{"id":10414,"date":"2017-10-11T20:00:24","date_gmt":"2017-10-11T18:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10414"},"modified":"2017-10-11T20:00:24","modified_gmt":"2017-10-11T18:00:24","slug":"haute-surveillance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10414","title":{"rendered":"Haute surveillance"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/haute-surveillance\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px;\">Le service culturel de la facult\u00e9 des lettres de Sorbonne Universit\u00e9 a permis aux \u00e9tudiants en bi-cursus Sciences Po\/ Sorbonne Universit\u00e9 d&rsquo;assister le 11 octobre 2017 \u00e0 la repr\u00e9sentation de <em>Haute Surveillance<\/em> de Jean Genet au Studio Th\u00e9\u00e2tre de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Suite \u00e0 cette repr\u00e9sentation, une rencontre avec le metteur en sc\u00e8ne C\u00e9dric Gourmelon a eu lieu le 16 octobre.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Haute surveillance<\/em> est une pi\u00e8ce simple (trois hommes enferm\u00e9s) ou impossible \u00e0 raconter. Jean Genet initia la r\u00e9daction du texte au centre p\u00e9nitentiaire de Fresnes en 1942 et le retravailla jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie en 1985. Trois hommes donc:\u00a0 le premier \u00ab Yeux verts \u00bb (S\u00e9bastien Pouderoux), figure charismatique, est un assassin v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par deux d\u00e9linquants \u00a0Maurice (Christophe Montenez) , gueule d\u2019ange \u00e0 la beaut\u00e9 troublante, et Lefranc (J\u00e9r\u00e9my Lopez), le seul \u00e0 ne pas \u00eatre analphab\u00e8te, qui a le privil\u00e8ge de lire et r\u00e9diger la correspondance entre le ca\u00efd et sa femme , l\u2019absente, objet du fantasme commun. D\u00e8s le d\u00e9but, \u201cil y\u2019en a un de trop\u201d, et le meurtre, pr\u00e9sence latente qui obs\u00e8de les trois d\u00e9tenus, finira par surgir dans l\u2019\u00e9troitesse de la cellule. (&#8230;)<\/p>\n<p>Il aurait \u00e9t\u00e9 tentant pour le metteur en sc\u00e8ne de compenser l\u2019herm\u00e9tisme partiel du texte par une mise en sc\u00e8ne \u201cth\u00e9\u00e2tralisante\u201d \u00e0 souhait. Or, C\u00e9dric Gourmelon qui a d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 <u>Haute surveillance<\/u> \u00e0 plusieurs reprises, a choisi un parti-pris oppos\u00e9. Ses personnages entrent en sc\u00e8ne align\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, leurs visages unis par un mince faisceau de lumi\u00e8re bleue. Ils prononcent leurs r\u00e9pliques avec solennit\u00e9 comme on le ferait d\u2019un chant fun\u00e8bre. Le sobri\u00e9t\u00e9 de la sc\u00e8ne r\u00e9v\u00e8le la po\u00e9sie de l\u2019\u00e9criture de Genet, nue, absolue. Au fond, comme le r\u00e9v\u00e8le C\u00e9dric Gourmelon, toute la pi\u00e8ce aurait pu tenir dans cette sc\u00e8ne ouverture. Car, la po\u00e9sie du texte rend d\u00e9risoire le reste. Y compris compris l\u2019action, l\u2019assassinat de Maurice, d\u00e9nouement cousu de fil blanc ; y compris la prison m\u00eame. Les barreaux de la cellule n\u2019ont d\u2019importance qu\u2019en tant qu\u2019ils nourrissent les fantasmes des personnages. Les moments les plus intenses de la pi\u00e8ce sont sans doute ceux o\u00f9 les personnages parviennnent \u00e0 un \u00e9tat de gr\u00e2ce extraordinaire, certainement religieux, par la parole. Il en va ainsi du bref \u00e9pisode de la gal\u00e8re par Lefranc et surtout la r\u00e9miniscence du crime par Yeux-verts. Les planches du th\u00e9\u00e2tre se d\u00e9placent doucement vers l\u2019autel d\u2019une messe, o\u00f9 le crime est \u00e9rig\u00e9 en saintet\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Am\u00e9lie<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Une faible lumi\u00e8re sur la bouche de Lefranc et l\u2019ombre qui s\u2019agite dans l\u2019oreille de Maurice\u00a0: la relation entre les deux, d\u00e8s le d\u00e9but, est au c\u0153ur de la pi\u00e8ce. L\u2019espace est clos, une cellule rectangulaire, d\u2019o\u00f9 personne ne sort. Seul le gardien est libre et apporte un peu d\u2019air\u00a0: c\u2019est le ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie, ses gestes lents et pos\u00e9s, qui balaient le li\u00e8ge noir du sol pour d\u00e9voiler l\u2019espace, rompent avec l\u2019agitation de Lefranc\u00a0; une cigarette et de la fum\u00e9e se d\u00e9tachent du noir. Peu \u00e0 peu elle disparait\u00a0: la seule dimension verticale de la pi\u00e8ce retombe dans l\u2019horizontalit\u00e9. L\u2019espace est sans fen\u00eatre, sans porte, sans issue. Cette cigarette est une \u00e9chappatoire comme un objet de tensions et de convoitises\u00a0: un lien sp\u00e9cial existe entre Yeux-Verts et le gardien, ils se la partagent, ils se regardent et se tutoient. Lefranc est seul, isol\u00e9, et doit s\u2019imposer. Pas de place, pas d\u2019air, pas de lumi\u00e8re\u00a0: on tourne en rond, on s\u2019\u00e9nerve, on s\u2019allonge. Les \u00e9motions ne peuvent vivre r\u00e9ellement, l\u2019enfermement du corps est aussi celui de l\u2019esprit.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Les duos se nouent puis se d\u00e9font au sein du trio. Quand l\u2019\u00e9quilibre se forme, il est rapidement rompu par une nouvelle tension, un nouvel \u00e9nervement. Les rapports de force s\u2019inversent\u00a0et quand Lefranc hait Maurice, il lui pr\u00eate quand m\u00eame ses affaires pour le prot\u00e9ger du froid. La dimension charnelle des affrontements se ressent\u00a0: Lefranc se colle \u00e0 Maurice pour l\u2019affronter et celui-ci, presque d\u00e9nud\u00e9, lui chuchote dans l\u2019oreille. Comme l\u2019explique le metteur en sc\u00e8ne, C\u00e9dric Gourmelon, l\u2019homosexualit\u00e9 est pr\u00e9sente, tenace mais non-assum\u00e9e, presque taboue. Elle semble invisible alors que tout tourne autour de cette proximit\u00e9 physique, \u00e0 la fois \u00e9touffante mais \u00e9galement synonyme d\u2019un rapprochement incontournable.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Les rep\u00e8res au sein de la cellule sont difficiles \u00e0 cerner, les coins arrondis brisent notre repr\u00e9sentation visuelle de l\u2019espace, si \u00ab\u00a0<em>tout se passe comme dans un r\u00eave\u00a0<\/em>\u00bb, tel que le voulait Jean Genet dans sa didascalie introductive, alors seul le r\u00eave permet de sortir de l\u2019emprisonnement. Dans sa danse, dans l\u2019extase euphorique port\u00e9e par la musique qui va crescendo, Yeux-Verts sort de la cellule, se rapproche du public et t\u00e9moigne de mani\u00e8re touchante de l\u2019universalit\u00e9 et de l\u2019absolu de ce qu\u2019il repr\u00e9sente.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Samuel<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Le premier mouvement est un geste de lumi\u00e8re. Plong\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9, la sc\u00e8ne enti\u00e8re comme les rideaux qui la terminent sont d\u2019un noir l\u00e9ger, feutr\u00e9. Un homme entre, aux mouvements amples et lents. Avec son balai, il \u00e9carte des copeaux de li\u00e8ges peints en noir, dispos\u00e9s comme du sable, qui, m\u00eame regard\u00e9s de tr\u00e8s pr\u00e8s, forment une mati\u00e8re indistincte et sombre. Sous le balai du gardien, une clart\u00e9 se laisse tracer. On ne sait pas encore si c\u2019est la lumi\u00e8re qui appara\u00eet, ou l\u2019ombre qui s\u2019\u00e9carte. Le balai continue \u00e0 s\u2019agiter doucement en silence. La mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e ne cessera de jouer des origines\u00a0: d\u2019o\u00f9 vient l\u2019ombre\u00a0; o\u00f9 s\u2019arr\u00eate la lumi\u00e8re\u00a0? L\u2019homme, gardien de cellule, sort de sc\u00e8ne. La cellule a pris son allure d\u00e9finitive sous la forme d\u2019un carr\u00e9 qui se distingue de l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p>Le noir et le blanc suffisent comme gamme chromatique. L\u2019\u00e9clairage est horizontal lorsqu\u2019il vient du dehors\u00a0; c\u2019est le gardien qui parfois, s\u2019invite au drame. La lumi\u00e8re n\u2019est alors que parcellaire, elle se partage encore sur le visage des trois acteurs. Verticale une fois l\u2019espace d\u00e9finitivement clos sur lui-m\u00eame, elle est le jeu propre de la cellule, l\u2019\u00e9conomie du drame. Jusqu\u2019au meurtre elle est blanche, elle montre chacun, elle r\u00e9duit les ombres. Elle prend par la suite une teinte charnelle, elle peint le lyrisme et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des chairs, le <em>moment <\/em>du meurtre. Soudainement, elle est frontale, violente, elle \u00e9crase les acteurs, tous les contrastes meurent avec Maurice\u00a0: la lumi\u00e8re impose l\u2019extr\u00eame r\u00e9el, l\u2019extr\u00eame vanit\u00e9 du meurtre. Entre temps, la fum\u00e9e d\u2019une cigarette a dessin\u00e9 l\u2019insoutenable densit\u00e9 de l\u2019air.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9ment<\/h6>\n<hr \/>\n<p>(&#8230;) L\u2019arriv\u00e9e des personnages m\u2019a (\u00e9galement) marqu\u00e9e\u00a0: partant de la gauche de la sc\u00e8ne, ils entrent doucement, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, dans la cellule imaginaire trac\u00e9e par le surveillant. Les lumi\u00e8res sont tamis\u00e9es, et ils s\u2019avancent doucement sur le devant de la sc\u00e8ne, en ligne. Alors qu\u2019ils se mettent \u00e0 parler, les lumi\u00e8res s\u2019ajustent, et seules leurs bouches sont \u00e9clair\u00e9es\u00a0: d\u00e8s lors, se concentrer sur le texte devenait naturel, et je pouvais facilement l\u2019entendre, le comprendre. Les acteurs se parlent, s\u2019\u00e9coutent, se r\u00e9pondent, sans m\u00eame se regarder\u00a0: alors que cette sc\u00e8ne pourrait sembler artificielle, elle paraissait \u00e9trangement naturelle, \u00e0 tel point que je me suis demand\u00e9e s\u2019ils allaient continuer longtemps \u00e0 jouer ainsi\u00a0; j\u2019ai donc \u00e9videmment trouv\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ressant le fait que C\u00e9dric Gourmelon nous ait dit lui-m\u00eame que la pi\u00e8ce aurait pu se d\u00e9rouler enti\u00e8rement de cette fa\u00e7on. Apr\u00e8s une premi\u00e8re sc\u00e8ne po\u00e9tique esth\u00e9tiquement parlant s\u2019ajoutaient donc ces premiers dialogues qui le devenaient \u00e9galement par cette mise en sc\u00e8ne qui m\u2019a sembl\u00e9 particuli\u00e8rement efficace. En effet, s\u2019il y a bien une chose qui m\u2019a plu dans cette mise en sc\u00e8ne de <u>Haute surveillance<\/u>, c\u2019est l\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale de po\u00e9sie qui s\u2019en d\u00e9gageait\u00a0; les lumi\u00e8res changeantes, la sc\u00e8ne o\u00f9 Yeux Vert et le surveillant fument en laissant danser la fum\u00e9e au-dessus d\u2019eux\u2026 Une impression de po\u00e9sie qui a, selon moi, atteint son paroxysme lors du r\u00e9cit du crime de Yeux Verts\u00a0: accompagn\u00e9 d\u2019une musique, il d\u00e9clame comme un po\u00e8me le crime qui semble le poss\u00e9der encore, d\u2019un d\u00e9bit rapide et assur\u00e9, dans un lyrisme excessif qui m\u2019a paru presque hypnotisant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Leeloo<\/h6>\n<pre>Photo : Vincent Pontet<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | En savoir plus Le service culturel de la facult\u00e9 des lettres de Sorbonne Universit\u00e9 a permis aux \u00e9tudiants en bi-cursus Sciences Po\/ Sorbonne Universit\u00e9 d&rsquo;assister le 11 octobre 2017 \u00e0 la repr\u00e9sentation de Haute Surveillance de Jean Genet au Studio Th\u00e9\u00e2tre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10415,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,21,4],"tags":[],"class_list":["post-10414","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-comedie-francaise","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10414","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10414"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10414\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10414"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10414"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10414"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}