{"id":10769,"date":"2018-02-07T20:00:32","date_gmt":"2018-02-07T19:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10769"},"modified":"2018-02-07T20:00:32","modified_gmt":"2018-02-07T19:00:32","slug":"nos-educations-sentimentales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10769","title":{"rendered":"Nos \u00e9ducations sentimentales"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre 13 | <a href=\"http:\/\/www.theatre13.com\/saison\/spectacle\/nos-educations-sentimentales--2\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Est-ce que vous trouvez normal que la vie d\u00e9\u00e7oive\u00a0?\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, personnage principal de <i>Nos \u00c9ducations sentimentales,<\/i> se perd dans les d\u00e9combres de ses r\u00eaves, il ne peut jamais que rester enfonc\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 rugueuse \u00e0 laquelle son existence le rattache, et c\u2019est bien \u00e7a, le probl\u00e8me de son histoire. Sophie Lecarpentier propose avec son \u00e9quipe de com\u00e9dien.ne.s une nouvelle peau au roman de Flaubert. Peau, parce que le sujet ne change pas, seulement ses modalit\u00e9s. L\u2019histoire est port\u00e9e par une bande d\u2019amis, \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du moins, une certaine modernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s\u2019agit pas de s\u2019inscrire dans une temporalit\u00e9 donn\u00e9e mais de retranscrire les couleurs locales d\u2019un temps pass\u00e9, \u00e0 la fois celui du temps de Truffaud ou d\u2019Eric Rohmer\u00a0; le temps de Lionel Jospin ou de Brigitte Fontaine\u00a0; le temps d\u2019une \u00e9poque plus flaubertienne que notre r\u00e9alit\u00e9 propre et contemporaine, un temps plus r\u00eaveur, un temps o\u00f9 les valeurs \u00e9taient encore interrog\u00e9es \u2013 puisque c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit\u00a0: un monde o\u00f9 la politique ne donne aucune r\u00e9ponse et comme le personnage Gwen le dit, o\u00f9 le monde attend surtout un nouveau souffle. L\u2019inscription de cette bande de \u00ab\u00a0type\u00a0\u00bb de personnage, la gauchiste engag\u00e9e, le noble aristocrate et autre, dans cette temporalit\u00e9 passe par un assemblage de r\u00e9f\u00e9rence, d\u2019enregistrements de discours, de citations de films ou de livres. Cet assemblage se m\u00ealait en outre \u00e0 une lecture cin\u00e9matographique de certains passages du roman qui donnait finalement une mesure calme et progressive \u00e0 l\u2019initiation des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette initiation devient d\u2019ailleurs le pr\u00e9texte \u00e0 parler de notre monde. Qu\u2019il s\u2019agisse de la question de l\u2019ascension sociale dont souffre Henri, le grand ami de Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0; du probl\u00e8me de dissension sociale entre Rose et Fr\u00e9d\u00e9ric, lequel note au fur et \u00e0 mesure que leur relation se d\u00e9sint\u00e8gre, les d\u00e9fauts, la fadeur et les erreurs de Rose\u00a0: \u00ab\u00a0par contre&#8230;\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non, en revanche\u00a0\u00bb, ces objets deviennent source d\u2019un engagement, du moins d\u2019une r\u00e9flexion. A c\u00f4t\u00e9 de la nonchalance aristocrate de Fr\u00e9d\u00e9ric, nous retrouvons Gwen qui passe sa vie \u00e0 sauver le monde, \u00e0 s\u2019engager pour des causes selon des d\u00e9sirs instables et qui ne la satisfont jamais \u2013 petit moyen de rappeler que cette part du monde \u00e0 sauver existe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, le sujet propre, l\u2019\u00e9ducation sentimentale, reste fondamentale. Peut-\u00eatre trop\u00a0? Comme si d\u2019une initiation on passait au tribulations amoureuses d\u2019un groupe de jeune, toujours insatisfait dans un monde qui ne leur correspond pas. Eternellement adolescents, en perp\u00e9tuel va-et-vient les uns envers les autres, l\u2019\u00e9nergie semble alors se dilapider, les actions se d\u00e9r\u00e9gler, l\u2019histoire se dissiper. L\u2019\u00e9ducation se perd, les personnages ne progressent pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous regardons alors ce monde o\u00f9 leur \u00ab\u00a0n\u00f4tre\u00a0\u00bb nous devient absolument indiff\u00e9rent. La po\u00e9sie recherch\u00e9e se perd dans l\u2019inondation des r\u00e9f\u00e9rences, dans la voix goualeuse du com\u00e9dien principal. Les sc\u00e8nes de lecture deviennent la source de mimes pl\u00e9onasmes qui illustrent sans but une histoire que l\u2019on nous raconte d\u00e9j\u00e0. C\u2019est finalement le dessin d\u2019une histoire de bons copains, dont la plus belle histoire d\u2019amour se r\u00e9duit \u00e0 la tentation d\u2019une prostitu\u00e9e orientale\u00a0: \u00ab\u00a0<i>C\u2019est l\u00e0 ce que nous avons eu de meilleur&#8230;<\/i>\u00a0\u00bb. Est-ce enviable\u00a0? Est-ce l\u00e0, l\u2019aboutissement de nos \u00e9ducations sentimentales\u00a0? S\u2019il s\u2019agit de parler du monde moderne, peut-\u00eatre Flaubert n\u2019est-il pas le plus \u00e0 m\u00eame de rendre ses couleurs \u00e0 nos histoires de sentiments.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tristan Gauberti<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 11 janvier au 18 f\u00e9vrier 2018, les com\u00e9diens du Th\u00e9\u00e2tre 13 jouent <i>Nos \u00e9ducations sentimentales<\/i>, une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Sophie Lecarpentier qui propose une r\u00e9-\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale du roman <i>L&rsquo;\u00e9ducation sentimentale<\/i> de Flaubert, inspir\u00e9e du film <i>Les Quatre Cents Coups<\/i> de Fran\u00e7ois Truffaut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Trois hommes. Trois femmes. Compositions autour du triangle amoureux.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage principal, Fr\u00e9d\u00e9ric (Moreau), quitte Rouen pour s&rsquo;installer \u00e0 Paris et partir \u00e0 la qu\u00eate de l&rsquo;amour, \u00e0 la conqu\u00eate de Marie (Arnoux). Il est rapidement suivi par son meilleur ami et, ensemble, ils nouent des amiti\u00e9s parisiennes, jusqu&rsquo;\u00e0 constituer un groupe d&rsquo;amis.\u00a0Bien plus qu&rsquo;une histoire d&rsquo;amour principale, c&rsquo;est un chass\u00e9-crois\u00e9 amoureux ponctu\u00e9 par l&rsquo;humour qui se joue. Toutes les situations de la vie quotidienne et sentimentale sont \u00e9voqu\u00e9es, les petites et grandes trag\u00e9dies de la vie ainsi que les c\u00e9l\u00e9brations et joies partag\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Une mise en sc\u00e8ne po\u00e9tique<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;espace sc\u00e9nique est divis\u00e9 intelligemment pour cr\u00e9er les diff\u00e9rents lieux de l&rsquo;action : les d\u00e9cors sont mobiles et la r\u00e9partition des com\u00e9diens dans l&rsquo;espace fonctionne bien. La sc\u00e8ne est divis\u00e9e dans sa profondeur en trois plans. Il y a un int\u00e9rieur, symbolis\u00e9 par un mur blanc et opaque, sur lequel se d\u00e9coupe un jeu d&rsquo;ombres, un second espace d\u00e9fini par un rideau blanc, ajustable aux n\u00e9cessit\u00e9s sc\u00e9nographiques, et enfin, l&rsquo;avant-sc\u00e8ne, ouverte sur le public. La mise en sc\u00e8ne est cr\u00e9ative, et ne manque pas de po\u00e9sie : je pense notamment \u00e0 une sc\u00e8ne de promenade sous un parapluie lumineux et \u00e0 la transposition tr\u00e8s r\u00e9ussie de l&rsquo;univers aquatique d&rsquo;une piscine municipale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Pertinence de l&rsquo;intrigue<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intrigue, cependant, pr\u00e9sente moins de coh\u00e9rence. Celle-ci se d\u00e9roule sur plusieurs ann\u00e9es, menant ses personnages de l&rsquo;adolescence au bilan de la quarantaine. Les personnages se jettent avec pr\u00e9cipitations dans la vie, mais les nombreux rebondissements que cela engendre ne sont pas toujours convaincants. C&rsquo;est pourquoi, la pr\u00e9sence de la voix-off, par Fr\u00e9d\u00e9ric Cherbeouf, est tr\u00e8s appr\u00e9ciable : c&rsquo;est un dispositif rare au th\u00e9\u00e2tre, qui accompagne tr\u00e8s bien la pi\u00e8ce et rythme une intrigue un peu longuette. Une r\u00e9serve peut \u00eatre \u00e9mise quant au jeu d&rsquo;acteurs, qui me semble peu homog\u00e8ne : la distribution est bonne, mais je n&rsquo;ai, personnellement, pas particuli\u00e8rement accroch\u00e9 avec le jeu de Julien Saada, incarnant Fr\u00e9d\u00e9ric.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, c&rsquo;est bien plus une histoire d&rsquo;amiti\u00e9 qu&rsquo;une histoire sentimentale qui est jou\u00e9e, dont toute la gr\u00e2ce se cristallise dans l&rsquo;interpr\u00e9tation du <i>Tourbillon de la vie <\/i>par l&rsquo;ensemble de la troupe.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Boschen<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Une vie \u00e0 t&rsquo;attendre<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par une nuit sombre, \u00e9touff\u00e9e par un \u00e9pais tapis neigeux, au bout d&rsquo;une all\u00e9e obscure se trouve le Th\u00e9\u00e2tre 13. <i>Nos \u00e9ducations sentimentales<\/i>, r\u00e9\u00e9criture aux accents saganesques du roman de Flaubert par la metteuse en sc\u00e8ne Sophie Lecarpentier, plonge le spectateur dans un univers qui sort de la sc\u00e8ne pour passer derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9cran et rev\u00eatir une esth\u00e9tique de film. Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, jeune provincial au lyrisme exacerb\u00e9 monte \u00e0 Paris dans l&rsquo;espoir de devenir un grand \u00e9crivain. Foudroy\u00e9 \u00e0 la simple vue de Madame Arnoux, apparition au milieu des annonces m\u00e9lodieuses de la SNCF, Fr\u00e9d\u00e9ric s&rsquo;oublie pour ne vivre que dans l&rsquo;espoir de revoir l&rsquo;objet de son d\u00e9sir. Le spectateur suit alors les d\u00e9ambulations de la bande d&rsquo;amis de Fr\u00e9d\u00e9ric (comme tout droit sortis d&rsquo;un film de Guillaume Canet)\u00a0; rentiers, oisifs ou autres personnages aux professions dont les libell\u00e9s ne font qu&rsquo;entretenir le myst\u00e8re. Le besoin de tendresse, la peur de la solitude, l&rsquo;envie d&rsquo;enfants, l&rsquo;implication dans la soci\u00e9t\u00e9 entra\u00eenent les personnages vers des choix de raison qui, m\u00eame s&rsquo;ils ne poussent pas vers le drame, les font mourir \u00e0 petits feux. Une demi-vie ponctu\u00e9e de grands malheurs comme la perte d&rsquo;un enfant ou de petites d\u00e9ceptions. Et quand enfin pris par un regain de courage les personnages d\u00e9cident de quitter cette existence qui les d\u00e9tourne d&rsquo;eux-m\u00eames, ces alliances de circonstance pour remplir un vide sans fond, ce n&rsquo;est que pour leur faire go\u00fbter quelques moments de bonheur absolu d\u00e9j\u00e0 corrompus par le regret. Madame Arnoux, lors du simulacre de sc\u00e8ne de rupture, met en mots leur histoire \u00e0 contretemps\u00a0: \u00ab passer une vie ensemble sans la partager\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nos <i>\u00e9ducations sentimentales <\/i>r\u00e9ussit son pari de capter l&rsquo;essence immarcescible de l&rsquo;\u0153uvre de Flaubert. La voix de Flaubert se teinte des accents pastels de Jaques Demy et se m\u00e9lange aux paroles de Johnny Hallyday. Le texte, dans son art de la formule \u00e9l\u00e9gante am\u00e8ne parfois le spectateur \u00e0 se demander si Flaubert n&rsquo;aurait pas souffl\u00e9 ces lignes. La pi\u00e8ce navigue dans une polyphonie qui peut sembler h\u00e9t\u00e9roclite mais qui jamais ne verse dans la cacophonie. On pourrait reprocher n\u00e9anmoins quelques lenteurs dans le d\u00e9marrage de la pi\u00e8ce qui se laisse s\u00e9duire par les facilit\u00e9s d&rsquo;une certaine vulgarit\u00e9 qui tranche avec l&rsquo;\u00e9vanescence de la passion contenue dans un regard entre Fr\u00e9d\u00e9ric et Madame Arnoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps r\u00e9el, celui du monde, des informations p\u00e9n\u00e8tre celui du c\u0153ur par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un vieux transistor duquel les attentats du onze septembre, la r\u00e9signation de Jospin arrivent en sourdine aux oreilles des personnages. Autre repr\u00e9sentant de ce monde mat\u00e9riel o\u00f9 le sentiment n&rsquo;a plus sa place, Jacques, pur produit des \u00e9coles de commerce, au langage truff\u00e9 d&rsquo;anglicismes et model\u00e9 sur un manuel de marketing. Pourtant, sous son beau costume se cache un homme qui ne croit d\u00e9j\u00e0 plus dans son propre personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est bien cela que <i>Nos \u00e9ducations sentimentales<\/i> nous apprend\u00a0: ne pas se leurrer en croyant qu&rsquo;on a <i>La vie devant soi<\/i>.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Victoria Robert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Nos \u00e9ducations sentimentales<\/i> est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mise en sc\u00e8ne par Sophie Lecarpentier avec la Compagnie Eulalie au Th\u00e9atre 13. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une adaptation contemporaine assez libre du roman de Flaubert. L&rsquo;histoire se d\u00e9roule autour de Fr\u00e9d\u00e9ric un jeune rouennais venu faire ses \u00e9tudes \u00e0 Paris. L\u00e0, il rencontre le riche couple des Arnoux et tombe amoureux de la femme, Marie Arnoux. La pi\u00e8ce donne toutefois une place aux autres personnages dont on suit aussi les interactions et les \u00e9volutions. La pi\u00e8ce se d\u00e9roulant de fa\u00e7on lin\u00e9aire sur une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, et l&rsquo;utilisation habile de l&rsquo;espace de la -petite- sc\u00e8ne pour \u00e9voquer les changements ont retenu mon attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tout d&rsquo;abord, il est int\u00e9ressant d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont diff\u00e9rents espaces sont cr\u00e9\u00e9s sur sc\u00e8ne. Le d\u00e9cor est simple\u00a0: il n&rsquo;y a qu&rsquo;un mur blanc, en partie cach\u00e9 par un grand rideau, avec une ouverture en forme de porte sur la gauche. Ces trois \u00e9l\u00e9ments servent de base aux d\u00e9cors. Le mobilier est r\u00e9duit au minimum, d&rsquo;ailleurs le grand mur blanc sert de fa\u00e7on r\u00e9currente \u00e0 sugg\u00e9rer des meubles en ombre chinoise. Parfois un espace pr\u00e9cis occupe toute la sc\u00e8ne comme c&rsquo;est le cas d&rsquo;une sc\u00e8ne \u00e0 la piscine sugg\u00e9r\u00e9e par des jeux de lumi\u00e8re et de son \u00e9voquant l&rsquo;eau. Sinon de nombreuses sc\u00e8nes donnent \u00e0 voir plusieurs espaces qui se confondent. Fr\u00e9quemment, c&rsquo;est le petit studio de Fr\u00e9d\u00e9ric au-devant de la sc\u00e8ne qui c\u00f4toie le grand appartement des Arnoux derri\u00e8re lui. Alors les acteurs occupent le m\u00eame espace tout en appartenant \u00e0 deux endroits g\u00e9ographiques diff\u00e9rents. Si cela permet de souligner les diff\u00e9rences sociales entre Fr\u00e9d\u00e9ric et le couple Arnoux, cela permet aussi de sugg\u00e9rer un lien sentimental plus fort entre Fr\u00e9d\u00e9ric et Marie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;autre aspect int\u00e9ressant est celui de la temporalit\u00e9. Les ellipses sont fr\u00e9quentes et sont sugg\u00e9r\u00e9es de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Deux ont particuli\u00e8rement retenu mon attention. D&rsquo;abord il y a la pr\u00e9sence de cette radio qui murmure \u00e0 plusieurs reprises entre deux r\u00e9pliques : \u00ab\u00a0un avion a fonc\u00e9 dans les tours jumelles&#8230;\u201d ou encore \u00ab\u00a0la femme de Dominique Strauss-Kahn n&rsquo;a pas souhait\u00e9 s&rsquo;exprimer..\u201d. C&rsquo;est une mani\u00e8re discr\u00e8te mais efficace de sugg\u00e9rer le temps qui passe tout en rappelant l&rsquo;univers plus vaste dans lequel s&rsquo;inscrivent les personnages. L&rsquo;autre exemple qui m&rsquo;a marqu\u00e9 est celui de la grossesse de Rose, la compagne de Fr\u00e9d\u00e9ric. Celle-ci, folle de joie lorsqu&rsquo;elle l&rsquo;apprend, court donner la nouvelle \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric assis dans son fauteuil \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 gauche de la sc\u00e8ne. La lumi\u00e8re s&rsquo;abaisse, la voix-off de Fr\u00e9d\u00e9ric retentit pour d\u00e9crire ce qu&rsquo;il ressent face \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement, et Rose se met alors \u00e0 traverser lentement la sc\u00e8ne, les mains sur son ventre. Sa silhouette se d\u00e9coupe sur le rideau blanc, son ventre gonfle et s&rsquo;arrondit au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elle marche et neuf mois passent en 90 secondes. Il me semble que l&rsquo;espace et le temps ont \u00e9t\u00e9 soigneusement mis en sc\u00e8ne de mani\u00e8re \u00e0 faire ressortir l&rsquo;essentiel de la pi\u00e8ce: ses acteurs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Fiault<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Photo :\u00a0Compagnie Eulalie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre 13 | En savoir plus \u00ab Est-ce que vous trouvez normal que la vie d\u00e9\u00e7oive\u00a0?\u00bb Si Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, personnage principal de Nos \u00c9ducations sentimentales, se perd dans les d\u00e9combres de ses r\u00eaves, il ne peut jamais que rester enfonc\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10659,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,4,76],"tags":[],"class_list":["post-10769","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre","category-theatre-13"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10769"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10769\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10769"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}