{"id":10663,"date":"2018-01-30T20:00:45","date_gmt":"2018-01-30T19:00:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10663"},"modified":"2018-01-30T20:00:45","modified_gmt":"2018-01-30T19:00:45","slug":"maladie-de-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10663","title":{"rendered":"La maladie de la mort"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Bouffes du Nord | <a href=\"http:\/\/www.bouffesdunord.com\/fr\/en-tournee\/la-maladie-de-la-mort\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>La maladie de la mort<\/i> est une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale unique, \u00e0 la crois\u00e9e des genres entre cin\u00e9ma, litt\u00e9rature et th\u00e9\u00e2tre. La question de la vision (vision de la femme par l&rsquo;homme et inverse) est pouss\u00e9e \u00e0 son extr\u00eame en rendant le spectateur \u00e0 son tour aussi voyeur que le personnage de l&rsquo;homme. Celui-ci n&rsquo;a jamais aim\u00e9 une femme. Il va payer une prostitu\u00e9e pour pouvoir l&rsquo;aimer (ou du moins essayer) : il va tout faire pour explorer ce corps \u00e9tranger et essayer de le comprendre et de le connaitre. Le spectateur assiste donc \u00e0 leurs s\u00e9ances quotidiennes dans un h\u00f4tel de bord de mer o\u00f9 se m\u00ealent jeux sexuels, observation et questionnements. La grande originalit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne de Katie Mitchell r\u00e9side dans la mise en abyme visuelle mise en place gr\u00e2ce aux op\u00e9rateurs vid\u00e9o qui filment en direct les d\/\u00e9bats des deux protagonistes. Nous assistons donc simultan\u00e9ment \u00e0 un tournage de film, une performance th\u00e9\u00e2trale et une lecture \u00e0 haute voix. Ir\u00e8ne Jacob endosse d&rsquo;ailleurs avec \u00e9l\u00e9gance le r\u00f4le de la narratrice et reprend des passages du r\u00e9cit de Marguerite Duras, dont la pi\u00e8ce est librement inspir\u00e9e. On saluera \u00e9galement la performance des deux acteurs principaux qui se donnent corps et \u00e2me, ainsi que toute l&rsquo;\u00e9quipe qui les filme sur sc\u00e8ne. On ressort du th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord apais\u00e9 par la vision de ces deux corps nus magnifi\u00e9s par une mise en sc\u00e8ne ing\u00e9nieuse qui r\u00e9v\u00e8le toute leur complexit\u00e9. On est aussi par moment proprement hallucin\u00e9s par l&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9motionnelle qui monte crescendo au cours de la pi\u00e8ce. J&rsquo;ai toutefois \u00e9t\u00e9 quelque peu d\u00e9\u00e7ue par la chute, qui n&rsquo;\u00e9tait pas pour moi \u00e0 la hauteur de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">H\u00e9l\u00e8ne Chaland<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Du 16 au 3 f\u00e9vrier 2018 se joue au th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord <i>la Maladie de la mort<\/i>, une adaptation du roman de Marguerite Duras par Alice Birch mis en sc\u00e8ne par Katie Mitchell. La troupe du th\u00e9\u00e2tre de la ville de Paris \u00e9volue sous les lumi\u00e8res d&rsquo;Anthony Doran, la femme est interpr\u00e9t\u00e9e par Laetitia Dosch et l&rsquo;homme par Nick Fletcher. L&rsquo;histoire de la <i>Maladie de la mort<\/i> peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e de cette fa\u00e7on : un homme homosexuel dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;aimer et d&rsquo;\u00e9prouver des sentiments, une femme qui se prostitue de fa\u00e7on occasionnelle. Elle lui doit ob\u00e9issance et d\u00e9vouement, il apprend \u00e0 l&rsquo;aimer. Tr\u00e8s vite, elle met un mot sur son mal, l&rsquo;homme est atteint de la maladie de la mort, et tente de le vaincre gr\u00e2ce au corps de la femme. Ils ne sont jamais nomm\u00e9s, comme si seules leurs chairs avaient de l&rsquo;importance.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Vous devriez ne pas la conna\u00eetre, l&rsquo;avoir trouv\u00e9e partout \u00e0 la fois, dans un h\u00f4tel, dans une rue, dans un train, dans un bar, dans un livre, dans un film, en vous-m\u00eame, en vous, en toi, au hasard de ton sexe dress\u00e9 dans la nuit qui appelle o\u00f9 se mettre, o\u00f9 se d\u00e9barrasser des pleurs qui le remplissent.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est par cette phrase que d\u00e9bute la pi\u00e8ce, extraite de l&rsquo;oeuvre de Marguerite Duras, narr\u00e9e par Ir\u00e8ne Jacob. La sc\u00e8ne est d\u00e9coup\u00e9e par de hauts murs entourant une chambre d&rsquo;h\u00f4tel sommaire, un grand lit deux places, une table, des \u00e9tag\u00e8res, un balcon donnant sur la Mer noire. La petite taille de la sc\u00e8ne donne un sentiment d&rsquo;enfermement aux spectateurs, dont certaines parties lui sont cach\u00e9es en fonction la place qu&rsquo;il occupe dans la salle. La pi\u00e8ce est film\u00e9e, ce qui permet une vision d&rsquo;ensemble de la sc\u00e8ne, projet\u00e9e sur grand \u00e9cran. C&rsquo;est peut \u00eatre la limite de la mise en sc\u00e8ne : les cam\u00e9ramans sont nombreux, trop pour la petitesse de la sc\u00e8ne ce qui nuit \u00e0 la repr\u00e9sentation, et au jeu des acteurs, qui n&rsquo;est ni du cin\u00e9ma, ni du th\u00e9\u00e2tre. En effet, toute la pi\u00e8ce est film\u00e9e, m\u00eal\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire de la femme lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait enfant. L&rsquo;ajout des cam\u00e9ras est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la sc\u00e8ne lorsque les corps des acteurs sont projet\u00e9s, pla\u00e7ant les spectateurs au coeur de leurs intimit\u00e9s et rendant le r\u00e9cit de Duras vivant et imag\u00e9. Mais souvent, c&rsquo;est le visage des acteurs qui est pr\u00e9sent\u00e9, ce qui d\u00e9nature le th\u00e9\u00e2tre : peut-\u00eatre aurait-il fallu filmer quelques passages de la pi\u00e8ce ? Les com\u00e9diens parlent tr\u00e8s peu, ils crient, se battent, font l&rsquo;amour sans s&rsquo;aimer, au rythme du r\u00e9cit. Souvent nus, car le corps est la source du mal-\u00eatre, l&rsquo;homme et la femme se changent sur sc\u00e8ne, parfois en sous-v\u00eatements, d&rsquo;autre fois en tenue de ville, un jean, un tee-shirt et des baskets, ou encore en robe de soir\u00e9e. Mais l&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale de la pi\u00e8ce est \u00e9trange : peut-\u00eatre pas assez sombre, ce qui cr\u00e9e une distance avec le texte de Duras, qu\u2019elle avait pourtant entrepris de pr\u00e9senter au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Rosa Vecchione<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>La Maladie de la mort<\/i> est un roman de Marguerite Duras, il a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne par Alice Birch et mont\u00e9 par Katie Mitchell aux Bouffes du nord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce huis clos donne \u00e0 voir L&rsquo;Homme (Nick Fletcher) prisonnier d&rsquo;une chambre d&rsquo;h\u00f4tel, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;il se sent prisonnier de son corps et de ses d\u00e9sirs homosexuels. La Femme (Laetitia Dosch) est la seule \u00e0 pouvoir sortir de la chambre ; malgr\u00e9 son statut de prostitu\u00e9e, elle a acc\u00e8s \u00e0 une forme de libert\u00e9. Ils sont nus la plupart du temps et ont des rapports physiques parfois violent\u00e9s (le spectacle est d\u00e9conseill\u00e9 aux moins de 18 ans). La Narratrice (Ir\u00e8ne Jacob), intervient ponctuellement en lisant quelque ligne du roman. Ils parlent globalement peu et leur voix respectives se sont accord\u00e9s sur la monotonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux com\u00e9diens sont film\u00e9s et projet\u00e9s en direct sur un \u00e9cran en ton de gris. Il y a de nombreux techniciens sur sc\u00e8ne : un preneur de son, deux cadreurs qui manipulent de grosses cam\u00e9ras \u00e0 tr\u00e9pied parfois, et des assistants qui d\u00e9placent le d\u00e9cor de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir filmer le com\u00e9dien sans filmer le public ainsi que d&rsquo;autres qui rangent les fils des cam\u00e9ras, apportent des accessoires &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur l&rsquo;\u00e9cran \u00e9taient \u00e9galement projet\u00e9es des vid\u00e9os pr\u00e9enregistr\u00e9es, montrant la sortie de La Femme dans l&rsquo;ascenseur ainsi que ses souvenirs d&rsquo;enfance, lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 cette maladie de la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout ce remue-m\u00e9nage, ces all\u00e9es et venus, et le peu de soin pris \u00e0 consid\u00e9rer la sc\u00e8ne comme lieu principal de r\u00e9alisation du spectacle vivant m&rsquo;ont beaucoup d\u00e9rang\u00e9e. On aurait dit les coulisses d&rsquo;un tournage. Ainsi, l&rsquo;intimit\u00e9 entre les deux com\u00e9diens n&rsquo;est pas cr\u00e9dible et le quatri\u00e8me mur instaur\u00e9 par la pr\u00e9sence des techniciens entre le public et les com\u00e9diens m&rsquo;a emp\u00each\u00e9e de croire \u00e0 leur histoire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Cindel Cattin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s d\u00e9j\u00e0 plusieurs adaptations au th\u00e9\u00e2tre, c&rsquo;est \u00e0\u00a0Katie Mitchell de proposer aux Bouffes du Nord sa vision de\u00a0<i>La Maladie de la mort<\/i>, roman que Marguerite Duras publie en 1982. C&rsquo;est l&rsquo;histoire \u00e0 la fois simple et singuli\u00e8re d&rsquo;un homme qui paye une jeune femme pour que chaque nuit, elle s&rsquo;allonge nue dans son lit, silencieuse et soumise. L&rsquo;homme veut apprendre \u00e0 aimer, lui qui n&rsquo;a jamais \u00e9prouv\u00e9 ce sentiment. Katie Mitchell a choisi d&rsquo;utiliser le m\u00e9dia cin\u00e9matographique\u00a0: sur le plateau, un d\u00e9cor de cin\u00e9ma, et une \u00e9quipe de cameramen qui filment les deux personnages incarn\u00e9s par Laetitia Dosch et Nick Fletcher, tandis qu\u2019au-dessus, la vid\u00e9o est diffus\u00e9e en direct. Sur le c\u00f4t\u00e9, une cabine d&rsquo;ing\u00e9nieur du son o\u00f9 Ir\u00e8ne Jacob, la narratrice, enregistre une voix off.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte de <i>La Maladie de la mort<\/i> est caract\u00e9ristique du style de Duras, moderne par son aspect \u00e9pur\u00e9, sa simplicit\u00e9. Les phrases lues par Ir\u00e8ne Jacob sont courtes, descriptives. Ce d\u00e9nuement du texte se refl\u00e8te dans une mise en sc\u00e8ne sans fioritures, et des acteurs nus qui font vivre les silences. La projection renforce cet effet\u00a0: en noir et blanc, elle est constitu\u00e9e de plan fixes, rapproch\u00e9s, qui mettent en valeur les expressions d&rsquo;acteurs immobiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix audiovisuel est une r\u00e9f\u00e9rence explicite au m\u00e9dia pornographique. A plusieurs reprises, l&rsquo;homme regarde des vid\u00e9os pornos, impassible ou s&rsquo;effor\u00e7ant d&rsquo;\u00e9prouver un d\u00e9sir qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais ressenti. On assiste \u00e0 plusieurs sc\u00e8nes de sexe, simul\u00e9es mais violentes. Toutefois, la vid\u00e9o en noir et blanc se distancie finalement d&rsquo;un genre aux couleurs plus crues, et a davantage l&rsquo;allure d&rsquo;un \u00ab\u00a0film d&rsquo;auteur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est l\u00e0 que le d\u00e9calage entre vid\u00e9o et sc\u00e8ne se montre tr\u00e8s int\u00e9ressant. Le ressenti face \u00e0 deux repr\u00e9sentations des m\u00eames \u00e9v\u00e8nements n&rsquo;est pas le m\u00eame : le plateau est plus cru, la vid\u00e9o plus angoissante. On regrettera toutefois la disposition de la salle\u00a0: il s&rsquo;agit d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;italienne, mais la mise en sc\u00e8ne fonctionne mal si l&rsquo;on n&rsquo;est pas pile en face du d\u00e9cor. Les cloisons et la cabine d&rsquo;ing\u00e9nieur du son obstruent le champ de vision et emp\u00eachent les spectateurs les moins bien plac\u00e9s d&rsquo;assister r\u00e9ellement au spectacle, condamn\u00e9s \u00e0 se contenter de la vid\u00e9o en tentant d&rsquo;imaginer la sc\u00e8ne. Je n&rsquo;ai r\u00e9ellement d\u00e9couvert le d\u00e9cor qu&rsquo;\u00e0 la fin du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, malgr\u00e9 cette limite de la mise en sc\u00e8ne, l&rsquo;oeuvre frappe. Au d\u00e9but, le rythme est plut\u00f4t lent. Par les th\u00e8mes abord\u00e9s, comme par l&rsquo;int\u00e9gration dans la vid\u00e9o de sc\u00e8nes inqui\u00e9tantes o\u00f9 l&rsquo;on voit la jeune femme, enfant, rentrer chez elle accompagn\u00e9e d\u2019une bande son oppressante, il cr\u00e9e d\u00e9j\u00e0 un sentiment de malaise. A la fin du spectacle, le rythme s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, consacrant la violence de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les choix de Katie Mitchell sont loin de laisser indiff\u00e9rent. En sortant, la violence qui nous reste en t\u00eate provoque un sentiment de malaise qui nous interloque\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je aim\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb L&rsquo;oeuvre n&rsquo;est s\u00fbrement pas faite pour \u00eatre <i>agr\u00e9able<\/i> \u00e0 regarder. Elle est avant tout <i>marquante<\/i>, et l&rsquo;essentiel est qu&rsquo;on n&rsquo;en sort pas indemne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Marie-Liesse Bertram<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Mardi dernier, je traverse Paris pour me rendre au<i> <\/i>th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord<i> <\/i>et assister \u00e0 la repr\u00e9sentation de <i>La maladie de la mort, <\/i>pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Katie Michell, librement adapt\u00e9e du texte de Marguerite Duras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce est tr\u00e8s sobre. Le spectacle dure une heure et seuls trois personnages sont pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne : l&rsquo;homme, la femme, et la narratrice. Dans un h\u00f4tel au bord de la mer, un homme paye une femme pour essayer ce qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 faire de sa vie : aimer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Katie Mitchell efface les fronti\u00e8res entre le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma en nous donnant \u00e0 voir un tournage : sur sc\u00e8ne, au milieu des acteurs, des assistants de tournage et un perchman d\u00e9ambulent, s&rsquo;occupant des cam\u00e9ras et des c\u00e2bles. Un \u00e9cran est projet\u00e9 en haut de sc\u00e8ne, donnant \u00e0 voir ce qui se d\u00e9roule sur sc\u00e8ne en direct mais en noir et blanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant j&rsquo;\u00e9tais plac\u00e9e de telle sorte que je voyais tr\u00e8s peu l&rsquo;espace sc\u00e9nique, j&rsquo;avais une vue partielle avec uniquement l&rsquo;\u00e9cran comme m\u00e9dium. Ce jeu entre les supports est int\u00e9ressant mais tr\u00e8s redondant et d\u00e9j\u00e0 beaucoup vu. Je trouve cela dommage, on finit par \u00eatre compl\u00e8tement passif, comme au cin\u00e9ma, les yeux fix\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9cran en oubliant la sc\u00e8ne. En revanche, j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 les extraits vid\u00e9os nous donnant \u00e0 voir des \u00e9pisodes ind\u00e9pendants de ce qui est jou\u00e9 sur sc\u00e8ne, des moments d\u2019ailleurs, des souvenirs qui hantent encore le pr\u00e9sent. Les visions ext\u00e9rieures, la contemplation de la mer agit\u00e9e nous donne envie de nous \u00e9chapper et renforce le malaise et la promiscuit\u00e9 qui \u00e9manent de cette chambre d&rsquo;h\u00f4tel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte de Duras lui, reste tr\u00e8s beau, poignant et fort avec des phrases qui r\u00e9sonnent en nous et qui sont tr\u00e8s bien lues par la g\u00e9niale Ir\u00e8ne Jacob : \u00a0\u00bb Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule fa\u00e7on qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu&rsquo;il soit advenu\u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0Finalement les sc\u00e8nes d&rsquo;amour tr\u00e8s crues qui d\u00e9noncent une sexualit\u00e9 nouvelle issue de l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la pornographie sont tr\u00e8s froides, lassantes et g\u00eanantes. De ce huis-clos angoissant, on veut vite s&rsquo;\u00e9chapper. En outre, on s&rsquo;attache peu \u00e0 peu \u00e0 la femme, en acc\u00e9dant \u00e0 son int\u00e9riorit\u00e9, son pass\u00e9 mais chez l&rsquo;homme, rien de tout cela, il n&rsquo;\u00e9volue absolument pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De cette pi\u00e8ce sans \u00e9rotisme alors que le texte de Duras l&rsquo;est profond\u00e9ment, on en ressort sans \u00e9motions. Plut\u00f4t vid\u00e9e et fatigu\u00e9e avec l&rsquo;id\u00e9e que la mise en sc\u00e8ne illustre bien le probl\u00e8me de la pi\u00e8ce : la prose de Duras, merveilleusement bien lue reste, comme la narratrice, enferm\u00e9e dans une cage sans pouvoir rayonner sur la sc\u00e8ne et toucher le public.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Gabrielle de Lestoile<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Mardi 30 janvier 2018, j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation de <i>La Maladie de la Mort<\/i> au Th\u00e9\u00e2tre des bouffes du Nord. Le roman, \u00e9crit par Marguerite Duras, \u00e9tait mis en sc\u00e8ne par Katie Mitchell et adapt\u00e9 par Alice Birch. L&rsquo;histoire se centre autour d&rsquo;un homme qui paye une femme pour qu\u2019elle se soumette \u00e0 ses moindres d\u00e9sirs; car il pense qu&rsquo;ainsi, il saura ce qu&rsquo;est <i>aimer<\/i>. Il essaie d&rsquo;aimer, mais c&rsquo;est un \u00e9chec complet et le verdict tombe bien vite\u00a0: il ne sait pas et est incapable d&rsquo;aimer. C&rsquo;est ce que la femme appelle la Maladie de la Mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout d&rsquo;abord, j&rsquo;avais souhait\u00e9 aller voir ce spectacle parce que j&rsquo;aime bien l&rsquo;\u00e9criture de M.Duras et j&rsquo;\u00e9tais curieuse de voir l&rsquo;adaptation th\u00e9\u00e2trale d&rsquo;un de ses r\u00e9cits\u00a0; cela me semblait un exercice difficile au vu de son style assez particulier. Ensuite, je ne connaissais pas ce roman, <i>La Maladie de la Mort<\/i>\u00a0: mais le titre \u00e9tait pour moi accrocheur et les th\u00e8mes abord\u00e9s m&rsquo;int\u00e9ressaient. J&rsquo;avais de belles esp\u00e9rances \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, celui-ci ne m&rsquo;a \u00e9voqu\u00e9 qu&rsquo;une chose au final, ou plut\u00f4t deux\u00a0: le vide et l\u2019ennui. Je me suis ennuy\u00e9e tout du long et ai trouv\u00e9 plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 observer le th\u00e9\u00e2tre et son int\u00e9rieur que le spectacle sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation m\u00e9langeait deux plans\u00a0: un th\u00e9\u00e2tral, un autre cin\u00e9matographique. Les deux acteurs en effet \u00e9taient film\u00e9s en m\u00eame temps qu&rsquo;ils jouaient, par toute une \u00e9quipe (cam\u00e9raman, r\u00e9gisseur son etc). Ce m\u00e9lange des genres ne m&rsquo;a pas du tout plu\u00a0: la pr\u00e9sence des techniciens sur sc\u00e8ne g\u00eanait et parasitait \u00e0 mon avis compl\u00e8tement la vue. On ne prenait aucun plaisir \u00e0 regarder le spectacle. L&rsquo;\u0153il fuyait la sc\u00e8ne et se tournait par d\u00e9faut vers les images projet\u00e9es au-dessus. J&rsquo;avais pourtant d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de voir un spectacle, <i>Medea<\/i> de Simons Stone, m\u00e9langeant de fa\u00e7on semblable th\u00e9\u00e2tre et vid\u00e9o. Rien ne g\u00eanait alors l&rsquo;oeil et la sc\u00e8ne, en espace th\u00e9\u00e2tral, avec tous les jeux qu&rsquo;on peut y faire, \u00e9tait bien exploit\u00e9e. J&rsquo;avais beaucoup appr\u00e9ci\u00e9. Ici, je n&rsquo;ai trouv\u00e9 aucun effort d&rsquo;imagination sur le d\u00e9cor, la mise en sc\u00e8ne\u00a0: il y avait une chambre, un couloir, point. Il n&rsquo;y avait aucun jeu de sc\u00e8ne particulier. En un sens, c&rsquo;\u00e9tait trop r\u00e9el. Le spectacle n&rsquo;apportait aucune \u00e9motion, aucune r\u00e9flexion. C&rsquo;est bien dommage, car l&rsquo;\u00e9criture de M. Duras dans mes souvenirs amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sence d&rsquo;une narratrice dans le spectacle confirme mon avis que cette adaptation est rat\u00e9e\u00a0: son intervention cassait le charme du th\u00e9\u00e2tre. Puisqu&rsquo;il y avait association de deux proc\u00e9d\u00e9s, on aurait pu s&rsquo;attendre \u00e0 ce que des plans cin\u00e9matographiques, des symboles\u00a0etc. remplacent la narration. Rien de tout cela ici. J&rsquo;ai trouv\u00e9 cela plat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis donc sortie tr\u00e8s d\u00e9\u00e7ue de la salle. Si la <i>Maladie de la Mort<\/i> repr\u00e9sente cette incapacit\u00e9 \u00e0 aimer, et donc un certain vide, l&rsquo;on peut consid\u00e9rer que l&rsquo;adaptation est en un sens r\u00e9ussie\u00a0: car on ne ressent absolument rien face au spectacle et l&rsquo;on s\u2019ennuie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Anne-Lise Jamier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">La voil\u00e0 la grande absente cependant qu\u2019elle hante toute enti\u00e8re la pi\u00e8ce nous plongeant dans la pesanteur qu\u2019elle implique\u00a0: la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un lit. A c\u00f4t\u00e9 : elle, que la nudit\u00e9 effraye, semble s&rsquo;\u00e9tirer vers ce qu\u2019elle aper\u00e7oit, cette porte lointaine qui serait sa survie et lui, que la nudit\u00e9 animalise d&rsquo;autant plus qu\u2019elle co\u00efncide avec sa pulsion de mort retrouv\u00e9e. Il s&rsquo;est perdu, s&rsquo;est fondu dans l&rsquo;image et ne s&rsquo;en d\u00e9tache plus. Comme une conscience abandonn\u00e9e, l&rsquo;\u00eatre de chair erre, sans nulle part o\u00f9 se trouver. Abandonn\u00e9 de sa pens\u00e9e. \u00c7a d\u00e9serte, \u00e7a se colle \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran o\u00f9 la pornographie hurle ce qui devait se voiler pour mieux stimuler. Et sur l&rsquo;\u00e9cran la mort, elle qui s&rsquo;absente d&rsquo;une sc\u00e8ne o\u00f9 sa corporalit\u00e9 n&rsquo;a pas de place, sur l&rsquo;\u00e9cran la voil\u00e0 projet\u00e9e, elle est un acte volontaire, acte de r\u00e9volte bien connu, qui dans la conscience de la femme alors encore petite fille se niche comme un trauma. Tout cela parfaitement freudien, avec ceci dans le trauma que le regard inopportun est ici particuli\u00e8rement soulign\u00e9\u00a0: le voyeurisme de l&rsquo;amateur de pornographie le rend impuissant \u00e0 la sexualit\u00e9, la vue de la mort volontairement donn\u00e9e rend la petite fille impuissante \u00e0 la vie. Ainsi la boucle dans cette pi\u00e8ce o\u00f9 se heurtent les d\u00e9chirures existentielles\u00a0: la volont\u00e9 consciente de la survie dans un corps inapte \u00e0 la vie. Ainsi, une lutte \u00e0 l&rsquo;avance perdue&#8230; Un lieu clos depuis lequel vainement on se d\u00e9bat, une sc\u00e8ne tragique sur laquelle, malgr\u00e9 un \u00e9cran comme une fen\u00eatre sur l&rsquo;ext\u00e9rieur, l&rsquo;agonie semble se mimer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Juliette Beillot<\/h6>\n<pre>Photo : Duane Michals<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Bouffes du Nord | En savoir plus La maladie de la mort est une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale unique, \u00e0 la crois\u00e9e des genres entre cin\u00e9ma, litt\u00e9rature et th\u00e9\u00e2tre. 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