{"id":10204,"date":"2017-11-22T11:07:29","date_gmt":"2017-11-22T10:07:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10204"},"modified":"2017-11-22T11:07:29","modified_gmt":"2017-11-22T10:07:29","slug":"swann-sinclina-poliment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10204","title":{"rendered":"Swann s&rsquo;inclina poliment"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | <a href=\"http:\/\/lesindependances.com\/projects\/swann-sinclina-poliment\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le tout petit th\u00e9\u00e2tre de Belleville se tiennent les repr\u00e9sentations de <i>Swann s&rsquo;inclina poliment<\/i>, jou\u00e9es par la compagnie <i>Franchement, tu<\/i>, et mises en sc\u00e8ne par Nicolas Kerszenbaum. La pi\u00e8ce est une r\u00e9\u00e9criture du c\u00e9l\u00e8bre roman <i>Un Amour de Swann<\/i> de Marcel Proust.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant la repr\u00e9sentation, surprise\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre de Belleville est dissimul\u00e9 dans une toute petite rue du quartier de R\u00e9publique, et les spectateurs semblent \u00eatre des habitu\u00e9s. Tout cela promet une ambiance intimiste, qui est r\u00e9alis\u00e9e lorsque l&rsquo;on d\u00e9couvre la salle de spectacle. Au premier rang, l&rsquo;on est sur la sc\u00e8ne. Les acteurs sont d\u00e9j\u00e0 en place, mimant des oiseaux, et entour\u00e9s d&rsquo;orchid\u00e9es qui \u00e9voquent les catleyas proustiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne est pos\u00e9e\u00a0: nous sommes chez les Verdurin, riches bourgeois vaniteux, avec Odette et le peintre Labiche. Ce dernier lance \u00e0 la salle\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Vous \u00eates Charles Swann. Vous \u00eates d&rsquo;accord\u00a0?<\/i>\u00a0\u00bb. Va pour Charles Swann. Le public est alors immerg\u00e9 dans l&rsquo;intrigue, pris \u00e0 parti, et souvent scrut\u00e9 par les acteurs qui s&rsquo;attardent sur chaque visage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle retrace les \u00e9pisodes majeurs du roman de Proust\u00a0: la rencontre avec Odette, le salon des Verdurin, la petite sonate de Vinteuil, le doute et la trahison. Cependant, le roman est actualis\u00e9 par un vocabulaire moderne, par des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des marques ou \u00e0 la politique. Les sc\u00e8nes th\u00e9\u00e2trales sont entrecoup\u00e9es de chansons et de jeux de corps qui semblent presque \u00eatre de la danse contemporaine. Odette est puissante, sensuelle, v\u00e9n\u00e9neuse. Madame Verdurin est vulgaire et pr\u00e9tentieuse. Labiche est flatteur. Le public est Swann. Tout y est. Certaines sc\u00e8nes sont tr\u00e8s fortes, notamment lorsqu&rsquo;\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce l&rsquo;acteur qui joue Labiche reprend le personnage de Charles Swann et prononce une tirade colorant la jalousie et la douleur. C&rsquo;est un moment vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">N\u00e9anmoins, lorsque le jeu th\u00e9\u00e2tral cesse, les moments chant\u00e9s paraissent briser la tension dramatique, et les allusions politiques manquent parfois de subtilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 ces petits d\u00e9fauts, la pi\u00e8ce est une r\u00e9ussite, parce que durant son temps, le spectateur a v\u00e9cu, le spectateur a senti. La proximit\u00e9 avec les acteurs, la simplicit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne et l&rsquo;absence d&rsquo;artifice technique cr\u00e9ent une symbiose entre le jeu et l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Nous sommes Charles Swann, et nous en vivons la douleur, les th\u00e8mes de l&rsquo;amour et de la douleur pouvant \u00e9videmment parler \u00e0 tout un chacun. La vanit\u00e9 et la superficialit\u00e9 de la vie mondaine, avec toutes ses jalousies et ses faux-semblants sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Pourtant, m\u00eame au travers de ces th\u00e8mes lourds, la pi\u00e8ce est l\u00e9g\u00e8re, parfois fantasque. Jeux de mots, mimes et plaisanteries sont de mise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une belle mise en valeur de Proust, qui n&rsquo;est pas un pr\u00e9texte ni un calque. <i>Swann s&rsquo;inclina poliment<\/i> est une adaptation intelligente, qui marque les sens.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Chlo\u00e9 Roland<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Du 13 septembre au 13 d\u00e9cembre 2017, la compagnie <i>Franchement, tu<\/i> s&#8217;empare du th\u00e9\u00e2tre de Belleville avec son spectacle <i>Swann s&rsquo;inclina poliment<\/i>. A sa t\u00eate, l&rsquo;auteur et metteur en sc\u00e8ne Nicolas Kerszenbaum s&rsquo;est propos\u00e9 d&rsquo;adapter librement le texte de Proust <i>Un amour de Swann<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est dans le salon de Mme Verdurin, si difficile d&rsquo;acc\u00e8s, que le public est convi\u00e9. En arrivant dans la salle, nous d\u00e9couvrons le peintre Elstir et Mme Verdurin imitant des poules dont le regard et la t\u00eate ne savent o\u00f9 se fixer. Les femmes habitu\u00e9es de ce salon ne sont-elles pas en effet des cocottes ? C&rsquo;est bien la dimension humoristique du texte de Proust que Kerszenbaum a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;exploiter. La sc\u00e8ne est couverte d&rsquo;orchid\u00e9es et d&rsquo;oiseaux empaill\u00e9s. Deux musiciens produisant des sons ind\u00e9cis sont dans un coin, Odette dans un autre, esquissant d&rsquo;amples mouvements ind\u00e9termin\u00e9s. Atmosph\u00e8re \u00e9trange donc, un peu \u00e9touffante, que celle du salon de Mme Verdurin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle commence, on nous annonce l&rsquo;arriv\u00e9e au salon de Charles Swann, invit\u00e9 par Odette, d\u00e9j\u00e0 charm\u00e9e par l&rsquo;homme cultiv\u00e9 et mondain. Pas d&rsquo;acteur cependant pour l&rsquo;incarner : le public s&rsquo;en chargera. C&rsquo;est donc \u00e0 nous que s&rsquo;adressent les acteurs, et m\u00eame \u00e0 chacun d&rsquo;entre nous, leurs regards se posant alternativement sur nos visages. Nous voil\u00e0 invit\u00e9s \u00e0 vivre l&rsquo;amour grandissant de Swann pour Odette, ses h\u00e9sitations, sa cruelle jalousie, son d\u00e9sespoir, sa chute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S&rsquo;ensuit alors une heure et demie de spectacle au rythme soutenu, remarquablement calcul\u00e9. Les blagues d&rsquo;Elstir s&rsquo;encha\u00eenent, la vulgarit\u00e9 hilarante de Mme Verdurin se d\u00e9ploie dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses paroles, et l&rsquo;ambivalence du caract\u00e8re d&rsquo;Odette, aussi belle et sensuelle que stupide, est mise \u00e0 nu. Des moments tr\u00e8s dynamiques o\u00f9 l&rsquo;on assiste \u00e0 des conversations, des jeux et des rires entre les personnages, laissent place \u00e0 des moments plus narratifs. Elstir et Mme Verdurin, derri\u00e8re leur micro, accompagn\u00e9s par les musiciens, font le point sur les sentiments de Swann pour Odette, occasion de citer directement le texte original de Proust. Il faut saluer ici le souci de beaut\u00e9 plastique de la pi\u00e8ce, o\u00f9 les corps sensuels et \u00e9rotiques dansent et s&rsquo;agitent sous une lumi\u00e8re color\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Regrettons toutefois la dimension politique un peu forc\u00e9e que Kerszenbaum a voulu donner \u00e0 sa pi\u00e8ce. Les tr\u00e8s nombreux parall\u00e8les entre la soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e de l&rsquo;\u00e9poque de Proust et la n\u00f4tre, bien que faisant immanquablement sourire, sonnent faux au sein de cette pi\u00e8ce o\u00f9 r\u00e8gnent l&rsquo;humour et la beaut\u00e9 de la sc\u00e9nographie et de la mise en sc\u00e8ne. Les allusions un peu grossi\u00e8res \u00e0 l&rsquo;affaire des <i>Panama Papers <\/i>et aux m\u00e9faits du capitalisme ne semblaient pas n\u00e9cessaires, tant la hi\u00e9rarchie impliqu\u00e9e par le salon de Mme Verdurin et son snobisme \u00e9coeurant se passent de mots.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Simon Chauvir\u00e9<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Que vous le vouliez ou non, vous jouerez le r\u00f4le de Swann, contraint de s&rsquo;incliner devant le monde bourgeois et superficiel, repr\u00e9sent\u00e9 par une Madame Verdurin au look de pop-star, un peintre Biche <i>hypsteris\u00e9<\/i> et une Odette myst\u00e9rieusement moderne et sensuelle. Mais toujours \u00e0 la mani\u00e8re de Proust, c&rsquo;est-\u00e0-dire poliment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On retrouve dans cette adaptation d&rsquo;<i>Un Amour de Swann, <\/i>r\u00e9alis\u00e9e et mise en sc\u00e8ne par Nicolas Kerszenbaum, les th\u00e8mes principaux pr\u00e9sents dans le roman d&rsquo;origine, d&rsquo;une fa\u00e7on plus actualis\u00e9e. Par exemple, lors d&rsquo;un jeu de r\u00f4le, o\u00f9 celui qui poss\u00e8de le plus de Curly est le plus riche, la jalousie et le d\u00e9sir d&rsquo;ascension sociale de Madame Verdurin &#8211; affirmant fi\u00e8rement qu\u2019elle conna\u00eet des membres de multinationales et prend des cours d&rsquo;\u00e9conomie par t\u00e9l\u00e9phone avec un certain Thomas P&#8230;- s&rsquo;attaque \u00e0 Swann qui, lui, a l&rsquo;audace de rendre visite au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, \u00e0 l&rsquo;Elys\u00e9e. A travers une inversion des r\u00f4les, sont alors perceptibles les critiques proustiennes de la bourgeoisie et de l&rsquo;aristocratie, \u00e0 travers m\u00eames les paroles de leurs personnages repr\u00e9sentatifs. Dans ce jeu de r\u00f4le, Swann d\u00e9tient 90% des richesses mondiales. Comme le public est Swann, les contestations d&rsquo;une Madame Verdurin, appauvrie subitement par le jeu, s&rsquo;adresse \u00e0 nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, la jalousie amoureuse ressentie par Swann, est nettement palpable lorsqu&rsquo;Odette, souffrante du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat que ce dernier lui portait, le lui rend en le trompant avec la mondanit\u00e9 et le comte de Forcheville. L&rsquo;acteur jouant l\u2019artiste peintre devient alors Swann par un simple d\u00e9shabillement. Nous redevenons simple public et pouvons \u00a0contempler la jalousie qui s&rsquo;attache \u00e0 lui comme une pieuvre. Cette mat\u00e9rialisation r\u00e9sonne peut \u00eatre avec la disparition de l&rsquo;id\u00e9e de Swann dans l&rsquo;esprit d&rsquo;Odette. M\u00eame s&rsquo;il peut \u00eatre agr\u00e9able de mettre un corps et un visage sur une voix, voir Biche se transformer en Swann par un rapide transfert des r\u00f4les peut para\u00eetre troublant. Pendant que Biche est Swann, le public est-il Biche ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">N\u00e9anmoins, on peut remarquer que tous les acteurs se transforment\u00a0: Odette au d\u00e9but timide, fragile et meurtrie, devient forte et puissante gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;affirmation de sa sensualit\u00e9. Madame Verdurin s&rsquo;appauvrit, Biche se <i>swannise,<\/i> et les musiciens deviennent personnages. Ils d\u00e9montrent \u00e9galement leur polyvalence par le chant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e9nographie, comme le texte, est contemporaine. Les n\u00e9ons, les plantes et les oiseaux artificiels, en plus de rappeler la fausset\u00e9 du monde bourgeois cr\u00e9ent presque une ambiance de bo\u00eete de nuits o\u00f9, souvent, seules l&rsquo;apparence et la popularit\u00e9 permettent d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la mondanit\u00e9. La pr\u00e9sence des musiciens, de micros sur sc\u00e8ne et le recours \u00e0 la chanson par les acteurs peuvent aussi rappeler une salle de concert ou un clip, o\u00f9 Mme Verdurin serait la Britney Spears du XX\u00e8me si\u00e8cle. Le th\u00e8me de l&rsquo;apparence est particuli\u00e8rement soulign\u00e9 par la figure de l&rsquo;oiseau. En effet, les acteurs prennent parfois des attitudes de paon, en \u00e9cho \u00e0 leurs parades et \u00e0 leurs masques.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Camille Burini<\/h6>\n<p>Photo : Les Ind\u00e9pendances<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | En savoir plus Dans le tout petit th\u00e9\u00e2tre de Belleville se tiennent les repr\u00e9sentations de Swann s&rsquo;inclina poliment, jou\u00e9es par la compagnie Franchement, tu, et mises en sc\u00e8ne par Nicolas Kerszenbaum. 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