{"id":10555,"date":"2018-01-16T21:00:24","date_gmt":"2018-01-16T20:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10555"},"modified":"2018-01-16T21:00:24","modified_gmt":"2018-01-16T20:00:24","slug":"were-pretty-fuckin-far-from-okay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10555","title":{"rendered":"We&rsquo;re pretty fuckin&rsquo; far from okay"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | <a href=\"http:\/\/www.theatre-bastille.com\/saison-17-18\/les-spectacles\/were-pretty-fuckin-far-from-okay\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>We\u2019re pretty fuckin\u2019 far from okay<\/em> est une chor\u00e9graphie th\u00e9\u00e2trale cr\u00e9\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre danseuse belge, Lisbeth Gruwez. \u00abTh\u00e9\u00e2trale\u00bb, parce que la danse qui nous a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e ce mardi 16 janvier au th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, \u00e9tait charg\u00e9e d\u2019une intensit\u00e9 \u00e9motionnelle tr\u00e8s forte : chaque geste raconte une histoire, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un tr\u00e8s lent repli des mains sur les jambes inqui\u00e8tes des performeurs &#8211; simplement assis sur des chaises au d\u00e9but du spectacle -, ou bien d\u2019une succession de mouvements fr\u00e9n\u00e9tiques connotant l\u2019angoisse grandissante des deux protagonistes. La performance est d\u2019autant plus fascinante qu\u2019elle est effectu\u00e9e avec une ma\u00eetrise du corps sensationnelle, que l\u2019on remarque par la gr\u00e2ce constante des deux danseurs tout au long de la repr\u00e9sentation, quels que soient le rythme, l\u2019intensit\u00e9, ou l\u2019ampleur des mouvements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette chor\u00e9graphie th\u00e9\u00e2trale s\u2019est donn\u00e9e pour objet une description de la peur, mais c\u2019est bien au-del\u00e0 que nous m\u00e8ne cette heure de spectacle. Si, en nous installant sur notre si\u00e8ge, nous notons que Lisbeth et son partenaire, Wannes Labath, sont assis tout comme nous, attendant que \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb commence, nous remarquons tous ensuite la lumi\u00e8re qui s\u2019\u00e9teint lentement ainsi qu\u2019un changement au niveau du son. C\u2019est que deux micros extr\u00eamement sensibles pendent au-dessus de la sc\u00e8ne, et ils capturent tous les sons de la salle et les rediffusent instantan\u00e9ment en leur ajoutant un \u00e9cho. Si au d\u00e9but, nous ressentons une certaine g\u00eane \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la toux des spectateurs prenne ainsi autant d&rsquo;ampleur, nous comprenons par la suite que la chose est totalement int\u00e9gr\u00e9e dans la repr\u00e9sentation : gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9verb\u00e9ration de nos propres bruits, Lisbeth Gruwez nous a tous emport\u00e9s dans une sorte de monde caverneux, auquel on croit, et dans lequel nous nous sentons nous aussi un peu angoiss\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous assistons alors \u00e0 trois grands mouvements dans cette chor\u00e9graphie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le premier, chaque danseur, assis sur sa chaise, explore doucement des parties de son corps, comme s\u2019auscultant avec pr\u00e9caution, alors qu\u2019on entend dans le fond des soupirs lents et profonds. Les interpr\u00e8tes ne se regardent pas : chacun semble dans sa bulle, \u00e0 essayer de sentir par le toucher les zones de leurs corps. Le son augmente. Les mouvements des danseurs gagnent en ampleur et en intensit\u00e9. Ils semblent alterner entre des moments de panique mais aussi de jouissance, qui sont aussi bien les uns que les autres rendus par des mouvements fr\u00e9n\u00e9tiques. Un d\u00e9but de relation semble se tisser entre eux lorsque leurs mouvements se synchronisent, et pourtant ils ne se regardent toujours pas. Des notes au piano surgissent alors que les soupirs sont diffus\u00e9s \u00e0 un volume maximal. On s\u2019\u00e9meut alors de la puissance tragique du moment en observant ces pauvres corps gesticulant en vain sous une telle puissance sonore qui les transcende.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Puis, Lisbeth arr\u00eate tout. Elle l\u00e8ve les deux mains en l\u2019air, comme pour dire \u00ab\u00a0stop\u00a0\u00bb. La musique s\u2019arr\u00eate net. La lumi\u00e8re change aussi, pour faire place \u00e0 une lumi\u00e8re plus blanche et plus froide. Les danseurs nous regardent. \u00ab\u00a0On arr\u00eate, on est parti trop loin\u00a0\u00bb semblent-ils dire : tout cela n\u2019est que du th\u00e9\u00e2tre, il n\u2019y a pas \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter. Nous sommes l\u00e0, ensemble, rien de grave ne va se passer. Lisbeth Gruwez \u00e9tablit ainsi dans la deuxi\u00e8me partie de son spectacle une premi\u00e8re relation humaine, apr\u00e8s ce premier mouvement fait dans l\u2019intimit\u00e9, comme entre quatre murs. Le quatri\u00e8me mur bris\u00e9, nous pouvons d\u00e9sormais \u00eatre ensemble. Une fois que le contact avec le public est op\u00e9r\u00e9, le contact entre les deux danseurs peut se faire \u00e9galement. Un rapport doux et tendre au d\u00e9but, rassurant. Mais bient\u00f4t les sons reviennent, et ce qui d\u00e9butait comme un enlacement se transmue rapidement en une lutte f\u00e9roce entre deux \u00eatres qui semblent chacun se pousser vers le fond de la sc\u00e8ne, qu\u2019on voit se refermer extr\u00eamement lentement, avec deux rideaux noirs coulissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une fois les rideaux du fond ferm\u00e9, les deux personnages semblent alors cloisonn\u00e9s, non plus comme la derni\u00e8re fois, o\u00f9 ils ne se rendaient pas compte de leur enfermement : cette fois, il semblerait que l\u2019on assiste \u00e0 une sorte de crise de claustrophobie, quoique le mot soit trop fort pour exprimer ces mouvements encore une fois brillants par leur gr\u00e2ce et leur limpidit\u00e9. La sensation d\u2019enfermement s\u2019intensifie quand la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9loigne peu \u00e0 peu du public, et oblige les protagonistes \u00e0 aller se plaquer contre le mur du fond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien que leur vie se r\u00e9sume en une peur constante, toujours, ces \u00eatres s\u2019accrochent \u00e0 cette vie terrible. On se doute, lorsque la lumi\u00e8re se tamise lentement, que cette histoire n\u2019est pas termin\u00e9e, et que nos deux amis vont sans doute revivre des moments de rencontre puis des p\u00e9riodes d\u2019enfermement, des instants de joie et de peur, une alternance entre joie et peine, pour toujours, ind\u00e9finiment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, qui nous a d\u2019abord l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9plu, du fait de la petitesse de son hall et du plafond tr\u00e8s bas dans la salle, du c\u00f4t\u00e9 du public, ce th\u00e9\u00e2tre donc nous a finalement, d\u00e8s les premi\u00e8res secondes du spectacle, plong\u00e9 dans un autre monde, tr\u00e8s saisissant. Nous les remercions pour avoir donn\u00e9 l\u2019occasion de diffuser cette tr\u00e8s belle chor\u00e9graphie, tout comme nous remercions le Service culturel de la Sorbonne de nous avoir offert les places pour cette belle repr\u00e9sentation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Rapha\u00ebl Rouzet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Je n&rsquo;aime pas lire les synopsis. En tout cas, pas dans le d\u00e9tail, et surtout pas pour la danse. Si on ne comprend pas ce dont il est question, si on ne ressent pas ce que les artistes essaient de nous communiquer, alors quelque chose n&rsquo;a juste pas march\u00e9\u00a0; le synopsis ne doit pas \u00eatre la grille de lecture \u00e0 calquer sur la performance pour en saisir la substance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La compagnie Voetvolk pr\u00e9sente son spectacle <i>We are pretty fuckin&rsquo; far from okay<\/i> au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, dans la tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e rue de la Roquette. La salle du bas est assez petite, mais tr\u00e8s longue\u00a0: la sc\u00e8ne est impressionnante, les dispositifs techniques sont dernier cri. Pendant la repr\u00e9sentation, le travail de l&rsquo;espace est notable, avec une utilisation raisonn\u00e9e du fond ouvrant, des spots lumineux. Le d\u00e9cor est tr\u00e8s sobre (deux chaises, un \u00e9cran de fond). Les danseurs sont deux, et seuls \u00e0 la fois\u00a0: dans leur d\u00e9tresse, leur parano\u00efa. M\u00eame quand ils s&rsquo;accrochent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, c&rsquo;est pour mieux se sauver eux-m\u00eames. Le mouvement ne rendrait pas de la m\u00eame fa\u00e7on sans les costumes, simplement parfaits\u00a0: dans les tons sables, ils se plissent comme une peau fatigu\u00e9e, ils s&rsquo;\u00e9tirent de plusieurs dizaines de centim\u00e8tres dans un effet quasi surnaturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et pourtant, il y a cette bande son, qui demande un exercice technique exigeant aux danseurs pour la suivre \u00e0 la seconde pr\u00e8s. Des hal\u00e8tements sont enregistr\u00e9s, sur fond de musique tant\u00f4t douce, tant\u00f4t inqui\u00e9tante. Les danseurs se livrent avec tout ce qu&rsquo;ils ont de plus visc\u00e9ral, \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb selon la brochure mais je dirais \u00ab\u00a0angoisse\u00a0\u00bb, fuite de et lutte contre quelque chose qu&rsquo;ils ne connaissent pas. Pas de parole, bien s\u00fbr\u00a0: ne reste que la t\u00e9tanie, captur\u00e9e par ce dernier mouvement de recul inexorable jusqu&rsquo;\u00e0 se plaquer contre le fond, les yeux pliss\u00e9s par la puissance des spots. Il cl\u00f4t la performance apr\u00e8s trois tableaux\u00a0: un premier o\u00f9 les danseurs sont comme d\u00e9tenus, assis sur des chaises, paniquant progressivement\u00a0; un second o\u00f9 ils se tiennent furieusement l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, sans trouver d&rsquo;exutoire\u00a0; un dernier de retour \u00e0 la panique pure, aux mouvements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s fr\u00e9n\u00e9tiquement. Et si la tension \u00e9tait palpable, si les danseurs se donnaient dans leur ma\u00eetrise et leur d\u00e9contr\u00f4le, mon seul soulagement rythmait l&rsquo;avanc\u00e9e des plans. Il ne suffit pas d&rsquo;augmenter le son jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les d\u00e9cibels soient insupportables pour m&rsquo;impliquer. Pari rat\u00e9, Voetvolk, vous m&rsquo;avez laiss\u00e9 sur le pas de la porte.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Victoria Brun<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Lisbeth Gruwez est une chor\u00e9graphe connue pour ses spectacles de danse contemporaine. De sa premi\u00e8re cr\u00e9ation, en 2007, <i>Forever Overhead<\/i> avec la compagnie Voetvolk, \u00e0 sa derni\u00e8re cr\u00e9ation <i>We&rsquo;re pretty fuckin&rsquo; far from okay<\/i>, cette jeune belge cherche \u00e0 m\u00ealer composition dans\u00e9e et musicale avec une esth\u00e9tique inspir\u00e9e du <i>street style<\/i>. \u00ab\u00a0<i>La danse comme simple m\u00e9thode n&rsquo;est plus suffisante \u00e0 la cr\u00e9ation. La danse contemporaine ne peut plus \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de la performance dans son sens large. Nous pensons que pour atteindre ce qui doit \u00eatre dit, tous les aspects de notre pratique physique doivent \u00eatre envisag\u00e9s<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Effectivement, dans cette cr\u00e9ation, le spectateur est immerg\u00e9 pendant une heure dans une ambiance oppressante et angoissante. Le plateau ne contient que deux chaises, pour un couple de danseurs, et un mur coulissant en fond de sc\u00e8ne. Le jeu de lumi\u00e8re est tr\u00e8s simple mais les transitions ont \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9s pour surprendre. La lumi\u00e8re d\u00e9finit aussi l&rsquo;espace de danse. Dans les douches, les mouvements sont verticaux, tr\u00e8s restreints. Puis les projecteurs dessinent un carr\u00e9 au sol \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur duquel le couple interagit avec son partenaire. Le dernier tableau engage les deux performeurs en un combat contre l&rsquo;obscurit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette recherche minimaliste est pouss\u00e9 mais dans l&rsquo;ambiance sonore. Lisbeth Gruwez tente de nous surprendre avec des ruptures incontr\u00f4l\u00e9es. Ainsi, nous partons du silence vers une cacophonie qui correspond au tourment int\u00e9rieur des danseurs. La progression se fait sur un bourdon grave. Sur les changements de tableau, un nouveau son s&rsquo;ajoute en amplifiant la surdit\u00e9 des spectateurs. On a l&rsquo;impression de ressentir avec les danseurs, l&rsquo;angoisse avec un sentiment tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able. L&#8217;emploi d&rsquo;artifice comme des micros-penderies ou des boucles textuelles surprennent notre audition mais pas dans l&rsquo;instant. Par exemple des le d\u00e9but du spectacle les micros sont install\u00e9s. Ils captent les sons de la salle avant de les renvoyer en \u00e9cho. Il a fallu que quelqu&rsquo;un chuchote pour se rendre compte du syst\u00e8me, alors que des personnes ont touss\u00e9 tout du long avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toute cette mise en sc\u00e8ne nous fait oublier les danseurs. Une femme et un homme, ayant le m\u00eame costume blanc et rose p\u00e2le exp\u00e9rimentent les mouvements de peur, d&rsquo;angoisse. Cette exploration part du corps dans un mouvement respiratoire, pour s&rsquo;ext\u00e9rioriser dans un dessin fluide sans discontinuit\u00e9. Puis le rythme s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re vers des mouvements saccad\u00e9s et petits. Ce jeu des contraires se voit m\u00eame dans leur danse en couple o\u00f9 ils se d\u00e9couvrent avec une grande d\u00e9licatesse. Puis les corps se repoussent en s&rsquo;\u00e9lan\u00e7ant comme des aimants. Il est compliqu\u00e9 de percevoir la subtilit\u00e9 des transitions ou des mouvements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sans en \u00eatre habitu\u00e9. Mais on sent un investissement int\u00e9rieur, corporel des danseurs. Parfois, c&rsquo;est exag\u00e9r\u00e9 et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Les ruptures de rythme sont longues ou molles et dans des passages o\u00f9 la lenteur est tr\u00e8s soutenue, on n&rsquo;est plus captiv\u00e9 par le minimalisme de la situation. Sauf lorsqu&rsquo;on se rend compte qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment a chang\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Said Heniau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>We&rsquo;re Pretty Fuck\u0131n&rsquo; Far From Okay<\/em> est l&rsquo;un de exemple qui nous montrent ce qu&rsquo;est le sens de l&rsquo;art de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">2 danseurs repr\u00e9sentent l&rsquo;existence de l&rsquo;humanit\u00e9 dans ce monde et la recherche de la mesure de la vie. Leur chor\u00e9graphie de <i>strugling<\/i> et de douleurs sont le symbole de nos r\u00eaves bris\u00e9s et de la tristesse que nous avons. Perdre la libert\u00e9 et ressentir la douleur de frapper les fronti\u00e8res que nous avons cr\u00e9\u00e9es dans notre vie sont des id\u00e9es cl\u00e9s de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Utiliser l&rsquo;obscurit\u00e9 et la lumi\u00e8re blanche sur la sc\u00e8ne est aussi le symbole de l&rsquo;espoir que nous avons toujours dans nos esprits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce n&rsquo;est pas une com\u00e9die de pi\u00e8ce joyeuse mais ce sont de vraies \u00e9motions que nous vivons dedans.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Alper Dincel<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Mardi 16 Janvier 2018, je me suis rendue \u00e0 la repr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0<em>We&rsquo;re pretty fuckin&rsquo; far from okay<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 21h au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9sentait de la danse contemporaine sur le th\u00e8me de l&rsquo;angoisse. Je me suis trouv\u00e9e au fond d&rsquo;une petite salle, sur sc\u00e8ne, deux personnages assis sur des chaises dans la p\u00e9nombre attendaient avant m\u00eame le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un jeu de lumi\u00e8res donnait \u00e0 la sc\u00e8ne une ambiance particuli\u00e8re durant tout le spectacle. La chor\u00e9graphie s&rsquo;ouvrit sur une danse assise et diff\u00e9rente entre les deux personnages. Ils \u00e9voluaient avec des mouvements parfois amples et parfois restreints, recroquevill\u00e9s. Il n&rsquo;y avait pas de musique, des sons provenant de toute la pi\u00e8ce et al\u00e9atoires \u00e9mergeaient sans que l&rsquo;on s&rsquo;y attende, des c\u00f4t\u00e9s, du fond de la salle, du dessus&#8230; Des toussotements, que j&rsquo;ai d&rsquo;abord pris pour ceux de spectateurs, des hal\u00e8tements, qui surgissaient et de plus en plus rapidement et fortement dans tout l&rsquo;espace, jusqu&rsquo;\u00e0 en devenir insupportables et effrayants. Deux spectateurs derri\u00e8re moi sont d&rsquo;ailleurs sortis de la pi\u00e8ce lorsque les sons atteignaient leur paroxysme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je me suis sentie \u00e0 la fois angoiss\u00e9e et \u00e9touff\u00e9e mais \u00e9galement hypnotis\u00e9e par ces personnages qui reproduisaient certains gestes que j&rsquo;avais moi-m\u00eame envie de faire pour ext\u00e9rioriser mes \u00e9motions face \u00e0 ces sons. Aux moments o\u00f9 ceux-ci se stoppaient, je ressentis \u00e9galement un profond soulagement et un sentiment de lib\u00e9ration intense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La chor\u00e9graphie \u00e9volua ensuite sur un autre tableau, des panneaux lumineux nous \u00e9clairaient du fond de la sc\u00e8ne. Les personnages \u00e9taient cette fois-ci debout et deux panneaux se refermaient peu \u00e0 peu sur ces lumi\u00e8res de chaque c\u00f4t\u00e9 pour ensuite r\u00e9duire l&rsquo;espace sc\u00e9nique des danseurs. La lumi\u00e8re s&rsquo;assombrissait graduellement durant ces instants. Tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes coupl\u00e9s aux danses inqui\u00e9tantes et communes des personnages nous permettaient de vivre l&rsquo;exp\u00e9rience unique d&rsquo;\u00eatre spectateur et acteurs en exp\u00e9rimentant les sensations d&rsquo;enfermement, de claustrophobie, de malaise, de peur et d&rsquo;angoisse tout en restant happ\u00e9s par les danseurs mouvant devant nos sens en \u00e9veil.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">L\u00e9a Memain<\/h6>\n<pre>Photo : Luc Depreitere<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | En savoir plus We\u2019re pretty fuckin\u2019 far from okay est une chor\u00e9graphie th\u00e9\u00e2trale cr\u00e9\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre danseuse belge, Lisbeth Gruwez. \u00abTh\u00e9\u00e2trale\u00bb, parce que la danse qui nous a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e ce mardi 16 janvier au th\u00e9\u00e2tre de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10529,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,6,42],"tags":[],"class_list":["post-10555","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-danse","category-theatre-de-la-bastille"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10555\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}