{"id":10410,"date":"2017-12-12T20:00:41","date_gmt":"2017-12-12T19:00:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10410"},"modified":"2017-12-12T20:00:41","modified_gmt":"2017-12-12T19:00:41","slug":"cap-au-pire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10410","title":{"rendered":"Cap au pire"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Ath\u00e9n\u00e9e Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet | <a href=\"http:\/\/www.athenee-theatre.com\/saison\/spectacle\/cap_au_pire.htm\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e accueille en cette fin d&rsquo;ann\u00e9e 2017 la performance de Denis Lavant, dirig\u00e9e par Jacques Osinski, sur un texte de Samuel Beckett. Dans la petite salle Christian B\u00e9rard, situ\u00e9e au quatri\u00e8me \u00e9tage, pendant une heure et demie, Denis Lavant se transforme en cr\u00e9ature beckettienne et nous met au d\u00e9fi : <i>Cap au pire<\/i>? ou pas cap?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Encore faut-il d\u00e9finir de quel \u00ab\u00a0pire\u201d il s&rsquo;agit. Tout d&rsquo;abord, dans le &lsquo;pire d\u00e9cor\u201d, l&rsquo;acteur est seul sur une sc\u00e8ne noire, lui-m\u00eame v\u00eatu de noir. Il se tient debout sur un carr\u00e9 de lumi\u00e8re blanche qui semble agresser ses yeux autant que ceux des spectateurs. Derri\u00e8re lui, un mur de drap\u00e9 noir laisse apparaitre en transparence de petites lumi\u00e8res tr\u00e8s faibles qui semblent \u00e9voluer quelque peu durant le spectacle, mais de fa\u00e7on \u00e0 peine perceptible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce d\u00e9cor tr\u00e8s sombre, le \u00ab\u00a0pire acteur\u201d, Denis Lavant, r\u00e9alise une performance singuli\u00e8re. Son non-jeu est remarquable. Pendant une heure et demie, il reste debout, comme immobile. Il n&rsquo;effectue que quelques mouvements de la t\u00eate. Accentu\u00e9s par l&rsquo;\u00e9clairage en contre-plong\u00e9e, l&rsquo;acteur appara\u00eet d\u00e9shumanis\u00e9 et s&rsquo;apparente davantage \u00e0 une cr\u00e9ature qu&rsquo;\u00e0 un homme. Le texte qu&rsquo;il prononce confirme ce ph\u00e9nom\u00e8ne, d&rsquo;autant plus que sa diction alterne les fr\u00e9quences hautes et basses de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re, les ponctuant de silences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce rythme ber\u00e7ant, cette performance donne \u00e0 entendre le \u00ab\u00a0pire texte\u201d de Beckett. Monotone et r\u00e9p\u00e9titif, <i>Cap au pire<\/i> porte bien son titre. Ce long po\u00e8me semble lancer un d\u00e9fi \u00e0 ses lecteurs-spectateurs. Serez-vous cap&rsquo; de tenir jusqu&rsquo;au bout? D&rsquo;\u00e9couter ce r\u00e9cit morcel\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9? Serez-vous cap&rsquo; d&rsquo;accepter de \u00ab\u00a0rater\u201d, \u00ab\u00a0rater encore\u201d, \u00ab\u00a0rater mieux\u201d votre compr\u00e9hension? Ce texte cherche le pire, et pour cause, ce \u00ab\u00a0cap\u201d, dans le titre, n&rsquo;interroge pas seulement les capacit\u00e9s des spectateurs, mais pose le pire comme le cap, l&rsquo;objectif fix\u00e9 pour ce texte. <i>Cap au pire<\/i> semble n&rsquo;exister que par le pire. L&rsquo;\u00e9chec est plac\u00e9 au coeur de cette po\u00e9sie beckettienne en l&rsquo;honneur du pire ; \u00e9chec tant de l&rsquo;existence donc, que du langage qui ne parvient pas \u00e0 avancer vers un mieux. L&rsquo;absence quasiment totale de verbes conjugu\u00e9s en t\u00e9moigne, marquant l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;\u00eatre en tant que sujet d&rsquo;action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 au pire, une heure et demie durant, le spectateur ressort \u00e9prouv\u00e9, presque d\u00e9shumanis\u00e9 lui-aussi de cette exp\u00e9rience. En d\u00e9finitive, cette performance atteint son cap, et parvient \u00e0 extraire du pire le meilleur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Alice Clabaut<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 12 d\u00e9cembre au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e je suis all\u00e9e voir <i>Cap au pire<\/i>, texte de Samuel Beckett, mis en sc\u00e8ne par Jacques Osinski et interpr\u00e9t\u00e9 par Denis Lavant. Voir ce spectacle ressemble un peu aux moments o\u00f9 on allait \u00e0 la messe quand on \u00e9tait petit. Bien s\u00fbr il n&rsquo;y a rien de religieux l\u00e0-dedans mais c&rsquo;est comme si l&rsquo;auteur te disait\u00a0: \u00ab\u00a0assieds-toi, maintenant on va rentrer au plus profond de toi-m\u00eame\u00a0\u00bb. En effet, la pi\u00e8ce d\u00e9bute dans une obscurit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on n\u2019entend que la voix rauque et profonde de Denis Lavant. Ensuite, un peu de lumi\u00e8re appara\u00eet mais ce que nous voyons est tout simplement un homme debout, les bras les longs du corps, la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement baiss\u00e9e qui ne nous regarde pas. Derri\u00e8re lui l&rsquo;obscurit\u00e9 avec des petite lumi\u00e8res \u00e9tincelantes &#8211; peut-\u00eatre cette m\u00e8che dont il est toujours question durant son monologue ? La m\u00e8che n&rsquo;est au fond que cette vie qui est sur le point de s&rsquo;\u00e9teindre et que cet homme, dans sa vieillesse, cherche \u00e0 saisir sans aucune rh\u00e9torique, sans vouloir donner des significations l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y en a pas. Tout ce qu&rsquo;il y a, ce sont des images un peu fades, des phrases brutes qui se r\u00e9p\u00e8tent, une trag\u00e9die tellement sombre qui se transforme en ironie macabre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut \u00eatre bien pr\u00e9par\u00e9 pour voir cette pi\u00e8ce, pour suivre les jeux des mots, les phrases qui se r\u00e9p\u00e8tent, l&rsquo;ennui qui est une partie int\u00e9grante de la trag\u00e9die de la vie qui est mise en sc\u00e8ne. Toutefois, si on a assez de courage et qu&rsquo;on d\u00e9cide que oui on peut passer une heure et quart de notre vie \u00e0 \u00e9couter le silence de notre profondeur, \u00e0 regarder les images de notre inconscient, cette pi\u00e8ce peut \u00eatre une \u00e9motion unique. Et surtout ce qui donne de la valeur au spectacle est certainement une interpr\u00e9tation impeccable et extr\u00eamement pr\u00e9cise de la part de Denis Lavant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Consuelo Ricci<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l&rsquo;intime salle Christian-B\u00e9rard, sous les combles du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e, Jacques Osinski met en sc\u00e8ne jusqu&rsquo;en janvier 2017 la p\u00e9nulti\u00e8me nouvelle de Samuel Beckett, <i>Cap au pire<\/i> (<i>Worstward Ho<\/i>, 1983) avec le tr\u00e8s brillant Denis Lavant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une prouesse de cette magnifique collaboration est de faire du texte extr\u00eame de l&rsquo;auteur irlandais un mat\u00e9riau de th\u00e9\u00e2tre. Et cela fonctionne car il n&rsquo;est question que de corps, de mouvance, d&rsquo;espace, de <i>mauvaise <\/i>perception et de <i>mauvaise<\/i> \u00e9nonciation. Il s&rsquo;agit de tendre ensemble vers le <i>pire\u00a0<\/i>\u00ab jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d\u00e9go\u00fbt\u00e9 pour de bon. Vomir pour de bon. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce m\u00e9ta-livre, Beckett d\u00e9voile son processus cr\u00e9atif. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;histoire mais des limites toujours corrig\u00e9es et repouss\u00e9es par l&rsquo;auteur. Il n&rsquo;y a pas de lieu mais un espace neutre qui s&rsquo;\u00e9tire jusqu&rsquo;\u00e0 des \u00ab\u00a0vastitudes\u00a0\u00bb. Le temps de la parole, de l&rsquo;\u00e9criture, de la pens\u00e9e, c&rsquo;est une m\u00e8che qui se consume jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;\u00e9teindre. Les personnages sont fig\u00e9s dans une r\u00e9p\u00e9tition absurde, dans la peinture d&rsquo;un mouvement, d&rsquo;un d\u00e9tail qui les d\u00e9forment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais comment malmener les limites\u00a0? D&rsquo;abord, ne rien dire nulle part\u00a0: \u00ab <i>Savoir le minimum. [&#8230;] Tout au plus le minime minimum. L&rsquo;imminimisable minime minimum<\/i>. \u00bb Puis, triturer les \u00e9l\u00e9ments, les faire danser sur un air o\u00f9 chacun a son couplet &#8211; le lieu, le corps, le temps, l&rsquo;autre, le vieil homme, l&rsquo;enfant, leurs mains. Mais \u00e0 chaque ressassement, il y a m\u00e9tamorphose. La langue de Beckett est une\u00a0loupe qui d\u00e9forme le r\u00e9el, le rendant absurde. Son style syncop\u00e9 est un v\u00e9ritable hachoir d&rsquo;asynd\u00e8tes, de phrases nominales, d&rsquo; adverbes solitaires &#8211; de temps, d&rsquo;humeur et le fameux \u00ab mal \u00bb qui colle aux verbes qui disent perception et transmission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le metteur en sc\u00e8ne proc\u00e8de \u00e0 une timide tentative de renversement\u00a0lorsque la lumi\u00e8re \u00e9blouit le public \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e en catimini de l&rsquo;acteur, pour laisser la sc\u00e8ne dans la p\u00e9nombre. Choix qui se justifie\u00a0: l&rsquo;espace est effac\u00e9 par la p\u00e9nombre. Il est pourtant dommage de ne pas pouvoir profiter du visage de Denis Lavant, \u00ab <i>forc\u00e9 \u00e0 la fin \u00e0 se mettre et tenir debout<\/i> \u00bb, ombre fig\u00e9e pendant 1h46. Dans cette mise en sc\u00e8ne minimaliste il aurait \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ciable d&rsquo;habiller le visage de l&rsquo;acteur avec un jeu de lumi\u00e8re plus raffin\u00e9. Mais c&rsquo;est sa voix qui porte tout. Il fallait qu&rsquo;elle seule se montre et dresse l&rsquo;univers\u00a0de Beckett : dans la fixit\u00e9 et la p\u00e9nombre qui efface tout jusqu&rsquo;\u00e0 son propre corps, il reste droit comme un piquet, la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e vers le bord de la sc\u00e8ne. Pourtant, l&rsquo;effacement du com\u00e9dien, donne toute sa place \u00e0 l&rsquo;auteur, dans sa recherche solitaire du <i>pire<\/i>. Dans cet espace vide, la voix de Denis Lavant fa\u00e7onne des personnages rendus monstrueux, et dans la d\u00e9ch\u00e9ance du corps, an\u00e9anti de toutes les fa\u00e7ons, il ne reste plus que le verbe. Sa voix colore le texte en passant de fa\u00e7on pr\u00e9cise et surprenante des tonalit\u00e9s chantantes aux tonalit\u00e9s gutturales. Talent et performance qui porte un exercice litt\u00e9raire et technique redoutable. Car malgr\u00e9 ce spectacle de la destruction, l&rsquo;on parvient \u00e0 rire franchement et \u00e0 s\u2019\u00e9lever.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Jeanne Sauton<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Un homme, immobile, dont le corps apparait progressivement \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;exprime, incarne le personnage beckettien de <i>Cap au pire<\/i>. Difficile de commenter une \u00e9criture qui s&rsquo;accouche sans cesse. Une heure durant, la langue prolif\u00e8re, les mots s&rsquo;enchainent, s&rsquo;entrainent, s&rsquo;engendrent. Et la musique dans cette voix se fait. Denis Lavant a cette diction parfaite qui fait r\u00e9sonner les jeux d&rsquo;\u00e9chos d&rsquo;une langue foisonnante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9sonnent ces mots \u00e0 la sortie de la salle\u00a0: \u00ab\u00a0pis, encore\u00a0\u00bb, dans lequel malgr\u00e9 la statique du corps en pr\u00e9sence, se mime la chute. On en tr\u00e9bucherait presque dans l&rsquo;escalier sombre que l&rsquo;on empreinte pour quitter la petite salle du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e. Car <i>Cap au pire<\/i>, c&rsquo;est aussi la dislocation du corps, une progressive disparition, l&rsquo;observation \u00e9tonn\u00e9e de chaque parties d&rsquo;un \u00eatre vou\u00e9 \u00e0 s&rsquo;effacer. C&rsquo;est ainsi que le visage de l&rsquo;acteur \u00e9volue sans que des variations lumineuses ne le redessine\u00a0; seule apparaissent quelques points de lumi\u00e8res sur le fond de la sc\u00e8ne, signalant \u00e7\u00e0 et l\u00e0 des formes dans le noir\u00a0; mais aux prises avec les contorsions que la langue lui impose. Si bien que les joues se creusent, la bouche entraine un menton tr\u00e9buchant, et progressivement, d&rsquo;un mot \u00e0 l&rsquo;autre, la d\u00e9cadence s&rsquo;op\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette pi\u00e8ce nihiliste, on retrouve l&rsquo;humour de Beckett qui s&rsquo;op\u00e8re par le surgissement brutal d&rsquo;un mot, lorsque l&rsquo;absurde sonne. Dans la p\u00e9nombre, alors, s&rsquo;\u00e9tonne-t-on de sourire. De mal en pis, le sublime surgit par cette langue merveilleuse que l&rsquo;on n&rsquo;entendait pas \u00e0 ce degr\u00e9 de complexit\u00e9. Sans cesse les \u00e9chos se cr\u00e9ent. Les mots se vident et se remplissent, se teintent d&rsquo;une couleur nouvelle, libres de leur connotation habituelle, affranchie de leur sens quotidien. On sort de la pi\u00e8ce riche d&rsquo;une langue dont on ne supposait pas qu&rsquo;elle puisse se m\u00e9tamorphoser ainsi, l&rsquo;atmosph\u00e8re prend une densit\u00e9 autre, un peu sombre. Dans les silences, l&rsquo;entend-on encore, ce langage vid\u00e9 de son sens univoque par la scansion de mots qui, sortis de leur forme habituelle, se sont ranim\u00e9s.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Juliette Beillot<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu\u2019est-ce que c\u2019est, le th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Est-ce qu\u2019il peut y avoir du th\u00e9\u00e2tre sans un cadre\u00a0? Est-ce qu\u2019il peut y avoir du th\u00e9\u00e2tre sans intrigue, sans action, sans dialogue, sans d\u2019autres personnages mis \u00e0 part un seul locuteur\u00a0? Est-ce qu\u2019il peut y avoir du th\u00e9\u00e2tre si le spectacle ne consiste qu\u2019en une r\u00e9citation de mots \u00e9corch\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Celles sont les questions qui \u00e9mergent autour de <i>Cap au pire, <\/i>d\u2019apr\u00e8s le roman court exp\u00e9rimental par Samuel Beckett. Comme plusieurs oeuvres de Beckett, le texte s\u2019agit d\u2019un monologue d\u00e9pourvu de contexte et d\u2019intrigue mais plein de r\u00e9p\u00e9titions, de fixations et de jeux de langage. Comme roman le texte est d\u00e9j\u00e0 bizarre, mais adapt\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre il est tout \u00e0 fait d\u00e9concertant. On n\u2019apprend jamais le nom du personnage principal\u00a0; il reste sans nom et sans origine, habill\u00e9 en v\u00eatements noirs simples, disant (ou r\u00e9citant\u00a0?) une s\u00e9rie d\u00e9cousue de mots. Il ne bouge pas. Il n\u2019arr\u00eate pas. On peut parfois discerner certaines de ses fixations, certaines termes et id\u00e9es auxquels il retourne encore et encore, mais en gros le personnage principal ne raconte aucune histoire. Quel est le fil logique qui structure sa parole\u00a0? Y a-t-il un tel fil\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Franchement, il y avait des moments dans cette pi\u00e8ce o\u00f9 je m\u2019ennuyais ou je me sentais compl\u00e8tement perdue. Puisqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019intrigue traditionnelle, il est tr\u00e8s facile de s\u2019enfermer dans sa bulle. Ce texte avant-garde est peut-\u00eatre mieux adapt\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature, o\u00f9 l\u2019on peut examiner la structure de la parole du personnage principal hors de temps r\u00e9el, qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 la parole continue tr\u00e8s vite, sans occasion d\u2019examiner vraiment les rapports entre les mots. Mais ce que la pi\u00e8ce fait bien, c\u2019est d\u2019interroger les limites du th\u00e9\u00e2tre et de la performance. Comme je dis auparavant, <i>Cap au pire <\/i>manque de cadre, d\u2019action, de dialogue\u00a0; la pi\u00e8ce est presque une simple narration. Le personnage principal est-il personnage ou porte-parole\u00a0? Joue-t-il un r\u00f4le ou r\u00e9cite-il un texte \u00e9crit par autrui\u00a0? C\u2019est l\u00e0 \u00e0 la fronti\u00e8re entre la litt\u00e9rature et le th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 cette adaptation du roman court se situe, et ces questions qui restent apr\u00e8s la fin du spectacle sont peut-\u00eatre l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus int\u00e9ressant du spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Whitney Shay<\/h6>\n<pre>Photo : Nathalie Sternalski<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Ath\u00e9n\u00e9e Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet | En savoir plus Le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e accueille en cette fin d&rsquo;ann\u00e9e 2017 la performance de Denis Lavant, dirig\u00e9e par Jacques Osinski, sur un texte de Samuel Beckett. 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