{"id":10390,"date":"2017-12-11T20:00:42","date_gmt":"2017-12-11T19:00:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10390"},"modified":"2017-12-11T20:00:42","modified_gmt":"2017-12-11T19:00:42","slug":"le-langage-des-cravates","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10390","title":{"rendered":"Le langage des cravates"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | <a href=\"http:\/\/www.theatredebelleville.com\/programmation\/saison-2017-2018\/le-langage-des-cravates\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le langage des cravates est une pi\u00e8ce dont rien que la mise en sc\u00e8ne met mal \u00e0 l&rsquo;aise&#8230; Pari r\u00e9ussi pour Sophie Gazel, avec cette ambiance \u00ab\u00a0d&rsquo;h\u00f4pital\u201d, froide et constitu\u00e9e uniquement de blanc et d&rsquo;acier. On d\u00e9couvre tr\u00e8s rapidement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une salle d&rsquo;attente d&rsquo;entreprise. Des frissons parcourent mon corps, qui semble vouloir rejeter cet univers aseptis\u00e9, et quitter la salle de spectacle. Je d\u00e9cide cependant de rester. Une femme arrive, puis un homme. Ils ont tous deux l&rsquo;air tr\u00e8s professionnels, stricts, coinc\u00e9s dans leurs costumes bas de gamme. Un troisi\u00e8me personnage arrive, un RH me semble-t-il. L\u00e0, le spectacle devient app\u00e9tissant car burlesque&#8230; L&rsquo;homme et la femme semblent emprisonn\u00e9s dans leurs r\u00f4les, chercheurs d&rsquo;or au sein d&rsquo;entreprises non humanis\u00e9es&#8230; Ils font des pieds et des mains pour convaincre le RH de leurs comp\u00e9tences, allant jusqu&rsquo;\u00e0 utiliser des techniques de programmation neuro-linguistique&#8230; L&rsquo;une d&rsquo;entre elles consiste \u00e0 imiter la personne \u00e0 qui l&rsquo;on s&rsquo;adresse pour mieux la persuader&#8230; Le comique de geste est \u00e0 son comble. Les spectateurs rient jaune face au r\u00e9alisme des situations comiques. La sc\u00e8ne tourne au ridicule, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les trois personnages se rendent compte de la situation : ils sont tous trois venus passer un entretien d&#8217;embauche ! La pi\u00e8ce tourne en d\u00e9rision la crise \u00e9conomique qui touche particuli\u00e8rement le travail. La violence de la situation est ici refl\u00e9t\u00e9e par l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;absurde, \u00e0 travers paroles et gestes. Les personnages sont perdus, rient, pleurent, dansent, dorment, se m\u00e9fient les uns les autres, s&rsquo;aiment, se ha\u00efssent&#8230; Ils finissent par ne plus quitter la salle d&rsquo;attente, qui devient leur lieu de vie&#8230; Cette entreprise s&rsquo;incarne en eux, et, compl\u00e8tement ali\u00e9n\u00e9s et \u00e9loign\u00e9s de leurs vies priv\u00e9es, ils n&rsquo;existent plus. La dictature de nos modes de vies contemporains est mise en exergue dans cette pi\u00e8ce satirique, que l&rsquo;on quitte avec un go\u00fbt amer&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">M\u00e9lanie Michou<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Enfant, j&rsquo;ai d\u00e9couvert Jacques Tati, <i>Jour de f\u00eate<\/i> et <i>Mon oncle<\/i> qui m&rsquo;ont [marqu\u00e9e] suffisamment pour qu&rsquo;adulte je cherche dans cette direction en terme de langage th\u00e9\u00e2tral\u00a0\u00bb\u00a0; voil\u00e0 la d\u00e9claration de l&rsquo;auteur et metteur en sc\u00e8ne du <i>Langage des cravates<\/i>, Sophie Gazel, dans la \u00ab\u00a0note d&rsquo;intention\u00a0\u00bb de son \u0153uvre. Mais ne s&rsquo;improvise pas Tati qui veut, et l&rsquo;on en fait les frais en assistant \u00e0 la repr\u00e9sentation de cette pi\u00e8ce\u00a0: si les premi\u00e8res minutes, o\u00f9 l&rsquo;on per\u00e7oit en effet une r\u00e9surgence du comique silencieux mais expressif propre \u00e0 Tati, sont plaisantes, on commence bient\u00f4t \u00e0 s&rsquo;ennuyer ferme, et la repr\u00e9sentation &#8211; une heure seulement &#8211; para\u00eet interminable. Quelques gloussements dans la salle, mais rien de tr\u00e8s enthousiaste &#8211; il faut dire que les spectateurs sont peu nombreux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des crises d&rsquo;hyst\u00e9rie r\u00e9guli\u00e8res et consternantes ponctuent l&rsquo;attente des trois candidats convoqu\u00e9s \u00e0 un entretien d&#8217;embauche par un DRH qui n&rsquo;est jamais venu. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant, dans un univers o\u00f9 les murs et les meubles sont d&rsquo;un blanc sid\u00e9ral et les vestes trop serr\u00e9es. L&rsquo;on regarde, abasourdi, des acteurs bruyants, bondissants, d\u00e9cha\u00een\u00e9s, qui d\u00e9lirent sur sc\u00e8ne sans parvenir \u00e0 nous d\u00e9sennuyer. Nul besoin de toutes ces plaisanteries obsc\u00e8nes qui sont loin de rendre les acteurs plus sympathiques. Voir les deux hommes se rincer l&rsquo;\u0153il en lorgnant la mini-jupe ou le d\u00e9collet\u00e9 que leur coll\u00e8gue ne se prive pas de leur montrer avec une lourde et factice inconscience, tout en en faisant profiter les malheureux spectateurs &#8211; ce n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment le genre de sc\u00e8ne bouffonne et d\u00e9gradante que l&rsquo;on appr\u00e9cie de la part d&rsquo;un auteur, a fortiori si c&rsquo;est une femme. Pourtant, c&rsquo;est un ressort fondamental du comique douteux du <i>Langage des cravates<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La critique convenue de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, et des m\u00e9thodes actuelles de recrutement en entreprise, nous offre mis\u00e9ricordieusement les rares passages comiques de la pi\u00e8ce, lors de la diffusion de fausses publicit\u00e9s pr\u00f4nant l&rsquo;efficacit\u00e9 des employ\u00e9s par des moyens absurdes et pourtant presque r\u00e9els, ou de la r\u00e9citation, par les candidats, de parcours prestigieux, qui prennent alors des airs d&rsquo;inventaires \u00e0 la Pr\u00e9vert &#8211; faibles moments de gr\u00e2ce qui \u00e9voluent invariablement en transes aberrantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est donc de la contre-utopie que rel\u00e8ve <i>Le langage des cravates<\/i>, qui accumule les poncifs de ce genre litt\u00e9raire\u00a0: comme dans 1984, l&rsquo;\u00e9tau se resserre autour des candidats, qui sont surveill\u00e9s par des cam\u00e9ras\u00a0; l&rsquo;on nous ressert encore une fois le fameux topos de l&#8217;emprisonnement qui de contraignant devient consenti &#8211; c&rsquo;est sur ce final sans surprise que s&rsquo;ach\u00e8ve la pi\u00e8ce. La vacuit\u00e9 litt\u00e9raire et sc\u00e9nographique de la pi\u00e8ce ne parvient pas \u00e0 relever ce canevas trop classique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;auteur et les com\u00e9diens, en d\u00e9finitive, n&rsquo;atteignent pas les objectifs qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient propos\u00e9s\u00a0: la mise en sc\u00e8ne, extravagante et outr\u00e9e, ne provoque pas la prise de conscience annonc\u00e9e chez le spectateur, qui en ressort ennuy\u00e9 et vaguement \u00e9c\u0153ur\u00e9. L&rsquo;humour se voulait grin\u00e7ant, il n&rsquo;\u00e9tait que poisseux. En un mot, c&rsquo;est une pi\u00e8ce que son absurdit\u00e9 trop assum\u00e9e rend herm\u00e9tique et, de ce fait, parfaitement inefficace.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Claire de Mareschal<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux hommes, une femme, et cet \u00e9clairage cru. Dans une pi\u00e8ce blanche, des chaises, une table, et ces inconnus qui attendent l&rsquo;hypoth\u00e9tique venue d&rsquo;un recruteur pour un entretien d&#8217;embauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est en une heure que la pi\u00e8ce de Sophie Gazel r\u00e9v\u00e8le ses subtilit\u00e9s et d\u00e9ploie son humour mordant, caustique, qui d\u00e9concerte autant qu&rsquo;il amuse. Si <i>Le langage des cravates <\/i>n&rsquo;est pas sans rappeler <i>En attendant Godot<\/i>, dans cette distension du temps, ni m\u00eame <i>Les Chaises<\/i>, dans son d\u00e9cor comme dans les exub\u00e9rances qu&rsquo;il permet \u00e0 ses personnages, c&rsquo;est bien un air de Jacques Tati qu&rsquo;on retrouve sur sc\u00e8ne, comme l&rsquo;affirme la metteuse en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9cor est froid, clinique\u00a0; le cynisme guette chaque r\u00e9plique. Le langage ne permet pas d&rsquo;expliquer, ni de comprendre\u00a0; il illustre les gestes et les soubresauts de ces trois lurons. Derri\u00e8re les techniques japonaises de management, la musique sournoisement relaxante et les publicit\u00e9s enj\u00f4leuses, la folie guette, mais o\u00f9 se cache-t-elle vraiment ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Anna, Esteban et Raoul sont dr\u00f4les \u00e0 faire peur. Ils veulent ce poste, sont appliqu\u00e9s, consciencieux, jouent parfaitement leur r\u00f4le. Il suffit pourtant d&rsquo;un \u00e9cart, d&rsquo;une surprise, d&rsquo;une blague salace, d&rsquo;un journal pli\u00e9 ou d&rsquo;une climatisation d\u00e9faillante pour que la machine s&#8217;emballe. Surgissent alors l&rsquo;absurdit\u00e9, le rire jaune\u00a0; s&rsquo;offrent au regard la bestialit\u00e9, la faim, l&rsquo;envie pressante, les corps en mouvement et les boutons de chemise qui sautent. On pourrait croire \u00e0 un exhibitionnisme vulgaire, mal plac\u00e9, mais il sert le rythme et le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-dehors ? Le chaos, le vide peut-\u00eatre. Seule existe cette salle d&rsquo;attente dans laquelle sont reclus les trois pr\u00e9tendants au poste ; l&rsquo;alarme terrifie, terrorise, d\u00e8s qu&rsquo;un personnage touche \u00e0 la poign\u00e9e magique. C&rsquo;est cette m\u00eame poign\u00e9e qui ouvre la pi\u00e8ce, la fait surgir du n\u00e9ant, lorsqu&rsquo;Anna, la premi\u00e8re, entre, prend place sur une chaise, et entreprend de mettre un peu (plus) d&rsquo;ordre dans sa coiffure. Engonc\u00e9s dans une veste trop serr\u00e9e, prisonniers d&rsquo;un CV imperfectible, il ne reste qu&rsquo;un <i>Huis Clos<\/i> tout \u00e0 fait contemporain pour d\u00e9voiler l&rsquo;incompr\u00e9hension profonde et la soif de soumission au pouvoir de ces compagnons d&rsquo;infortune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi amus\u00e9s et d\u00e9contenanc\u00e9s que vous puissiez sortir de la salle, n&rsquo;oubliez pas vos cravates.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Bertille Rouillon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Le langage des cravates au th\u00e9\u00e2tre de Belleville\u00a0: une critique du monde du travail\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le lundi et le mardi uniquement, et ce jusqu&rsquo;au 19 d\u00e9cembre, le th\u00e9\u00e2tre de Belleville accueille sur sc\u00e8ne Matthieu Beaudin, Pablo Contestabile et V\u00e9ronic Joly dans une cr\u00e9ation originale de Sophie Gazel\u00a0: <i>Le Langage des cravates<\/i>. Dans un d\u00e9cor d&rsquo;une simplicit\u00e9 \u00e9tonnante, les trois personnages nous transportent dans le monde du travail \u00e0 travers un jeu burlesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Un d\u00e9cor onirique\u00a0: entre r\u00eave et cauchemar<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre de Belleville apparait comme un lieu magique. En effet, d\u00e8s l&rsquo;accueil et la billetterie, un d\u00e9cor bleut\u00e9, orn\u00e9 de dor\u00e9 nous transporte vers un autre monde. La salle du th\u00e9\u00e2tre, tr\u00e8s intimiste, ne comporte que 96 places et permet une proximit\u00e9 spectateurs\/acteurs intense. Le d\u00e9cor utilis\u00e9 pour <i>Le Langage des Cravates<\/i> repr\u00e9sente une salle d&rsquo;attente aseptis\u00e9e, tout de blanc meubl\u00e9e. Des chaises, deux tables, un porte-manteau bancal et une plante verte\u00a0constituent le seul d\u00e9cor sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le monde du travail nous est d\u00e9crit \u00e0 travers trois personnages burlesques qui rappellent l&rsquo;univers de Jacques Tati. Mais cette pi\u00e8ce en huis-clos en devient quelque peu angoissante \u00e0 certains instants. Elle montre au public l&rsquo;omnipr\u00e9sence du travail et de la comp\u00e9tition dans notre monde actuel. Jusqu&rsquo;o\u00f9 sommes-nous pr\u00eats \u00e0 aller pour obtenir un emploi\u00a0? Sophie Gazel a choisi pour th\u00e8me \u00ab\u00a0les nouveaux modes de management, les algorithmes absurdes qui sont aux commandes de nos vies, la dictature des statistiques, la supr\u00e9matie des dipl\u00f4mes qui valorisent les connaissances et les savoirs au d\u00e9triment du savoir-faire et des valeurs humaines [&#8230;]\u00a0\u00bb. Tout cela est mis en sc\u00e8ne par Sophie Gazel qui d\u00e9peint \u00e0 travers des situations comiques et path\u00e9tiques l&rsquo;univers d&rsquo;une entreprise. \u00c9criture de la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0en Espagne en 2012, alors que le pays faisait face \u00e0 la violence d&rsquo;une crise \u00e9conomique et sociale sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>L&rsquo;\u00e9criture \u00ab\u00a0comme un assemblage ludique, qui fait la part belle au rire, \u00e0 l&rsquo;humour d\u00e9cal\u00e9 ainsi qu&rsquo;\u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 savoir rire de nous-m\u00eames\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le bruit joue un r\u00f4le capital dans la pi\u00e8ce\u00a0: musique, pubs, paroles, cris tout s&rsquo;entrem\u00eale parfois jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame pour aboutir \u00e0 un capharna\u00fcm, inaudible pour le public. La performance vocale de Matthieu Beaudin reste tout de m\u00eame \u00e0 souligner. Le burlesque est pr\u00e9sent mais parfois malheureusement trop pr\u00e9sent et le public en vient \u00e0 \u00eatre noy\u00e9 dans une surdose d&rsquo;informations. La musique, les cris, les paroles, les gestes des com\u00e9diens, tout cela pour mettre en lumi\u00e8re une certaine folie, folie produite par le huis-clos qui a pour but de faire monter le stress.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pi\u00e8ce est donc une formidable mise en sc\u00e8ne dans le sens o\u00f9 sans aucun mot, les acteurs arrivent \u00e0 toucher le public et \u00e0 les faire rire. Mais \u00e0 vouloir trop en faire, ils peuvent perdre leur attention. Et si la simplicit\u00e9 \u00e9tait le ma\u00eetre mot\u00a0? Une pi\u00e8ce int\u00e9ressante pour la performance physique des com\u00e9diens, capables d&rsquo;\u00e9mouvoir le public mais quelque peu g\u00e2ch\u00e9e par le \u00ab\u00a0too much\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">L\u00e9a Th\u00e9ry<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Une salle d&rsquo;attente au mobilier blanc immacul\u00e9, une poubelle et une plante verte. Un bureau, des chaises, et une table basse&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous voici plong\u00e9s dans un d\u00e9cor froid et neutre lors d&rsquo;un rendez-vous d&#8217;embauche, o\u00f9 r\u00e8gne concurrence et espoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pi\u00e8ce \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Sophie Gazel en 2012 d\u00e9peint la situation critique de l&rsquo;entreprise, la pression que chacun de nous peut ressentir afin d&rsquo;obtenir un poste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le comique de geste triomphe dans l&rsquo;humour absurde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une musique instrumentale de type \u00ab\u00a0spa\u00a0\u00bb, relaxante, semble hors contexte au premier abord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectateur ressent d&#8217;embl\u00e9e le malaise dans une salle d&rsquo;attente. Une femme en tailleur entre sur sc\u00e8ne, Anna (V\u00e9ronique Joly), et se voit ridiculis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 son jeu d&rsquo;acteur par son angoisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un homme fait ensuite son entr\u00e9e (Matthieu Beaudoin), profil type de l&rsquo;homme en \u00ab\u00a0costard-cravate\u00a0\u00bb, sacoche de bureau, gadgets \u00ab\u00a0made in Japan\u00a0\u00bb : Raoul. Une tension palpable s&rsquo;installe entre les deux concurrents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;apparition fracassante d&rsquo;Esteban (Pablo Contestable) perturbe l&rsquo;action et fait entrer le spectateur dans l&rsquo;illusion des deux premiers personnages : sa gestuelle et son style vestimentaire laissant croire qu&rsquo;il est lui-m\u00eame le \u00ab\u00a0PDG\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Anna et Raoul font leur preuve en copiant chaque faits et gestes d&rsquo;Esteban, allant jusqu&rsquo;\u00e0 lui \u00e9noncer leurs CV respectifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate lorsque ce dernier annonce qu&rsquo;il a rendez-vous, comme eux. L&rsquo;atmosph\u00e8re change enfin : ils deviennent concurrents mais se lient d&rsquo;une complicit\u00e9 impos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, la pression temporelle fait penser au huis-clos <i>Fin de partie<\/i>\u00a0de Beckett. Une attente qui n&rsquo;en finit pas, sans jamais voir le recruteur arriver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, \u00e0 la d\u00e9ception du spectateur -mais d\u00e9fi ambitieux de l&rsquo;auteur- le recruteur ne fera jamais son apparition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, certains moments absurdes -\u00e9change de techniques d\u00e9tente allant jusqu&rsquo;\u00e0 se d\u00e9shabiller et danser dans tout l&rsquo;espace, perdre patience, adopter un comportement de pure hyst\u00e9rie- auraient cr\u00e9\u00e9 une chute m\u00e9morable \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du patron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quelques r\u00e9p\u00e9titions lassent, mais caract\u00e9rise cette pi\u00e8ce et impliquent le public dans l&rsquo;attente interminable du fameux rendez-vous. Par moments, des coupures chronologiques critiquent le monde de l&rsquo;entreprise en les pr\u00e9sentant en train de vendre un produit, pr\u00e9senter leur exp\u00e9rience professionnelle&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De fausses publicit\u00e9s passent parfois aux hauts-parleurs radio, un humour contextuel qui forme des bouleversements dans les actions des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des moments forts sont hilarants, comme l&rsquo;annonce du CV de Raoul \u00e0 la diction rapide, fid\u00e8le \u00e0 Jacques Tati.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui nous emporte dans cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre burlesque r\u00e9side dans le th\u00e8me : caricaturer de fa\u00e7on humoristique notre propre soci\u00e9t\u00e9 est un d\u00e9fi politique et social, tr\u00e8s contemporain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ouvrir les yeux aux gens \u00e0 l&rsquo;auto-d\u00e9rision en utilisant l&rsquo;humour comme vecteur de message soci\u00e9tal est tout \u00e0 fait remarquable et plus efficace, parfois, que la trag\u00e9die. Nous sommes ici contraints \u00e0 voir que notre soci\u00e9t\u00e9 est remplie de pression professionnelle le plus souvent incoh\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pi\u00e8ce d\u00e9crit notre ridicule conventionnel, en faisant passer un merveilleux moment de rire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle s&rsquo;adresse \u00e0 nous tous, pour qui le monde de l&rsquo;entreprise demeure encore aujourd&rsquo;hui une aventure, burlesque mais r\u00e9aliste. Mieux vaut en rire qu&rsquo;en pleurer !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Juliette Saugnac<\/h6>\n<pre>Photo : Th\u00e9\u00e2tre Organic<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | En savoir plus Le langage des cravates est une pi\u00e8ce dont rien que la mise en sc\u00e8ne met mal \u00e0 l&rsquo;aise&#8230; Pari r\u00e9ussi pour Sophie Gazel, avec cette ambiance \u00ab\u00a0d&rsquo;h\u00f4pital\u201d, froide et constitu\u00e9e uniquement de blanc et d&rsquo;acier. 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