"modified":"2017-11-27T16:21:20","modified_gmt":"2017-11-27T15:21:20","slug":"la-regle-du-jeu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10173","title":{"rendered":"La r\u00e8gle du jeu"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/la-regle-du-jeu-17-18\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h5 style=\"text-align: justify\">La r\u00e8gle du jeu : jeux d&rsquo;amour et de hasard, et enjeu th\u00e9\u00e2tral entre modernit\u00e9 et filiation<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne savais absolument pas ce qui m&rsquo;attendait avant d&rsquo;entrer dans ce lieu mythique qu&rsquo;est la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Je connaissais seulement la trame du film de Renoir ainsi que son statut quasi mythique, ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 au rang des films \u00e0 voir au moins une fois dans sa vie par les f\u00e9rus de cin\u00e9ma. Je ne fus absolument pas d\u00e9\u00e7ue par l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Robert est l&rsquo;h\u00f4te d&rsquo;une f\u00eate d\u00e9cadente organis\u00e9e dans son th\u00e9\u00e2tre (la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise elle-m\u00eame) en l&rsquo;honneur du retour d&rsquo;Andr\u00e9 Jurieux, navigateur h\u00e9ro\u00efque ayant surv\u00e9cu \u00e0 un naufrage en M\u00e9diterran\u00e9e et qui a sauv\u00e9 par la m\u00eame occasion des vies humaines. Lors de cette folle soir\u00e9e d\u00e9guis\u00e9e, les masques vont petit \u00e0 petit tomber. Les langues et les passions vont ainsi se d\u00e9cha\u00eener. Rivalit\u00e9s amoureuses et conflits existentiels atteignent leur point d&rsquo;orgue avec l&rsquo;assassinat d&rsquo;Andr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce bel hommage \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise et au th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais classique est toutefois r\u00e9solument moderne. La mise en sc\u00e8ne de Christiane Jatahy est extr\u00eamement fine et percutante. J&rsquo;\u00e9tais en effet loin de me douter que j&rsquo;allais vivre une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale digne d&rsquo;un \u00e9pisode de la s\u00e9rie d&rsquo;anticipation <em>Black Mirror<\/em>. \u00c0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, c&rsquo;est aussi une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale telle que le public d&rsquo;une pi\u00e8ce de Shakespeare pouvait la vivre : troublante, excitante, d\u00e9rangeante. Le public est en effet sollicit\u00e9 par les com\u00e9diens sur sc\u00e8ne : nous participons au spectacle. Les technologies de pointe (vid\u00e9oprojection, utilisation d&rsquo;une cam\u00e9ra en direct fa\u00e7on t\u00e9l\u00e9reportage, drone) participent pleinement \u00e0 la pi\u00e8ce en faisant ressortir le c\u00f4t\u00e9 sombre et inqui\u00e9tant du drame qui se noue. L&rsquo;alternance des moments film\u00e9s et jou\u00e9s en direct, ainsi que l&rsquo;apparition des com\u00e9diens hors de la sc\u00e8ne, au plus pr\u00e8s des spectateurs, renforce notre fascination pour ce spectacle. Ce que l&rsquo;on voit d&rsquo;ailleurs est \u00e0 la fois divertissant et horrifiant (la traque des lapins et les coups de feu sur sc\u00e8ne sont particuli\u00e8rement choquants et d\u00e9rangeants).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui m&rsquo;a pourtant emp\u00each\u00e9 de passer une excellente soir\u00e9e se r\u00e9sume \u00e0 quelques points. J&rsquo;ai en effet eu l&rsquo;impression par moments d&rsquo;assister \u00e0 un \u00e9pisode de <i>soap op\u00e9ra<\/i> fran\u00e7ais racontant les amours contrari\u00e9es de leurs personnages principaux. Ce jeu d&rsquo;acteurs sonnait r\u00e9solument fran\u00e7ais : tout en soupirs, alanguissements et baisers peu inspir\u00e9s. De plus, la fa\u00e7on dont l&rsquo;intrigue m\u00eale les domestiques aux personnages principaux est selon moi particuli\u00e8rement b\u00e2cl\u00e9e, voire ridicule. Le jeu de J\u00e9r\u00e9my Lopez et Didier Sandre sauvaient les faiblesses de certains de leurs camarades, peut-\u00eatre dues \u00e0 un texte parfois peu convainquant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">H\u00e9l\u00e8ne Chaland<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout commence avec le nouveau jouet de Robert, sa cam\u00e9ra. Elle a du succ\u00e8s. Elle attire les regards mais elle sait aussi les capter. Pour l\u2019inaugurer, Robert organise une soir\u00e9e chez lui, dont lui seul et ses convives ont le secret. Pourtant celle-ci ne va pas se d\u00e9rouler comme il l\u2019aurait imagin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette soir\u00e9e \u00e0 huis clos est expos\u00e9e en r\u00e9alit\u00e9 aux yeux de tous. La cam\u00e9ra n\u2019est plus seulement un accessoire mais aussi un personnage. Elle s\u2019immisce dans les secrets, elle r\u00e9v\u00e8le les passions inavou\u00e9es et provoque le chaos chez les convives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour commencer, Robert se retrouve confront\u00e9 \u00e0 son ancien amour, Genevi\u00e8ve dont il ne se d\u00e9croche pas compl\u00e8tement. Son \u00e9pouse, Christine l\u2019apprend et la rage l\u2019envahit. Mais n\u2019est-ce pas en r\u00e9alit\u00e9 la peur d\u2019\u00eatre seule qui la fait perdre pied au point de se jeter dans les bras d\u2019Andr\u00e9 Jurieux, h\u00e9ros malgr\u00e9 lui, qui l\u2019aime \u00e9perdument ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le mariage, l\u2019amour, la confiance n\u2019est-elle qu\u2019une illusion, un mythe\u00a0? Comment ne pas en douter, face au d\u00e9sarroi de\u00a0Saint Aubin qui d\u00e9couvre que sa femme, Lisette, le trompe ? Ou encore celui d\u2019Octave, ami d\u2019enfance de Christine, confident d\u2019Andr\u00e9 mais aussi secr\u00e8tement amoureux, pr\u00eat \u00e0 prendre soin d\u2019elle malgr\u00e9 ses caprices ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne, c\u2019est le th\u00e9\u00e2tre entier. Nous sommes nous-m\u00eames pris \u00e0 parti dans le feu de l\u2019action, dans les d\u00e9cisions, nous voyons tout et nous savons tout mais pouvons-nous r\u00e9ellement juger la situation\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne tiens pas \u00e0 raconter la fin, non pas parce qu\u2019elle ne pas plu mais parce qu&rsquo;il faut la vivre pour la comprendre. Mais je vous conseille de retenir ce nom, Didier Sandre, qui m\u2019a transport\u00e9e durant tout le spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rejoignez donc C\u00e9cile Brune, Eric G\u00e9nov\u00e8se, Alain Lenglet, J\u00e9r\u00f4me Pouly, Laurent Natrella, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangar\u00e9, Gilles David, Suliane Brahim, J\u00e9r\u00e9my Lopez, Dani\u00e8le Lebrun, Laurent Lafitte, Didier Sandre, Pauline Cl\u00e9ment et encore plein d\u2019autre, dans ce drame o\u00f9 6<sup>\u00e8me<\/sup> et 7<sup>\u00e8me<\/sup> art se m\u00eale comme une \u00e9vidence.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">In\u00e8s Inserra<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceci n\u2019est pas une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u2026 Ceci n\u2019est pas un film\u2026 Mais qu\u2019est-ce donc ? C\u2019est un drame. Le drame de personnages tourment\u00e9s par des sentiments inavouables. Complexe, sensible, passionnel, irrationnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00ealant habilement les 6\u00e8me et 7\u00e8me arts, Christiane Jatahy ose mettre en sc\u00e8ne le sc\u00e9nario de Jean Renoir, retravaill\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re \u00ab\u00a0<i>de la Com\u00e9die<\/i>\u00a0\u00bb. Autant sur le plan sc\u00e9nique que sur le plan sc\u00e9naristique, l\u2019absence de cadre, la disparition de toute limite permet aux personnages de prendre \u00e0 parti le public. Ce dernier se voit donc contraint &#8211; mais avec grand plaisir &#8211; de plonger dans l\u2019ivresse d\u2019une f\u00eate o\u00f9 chaque invit\u00e9 tente de contenir un fardeau depuis trop longtemps enfoui. Mais aucun n\u2019y arrive. Chacun se livre peu \u00e0 peu \u00e0 la cam\u00e9ra, volontairement ou non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, ces confessions, ces v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9voil\u00e9es ont pour effet une surench\u00e8re qui pousse in\u00e9luctablement au drame : la mort. Seule cette derni\u00e8re permet \u00e0 tous de recouvrer leur raison. Mais pour combien de temps ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cam\u00e9ra joue un r\u00f4le central dans cette oeuvre car c\u2019est elle qui montre, qui met en lumi\u00e8re les sentiments amoureux cach\u00e9s des uns et des autres. La cam\u00e9ra s\u00e8me le chaos dans les relations officielles \u00e9tablies entre les personnages. Elle les pousse \u00e0 choisir : aimer ou ha\u00efr, sauver ou quitter, rester ou partir. Les personnages les plus fiables eux-m\u00eames se laissent submerger par ce flot de v\u00e9rit\u00e9s. Mais qui tient la cam\u00e9ra ? Un personnage &#8211; Robert &#8211; joue avec. Elle se retournera finalement contre lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une mise en sc\u00e8ne dynamique, rythm\u00e9e, o\u00f9 s\u2019alternent \u00e9pisodes dramatiques &#8211; \u00e0 la limite du tragique &#8211; et brins d\u2019humour apaisants. On note la performance remarquable de Suliane Brahim, tortur\u00e9e comme \u00e0 son habitude (cf. <i>Rom\u00e9o &amp; Juliette<\/i>, dans le r\u00f4le de Juliette). \u00c0 voir absolument.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Mathieu Chaput<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Parmi les nombreux com\u00e9diens\u00a0de la Troupe on retrouve\u00a0J\u00e9r\u00f4me Pouly,\u00a0Elsa Lepoivre,\u00a0Suliane Brahim,\u00a0J\u00e9r\u00e9my Lopez,et\u00a0Laurent Lafitte.\u00a0L&rsquo;histoire est la suivante\u00a0: Robert et Christine organisent une f\u00eate en l&rsquo;honneur d&rsquo;Andr\u00e9, devenu c\u00e9l\u00e8bre apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la M\u00e9diterran\u00e9e. La chose serait classique si ne venait s&rsquo;y m\u00ealer diverses histoires de c\u0153ur&#8230; En effet, Andr\u00e9 ne peut contenir les sentiments qu&rsquo;il \u00e9prouve pour Christine, la femme de Robert. Cette derni\u00e8re n&rsquo;y est d&rsquo;ailleurs pas indiff\u00e9rente, mais ne se r\u00e9sout pas \u00e0 y c\u00e9der, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle d\u00e9couvre la relation adult\u00e8reque son mari entretient avec Genevi\u00e8ve. A ce joli quatuor vient se m\u00ealer Octave, ami d&rsquo;enfance de Christine et confident d&rsquo;Andr\u00e9, dont les sentiments envers la jeune femme ne sont pas tout \u00e0 fait amicaux. Au fil de la soir\u00e9e se m\u00ealeront rencontres, aveux, d\u00e9clarations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce est donc adapt\u00e9e du film de Jean Renoir, sorti en 1939. Une fois install\u00e9s, les spectateurs d\u00e9couvrent, pour leur plus grande surprise, un \u00e9cran g\u00e9ant \u00e0 la place du plateau. Un film de 26 minutes est projet\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9cran, au cours duquel le public assiste \u00e0 la mise en place de la situation. Film\u00e9 en cam\u00e9ra \u00e9paule, nous apprenons \u00e0 reconna\u00eetre les diff\u00e9rents protagonistes et cernons les diff\u00e9rentes relations. Le premier plan est assez long et pr\u00e9sente la situation, puis plusieurs plans s\u00e9quences nous entra\u00eenent \u00e0 travers l&rsquo;envers du d\u00e9cor, ce Fran\u00e7ais que nous ne connaissions pas, \u00e0 savoir les loges des com\u00e9diens qui repr\u00e9sentent les diff\u00e9rentes chambres et pi\u00e8ces du manoir. Dans le dernier plan, la cam\u00e9ra poursuit les diff\u00e9rents domestiques, d\u00e9guis\u00e9s en lapins, simulant ainsi une traque entre les invit\u00e9s et les subalternes. La transition cam\u00e9ra &#8211; plateau est brutale mais n\u00e9anmoins r\u00e9ussie\u00a0: la fiction rejoint la r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;image s&rsquo;efface progressivement tandis que les com\u00e9diens envahissent la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le quatri\u00e8me mur, cette fronti\u00e8re invisible entre le plateau et le public, est alors bris\u00e9. Les com\u00e9diens jouent avec le public\u00a0: ils font monter sur sc\u00e8ne un spectateur pour une chanson, prennent les gens \u00e0 parti, vont m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 escalader les si\u00e8ges occup\u00e9s et proposer des g\u00e2teaux \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e. C&rsquo;est une pi\u00e8ce au rythme enivrant o\u00f9 tout est orchestr\u00e9 d&rsquo;une main de ma\u00eetre par les com\u00e9diens. Le spectateur devient alors un acteur \u00e0 part enti\u00e8re, un invit\u00e9 parmi les autres invit\u00e9s, t\u00e9moin actif du drame cynique qui se d\u00e9roule sous ses yeux. Le 27, toute la salle \u00e9tait conquise, les rires \u00e9taient francs et \u00e0 la fin, nombreux furent ceux qui se lev\u00e8rent pour saluer la prestation de la Troupe. Pour ma part, habitu\u00e9e des lieux, c&rsquo;est l&rsquo;une des pi\u00e8ces les plus r\u00e9ussies que j&rsquo;ai vue depuis le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e, qui participe activement \u00e0 la d\u00e9mocratisation du th\u00e9\u00e2tre, balayant les pr\u00e9jug\u00e9s qui cataloguent la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise comme un lieu archa\u00efque o\u00f9 l&rsquo;on ne joue qu&rsquo;en vers des spectacles interminables.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Mathilde Flament<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>La R\u00e9gle du jeu<\/i> est une adaptation du film fran\u00e7ais de Jean Renoir (sorti en 1939) revu par Christiane Jatahy, metteure en sc\u00e8ne. Cette cr\u00e9ation, qui allie ambiance cin\u00e9matographique et th\u00e9\u00e2tre, se donne \u00e0 \u00ab\u00a0la fantaisie dramatique\u00a0\u00bb, tel que le d\u00e9finissait ainsi Jean Renoir dans son film, et par la m\u00eame occasion met au d\u00e9fi la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise de s&rsquo;exprimer sous un nouveau jour. Le r\u00f4le des personnages du film original est adapt\u00e9 \u00e0 notre \u00e9poque, les statuts sont diff\u00e9rents, le lieu de l&rsquo;action \u00e9galement. L&rsquo;histoire se d\u00e9roule au sein la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Le spectateur d\u00e9couvre, assis confortablement dans les fauteuils flamboyants de la merveilleuse salle Richelieu, les premi\u00e8res minutes du spectacle, et se retrouve curieusement nez \u00e0 nez avec un \u00e9cran. Vingt-six minutes sont alors consacr\u00e9es \u00e0 cette introduction cin\u00e9matographique tourn\u00e9e cam\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, qui nous donne le mal de mer et nous parait interminable. Enfin, les com\u00e9diens apparaissent parmi les rangs dans la salle, puis montent sur les planches. Effet de surprise r\u00e9ussi et soulagement\u00a0: il n&rsquo;y a pas d&rsquo;erreur, nous sommes bien \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sc\u00e9nographie, musique au piano et acteurs talentueux \u00e9quilibrent une mise en sc\u00e8ne un peu superficielle aux accents vaudevillesques. On chante, on rit, on s&rsquo;amuse. Ambiance <i>comedy club<\/i> ou <i>stand-up<\/i>, les maladresses de genres s&rsquo;entrem\u00ealent et le drame sous-jacent du spectacle originel perd, en tout \u00e9tat de cause, sa cr\u00e9dibilit\u00e9. Et puis la toile redescend une fois encore, et le th\u00e9\u00e2tre se fait \u00e0 nouveau un film qu&rsquo;il peut exister avec la cam\u00e9ra. L&rsquo;effet d&rsquo;interaction tr\u00e8s abouti jusqu\u2019alors entre le spectateur et les artistes\u00a0se brise sur les planches et laisse ce dernier sur sa fin parce que oui, c&rsquo;est effectivement la <i>Fin<\/i>. Alors, quelle \u00e9tait donc cette r\u00e8gle du jeu\u00a0? J&rsquo;ai vu le jeu, mais je n&rsquo;en ai pas saisi les r\u00e8gles. A suivre&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Marie-Amance Schwartz<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>La R\u00e8gle du jeu<\/em>, pi\u00e8ce \u00e9crite par Jean Renoir et mise en sc\u00e8ne par Christiane Jatahy, se donne \u00e0 voir \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise de Paris. Cela, dans la fameuse salle Richelieu dont la sc\u00e8ne ressemble le temps d&rsquo;une soir\u00e9e \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est plong\u00e9s dans les ann\u00e9es trente que nous nous retrouvons au commencement de la pi\u00e8ce : un petit groupe de la bourgeoisie parisienne se r\u00e9unit \u00e0 l&rsquo;occasion du v\u00e9ritable exploit r\u00e9alis\u00e9 par leur nouvellement c\u00e9l\u00e8bre ami, Andr\u00e9 Jurieux. Les invit\u00e9s, domestiques et h\u00f4tes sont en effervescence \u00e0 l&rsquo;occasion de ces retrouvailles et tout le monde semble fr\u00e9quenter tout le monde, sans distinction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce commence par une projection r\u00e9alis\u00e9e par Robert, propri\u00e9taire de la maison dans laquelle se situe la r\u00e9ception, gr\u00e2ce \u00e0 sa nouvelle cam\u00e9ra : c&rsquo;est d&rsquo;abord dans ce film, \u00e0 peine mont\u00e9, que se d\u00e9voile l&rsquo;enchev\u00eatrement des relations qui unissent chacun des personnages, bourgeois et servants confondus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Peu \u00e0 peu, la pi\u00e8ce autant que la soir\u00e9e prend une autre tournure : tout le monde pr\u00e9sent \u00e0 la r\u00e9ception est invit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9tendre \u00eatre un personnage de th\u00e9\u00e2tre.\u00a0Ainsi, d\u00e9guisements, jeux de r\u00f4les, et alcool sont un pr\u00e9texte pour, le temps d&rsquo;un soir, devenir quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la f\u00eate est plac\u00e9e sous le signe de la c\u00e9l\u00e9bration et de l&rsquo;amiti\u00e9, les chansons et surprises r\u00e9serv\u00e9es tant aux invit\u00e9s qu&rsquo;aux spectateurs ne suffisent pas \u00e0 voiler les divers drames qui se produisent tout au long de la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, certains se couvrent de costumes quand d&rsquo;autres voudraient les enlever, et, de la m\u00eame mani\u00e8re, tout le monde a ses raisons de cacher la v\u00e9rit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle explose au visage de tous. Chacun a ses secrets, ses incertitudes, ses tourments profonds, et pourtant participe au spectacle : l&rsquo;on alors se perd entre le d\u00e9sir de c\u00e9l\u00e9brer, et celui de se r\u00e9v\u00e9ler au grand jour. Dans la pi\u00e8ce, chaque personnage a donc son moment de gloire et le spectateur peut donc cerner les com\u00e9diens, voire s&rsquo;identifier \u00e0 eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Car, en effet, dans <i>La R\u00e8gle du Jeu<\/i>, il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;\u00e9mettre un jugement sur l&rsquo;aristocratie de l&rsquo;\u00e9poque : il s&rsquo;agit d&rsquo;y voir les tracas qui touchent tant les bourgeois que leurs domestiques. Il s&rsquo;agit, somme toute, d&rsquo;y voir les vrais tracas des hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, l&rsquo;on comprend que vouloir devenir quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, ne serait-ce que pour un soir, comporte des dangers : cela revient \u00e0 prendre une autre place que la n\u00f4tre dans la vie, cela revient \u00e0 briser la R\u00e8gle du Jeu.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Louise Vallat<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Lundi 27 novembre, 20h30, 1 place Colette, le carton d&rsquo;invitation en main nous nous rendons tous \u00e0 la petite f\u00eate d\u00e9guis\u00e9e donn\u00e9e par les La Chesnaye, dans la salle Richelieu. Ils nous ont promis du spectacle, mais se doutaient-ils que cette r\u00e9ception ferait tout un cin\u00e9ma?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son film <i>La r\u00e8gle du jeu<\/i>, sorti en 1939, Jean Renoir dressait le tableau de l&rsquo;aristocratie et de la grande bourgeoisie des ann\u00e9es 1930. Il y pr\u00e9sentait leurs moeurs, leurs faiblesses et leurs failles. Le pari de Christine Jahaty, la metteur en sc\u00e8ne, est alors audacieux : r\u00e9adapter au th\u00e9\u00e2tre et au XIXe si\u00e8cle cette peinture sociale d&rsquo;une \u00e9lite o\u00f9 tout se joue sur les apparences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Gr\u00e2ce \u00e0 un subtil m\u00e9lange entre cin\u00e9ma et th\u00e9\u00e2tre, Christine Jahaty invite le spectateur \u00e0 c\u00f4toyer au plus pr\u00e8s cette aristocratie qui semble remarquable en tout point. Tr\u00f4nant sur le devant de la sc\u00e8ne, la cam\u00e9ra est un voyeur : elle nous montre tout ce qui se passe dans les recoins sombres, dans les coulisses, elle nous montre tout ce qu&rsquo;on ne devrait pas voir. Elle perce \u00e0 jour les personnages, elle fait tomber les masques de cette grande bourgeoisie, elle expose aux yeux de tous les travers, les amours inavou\u00e9s et cach\u00e9s de chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A la fois dr\u00f4le, relevant presque du vaudeville entre chansons et histoire d&rsquo;adult\u00e8res, et tragique, cette pi\u00e8ce plonge le spectateur au coeur m\u00eame de l&rsquo;intrigue. Nous sommes des convives, les acteurs interagissent directement avec nous en nous demandant de chanter avec eux les \u00ab\u00a0paroles, paroles\u00a0\u00bb de Dalida, en nous apostrophant pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs questions. Le public rit, enivr\u00e9 par la folie de cette f\u00eate, s&rsquo;\u00e9meut pour ces amours impossibles, se lamente sur le destin funeste qui se profile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La soir\u00e9e battant son plein, les pots ayant tous \u00e9t\u00e9 cass\u00e9s, le rideau se baisse, chacun rentre chez soi, comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. De toute fa\u00e7on, ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 chez les La Chesnaye reste chez les La Chesnaye.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Salom\u00e9 Remond<\/h6>\n<pre>Photo : Pascal Victor<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | En savoir plus La r\u00e8gle du jeu : jeux d&rsquo;amour et de hasard, et enjeu th\u00e9\u00e2tral entre modernit\u00e9 et filiation Je ne savais absolument pas ce qui m&rsquo;attendait avant d&rsquo;entrer dans ce lieu mythique qu&rsquo;est la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. 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