{"id":10636,"date":"2018-01-24T20:00:35","date_gmt":"2018-01-24T19:00:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10636"},"modified":"2018-01-24T20:00:35","modified_gmt":"2018-01-24T19:00:35","slug":"tableau-dune-execution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10636","title":{"rendered":"Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"https:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/tableau-dune-execution\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution<\/i>\u00a0: c&rsquo;est une \u0153uvre shakespearienne que met en sc\u00e8ne Claudia Stavisky, o\u00f9 le grotesque le plus \u00e9trange se m\u00eale \u00e0 la po\u00e9sie. Deux personnages dominent la pi\u00e8ce\u00a0: Galactia, une femme peintre, originale, extravagante, charg\u00e9e de peindre la bataille de L\u00e9pante \u00e0 la gloire de la R\u00e9publique de Venise &#8211; et le doge, qui tient le r\u00f4le du raisonneur moli\u00e9resque avec un humour lass\u00e9. Car au fond, il sait, lui aussi, que c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9, aussi brutale soit-elle, que peint Galactia, alors que le tableau provoque chez les autres spectateurs un choc terrible, et un refus cat\u00e9gorique de la r\u00e9alit\u00e9, lorsqu&rsquo;ils d\u00e9couvrent gr\u00e2ce \u00e0 lui ce que c&rsquo;est, vraiment, que la guerre. Car Galactia peint ce dont elle est convaincue\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Il faut que quelqu&rsquo;un parle pour les morts, non de souffrance ou de sacrifice, mais de r\u00e9vulsion.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce est un chef-d\u2019\u0153uvre. Le texte est hautement po\u00e9tique, dans sa violence m\u00eame, et il faut noter un remarquable travail des voix de la part des acteurs\u00a0: la voix rugeuse de Galactia, qui exprime sa personnalit\u00e9 violente, la voix feutr\u00e9e et affect\u00e9e de l&rsquo;amiral vainqueur de L\u00e9pante, dans laquelle transpara\u00eet toute la l\u00e2chet\u00e9 de son aveuglement. La mise en sc\u00e8ne est visuellement merveilleuse, \u00e9vocatrice et contrast\u00e9e, et la metteuse en sc\u00e8ne s&rsquo;est gard\u00e9e de rendre la repr\u00e9sentation plus provocatrice que ce que sugg\u00e8re le texte &#8211; car il l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 suffisamment, et sa figuration est parfois, n\u00e9cessairement, choquante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le parti pris id\u00e9ologique &#8211; dans l&rsquo;\u00e9vocation du contexte historique et des forces en pr\u00e9sence\u00a0: l&rsquo;\u00c9tat, l&rsquo;\u00c9glise et l&rsquo;Art &#8211; est tr\u00e8s clair, mais s&rsquo;agit-il vraiment d&rsquo;une pi\u00e8ce pacifiste\u00a0? Galactia veut inspirer la d\u00e9go\u00fbt de la guerre jusqu&rsquo;\u00e0 la naus\u00e9e\u00a0; elle la hait, mais c&rsquo;est en la peignant qu\u2019elle est dans son \u00e9l\u00e9ment\u00a0: survivrait-elle dans un monde priv\u00e9 de violence, elle qui m\u00e9prise si profond\u00e9ment les d\u00e9licats \u00ab\u00a0peintres d&rsquo;\u00e9toffe\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de subjectivit\u00e9 est tr\u00e8s marqu\u00e9e dans cette \u0153uvre\u00a0: les autorit\u00e9s comprennent bien que cette \u0153uvre contient en elle la semence d&rsquo;une r\u00e9volution\u00a0; et pourtant, la R\u00e9publique de Venise parvient \u00e0 \u00ab\u00a0absorber\u00a0\u00bb le tableau, \u00e0 le d\u00e9tourner de son sens premier et pourtant \u00e9vident, afin de le rendre pr\u00e9sentable au public, afin qu&rsquo;il atteigne le but auquel il \u00e9tait destin\u00e9 quand l&rsquo;\u00c9tat en avait fait la commande\u00a0: la c\u00e9l\u00e9bration de la R\u00e9publique de Venise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution<\/i> d&rsquo;Howard Barker a donc l&rsquo;envergure d&rsquo;une \u0153uvre majeure. C&rsquo;est pourquoi on lui pardonne les partis pris &#8211; car c&rsquo;est le principe de cette \u0153uvre d&rsquo;affirmer la subjectivit\u00e9 essentielle de la repr\u00e9sentation artistique et de la r\u00e9ception de l&rsquo;art.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Claire de Mareschal<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<i>Consid\u00e9rez-moi comme une femme et non comme un peintre<\/i>\u00a0\u00bb, commence Galactia, h\u00e9roine de <i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution<\/i>, une pi\u00e8ce d&rsquo;Howard Baker, mise en sc\u00e8ne par Claudia Staviski au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. L&rsquo;art doit-il c\u00e9l\u00e9brer ou faire frissonner\u00a0? Telle est la dualit\u00e9 mise en sc\u00e8ne dans cette pi\u00e8ce teint\u00e9e de tragique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Galactica vit la peinture, elle est pour elle le miroir d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;on tenterait d&rsquo;\u00e9touffer. C&rsquo;est le cas notamment lorsque le Doge lui attribut la r\u00e9alisation d&rsquo;une imposante peinture de la bataille de L\u00e9pante, en 1571. Ce tableau, qu\u2019elle peint avec toute la brutalit\u00e9 de la guerre, des corps d\u00e9charn\u00e9 et des navires broy\u00e9s, est celui de sa propre ex\u00e9cution. L&rsquo;artiste ne flatte pas les amiraux, elle peint leur cruaut\u00e9 avec toute sa sensibilit\u00e9. <i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution<\/i> met alors en relief la difficult\u00e9 de peindre sur commande mais aussi la relation particuli\u00e8re qui se tisse entre une \u0153uvre et son auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christiane Cohendy joue avec brio la mise \u00e0 mort qui signifie pour elle ob\u00e9ir \u00e0 un gouvernement muselant l&rsquo;art plut\u00f4t qui ne l\u2019appr\u00e9cie. Elle r\u00e9ussit \u00e0 prendre \u00e0 partie le spectateur et ainsi \u00e0 remettre en question le statut de peinture d&rsquo;\u00c9tat. Si l&rsquo;art profane, au XVIe si\u00e8cle, est un art dont on se m\u00e9fie, Galactia parvient toutefois \u00e0 faire triompher son \u0153uvre, par la force de son amour pour elle\u00a0: \u00ab\u00a0<i>un tableau est r\u00e9cup\u00e9rable m\u00eame si l&rsquo;artiste est perdu<\/i>\u00a0\u00bb r\u00e9sonne comme un un hommage au sacrifice au nom de la v\u00e9rit\u00e9 et de la beaut\u00e9 dont nombre d&rsquo;artistes auraient p\u00e2ti.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Diane Lopez<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution<\/i>\u00a0est une pi\u00e8ce de Howard Barker, mise en sc\u00e8ne par Claudia Stavisky, jou\u00e9e sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point. Elle relate l&rsquo;histoire d&rsquo;une femme, Galactia, charg\u00e9e par le doge de la R\u00e9publique de Venise de peindre la bataille de L\u00e9pante. Il s&rsquo;attendait \u00e0 voir la c\u00e9l\u00e9bration d&rsquo;une victoire, elle a peint un carnage. Galactia\u00a0est une femme qui peint comme elle vit : cr\u00fbment, avec une passion qui tend parfois vers la folie, la fr\u00e9n\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce a une dimension \u00e9minemment politique, car elle interroge la place de l&rsquo;art, comme outil de propagande ou comme outil de contestation et de d\u00e9nonciation. Galactia\u00a0choisit de contester, de choquer. Elle refuse de suivre le courant traditionnel au profit d&rsquo;une peinture qui refl\u00e8te la violence du monde ; elle prend le parti pris du sang, comme en t\u00e9moigne la sanguine\u00a0et la peinture rouge vif qu&rsquo;elle utilise pour toutes ses \u0153uvres. La fresque que doit peindre Galactia\u00a0repr\u00e9sente la toile de fond &#8211; au sens propre comme au sens figur\u00e9 &#8211; de la pi\u00e8ce. Ce qui est mis en avant, ce sont les relations de Galactia\u00a0avec les autres (sa fille Suporta, son amant, Carpeta, le soldat \u00e0 la fl\u00e8che, le doge&#8230;). En arri\u00e8re-plan, s&rsquo;esquisse la fresque, silencieusement. D&rsquo;abord quelques traits, les point et les lignes de fuite, ensuite une \u00e9bauche, quelques m\u00e2ts, des voiles, et petit \u00e0 petit, des d\u00e9tails, les corps ensanglant\u00e9s, l&rsquo;homme \u00e0 la fl\u00e8che, le regard carnassier et les mains aux doigts ac\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;amiral. Et finalement, le sang. Tellement de sang, que le tableau devient une mer de tissu rouge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9lange entre modernit\u00e9 et tableau historique est r\u00e9ussi. Les costumes et le d\u00e9cor cr\u00e9ent une ambiance tr\u00e8s Renaissance. Les personnages, leurs noms, renvoient \u00e0 l&rsquo;Italie des ann\u00e9es 1570. Cependant, la pi\u00e8ce est entrecoup\u00e9e d&rsquo;interludes durant lesquels retentissent des airs orientaux pr\u00e9enregistr\u00e9s, comme pour sugg\u00e9rer la pr\u00e9sence des perdants (les Turcs), et la fresque est un \u00e9l\u00e9ment \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb, dont la r\u00e9alisation se fait par le biais d&rsquo;une animation sur diaporama.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au regard de toute la ligne subversive qui traverse la pi\u00e8ce, la fin me para\u00eet toutefois un peu d\u00e9cevante. Le tableau fait pour repr\u00e9senter la souffrance sert \u00e0 l&rsquo;exaltation de la patrie, Galactia\u00a0est r\u00e9habilit\u00e9e, tout est un peu trop \u00ab\u00a0tout est bien qui finit bien\u00a0\u00bb, ce qui fait d\u00e9gonfler la tension tragique qui avait surgi vers le milieu\u00a0de\u00a0la pi\u00e8ce.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Erica Ngoala<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque je me suis rendue au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point le 24 janvier pour assister au <i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution <\/i>d&rsquo;Howard Barker\u00a0, je m&rsquo;attendais surtout \u00e0 une explosion de rouge, couleur que d\u00e9cline in\u00e9puisablement la peintre Galactia (Christiane Cohendy)\u00a0au temps de la R\u00e9publique v\u00e9nitienne du XVI\u00b0 si\u00e8cle. Le rideau s&rsquo;ouvre sur un atelier d&rsquo;artiste, sur Galactia v\u00eatue d&rsquo;une robe dont le bas est t\u00e2ch\u00e9 d&rsquo;une peinture rouge si fonc\u00e9e que l&rsquo;on dirait du sang, et &#8230; sur les fesses de David Ayala, dont l&rsquo;aplatissement total \u00e0 travers une barque bris\u00e9e illustre \u00e0 la perfection le nom\u00a0savoureux de son personnage, Carpeta. Peintre de sc\u00e8nes religieuses et amant de la sulfureuse Galactia, il lui\u00a0sert de mod\u00e8le\u00a0pour une commande\u00a0du Doge de Venise (Philippe Magnan). Galactia doit\u00a0repr\u00e9senter la\u00a0glorieuse\u00a0bataille navale de L\u00e9pante, en montrant, comme le voudrait le cardinal de Venise, la \u00ab\u00a0noblesse des intentions\u00a0\u00bb dans cette\u00a0guerre juste. Seulement, ce qui int\u00e9resse Galactia, c&rsquo;est la \u00ab\u00a0viande d\u00e9coup\u00e9e en tranches\u00a0\u00bb, l&rsquo;hommage rendu aux morts quel que soit leur camp&#8230; Elle r\u00e9v\u00e8le la boucherie absurde qu&rsquo;est la guerre, ce que les pouvoirs politique et religieux v\u00e9nitiens ne sauraient lui pardonner&#8230;\u00a0sauf intervention d&rsquo;une critique d&rsquo;art engag\u00e9e en politique (Julie Recoing)!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christiane Cohendy interpr\u00e8te avec beaucoup de puissance une Galactia libre, intelligente et sensuelle. Libre, parce que sa d\u00e9termination n&rsquo;est enray\u00e9e ni par la demande que lui adresse sa fille Supporta (Anne Comte) de mener \u00e0 bien son \u0153uvre et de soustraire ainsi \u00e0 toutes les femmes peintres \u00e0 la condescendance masculine, ni par son amour pour Carpeta, son confr\u00e8re et rival \u00e0 la fois. Ce fascinant personnage est aussi plein de paradoxes qui pr\u00eatent \u00e0 rire\u00a0: elle veut peindre la v\u00e9rit\u00e9, mais se d\u00e9sole de discerner chez l&rsquo;amiral un air de bont\u00e9 qui contraste avec la f\u00e9rocit\u00e9 qu&rsquo;elle aurait voulu lui voir arborer. Elle qui incitait le doge \u00e0 exposer son tableau en sachant pertinemment que cela lui vaudrait la prison, elle s&rsquo;effondre lorsqu&rsquo;il est\u00a0expos\u00e9 et s&rsquo;exclame \u00ab\u00a0<i>Mais je ne suis pas faite pour \u00eatre comprise\u00a0!<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, \u00e0 ce moment, Galactia para\u00eet regretter son r\u00f4le d&rsquo;artiste martyris\u00e9e, elle est toutefois parvenue \u00e0 ses fins &#8211; clamer la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 coups de pinceaux et la d\u00e9voiler au plus grand nombre &#8211; ce que rend bien la mise en sc\u00e8ne de Claudia Stavisky. Le tableau y devient\u00a0\u00a0personnage\u00a0: simples esquisses trac\u00e9es au sol, puis\u00a0toile mouvante \u00e9tendue sur tout le mur du fond repr\u00e9sentant des navires aur\u00e9ol\u00e9s d&rsquo;une lumi\u00e8re rougeoyante,\u00a0le spectateur ne le verra jamais achev\u00e9. Une fois termin\u00e9,\u00a0il n&rsquo;est qu&rsquo;un immense voile rouge vif que foulent les personnages et sur lequel les spectateurs projettent les images d\u00e9crites. Les V\u00e9nitiens peuvent le contempler au palais, mais il\u00a0reste, pour les spectateurs, cach\u00e9 derri\u00e8re un mur noir&#8230; Sans doute est-ce l\u00e0 la grande force de <i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution\u00a0<\/i>: outre la r\u00e9flexion sur\u00a0l&rsquo;artiste, sur la relation entre art et politique,\u00a0avec ce tableau jamais d\u00e9voil\u00e9, le spectateur\u00a0s&rsquo;improvise\u00a0Galactia et se demande comment repr\u00e9senter l&rsquo;absurdit\u00e9 de la guerre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laurine Sauwens<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9\u00e2tre critique d&rsquo;Howard Barker interroge notre rapport au pouvoir\u00a0: dans <i>Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution<\/i>, il nous raconte l&rsquo;histoire de Galactia, une peintre v\u00e9nitienne du XVIIe si\u00e8cle, inspir\u00e9e par la vie d&rsquo;Artemisia Gentileschi &#8211; qui, elle, a v\u00e9cu entre Rome, Florence et Naples. Pendant cent-vingt minutes, nous suivons la progression de Galactia, qui a re\u00e7u une commande de l&rsquo;Etat de Venise\u00a0: repr\u00e9senter la bataille de L\u00e9pante. Elle se joue de l&rsquo;intitul\u00e9 de la commande, profitant de l&rsquo;absence de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la victoire des arm\u00e9es v\u00e9nitiennes pour forcer une composition r\u00e9alise, violente et sanglante, plut\u00f4t qu&rsquo;une c\u00e9l\u00e9bration de l&rsquo;esprit guerrier. Dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne, Galactia travaille une flaque rouge-mauve, qu&rsquo;elle \u00e9tale avec sa robe, tout en discutant avec Carpeta &#8211; son amant, peintre lui aussi &#8211; allong\u00e9 sur le ventre, nu. Ce premier tableau surprend le spectateur\u00a0par la position et le caract\u00e8re des personnages masculins et f\u00e9minins\u00a0: c&rsquo;est le contraire de la sc\u00e8ne ordinaire, car ici, c&rsquo;est la femme peintre qui demande \u00e0 l&rsquo;homme de se d\u00e9shabiller pour le peindre. D&rsquo;autres compositions po\u00e9tiques &#8211; que l&rsquo;on doit \u00e0 la metteuse en sc\u00e8ne Claudia Stabisky &#8211; ponctuent la pi\u00e8ce, et constituent une mise en ab\u00eeme de l&rsquo;objet de celle-ci &#8211; le tableau de trente m\u00e8tres que Galactia doit r\u00e9aliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la d\u00e9marche f\u00e9ministe de Barker est int\u00e9ressante, nous pouvons toutefois regretter l&rsquo;exag\u00e9ration des emportements de Galactia\u00a0: ne serions-nous pas en train de repr\u00e9senter les attaques misogynes dont elle fait l&rsquo;objet, quant \u00e0 la pr\u00e9tendue hyst\u00e9rie f\u00e9minine\u00a0? Galactia ne peut-elle pas \u00eatre forte sans crises de nerfs\u00a0? Il s&rsquo;agit probablement d&rsquo;un parti pris de la mise en sc\u00e8ne, mais il oblige la com\u00e9dienne jouant Galactia (Christiane Cohendy) \u00e0 s&rsquo;\u00e9gosiller (risquant parfois un manque de justesse dans les questions qu&rsquo;elle pose, et qui ne semblent plus destin\u00e9es \u00e0 personne), voire \u00e0 perdre la voix\u00a0: dans les derni\u00e8res sc\u00e8nes, nous l&rsquo;entendons \u00e0 peine. La r\u00e9v\u00e9lation finale du tableau \u00e0 Carpeta parvient \u00e0 toucher le spectateur, qui est habilement mis dans la position de ce tableau\u00a0: c&rsquo;est vers le public que Carpeta regarde, quand Galactia lui montre le tableau &#8211; l&rsquo;astuce est habile, pour qu&rsquo;il ne nous tourne pas le dos, et que nous partagions son \u00e9motion dans une position peu commune, o\u00f9 c&rsquo;est nous qui devenons objet regard\u00e9, quand le com\u00e9dien est sujet regardant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce remporte son pari, s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;\u00e9veiller l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du spectateur quant \u00e0 la peinture d&rsquo;Artemisia Gentileschi\u00a0; ses r\u00e9pliques aux accents modernes &#8211; la pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1993 &#8211; nous montrent toute l&rsquo;actualit\u00e9 du questionnement social de la place des femmes et de la relation de celles-ci au pouvoir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tania Sanchez<\/h6>\n<pre>Photo : Simon Gosselin<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus Tableau d&rsquo;une ex\u00e9cution\u00a0: c&rsquo;est une \u0153uvre shakespearienne que met en sc\u00e8ne Claudia Stavisky, o\u00f9 le grotesque le plus \u00e9trange se m\u00eale \u00e0 la po\u00e9sie. 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