{"id":10236,"date":"2017-11-29T20:00:10","date_gmt":"2017-11-29T19:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10236"},"modified":"2017-11-29T20:00:10","modified_gmt":"2017-11-29T19:00:10","slug":"festen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10236","title":{"rendered":"Festen"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Od\u00e9on Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Europe | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2017-2018\/spectacles\/festen\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Aux Ateliers Berthier du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, Cyril Teste proposait une adaptation th\u00e9\u00e2trale du film <i>Festen<\/i>, r\u00e9alis\u00e9 en 1998 par les Danois Thomas Vinterberg et Mogens Rukov. Enfants et amis sont tous r\u00e9unis autour d\u2019un d\u00eener pour f\u00eater les soixante ans du p\u00e8re, \u00e2ge si symbolique qui devrait \u00eatre celui de la qui\u00e9tude pour le respectable patriarche, Helge. Mais une ombre plane et ternit cette photo de famille, celle de la fille, Linda, qui vient de se suicider.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce r\u00e9exploite ainsi le motif litt\u00e9raire du banquet, ce rituel bourgeois qui impose le souci absurde de garder sa contenance jusqu\u2019au bout, alors m\u00eame que dans l\u2019indiff\u00e9rence vont exploser les r\u00e9v\u00e9lations les plus inattendues. La pi\u00e8ce dramatise en effet le th\u00e8me classique de la confrontation du p\u00e8re et du fils, Christian, \u00e0 l\u2019enfance bless\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais l\u2019intensit\u00e9 de cette version de <i>Festen <\/i>r\u00e9sidait dans le choix de sa mise en sc\u00e8ne, celle d\u2019une \u00ab\u00a0performance filmique\u00a0\u00bb. Au d\u00e9but, l\u2019\u0153il un peu troubl\u00e9 par les all\u00e9es et venues des cameramen \u00e9tait incommod\u00e9 de devoir osciller sans cesse entre les images retransmises sur \u00e9cran et les actions se d\u00e9roulant sur sc\u00e8ne. Mais il per\u00e7oit vite la compl\u00e9mentarit\u00e9 des approches th\u00e9\u00e2trale et cin\u00e9matographique. L\u2019\u00e9cran, gr\u00e2ce aux gros plans cibl\u00e9s, offre d\u2019\u00eatre au plus pr\u00e8s des \u00e9motions des personnages, notamment lors de la sc\u00e8ne-cl\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb de l\u2019inceste paternel subi par Christian et sa jumelle d\u00e9funte. Il permet aussi de partager les visions int\u00e9rieures du h\u00e9ros et ainsi de souligner l\u2019habile confusion qui se tisse dans sa folie entre fiction et r\u00e9alit\u00e9, en entretenant un temps le doute sur la v\u00e9rit\u00e9 des accusations, comme s\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une obsession freudienne exag\u00e9r\u00e9e et sans fondement de tuer le p\u00e8re avant d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant c\u2019est bien au th\u00e9\u00e2tre que nous \u00e9tions. En t\u00e9moigne le d\u00e9cor qui avec la table-autel bien au centre et l\u2019\u00e9l\u00e9gante composition florale traduisait dans un esth\u00e9tisme bourgeois presque parfait le sentiment d\u2019aisance financi\u00e8re et morale de la famille. De m\u00eame, domestiques et autres convives, loin d\u2019\u00eatre les seuls figurants de ce spectacle orchestr\u00e9 \u00e0 la gloire du ma\u00eetre \u00e9clairaient les contradictions des personnages, leur part mal refoul\u00e9e de violence et de cruaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, on pouvait lire le mythe d\u2019Orph\u00e9e et d\u2019Eurydice, \u00e9voqu\u00e9 d\u00e8s l\u2019ouverture par une focalisation sur le tableau, comme illustration de la relation entre les jumeaux, celle de deux \u00eatres se cherchant et flirtant avec les enfers. Le spectre de Linda inscrivait aussi la pi\u00e8ce dans une filiation avec <i>Hamlet<\/i> dont l\u2019action se situe \u00e9galement au Danemark.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le \u00ab\u00a0d\u00e9nouement\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e8le cependant un peu d\u00e9cevant pour le spectateur qui aurait pu attendre une r\u00e9solution de l\u2019intrigue plus spectaculaire. La fin donne une impression d\u2019inabouti,\u00a0 comme s\u2019il \u00e9tait impossible d\u2019arr\u00eater un jugement d\u00e9finitif sur le p\u00e8re, de dire ce qui repr\u00e9sente par excellence l\u2019indicible, l\u2019inceste. Les raisons de ses actes demeureront donc, elles aussi, enfouies, rendant plus scandaleuse encore l\u2019impunit\u00e9 du p\u00e8re et l\u2019attitude des autres membres de la famille, complices faussement innocents.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Ma\u00eflys Trubert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Une c\u00e9l\u00e9bration familiale devrait \u00eatre une opportunit\u00e9 pour se d\u00e9tendre, pour bavarder et surtout pour se reconnecter avec les autres membres de la famille. Cependant, pour la famille centrale de <i>Festen, <\/i>l\u2019anniversaire du patriarche devient exactement le contraire. Helge invite plusieurs membres de sa famille \u00e0 un h\u00f4tel pour f\u00eater son soixanti\u00e8me anniversaire, et il semble au d\u00e9but que la f\u00eate se passera bien\u00a0: les membres de la famille arrivent, ils s\u2019\u00e9treignent, ils parlent de leurs vies. Mais nous avons aussi un sentiment de malaise, comme une pr\u00e9monition de l\u2019avenir. Les petits d\u00e9saccords entre les membres de la famille nous montrent que tout ne va pas bien concernant les relations familiales. Et m\u00eame le cadre de l\u2019h\u00f4tel, o\u00f9 se passe la plupart de l\u2019intrigue, a l\u2019air tr\u00e8s moderne et ordonn\u00e9 mais aussi froid et impersonnel. Ces d\u00e9tails nous sugg\u00e8rent que quelque chose de catastrophique bouillonne juste en dessous &#8230; mais quoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque le d\u00eener commence, la situation explose. Christian, le fils a\u00een\u00e9 de Helge, l\u00e8ve son verre \u00e0 son p\u00e8re et, tout en faisant semblant de l\u2019honorer, avoue que Helge a agress\u00e9 sexuellement sa soeur Linda dans son enfance et qu\u2019il est la cause du suicide de Linda. Apr\u00e8s la d\u00e9claration de Christian, nous retenons notre respiration\u00a0: comment vont les membres de la famille r\u00e9agir\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019ils vont faire \u00e0 propos de Helge\u00a0? Mais le d\u00e9nouement est tout \u00e0 fait d\u00e9cevant. Les membres de la famille font semblant de ne pas avoir entendu Christian, et le d\u00eener continue sans pause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le reste de la pi\u00e8ce montre les efforts de Christian pour faire r\u00e9agir sa famille et, \u00e0 l&rsquo;inverse, les efforts de la famille de r\u00e9primer le scandale. L\u2019acteur qui joue le r\u00f4le de Christian le fait merveilleusement \u00e0 cet \u00e9gard. Au d\u00e9but il est compl\u00e8tement calme, presque sarcastique, mais d\u00e8s le premier d\u00e9menti de sa famille il devient de plus en plus agit\u00e9. Sa m\u00e8re en particulier tente de le convaincre qu\u2019il est fou, et cet enjeu entre Christian et ceux qui veulent prot\u00e9ger Helge est fascinant. Toute fois, m\u00eame si l\u2019intrigue est bien construite, elle fonctionnait peut-\u00eatre mieux dans le film original que dans cette adaptation th\u00e9\u00e2trale. Les d\u00e9saccords intimes entre les membres de la famille ont besoin de l\u2019intimit\u00e9 de la cam\u00e9ra, et nous les spectateurs perdons les petites expressions du visage \u00e0 cause de notre distance de la sc\u00e8ne. Mais, en somme, la pi\u00e8ce pose des questions importantes sur les relations familiales, la nature de la m\u00e9moire et les r\u00e9actions diverses au traumatisme.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Whitney Sha<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce mercredi 29 novembre 2017, les Ateliers Berthier se sont transform\u00e9s en h\u00f4tel particulier et ont accueilli un anniversaire difficile \u00e0 dig\u00e9rer, \u00e0 l&rsquo;occasion de la repr\u00e9sentation de <i>Festen<\/i>, mise en sc\u00e8ne par Cyril Teste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle s&rsquo;ouvre du point de vue de Helge (Herv\u00e9 Blanc), dont la voix explique en <i>off<\/i> le contexte : la f\u00eate pour ses soixante ans. Tr\u00e8s vite, le narrateur change et devient Christian (Mathias Labelle), le fils benjamin de Helge. Il profite de cette r\u00e9union pour d\u00e9voiler \u00e0 tous les convives, et au public, les abus incestueux paternels dont sa s\u0153ur jumelle, morte r\u00e9cemment, et lui-m\u00eame ont \u00e9t\u00e9 victimes. Cette r\u00e9v\u00e9lation incongrue est difficile \u00e0 croire. Les quatre chapitres de la pi\u00e8ce montrent la lente et difficile digestion des secrets familiaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;ambiance sordide et malsaine est particuli\u00e8rement bien refl\u00e9t\u00e9e dans un d\u00e9cor \u00e9poustouflant mais froid, et dans les visages des acteurs. Leur jeu est d&rsquo;une tr\u00e8s grande qualit\u00e9. Les larmes coulent \u00e0 flots avec un r\u00e9alisme incroyable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce r\u00e9alisme est accentu\u00e9 par l&rsquo;esth\u00e9tique d&rsquo;un quatri\u00e8me mur &#8211; entre la sc\u00e8ne et le public &#8211; qui n&rsquo;est pas bris\u00e9. Tout laisse \u00e0 penser que ce d\u00eener est bien r\u00e9el et que nous entrons dans la vie priv\u00e9e des personnages avec un certain voyeurisme, qui se compla\u00eet dans l&rsquo;ambiance globale. Le d\u00e9cor bouge, s&rsquo;ouvre et se ferme afin de permettre au regard du spectateur d&rsquo;entrer dans l&rsquo;intimit\u00e9 des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En plus de cette technique, deux cam\u00e9ramans suivent de pr\u00e8s les d\u00e9placements des acteurs. Leur vid\u00e9o est retranscrite en direct sur un \u00e9cran situ\u00e9 au-dessus du d\u00e9cor. Non seulement le spectacle renoue ainsi avec l&rsquo;origine cin\u00e9matographique de Festen, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma en 1998 par le danois Thomas Vintenberg, mais surtout la vision est d\u00e9multipli\u00e9e. Le public devient public de th\u00e9\u00e2tre et public de cin\u00e9ma dans le m\u00eame temps. Si dans le premier chapitre, les cam\u00e9ras semblent simplement doubler ce qu&rsquo;il se passe sur sc\u00e8ne, par la suite, l&rsquo;utilisation des outils se d\u00e9veloppe. Les cam\u00e9ramans d\u00e9ambulent dans les coulisses avec quelques acteurs, alors que d&rsquo;autres demeurent sur sc\u00e8ne. Deux sc\u00e8nes sont alors visibles dans le m\u00eame temps : la vue d&rsquo;ensemble de la salle de r\u00e9ception, o\u00f9 se trouvent les convives, et la vue intime des couloirs de la maison, o\u00f9 se trament des intrigues invisibles pour les invit\u00e9s. Enfin, ce choix technique devient encore plus int\u00e9ressant et pertinent lorsqu&rsquo;il permet au metteur en sc\u00e8ne de pr\u00e9senter sur l&rsquo;\u00e9cran les pens\u00e9es intimes des personnages. Le spectateur peut alors voir le cam\u00e9raman en train de filmer quelque chose sur sc\u00e8ne, mais l&rsquo;image projet\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9cran n&rsquo;est pas la m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, ce spectacle joue sur les avantages des deux arts, pourtant tr\u00e8s diff\u00e9rents, que sont le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma. Il les allie pour donner \u00e0 voir une oeuvre d\u00e9multipli\u00e9e, et pourtant unique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Alice Clabaut<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est temps de se mettre \u00e0 table. Dans tous les sens du terme. Soixante-ans, \u00e7a se f\u00eate. Surtout dans les familles bourgeoises, \u00e9tincelantes et riches, o\u00f9 tout est trop beau pour \u00eatre vrai. Sous un lustre magnifique, une famille, des amis, festoient ensemble l&rsquo;anniversaire du p\u00e8re. Mais la fissure va vite appara\u00eetre : tout va imploser. Sous nos yeux et dans nos oreilles. Par la parole du fils. Car avec les plats, l&rsquo;on va servir les lourds secrets et les v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;il faut \u00e0 pr\u00e9sent crier. La puissance du r\u00e9cit devient atemporelle, mythique, digne d&rsquo;une trag\u00e9die grecque. Un combat entre le p\u00e8re et le fils. Adaptation d&rsquo;un film de Thomas Vinterberg, cette histoire est ici sublim\u00e9e par un subtil jeu entre le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma. Deux r\u00e9cits, deux cadrages, une fragmentation des regards. Les deux arts se nourrissent dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les acteurs sont grandioses, de pr\u00e8s comme de loin, passant sous le regard inexorable de la cam\u00e9ra et exploitant tous les recoins de la sc\u00e8ne. Le th\u00e9\u00e2tre a recours au cin\u00e9ma et le cin\u00e9ma au th\u00e9\u00e2tre. Les deux arts sont illumin\u00e9s dans leurs pleins pouvoirs. A eux deux, il donne forme \u00e0 cette histoire tragique, atroce, insupportable\u00a0dont nous ne sommes pourtant pas les victimes\u00a0: nous ne subissons rien, l&rsquo;\u00e9quilibre est tenu. Par de multiples proc\u00e9d\u00e9s de distanciation, par un usage fin de l&rsquo;humour et de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, par un message d&rsquo;espoir et de renouveau, le mythe tragique s&rsquo;a\u00e8re et ne nous \u00e9touffe pas. Du moins pas compl\u00e8tement. Tout est n\u00e9cessaire car tout est juste. Le d\u00e9cor est r\u00e9aliste sans l&rsquo;\u00eatre\u00a0: somptueux, il n&rsquo;est pas d&rsquo;un naturalisme enfermant mais explose les possibilit\u00e9s du regard, l&rsquo;ouvre et le rend tout puissant. Nous observons tous les espaces du th\u00e9\u00e2tre pour saisir avec force l&rsquo;histoire \u00e9ternelle du mensonge et de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: quand tout le monde rit \u00e0 table et s&rsquo;amuse, un seul regard est sur l&rsquo;\u00e9cran. Celui de la souffrance du fils qui, dos \u00e0 nous sur la sc\u00e8ne, nous fait face. Il a le visage de la v\u00e9rit\u00e9 dans ce monde de silence ignoble. On doute, au d\u00e9but, on se laisse prendre au jeu des apparences. Le fils est la tache du tableau. Puis la tache va prendre de plus en plus de place et nous embarrasser. Il va falloir tout vomir, vomir le vrai et \u00ab\u00a0cracher sur sa famille\u00a0\u00bb pour rompre le cycle infernal et se lib\u00e9rer. L&rsquo;\u00e9branlement est progressif, sublim\u00e9 et merveilleux. Bref, un moment d&rsquo;art fort et complet qui ne donne qu&rsquo;une seule envie\u00a0: prendre le metteur en sc\u00e8ne dans ses bras.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Anne Fenoy<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Festen\u00a0: un festin sombre et tragique<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un grand repas de famille est avant tout le miroir des divisions parfois existantes entre personnes forc\u00e9es d&rsquo;\u00eatre \u00e0 table de par le sang commun qu&rsquo;elles partagent. Assis face \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 son semblable, on ne peut se cacher, les langues se d\u00e9lient, les secrets sont expos\u00e9s \u00e0 la vue des convi\u00e9s. Et quels secrets\u00a0! Dans ce <i>Festen<\/i>, il suffit d&rsquo;une heure et demi \u00e0 Cyril Teste pour recr\u00e9er l&rsquo;\u0153uvre de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov et transmettre un sentiment de douleur, de choc, d&rsquo;incompr\u00e9hension au spectateur. En cela r\u00e9side le g\u00e9nie de la pi\u00e8ce, par sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper une tension qui se propage dans le public, par sa force \u00e0 rendre un drame lointain aussi r\u00e9el que si notre propre famille \u00e9tait sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec une mise en sc\u00e8ne implacable o\u00f9 aucun vice humain n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;\u0153il, on assiste au d\u00e9chirement de la famille d&rsquo;Helge Klingenfeldt, le patriarche r\u00e9unissant les convives pour ses soixante ans. La singularit\u00e9 de la pi\u00e8ce r\u00e9side dans la pr\u00e9sence constante d&rsquo;une cam\u00e9ra filmant en direct les r\u00e9actions et attitudes de chaque protagoniste jusqu&rsquo;en coulisses. Cette mise en abyme de film dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre est d&rsquo;autant plus fine qu\u2019elle donne l&rsquo;impression que les personnages savent qu&rsquo;elle est autour d&rsquo;eux, enregistrant le moindre de leurs mouvements. Ainsi, Christian, le fils, s&rsquo;en empare m\u00eame un instant pour exposer au grand jour la r\u00e9action de sa m\u00e8re apr\u00e8s ses r\u00e9v\u00e9lations. La cam\u00e9ra s&rsquo;inscrit donc parfaitement dans la sc\u00e8ne, comme si elle filmait un \u00e9v\u00e9nement important.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La question du traumatisme est au centre de cette \u0153uvre, et la souffrance int\u00e9rieure est interpr\u00e9t\u00e9e avec puissance et justesse par Matthieu Labelle. Son interpr\u00e9tation du personnage principal Christian tient en haleine et est \u00e0 couper le souffle\u00a0: sa crise de d\u00e9mence reste dans les m\u00e9moires m\u00eame une fois sorti de la pi\u00e8ce. De m\u00eame, le d\u00e9cor froid des pi\u00e8ces de la maison impose une ambiance lourde, et le jeu de lumi\u00e8re, entre sombre et tr\u00e8s clair, provoque des frissons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La fin de la pi\u00e8ce est, cependant, quelque peu d\u00e9cevante, par une r\u00e9solution assez \u00ab\u00a0facile\u00a0\u00bb de l&rsquo;intrigue qui laisse beaucoup de pistes de r\u00e9flexion inexplor\u00e9es. On sort des Ateliers Berthier avec une impression de manque, comme si on ne nous avait pas tout dit et qu&rsquo;il manquait une r\u00e9elle conclusion \u00e0 cette fable psychologique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elisa Guidetti<\/h6>\n<pre>Photo : Simon Gosselin<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Od\u00e9on Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Europe | En savoir plus Aux Ateliers Berthier du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, Cyril Teste proposait une adaptation th\u00e9\u00e2trale du film Festen, r\u00e9alis\u00e9 en 1998 par les Danois Thomas Vinterberg et Mogens Rukov. 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