{"id":10557,"date":"2018-01-15T20:00:49","date_gmt":"2018-01-15T19:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10557"},"modified":"2018-01-15T20:00:49","modified_gmt":"2018-01-15T19:00:49","slug":"a-love-supreme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10557","title":{"rendered":"A love supreme"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/spectacle-ssanchisatdekeersmaekeralovesupreme-1160\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Au d\u00e9but, c\u2019est le silence. Un homme seul court d\u2019un coin \u00e0 l\u2019autre de la salle, s\u2019arr\u00eate, les yeux lev\u00e9s. Ses gestes sont comme habit\u00e9s, souvent simples et lents, avec, parfois, une acc\u00e9l\u00e9ration qui essouffle le danseur. On observe, on attend, on s\u2019interroge\u00a0: on nous avait promis du Coltrane, de la danse improvis\u00e9e sur <i>A Love Supreme<\/i>, \u00e0 quoi rime ce jeu de mime\u00a0? Et puis, comme le dit dignement, et tr\u00e8s fort, une \u00e9l\u00e9gante dame un rang devant nous \u00ab\u00a0<i>on commence quand m\u00eame \u00e0 se faire chier, l\u00e0\u00a0!<\/i>\u00a0\u00bb. Puis viennent les tableaux\u00a0: les danseurs sont maintenant quatre, et encha\u00eenent de curieux port\u00e9s qui \u00e9voquent \u2013 ou est-ce seulement d\u00fb \u00e0 notre imagination\u00a0? &#8211; l\u2019iconographie religieuse. Toujours pas de musique, mais quelque chose na\u00eet en nous, non plus de l\u2019attente, mais une forme d\u2019esp\u00e9rance, le d\u00e9but, tout d\u00e9but d\u2019une \u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le saxophone de Coltrane retentit, et \u00e9claire comme \u00e0 rebours les gestes qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. On ne peut pas parler de bande son d\u00e9cal\u00e9e, seulement la musique remplit \u00e0 ce point l\u2019espace qu\u2019on oublierait presque que les premi\u00e8res s\u00e9quences se sont faites sans musique\u00a0: elles \u00e9taient, d\u00e9j\u00e0, habit\u00e9es par cette musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chaque danseur suit d\u00e9sormais sa propre partition\u00a0: tous ont une base, une phrase chor\u00e9graphique commune, sur laquelle chacun brode, \u00e0 sa fa\u00e7on. Contraste \u00e9tonnant du grand corps aux postures christiques de Robin Haghi avec la silhouette ondulante de Jason Respilieux, de la puissance lumineuse de Jos\u00e9 Paulo Dos Santos, avec l\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrisante et sombre de Thomas Vantuycom. La surprise est totale. \u00c0 chaque instant une beaut\u00e9 nouvelle se cr\u00e9e de ces combinaisons inattendues mais jamais improbables\u00a0: chacun de ces gestes est d\u2019une pr\u00e9cision parfaite, d\u2019une \u00e9vidence absolue. Peu importe qu\u2019on ne parvienne pas \u00e0 d\u00e9gager l\u2019improvisation de la chor\u00e9graphie, on assiste \u00e0 une foule d\u2019incantations gestuelles, saccad\u00e9es, fluides, douloureuses ou souriantes, toujours en tension entre envol et lourdeur, entre gravit\u00e9 et appel du ciel, appel au ciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce s\u2019ach\u00e8ve sur un dernier mouvement, intitul\u00e9 Psalm par Coltrane. L\u00e0 reviennent les geste du d\u00e9but\u00a0: les port\u00e9s rappellent les peintures religieuses, les gestes lents se font oratoires. La tension entre sol et ciel est de plus en plus lourde de sens, sans qu\u2019il faille jamais d\u00e9gager ce sens d\u2019une vague symbolique\u00a0: comme dans la musique de Coltrane,\u00a0 tout est dit, sans qu\u2019on n\u2019ait besoin d\u2019y poser des mots ou des images fig\u00e9es. C\u2019est par cette mani\u00e8re de s\u2019offrir, dans une sublime \u00e9vidence, qu\u2019<i>A love supreme<\/i> bouleverse ses spectateurs. Anne Teresa de Keersmaker et Salva Sanchis guident ici une exp\u00e9rience qui nous laisse, nous aussi, suspendus entre terre et ciel.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Aur\u00e9anne Colineau<\/h6>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: justify\"><b>Where is the Love\u00a0?\u00a0<\/b><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Hommage au colosse \u00ab\u00a0A Love Supreme\u00a0\u00bb (1964) de John Coltrane. Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis d\u00e9ploient quatre corps pour interpr\u00e9ter le quartet jazzy du ma\u00eetre. Alors que <i>son souvenir luit comme un encensoir<\/i>, l&rsquo;interpr\u00e9tation du duo chor\u00e9graphe laisse dubitatif.\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Suspense. Dans les entrailles du Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, \u00e0 l&rsquo;Espace Cardin, Thomas Vantuycom fait les cent pas. La sc\u00e8ne est nue, la lumi\u00e8re brute, le corps de noir v\u00eatu et la musique \u00e9trangement absente. Attente inattendue. Nul artifice pour d\u00e9tourner l&rsquo;attention. Chacun scrute ses moindres mouvements. Les minutes passent, s&rsquo;\u00e9tirent, s&rsquo;allongent&#8230; puis se lassent&#8230; O\u00f9 est Coltrane\u00a0? Pas \u00e0 pas, la curiosit\u00e9 et l&rsquo;engouement laissent place \u00e0 l&rsquo;impatience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Anne Teresa de Keersmaeker, chor\u00e9graphe accomplie, couronn\u00e9e entre autres par L&rsquo;American Dance Festival Award et deux Bessie Awards \u00e0 New York, met en sc\u00e8ne l&rsquo;album mythique \u00ab\u00a0A Love Supreme\u00a0\u00bb de Coltrane. Avec son ancien \u00e9l\u00e8ve, Salva Sanchis, elle articule partition cisel\u00e9e avec improvisation endiabl\u00e9e. Si l&rsquo;id\u00e9e est all\u00e9chante, c&rsquo;est un public rest\u00e9 sur sa faim qui se laisse aller aux confidences apr\u00e8s un tonnerre d&rsquo;applaudissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Impossible de ne pas admirer la virtuosit\u00e9 des danseurs qui ancrent le chef d&rsquo;oeuvre de \u00ab\u00a0Trane\u00a0\u00bb dans la chair. Quatre artistes, quatre mouvements d&rsquo;une suite de 50 minutes. Un instant bref, vif et une \u00e9nergie monstrueuse qui se d\u00e9gage sur sc\u00e8ne. Leur prouesse technique laisse le spectateur bouche b\u00e9e. Chacun incarne tour \u00e0 tour un instrument et met fr\u00e9n\u00e9tiquement en mouvement la partition du jazzman. On se laisse ais\u00e9ment s\u00e9duire par la gr\u00e2ce et la spontan\u00e9it\u00e9 avec laquelle chaque mouvement est ex\u00e9cut\u00e9. Et pourtant, quelque chose n&rsquo;y est pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant que les \u00e9clats ensorcelants de la musique r\u00e9sonnent, des entit\u00e9s isol\u00e9es se donnent \u00e0 c\u0153ur ouvert devant nous. Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis n&rsquo;exploitent la dynamique du groupe qu&rsquo;au dernier mouvement, Psalm, du spectacle. Bien que ce choix souligne justement la port\u00e9e religieuse de l&rsquo;album de Coltrane, il nous prive trop longtemps d&rsquo;un plaisir dont nous avons \u00e0 peine le temps de jouir. Absence ou presque de d\u00e9cor, de jeu de lumi\u00e8re, de costume&#8230; la mise en sc\u00e8ne est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9pur\u00e9e. Certes, la mati\u00e8re brute peut \u00eatre fascinante et nous pousse \u00e0 n&rsquo;avoir d&rsquo;yeux que pour les danseurs. Pour autant, choisir Coltrane, c&rsquo;est choisir un univers. <i>Les parfums, les couleurs et les sons se r\u00e9pondent<\/i>, on le sait bien et ce sont malheureusement ces correspondances qui ont manqu\u00e9 \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">So yes, indeed, it was Supreme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">But sadly, it was not Love.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Lauren Stephan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre de la Ville &#8211; espace Pierre Cardin proposait ce mois de janvier une reprise de <i>A love supreme<\/i>, chor\u00e9graphi\u00e9 par Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis sur la musique de l&rsquo;album \u00e9ponyme de John Coltrane. La version de 2005 pr\u00e9sentait deux danseuses et deux danseurs \u00ad&#8211; dont Salva Sanchis lui-m\u00eame &#8212; dans une esth\u00e9tique de blancs. Cette nouvelle version en revanche est dans\u00e9e par quatre hommes dans une ambiance noire monochrome (v\u00eatements, d\u00e9cor). Le d\u00e9cor, comme \u00e0 chaque fois chez Anne Teresa de Keersmaeker, est d\u00e9pouill\u00e9, \u00e9pur\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les danseurs arrivent sur sc\u00e8ne et commencent \u00e0 \u00e9voluer en silence. On a l&rsquo;impression d&rsquo;assister \u00e0 une sorte de r\u00e9p\u00e9tition, vestes de surv\u00eatements, bruits des pieds sur le plateau. Les danseurs nous proposent des segments de chor\u00e9graphie seuls ou \u00e0 2, 3, 4. Ils jouent sur l&rsquo;\u00e9quilibre, chacun portant les autres \u00e0 tour de r\u00f4le. Ce ballet muet se r\u00e9v\u00e8le assez troublant et fascinant. Toutefois le quart d&rsquo;heure de ce silence dans\u00e9 devient un peu long et presque inconfortable dans les derni\u00e8res minutes. Puis, sur un signe de la main d&rsquo;un des danseurs, retentissent les premi\u00e8res notes\u00a0: on est alors entra\u00een\u00e9s dans un tourbillon jazz o\u00f9 composition et improvisation se m\u00ealent sans que l&rsquo;on puisse en d\u00e9terminer les contours exacts, \u00e0 l&rsquo;image de la musique de Coltrane. Et c&rsquo;est ce qui fait la force du spectacle que l&rsquo;on a sous les yeux. Chacun des danseurs incarnant l&rsquo;un des instruments du quartet musical, c&rsquo;est une v\u00e9ritable musique visuelle \u00e0 laquelle on assiste. Les danseurs ne s&rsquo;\u00e9conomisent pas un instant et l&rsquo;on se retrouve transport\u00e9s d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre des 35 minutes de l&rsquo;album par ce d\u00e9ferlement d&rsquo;\u00e9nergie vive.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">\u00a0Elodie Ruhier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Du <b>09 au 20 janvier 2018, l&rsquo;Espace Cardin du Th\u00e9\u00e2tre de la ville<\/b> accueille quatre danseurs de la troupe <b>Rosas<\/b>, dirig\u00e9e par Anne Teresa de Keersmaeker et \u00e9tablie \u00e0 Bruxelles. Ils dansent la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0<b>A Love Supreme<\/b>\u00a0\u00bb compos\u00e9e par <b>Salva Sanchis<\/b> et <b>Anna Teresa de Keersmaeker<\/b> sur l&rsquo;album du m\u00eame nom du saxophoniste jazz et compositeur am\u00e9ricain <b>Coltrane<\/b>. Les deux chor\u00e9graphes avaient d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 ensemble en 2005 pour proposer une premi\u00e8re version dans\u00e9e de cet album. C&rsquo;est un pari r\u00e9ussi que de revenir en 2017 avec une seconde version. La repr\u00e9sentation est courte et intense : un concentr\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9vers\u00e9 en 50 minutes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Noir. Silence sourd.\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La lumi\u00e8re se fait et les danseurs entrent en sc\u00e8ne. Le silence pourtant se prolonge. Ainsi l&rsquo;attention est enti\u00e8rement port\u00e9e sur les corps en mouvements. Le silence est d\u00e9routant pour un spectateur qui s&rsquo;attend \u00e0 une pi\u00e8ce de jazz dans\u00e9e. Il offre pour autant une large possibilit\u00e9 de mouvement et de cr\u00e9ation instantan\u00e9e, puisque chor\u00e9graphie et improvisation alternent constamment durant ce spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e9nographie est sobre, minimaliste. La sc\u00e8ne est nue &#8211; on reconna\u00eet sur les c\u00f4t\u00e9s les poulies et les m\u00e9canismes des coulisses. Les danseurs sont v\u00eatus de noir, \u00e9voluent sur un mur de fond noir lui aussi. Ce sont enti\u00e8rement les corps et les mouvement qui d\u00e9finissent l&rsquo;espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Plasticit\u00e9 du corps et justesse de la chor\u00e9graphie\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le travail de chor\u00e9graphie est remarquable et explore les notions de force centrifuge et de pesanteur : cette danse montre quatre corps d\u00e9pendants les uns des autres comme les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un mobile, qui s&rsquo;entra\u00eenent les uns les autres, par le poids, pour former un mouvement continu et fluide. Le quatuor masculin est \u00e9nergique, les <i>port\u00e9s<\/i> sont puissants et d\u00e9fient les lois de la gravit\u00e9. Entre les danseurs r\u00e8gne une coordination remarquable et une complicit\u00e9 chaleureuse. \u00c9voluant du solo au duo, il faut dire que les passages les plus marquants sont dans\u00e9s \u00e0 quatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Vers une forme visuelle du jazz<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Finalement, apr\u00e8s un long passage d&rsquo;improvisation par Thomas Vantuycom, la musique s&rsquo;impose. L&rsquo;effet b\u00e9n\u00e9fique de ce moment d&rsquo;improvisation est de retarder l&rsquo;explosion musicale. La musique surgit, \u00e9clatante, elle emplit l&rsquo;espace et s&rsquo;impose au corps. Le spectateur, pourtant, est contraint de rester assis sur son si\u00e8ge. Et ce n&rsquo;est pas l&rsquo;envie qui manque de se lever et participer, par la danse, \u00e0 ce d\u00e9versement musical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis ont traduit l&rsquo;\u00e9nergie vitale du jazz en une danse aux accents acrobatiques. Le travail des deux chor\u00e9graphes est absolument convaincant et interpr\u00e9t\u00e9 avec force, rigueur et justesse par les quatre jeunes danseurs talentueux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Charlotte Boschen<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>A love supreme<\/i> est un spectacle d\u2019Anne Teresa de Keersmaeker et de Salva Sanchis, \u0153uvre d\u00e9j\u00e0 chor\u00e9graphi\u00e9e une premi\u00e8re fois en 2005 par le m\u00eame duo sur la musique de John Coltrane. C\u2019est d\u2019ailleurs de cette musique qu\u2019est tir\u00e9 le nom de la pi\u00e8ce. En 2017, les deux chor\u00e9graphes ont d\u00e9cid\u00e9 de renouveler leur collaboration et de recr\u00e9er cette pi\u00e8ce avec quatre danseurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour retranscrire cette \u0153uvre, il me semble qu\u2019il faut parler de trois \u00e9l\u00e9ments essentiels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout d\u2019abord, il est important de souligner la recherche d\u2019un mouvement qui explore la gravit\u00e9, le poids gr\u00e2ce aux sauts, aux suspensions, aux contrepoids, et cela notamment dans la derni\u00e8re partie de l\u2019\u0153uvre. En effet, ce moment met en sc\u00e8ne les quatre danseurs dans un contact presque perp\u00e9tuel o\u00f9 chaque geste conduit \u00e0 modifier la position, le point d\u2019\u00e9quilibre d\u2019un autre danseur. Cette cha\u00eene continue n\u2019est que recherche d\u2019\u00e9quilibre entre un point pr\u00e8s du sol et un point dans les airs. Cela est d\u2019autant plus frappant que le contact est totalement absent de tout le reste de la pi\u00e8ce, les premi\u00e8res secondes except\u00e9es, celles-ci pr\u00e9figurant les derni\u00e8res minutes de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment concerne les choix de structures chor\u00e9graphiques. L\u2019\u0153uvre alterne entre moments chor\u00e9graphi\u00e9s et improvisation sans que l\u2019on sache v\u00e9ritablement quel moment est l\u2019un ou l\u2019autre. La pr\u00e9cision est si grande du d\u00e9but \u00e0 la fin que l\u2019improvisation y semble inexistante et pourtant, selon le livret, elle en constitue la majeure partie\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dernier \u00e9l\u00e9ment qui n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9 est l\u2019intime relation entre musique et danse. Cette musique de jazz, ent\u00eatante du d\u00e9but \u00e0 la fin, fait constamment \u00e9cho avec la gestuelle des danseurs. Ce rythme effr\u00e9n\u00e9 ne quitte pas un instant leur corps, le spectateur en oublierait lui aussi presque de respirer\u00a0! Les danseurs ne sortent pas une seule seconde de sc\u00e8ne pendant une heure\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est donc ind\u00e9niable que j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un grand spectacle, spectacle que j\u2019ai d\u2019autant plus appr\u00e9ci\u00e9 que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue du dernier d\u2019Anne Theresa de Keersmaeker.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Cl\u00e9mence Hitters<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>A love supreme <\/i>est une pi\u00e8ce pour quatre danseurs, dont la chor\u00e9graphie revient \u00e0 Anne Teresa de Keersmaeker ainsi qu&rsquo;\u00e0 Salva Sanchis. Il s&rsquo;agit de la recr\u00e9ation d&rsquo;un spectacle de 2005 dans lequel Salva Sanchis jouait lui-m\u00eame. Le spectacle poss\u00e8de maintenant une distribution diff\u00e9rente. En 2005, il y avait deux femmes et deux hommes v\u00eatus de blanc. \u00c0 l&rsquo;Espace Pierre Cardin, en 2017, il y a quatre hommes en noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle commence commence par une longue improvisation dans le silence qui m&rsquo;a plut\u00f4t laiss\u00e9 de marbre. J&rsquo;ai trouv\u00e9 ce moment interminable et la recherche gestuelle \u00e9tait, selon moi, assez pauvre et dispers\u00e9e, cela me paraissait assez facile. D\u00e8s que la magnifique musique de Coltrane s&rsquo;est fait entendre, j&rsquo;ai chang\u00e9 radicalement d&rsquo;avis sur le spectacle : le temps est pass\u00e9 en un \u00e9clair.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La chor\u00e9graphie d&rsquo;Anne Teresa de Keersmaeker est souvent organique\u00a0: dans sa version de la <i>Grande Fugue <\/i>de Beethoven, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 pu le ressentir. Dans<i> A love supreme<\/i>, les danseurs font corps avec la musique. Lorsque le rythme s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, les corps prennent plus de vitesse, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent plus haut, plus rapidement. Quand la batterie devient plus fr\u00e9n\u00e9tique, les corps peuvent voltiger. Les danseurs ne sont pour autant pas r\u00e9duits au pl\u00e9onasme\u00a0: ils partent de la musique, la suivent, mais parviennent \u00e0 trouver \u00e9galement une autonomie dans le mouvement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le parti pris esth\u00e9tique est simple mais efficace\u00a0: chaque danseur \u00ab\u00a0interpr\u00e8te\u00a0\u00bb plus ou moins un instrument du Quartet de Coltrane, compos\u00e9 d&rsquo;un piano, d&rsquo;une basse, d&rsquo;une batterie, et bien s\u00fbr, d&rsquo;un saxophone. Cette d\u00e9cision peut sembler simple, voire simpliste, mais elle est plus intelligente que l&rsquo;on ne pourrait le penser \u00e0 premi\u00e8re vue. Elle permet de voir les contrepoints qui existent entre les diff\u00e9rents instruments et incite \u00e0 visualiser les effets musicaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Durant les solos musicaux, seul un acteur reste en sc\u00e8ne. Cela permet de mettre \u00e0 l&rsquo;honneur des instruments plus en r\u00e9serve dans le jazz. Le saxophone, ce roi du jazz, est interpr\u00e9t\u00e9 par un acteur plus corpulent que les autres, qui danse avec plus d&rsquo;ampleur, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 multiplier les sauts, les tours et les mouvements saccad\u00e9s. D&rsquo;autres interpr\u00e8tes ont une silhouette plus discr\u00e8te\u00a0: pendant le solo de basse, instrument plus sur la r\u00e9serve que le saxophone, le danseur a pu communiquer aux spectateurs une autre forme de beaut\u00e9, plus discr\u00e8te et plus touchante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lors du dernier morceau du spectacle, \u00ab\u00a0Psalm<i>\u00ab\u00a0<\/i>, d&rsquo;inspiration religieuse, les corps se soutiennent les uns les autres et s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent. Les beaux port\u00e9s rappellent la peinture mani\u00e9riste, sans pour autant la reproduire. L&rsquo;essence religieuse reste souterraine, mais elle illumine les corps. Lorsque les lumi\u00e8res s&rsquo;\u00e9teignent, le deuil du spectacle encore tout chaud commence d\u00e9j\u00e0. Le spectacle d&rsquo;Anne Teresa de Keersmaeker et de Salva Sanchis me restera longtemps en m\u00e9moire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Alexandre Ben Mrad<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">\u201cL\u2019improvisation est une question d\u2019\u00e9quilibre entre cr\u00e9ativit\u00e9 et r\u00e9ceptivit\u00e9, entre prise de parole et \u00e9coute\u201d. C\u2019est ainsi qu\u2019Anne Teresa de Keersmaeker d\u00e9finit l\u2019improvisation, concept pr\u00e9dominant dans <i>A love supreme.<\/i> Cette chor\u00e9graphie en partenariat avec Salva Sanchis traduit avant tout la volont\u00e9 de vivre la musique elle-m\u00eame, pas n\u2019importe quelle musique de surcroit : l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres albums de John Coltrane, sorti en 1964. Sans d\u00e9cor et avec des costumes simples (une tenue noire), les danseurs transcrivent en mouvement les notes jou\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019abord, c\u2019est le silence. Les quatre danseurs arrivent sur sc\u00e8ne et commencent \u00e0 danser sans musique. Quelques port\u00e9s, des mouvements de groupe, puis ils se d\u00e9tachent et prennent chacun une voie diff\u00e9rente. Chaque danseur est un \u00e9lectron libre. La chor\u00e9graphie est marqu\u00e9e par une dichotomie entre le terrien et l\u2019a\u00e9rien, m\u00ealant des mouvements ancr\u00e9s dans le sol, enracin\u00e9s m\u00eame, \u00e0 une certaine volont\u00e9 de d\u00e9fier la gravit\u00e9, notamment dans les mouvements du haut du corps, qui fouettent l\u2019air comme des oiseaux. Puis, toujours dans le silence, trois danseurs quittent la sc\u00e8ne. Thomas Vantuycom se retrouve seul, alternant des poses de face, de dos. Il joue avec les nerfs du spectateur, qui ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre dans une position d\u2019attente : que va-t-il se passer ensuite ? Car il faut avouer que dans le silence et face \u00e0 des mouvements statiques, le spectateur parvient souvent difficilement \u00e0 consid\u00e9rer cela comme la chor\u00e9graphie en soit, pensant plut\u00f4t que c\u2019est une phase de transition. Mais il se trompe : c\u2019est la chor\u00e9graphie. Le silence et les poses continuent, sans doute un peu trop ; on est presque lass\u00e9 quand arrivent les premi\u00e8res notes de John Coltrane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les autres danseurs reviennent sur sc\u00e8ne. Ils commencent par quelques phrases ensemble puis se d\u00e9tachent. Chacun repr\u00e9sente un des instruments du quartet : saxophone, piano, basse, batterie. On est impressionn\u00e9 par la musicalit\u00e9, la virtuosit\u00e9, l\u2019\u00e9nergie qui se d\u00e9gage de ces quatre jeunes hommes. Si aucun de leurs mouvements n\u2019est \u00e9crit \u00e0 l\u2019avance, ils savent tout de m\u00eame quelles sont les directions qu\u2019ils vont prendre, quelles lignes ils vont suivre. C\u2019est une danse haletante, puissante, qui retranscrit parfaitement l\u2019esprit du jazz. A l\u2019image des danseurs, le spectateur est essouffl\u00e9 tant les informations sur sc\u00e8ne sont nombreuses. On en vient \u00e0 esp\u00e9rer quelques moments synchrones, en vain : chacun instrument joue seul mais ensemble. Cette partie est longue, on se demande comment les danseurs gardent encore de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re partie, <i>Psalm<\/i>, est totalement diff\u00e9rente du reste de la chor\u00e9graphie. Sans aucune improvisation, les danseurs se sont rejoints et dansent d\u00e9sormais ensemble, reprenant quelques port\u00e9s de la premi\u00e8re partie. C\u2019est une le\u00e7on que Salva Sanchis et Anne Teresa de Keeresmaeker ont voulu donner avec cette pi\u00e8ce : l\u2019\u00eatre humain a besoin de ses semblables pour avancer. Finalement, et malgr\u00e9 quelques longueurs, on sort impressionn\u00e9 de la musicalit\u00e9 de cette pi\u00e8ce. Elle illustre parfaitement une c\u00e9l\u00e8bre phrase de Balanchine : \u201cvoir la musique et \u00e9couter la danse\u201d.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Ang\u00e8le Bossard<\/h6>\n<pre>Photo : Maria Baranova<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | En savoir plus Au d\u00e9but, c\u2019est le silence. Un homme seul court d\u2019un coin \u00e0 l\u2019autre de la salle, s\u2019arr\u00eate, les yeux lev\u00e9s. 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