{"id":1072,"date":"2011-10-16T20:00:56","date_gmt":"2011-10-16T18:00:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1072"},"modified":"2011-10-16T20:00:56","modified_gmt":"2011-10-16T18:00:56","slug":"berenice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1072","title":{"rendered":"B\u00e9r\u00e9nice"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong><em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>, de Jean Racine, mise en sc\u00e8ne de Muriel Mayette \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.comedie-francaise.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Com\u00e9die Fran\u00e7aise<\/a> (salle Richelieu). <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Ce B\u00e9r\u00e9nice\">La critique de Marion Cur\u00e9<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#La repr\u00e9sentation\">La critique d&rsquo;Apolline Hamy <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Dimanche\">La critique de Judica\u00eblle Moussier<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#dimanche\">La critique de Ma\u00ebvane Royer<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Ce B\u00e9r\u00e9nice\"><\/a>Ce <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>, de Racine, mis en sc\u00e8ne par Muriel Mayette, laisse une \u00e9trange impression, comme s\u2019il manquait quelque chose. Muriel Mayette propose une mise en sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e : le d\u00e9cor, d\u2019une extr\u00eame sobri\u00e9t\u00e9, contraste \u00e9trangement avec le cadre surcharg\u00e9 de la salle Richelieu de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Une toile de fond \u00e9pur\u00e9e, peu d\u2019effets sonores : un choix qui laisse au texte de Racine toute la libert\u00e9 de s\u2019exprimer dans sa profondeur tragique. L\u2019intrigue est simple : B\u00e9r\u00e9nice aime Titus, Titus aime B\u00e9r\u00e9nice, il est sur le point de l\u2019\u00e9pouser. Oui mais voil\u00e0, Titus doit devenir empereur de Rome \u00e0 la suite de son p\u00e8re Vespasien, or Rome ne veut pas de la reine B\u00e9r\u00e9nice. Titus doit choisir entre r\u00e9gner ou aimer, il choisira l\u2019empire.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L\u2019intrigue est simple mais charg\u00e9e de tragique, le texte de Racine est magnifique, la tension y est palpable. Mais cette mise en sc\u00e8ne froide peine \u00e0 lui donner tout son relief ; les acteurs eux-m\u00eames ne parviennent pas \u00e0 la faire vivre, et mis \u00e0 part quelques \u00e9clats puissants, le tout reste assez monocorde. On ne ressent gu\u00e8re la d\u00e9tresse de Titus lorsqu\u2019il l\u00e2che, implacable \u00ab Je sais tous les tourments o\u00f9 ce dessein me livre \/ Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre, \/ Que mon c\u0153ur de moi\u2212m\u00eame est pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner, \/ Mais il ne s&rsquo;agit plus de vivre, il faut r\u00e9gner. \u00bb. Et pourtant, le texte est l\u00e0, splendide et sans issue\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Une pi\u00e8ce qui laisse finalement le spectateur sur sa faim. &#8211; <strong>Marion Cur\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"La repr\u00e9sentation\"><\/a>La repr\u00e9sentation de cette \u0153uvre majeure de Racine a eu lieu \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise le dimanche 16 octobre 2011, mise en sc\u00e8ne par Muriel Mayette. Trag\u00e9die classique par excellence, la pi\u00e8ce est ici adapt\u00e9e avec une mise en sc\u00e8ne contemporaine qui respecte le texte originel. Les trois personnages principaux\u00a0: B\u00e9r\u00e9nice (Martine Chevalier), Antiochus (Jean-Baptiste Malartre) et Titus (Aur\u00e9lien Recoing) m\u00e8nent d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la pi\u00e8ce la tension dramatique, r\u00e9sultant d\u2019un dilemme entre leurs propres sentiments et leurs int\u00e9r\u00eats politiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Titus, empereur de Rome, aime \u00e9perdument B\u00e9r\u00e9nice, reine de Palestine. Pour leur malheur, une loi sacr\u00e9e dans la Rome antique interdit aux t\u00eates couronn\u00e9es d\u2019en porter le diad\u00e8me imp\u00e9rial et d\u00e9clare ill\u00e9gitime la prog\u00e9niture d\u2019une telle union. Pour sauvegarder son pouvoir l\u2019empereur doit renoncer \u00e0 son amour. Titus va avouer \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice qu\u2019ils doivent se s\u00e9parer. L\u00e0 est le n\u0153ud de l\u2019action, comment lui dire\u00a0? Devant cette intrigue, Antiochus, \u00e9pris de la reine depuis cinq ans,\u00a0 assiste avec d\u00e9chirement, trahir son ami l\u2019empereur Titus ou souffrir de n\u2019\u00eatre aim\u00e9 de sa belle\u00a0? Deux heures de suspens et de d\u00e9chirement\u00a0 r\u00e9gissent l\u2019intrigue.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La mise en sc\u00e8ne accentue la tension tragique par les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor et les choix du metteur en sc\u00e8ne selon une progression que nous d\u00e9finirons en trois temps\u00a0: le triptyque, la dualit\u00e9 et l\u2019unicit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Huit colonnes qui lib\u00e8rent trois espaces presque cloisonn\u00e9s nous accueillent apr\u00e8s le lever du rideau. Trois espaces pour trois personnages prisonniers de leurs sentiments. Un point de vue plus g\u00e9n\u00e9ral nous am\u00e8ne \u00e0 rapprocher le spatial du temporel. Les liens entre pass\u00e9, pr\u00e9sent et avenir sont ind\u00e9niables sur la m\u00eame sc\u00e8ne, l\u2019antichambre de l\u2019empereur et de la reine, un entre-deux, et le triptyque se met en place. Pour accentuer la concentration du temps et de l\u2019espace, les colonnes qui nous rappellent l\u2019Antiquit\u00e9, \u00e9poque \u00e0 laquelle se d\u00e9roule l\u2019action, n\u2019ont pourtant pas de style particulier (ionien, dorique ou corinthien) afin de mettre en valeur l\u2019atemporalit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre. Pour filer la m\u00e9taphore, nous avons une pi\u00e8ce du XVII\u00e8me si\u00e8cle, avec une intrigue antique, et une mise en sc\u00e8ne contemporaine.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La dualit\u00e9 est marqu\u00e9e par la r\u00e9partition du d\u00e9cor. Si l\u2019on imagine une ligne allant de cour \u00e0 jardin et une autre reliant l\u2019avant-sc\u00e8ne du fond, la croix ainsi form\u00e9e est la base de l\u2019enchev\u00eatrement des destins. Les deux niveaux dessin\u00e9s par les marches d\u2019escaliers repr\u00e9sentent soit la diff\u00e9rence sociale, soit la diff\u00e9rence de point de vue (entre les int\u00e9r\u00eats sentimentaux et les int\u00e9r\u00eats politiques), soit la diff\u00e9rence de registre (ironique ou tragique) pris tour \u00e0 tour par chacun des personnages. Bref, deux espaces d\u00e9finis qui accentuent la scission, le d\u00e9chirement des personnages et leur dualit\u00e9 propre, ce sont des personnalit\u00e9s publiques en proie \u00e0 des sentiments personnels.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Enfin, l\u2019unicit\u00e9 de la pi\u00e8ce se concentre autour du tragique et de la couleur bleu qui rassemble autant de symboles que dans l\u2019\u0153uvre. B\u00e9r\u00e9nice et Antiochus portent le bleu, couleur de la royaut\u00e9. Le fond bleu qui apparait parfois en fond de sc\u00e8ne mat\u00e9rialise la mer, le d\u00e9part annonc\u00e9 d\u2019Antiochus et de la reine. Enfin, le bleu est une att\u00e9nuation du noir, couleur de la mort et de la nuit, la fin des sentiments des personnages, la fin de la pi\u00e8ce puisqu\u2019ils seront tous trois s\u00e9par\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La dualit\u00e9 pr\u00e9sente s\u2019encercle et s\u2019enferme \u00e0 travers le temps et l\u2019espace, comme un tourbillon qui nous entra\u00eene et ne nous accorde aucun repos. La mise en sc\u00e8ne symbolique riche de sens se suffit\u00a0 \u00e0 elle-m\u00eame face \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 des acteurs d\u00e9clamant leur texte. C\u2019est un bel hommage rendu \u00e0 Racine que le jeu de cette rupture qui ne satisfait jamais, qu\u2019elles qu\u2019en soient les cons\u00e9quences. &#8211; <strong>Apolline Hamy<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Dimanche\"><\/a>Dimanche 16 octobre, rendez-vous \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise pour la repr\u00e9sentation de <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>, une pi\u00e8ce qui r\u00e9sonne particuli\u00e8rement dans ce lieu car elle fut l&rsquo;une des premi\u00e8res jou\u00e9es par la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise en 1680. Cette trag\u00e9die magistrale montre les cons\u00e9quences tragiques sur la vie des personnages du choix de Titus, qui pr\u00e9f\u00e8re son devoir \u00e0 la t\u00eate de Rome, \u00e0 l&rsquo;amour qui le lie \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice. Dans cette pi\u00e8ce Titus ne montre pas d&rsquo;h\u00e9sitation, de retour sur sa d\u00e9cision, et laisse ainsi la part belle \u00e0 l&rsquo;expression des sentiments de douleur des diff\u00e9rents personnages.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Muriel Mayette opte pour un mise en sc\u00e8ne symbolique et \u00e9pur\u00e9e. Le d\u00e9cor est compos\u00e9 de quelques colonnes au sommet de quelques marches, un fond bleu clair qui s&rsquo;\u00e9carte progressivement au fil du d\u00e9roulement. Les costumes sont minimalistes, la couleur bleue liant les trois personnages principaux.<br \/>\nLes personnages restent \u00e9galement mesur\u00e9s dans leurs actions. Les d\u00e9placements sur sc\u00e8ne, mont\u00e9e ou descente des marches, place des personnages dans les diff\u00e9rentes parties de la sc\u00e8ne, sont tr\u00e8s significatifs et inscrits dans l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;action, et l&rsquo;\u00e9tat psychologique du personnage.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Cette mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e laisse donc toute la place \u00e0 la parole, et pourrait laisser esp\u00e9rer une pi\u00e8ce magnifique qui donne toute son importance aux mots ! Mais malheureusement, ce dimanche 16 octobre il n&rsquo;en fut rien. Ce qui choque tout d&rsquo;abord, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge des com\u00e9diens, qui sont loin d&rsquo;\u00eatre les jeunes premiers que l&rsquo;on peut voir d&rsquo;habitude pour ce type d&rsquo;intrigues amoureuses. Cet \u00e2ge m\u00fbr des protagonistes aurait pu permettre de donner un nouvel \u00e9clairage \u00e0 cette pi\u00e8ce, plus de profondeur aux sentiments \u00e9prouv\u00e9s. Mais ici ce ne sont que des com\u00e9diens fatigu\u00e9s, qui d\u00e9clament leur texte correctement mais sans l&rsquo;incarner v\u00e9ritablement.<br \/>\nLa passion fulgurante contenue dans les vers de Racine ne peut donc d\u00e9ployer toute sa puissance sur sc\u00e8ne.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Une pi\u00e8ce d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on sort donc frustr\u00e9, avec un sentiment de g\u00e2chis.<strong> &#8211; Judica\u00eblle Moussier<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"dimanche\"><\/a>Dimanche 16 Octobre. Il est quatorze heures lorsque la p\u00e9nombre tombe sur la superbe salle Richelieu de la Com\u00e9die fran\u00e7aise. Le rideau se l\u00e8ve dans un silence religieux\u00a0: la repr\u00e9sentation de l\u2019une des plus grandes trag\u00e9dies de Racine peut commencer.\u00a0 Pendant deux heures vont se d\u00e9rouler sous nos yeux les d\u00e9chirements et les errements de B\u00e9r\u00e9nice -incarn\u00e9e par Martine Chevallier-, h\u00e9ro\u00efne \u00e9ponyme de la pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e par l\u2019auteur en 1671, ainsi que\u00a0 ceux de Titus \u2013Aur\u00e9lien Recoing- , homme de pouvoir promis \u00e0 devenir l\u2019empereur du peuple romain \u00e0 la suite de la mort de son p\u00e8re mais contraint pour cela \u00e0 renoncer \u00e0 l\u2019amour de B\u00e9r\u00e9nice, princesse \u00e9trang\u00e8re. Faut-il choisir la passion ou le pouvoir\u00a0? Tel est le terrible\u00a0 dilemme auquel\u00a0 est confront\u00e9 Titus tout au long de la pi\u00e8ce, dilemme qui le pr\u00e9cipite d\u2019embl\u00e9e vers une issue tragique connue d\u00e8s le d\u00e9but.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Une autre question sous-tend la trag\u00e9die\u00a0: Comment quitter l\u2019\u00eatre que l\u2019on aime et comment le lui dire\u00a0? C\u2019est autour de cette question cruciale que s\u2019organise la mise en sc\u00e8ne de\u00a0 Muriel\u00a0 Mayette.<br \/>\nD\u00e8s les premi\u00e8res minutes, la mise en sc\u00e8ne surprend par son \u00e9quilibre, sa clart\u00e9 et sa rigueur. En effet, les acteurs \u00e9voluent au sein d\u2019un d\u00e9cor parfaitement sym\u00e9trique, autour de deux rang\u00e9es\u00a0 align\u00e9es de colonnes antiques, en bas desquelles descend un escalier droit. La toile de fond est \u00e9pur\u00e9e, r\u00e9duite \u00e0 son strict minimum, afin de mettre en valeur les personnages, leurs \u00e9changes,\u00a0 leurs rapports. Au fil des sc\u00e8nes, une partie ou l\u2019autre du rideau s\u2019\u00e9carte pour d\u00e9voiler un pan du d\u00e9cor ext\u00e9rieur, plus ou moins \u00e9clair\u00e9 selon l\u2019avanc\u00e9e de la nuit, ce qui permet d\u2019informer le spectateur sur le cadre temporel, de jalonner\u00a0 la pi\u00e8ce et de marquer les \u00e9tapes symboliques de cette nuit tragique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Muriel\u00a0 Mayette choisit donc de cr\u00e9er une mise en sc\u00e8ne classique et rigoureuse, respectant \u00e0 la lettre la r\u00e8gle\u00a0 des trois unit\u00e9s\u00a0: la pi\u00e8ce se d\u00e9roule en une nuit \u2013unit\u00e9 de temps-, dans le m\u00eame cabinet \u2013unit\u00e9 de lieu- et l\u2019action est resserr\u00e9e autour d\u2019une intrigue principale, celle du choix que doit op\u00e9rer Titus et des cons\u00e9quences que cela entra\u00eene pour tous les autres personnages \u2013unit\u00e9 d\u2019action.\u00a0 La mise en sc\u00e8ne choisie frappe par sa limpidit\u00e9\u00a0: tout y appara\u00eet de mani\u00e8re fluide et lin\u00e9aire\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 .<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">On retrouve \u00e9galement cette sobri\u00e9t\u00e9 et cette clart\u00e9 de l\u2019organisation dans les costumes port\u00e9s par les personnages. Les trois personnages principaux \u2013B\u00e9r\u00e9nice, Titus et Antiochus- sont tout de bleu v\u00eatus, ce qui les met en valeur et contraste avec le noir des tenues des personnages secondaires. B\u00e9r\u00e9nice appara\u00eet notamment dans une somptueuse robe bleu roi \u00e0 traine, soulignant son \u00e9l\u00e9gance et la noblesse de son caract\u00e8re et rappelant son statut de princesse. C\u2019est ce m\u00eame bleu que porte Titus, couleur symbolique lui rappelant sans cesse que son destin est de r\u00e9gner.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">V\u00eatus de ces costumes \u00e0 la fois sobres et \u00e9l\u00e9gants, les personnages \u00e9voluent de mani\u00e8re particuli\u00e8rement int\u00e9ressante sur la sc\u00e8ne. En effet, leurs mouvements sont bien souvent r\u00e9duits \u00e0 leur stricte n\u00e9cessit\u00e9, soulignant ainsi la volont\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne de mettre en avant les \u00e9changes verbaux entre les personnages.\u00a0 Ces \u00e9changes sont particuli\u00e8rement riches et c\u2019est sur eux que Muriel Mayette met constamment l\u2019accent. Bien entendu, les personnages ne restent pas compl\u00e8tement immobiles\u00a0: ils adoptent une gestuelle tragique \u2013main\u00a0 pos\u00e9e sur le front, appui sur l\u2019un des piliers, effondrement au sol- mais ces subtils mouvements ne sont l\u00e0 que pour donner encore plus de relief et de profondeur aux paroles.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Le jeu des acteurs est donc tout particuli\u00e8rement important dans le sens o\u00f9 tout repose sur le ton de leurs dialogues,\u00a0 le rythme de leur phras\u00e9 et l\u2019intensit\u00e9 de leurs paroles. L\u2019alternance de discours solennels et de paroles empreintes d\u2019emphase et de path\u00e9tique voir\u00a0 de col\u00e8re ou de d\u00e9sespoir, cr\u00e9e un effet de surprise chez le spectateur et le fait entrer en sympathie avec les personnages.\u00a0 La parole et le texte occupent en quelque sorte le r\u00f4le principal. Chaque moment crucial \u2013 d\u00e9couverte du futur mariage de B\u00e9r\u00e9nice par Antiochus, r\u00e9v\u00e9lation du choix de Titus pour B\u00e9r\u00e9nice, annonce de la possible mort de B\u00e9r\u00e9nice\u2026- est mis en valeur par la force de la parole, qu\u2019elle soit prononc\u00e9e dans un monologue tragique ou dans un dialogue.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">En outre, Muriel Mayette choisit de diffuser\u00a0 de courts extraits musicaux apr\u00e8s chaque moment cl\u00e9 pour souligner la gravit\u00e9 et la force des sentiments des personnages. Ainsi, \u00e0 trois ou quatre reprises, une musique \u00e0 la fois grave et puissante vient clore la sc\u00e8ne et faire prendre conscience au lecteur de la gravit\u00e9 de l\u2019acte qui vient de se d\u00e9rouler sous ses yeux. Le spectateur est ainsi un t\u00e9moin impuissant du m\u00e9canisme tragique qui se d\u00e9roule inexorablement.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Le spectateur est donc encha\u00een\u00e9 avec les personnages dans le pi\u00e8ge tragique qui se referme peu \u00e0 peu sur eux, pi\u00e8ge qui peut \u00eatre symbolis\u00e9 par les piliers, sortes de barreaux d\u2019une prison dont on ne peut pas s\u2019enfuir.\u00a0 Bien que connaissant d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9nouement de l\u2019intrigue, il se laisse happer par un certain suspens et une tension croissante. La pi\u00e8ce et la tension tragique connaissent leur apog\u00e9e au moment o\u00f9 B\u00e9r\u00e9nice prend\u00a0 le\u00a0 public \u00e0 parti en le regardant dans les yeux, comme s\u2019il \u00e9tait le peuple romain et en lui adressant ses ultimes reproches.\u00a0 Le spectateur sait que cette pi\u00e8ce ne peut conna\u00eetre de \u00ab\u00a0happy ending\u00a0\u00bb mais cela ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019esp\u00e9rer, en se mettant \u00e0 la place de B\u00e9r\u00e9nice, un ultime retournement de situation. L\u2019\u00e9motion tragique est pr\u00e9sente tout au long du spectacle, \u00e9motion qui se transforme un instant en rire grin\u00e7ant partag\u00e9 par l\u2019ensemble du public au moment o\u00f9 B\u00e9r\u00e9nice, prise dans un tourbillon de passions, se montre particuli\u00e8rement cruelle envers Antiochus, lui jetant \u00e0 la figure un \u00abVous \u00eates encore l\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb qui r\u00e9sonne comme un glas aux oreilles de l\u2019amant boulevers\u00e9. Mis \u00e0 part cet acc\u00e8s de rire, le public est transport\u00e9 par une \u00e9motion tragique, il compatit avec les personnages, ressent l\u2019intensit\u00e9 de leurs sentiments, tout en \u00e9tant impuissant face au d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements, et r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 cette question qui trouve encore un \u00e9cho aujourd\u2019hui du dilemme entre amour et pouvoir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ainsi, j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 cette mise en sc\u00e8ne empreinte de rigueur et de luminosit\u00e9. Sa rectitude souligne la duret\u00e9 et la cruaut\u00e9 de la situation \u00e0 laquelle les personnages sont confront\u00e9s mais aussi la beaut\u00e9 et la perfection du texte racinien, capable de cr\u00e9er l\u2019\u00e9motion chez le spectateur.\u00a0 Mise en sc\u00e8ne dans une superbe salle \u00e0 l\u2019italienne, la pi\u00e8ce de Racine rev\u00eat tout son \u00e9clat et sa noblesse. La simplicit\u00e9 du d\u00e9cor et la sobri\u00e9t\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne peuvent \u00e9tonner mais ils sont \u00e0 mon avis essentiels pour mettre en relief la complexit\u00e9 du dilemme, la force des \u00e9motions et surtout la beaut\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 de la langue racinienne. En effet, bien que datant du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, cette langue nous appara\u00eet fluide et limpide. La parole occupe le devant de la sc\u00e8ne durant toute la pi\u00e8ce\u00a0: tout passe par les mots, qui sont l\u00e0 pour dire le caract\u00e8re inexorable de la s\u00e9paration des deux h\u00e9ros. C\u2019est par la parole que l\u2019action progresse tout au long de la pi\u00e8ce, et c\u2019est encore par elle que passe principalement l\u2019\u00e9motion, parole derri\u00e8re laquelle ont peut encore entendre, si l\u2019on tend bien l\u2019oreille, la voix de Racine, \u00e0 laquelle Muriel Mayette rend hommage. <strong>&#8211; Ma\u00ebvane Royer<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >B\u00e9r\u00e9nice, de Jean Racine, mise en sc\u00e8ne de Muriel Mayette \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise (salle Richelieu). La critique de Marion Cur\u00e9 La critique d&rsquo;Apolline Hamy La critique de Judica\u00eblle Moussier La critique de Ma\u00ebvane Royer Ce B\u00e9r\u00e9nice, de Racine, mis en sc\u00e8ne par Muriel Mayette, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,4],"tags":[],"class_list":["post-1072","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-comedie-francaise","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1072","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1072"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1072\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1072"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1072"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1072"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}