{"id":10813,"date":"2018-02-13T20:00:28","date_gmt":"2018-02-13T19:00:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10813"},"modified":"2018-02-13T20:00:28","modified_gmt":"2018-02-13T19:00:28","slug":"la-tempete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10813","title":{"rendered":"La Temp\u00eate"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/la-tempete\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>La Temp\u00eate<\/i>, Shakespeare, mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>La Temp\u00eate<\/i> est une pi\u00e8ce de Shakespeare qui raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un duc de Milan d\u00e9chu, Prospero, et de sa fille Miranda, qui se sont retrouv\u00e9s sur une \u00eele d\u00e9serte apr\u00e8s un coup d\u2019\u00c9tat et y vivent accompagn\u00e9s de deux cr\u00e9atures fantastiques, l&rsquo;esprit Ariel et le d\u00e9mon Caliban que Prospero a soumis \u00e0 sa volont\u00e9 par magie. Le duc d\u00e9chu provoque une temp\u00eate qui am\u00e8ne sur l&rsquo;\u00eele son fr\u00e8re qui l&rsquo;a d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 et ses compagnons. C&rsquo;est donc une pi\u00e8ce pleine de magie (du duc et des deux cr\u00e9atures), une com\u00e9die parfois cruelle envers ses personnages, une histoire d&rsquo;amour, de famille, de pouvoir&#8230; On ne sait pas sur quel pied danser avec cette \u0153uvre, comme c&rsquo;est souvent le cas chez Shakespeare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne oriente autant qu&rsquo;elle perd le spectateur dans ce d\u00e9dale. On a une pi\u00e8ce presque enti\u00e8rement en noir et blanc (d\u00e9cors, costumes), les personnages \u00e9voluent dans un espace ferm\u00e9 assez angoissant. L&rsquo;usage de la vid\u00e9o est particuli\u00e8rement r\u00e9ussi, avec la projection sur le mur du fond de personnages fant\u00f4mes du pass\u00e9 et plus souvent de la mer devant laquelle les personnages marchent sans savoir o\u00f9 aller. C&rsquo;est une \u00eele sans en \u00eatre une, et on ne sait jamais si on est dans la psych\u00e9 du personnage principal, Prospero, ou si les \u00e9v\u00e8nements arrivent \u00ab\u00a0vraiment\u00a0\u00bb. La mise en sc\u00e8ne r\u00e9serve quelques surprises bienvenues mais sans esbrouffe. En sortant, de nombreuses questions restent sans r\u00e9ponse, des symboliques restent \u00e0 \u00e9lucider, sans pour autant que ces questions g\u00e2chent le plaisir de la pi\u00e8ce et du texte de Shakespeare. Le grotesque, la com\u00e9die gardent toute leur place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce est aussi une r\u00e9flexion sur le pouvoir\u00a0: ce que c&rsquo;est pour un homme de perdre le pouvoir, de se retrouver seul sur une \u00eele avec seulement deux \u00eatres magiques \u00e0 qui donner des ordres et sa fille \u00e0 ch\u00e9rir. Sur le sujet, ne pas h\u00e9siter \u00e0 lire l&rsquo;excellente r\u00e9\u00e9criture d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire, <i>Une Temp\u00eate<\/i>, qui se penche sur le sort des deux esclaves Caliban et Ariel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le seul b\u00e9mol serait sur le rythme\u00a0: la pi\u00e8ce met un peu de temps \u00e0 d\u00e9marrer et l&rsquo;action lente peut faire d\u00e9crocher le spectateur. Pourtant on comprend ce choix\u00a0: le temps sur \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00eele\u00a0\u00bb est distendu, surtout pour les personnages auxquels Ariel joue des tours pour les emp\u00eacher de trouver leur chemin.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Mathilde Rain<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Entre les chutes de neige et la crue de la Seine prend place un autre genre de ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9t\u00e9orologique, celui-ci \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise\u00a0: c&rsquo;est <i>La Temp\u00eate<\/i> de Shakespeare. Robert Carsen signe ici sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne en France, accompagn\u00e9 de la Troupe, qui interpr\u00e8te brillamment les naufrag\u00e9s perdus dans cette \u00eele infernale en proie \u00e0 la tourmente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La temp\u00eate cr\u00e9\u00e9e par Carsen est autant ext\u00e9rieure qu&rsquo;int\u00e9rieure\u00a0: Prospero, ancien duc de Milan chass\u00e9 par son fr\u00e8re Antonio, orchestre le naufrage de celui-ci et de sa cour sur l&rsquo;\u00eele sur laquelle il est exil\u00e9. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00eele, il organise la rencontre du fils d&rsquo;Antonio, Ferdinand, et de sa propre fille, Miranda, dont la candeur ne peut que s\u00e9duire imm\u00e9diatement le jeune homme\u00a0: ange v\u00eatu de blanc et comme tomb\u00e9 du ciel, Ferdinand la prend d&rsquo;abord pour une d\u00e9esse venue le sauver &#8211; ou le condamner. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00eele, Antonio conspire avec S\u00e9bastien, fr\u00e8re du roi de Naples, pour tuer ce dernier et permettre \u00e0 S\u00e9bastien de s&#8217;emparer du tr\u00f4ne, tout comme lui l&rsquo;a fait en \u00e9cartant Prospero du tr\u00f4ne de Milan. Au milieu de ces complots, l&rsquo;esclave rebelle de Prospero nomm\u00e9 Caliban, fait la connaissance de Trinculo et Stephano, respectivement bouffon et intendant du roi\u00a0: ceux-ci lui font d\u00e9couvrir les douceurs enchanteresses de l&rsquo;alcool, dans lesquelles Caliban se perd bien vite, entre injures et mal\u00e9diction contre son ma\u00eetre qu&rsquo;il tentera d&rsquo;assassiner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-dessus de cette \u00eele-prison plane une ombre myst\u00e9rieuse\u00a0: Ariel, esprit a\u00e9rien sous les ordres de Prospero, pousse en douceur les naufrag\u00e9s dans la direction voulue par son ma\u00eetre, servant son ma\u00eetre avec fid\u00e9lit\u00e9 dans l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir enfin sa libert\u00e9, que Prospero lui rendra une fois ses plans accomplis. Cet \u00eatre surnaturel hypnotise les naufrag\u00e9s par la musique c\u00e9leste qu&rsquo;il fait retentir sur l&rsquo;\u00eele. Ariel pose ainsi un probl\u00e8me majeur, celui de la limite t\u00e9nue entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre en effet sur Prospero, allong\u00e9 dans un lit qui semble plus \u00eatre celui d&rsquo;un h\u00f4pital que celui d&rsquo;une chambre \u00e0 coucher. La sc\u00e8ne, compos\u00e9e de quatre murs blancs, forme une caisse de r\u00e9sonance pour les hantises du duc d\u00e9chu\u00a0: des images tir\u00e9es de ses souvenirs y apparaissent, projetant ainsi le spectateur dans les m\u00e9andres de l&rsquo;esprit du personnage. Le c\u00f4ne form\u00e9 par les murs cr\u00e9e un coquillage dans lequel tintinnabulent ces bruits \u00e9tranges, qui plongent le spectateur dans un r\u00eave \u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Robert Carsen met ainsi en exergue la dimension psychologique de la pi\u00e8ce\u00a0: entre chambre d&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique et r\u00eave, pouvoir politique et pouvoir de l&rsquo;esprit, la temp\u00eate est autant celle qui agite Prospero que celle qui agite l&rsquo;oc\u00e9an. La balance finit par s&rsquo;\u00e9quilibrer\u00a0: chaque groupe revient au centre de la sc\u00e8ne pour assister au pardon et \u00e0 la r\u00e9union g\u00e9n\u00e9rale. Cependant, Carsen a choisi de ne pas faire tomber la pi\u00e8ce du c\u00f4t\u00e9 de la com\u00e9die, cat\u00e9gorie dans laquelle elle est souvent plac\u00e9e\u00a0: la mort est partout, jusqu&rsquo;\u00e0 en impr\u00e9gner les derniers mots de Prospero&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Sol\u00e8ne Varescon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle se d\u00e9roule dans la sale Richelieu de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise mis en sc\u00e8ne par Robert Carsen et sc\u00e9nographi\u00e9 par Radu Boruzescu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;histoire est connue car c&rsquo;est un classique, La Temp\u00eate de Shakespeare, et on est assur\u00e9 que le jeu va \u00eatre bon car ce sont les com\u00e9diens de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne de Carsen est moderne et minimaliste. La pi\u00e8ce d\u00e9bute avec l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre dans un asile psychiatrique avec le lit d&rsquo;hopital, la sc\u00e8ne toute blanche, et les acteurs tous v\u00eatus de blanc. Cela permet de comprendre que le personnage principal est peut \u00eatre fou, ou a \u00e9t\u00e9 trop longtemps tout seul et que le reste de l&rsquo;histoire se passe en fait dans sa t\u00eate. Tout l&rsquo;\u00e9quipage du roi de Naples qui \u00e9choue sur l&rsquo;\u00eele est habill\u00e9, lui, de v\u00eatements modernes de rois et autres figures importantes des monarchies : costume et veste avec les diff\u00e9rentes m\u00e9dailles et titres. A la fin lorsque Prospero rencontre tout cet \u00e9quipage, il s&rsquo;habille comme eux, comme s&rsquo;il redevenait duc de Milan, et qu&rsquo;il r\u00e9int\u00e9grait cette soci\u00e9t\u00e9. Mais la pi\u00e8ce fini avec Caliban, le sauvage, et Ariel, l&rsquo;esprit, le d\u00e9shabillant pour qu&rsquo;il se retrouve \u00e0 nouveau v\u00eatu de blanc, et puis tout seul sur sc\u00e8ne pour bien rappeler au spectateur que toute la pi\u00e8ce a en fait lieu dans sa t\u00eate. Cette mise en sc\u00e8ne simple et moderne fonctionne, mais a parfois des moments un peu lents. Heureusement, les sc\u00e8nes avec le bouffon, l&rsquo;ivrogne et le sauvage redonne de l&rsquo;\u00e9nergie et de la vie au spectacle et sont les moments o\u00f9 le public rie le plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la mise en sc\u00e8ne \u00e9tait simple, la sc\u00e9nographie aussi, misant tout sur les lumi\u00e8res et les projections vid\u00e9os. Le jeu de lumi\u00e8res donnait lieu a de tr\u00e8s int\u00e9ressantes ombres qui agrandissaient ou rapetissaient les com\u00e9diens, et c&rsquo;\u00e9tait esth\u00e9tiquement tr\u00e8s beau. Les vid\u00e9os projetaient au d\u00e9but \u00e9taient perturbantes et sans grand int\u00e9r\u00eat. En effet, d\u00e8s que Prospero parlait d&rsquo;un personnage, l&rsquo;image de ce personnage \u00e9tait projet\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait sans int\u00e9r\u00eat et presque vexant pour le spectateur qui peut imaginer lui-m\u00eame ces personnages, sans besoin de lui montrer. Mais le reste de la pi\u00e8ce, c&rsquo;\u00e9taient des images de vagues et mer qui \u00e9taient projet\u00e9es ce qui tout d&rsquo;un coup donnait un vrai d\u00e9cor \u00e0 la pi\u00e8ce et le va-et-vient des vagues projet\u00e9es \u00e9taient tr\u00e8s agr\u00e9ables. Les derni\u00e8res vid\u00e9os projet\u00e9es \u00e9taient pour la mise en ab\u00eeme lorsque Prospero montre une illusion \u00e0 sa fille et son fianc\u00e9, et alors est projet\u00e9 une autre petite pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. Cette utilisation de la vid\u00e9o \u00e9tait beaucoup plus int\u00e9ressante et \u00e0 sa place que les images projet\u00e9es au d\u00e9but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La Temp\u00eate est une pi\u00e8ce de qualit\u00e9 \u00ab s\u00fbre \u00bb et on passe un bon moment th\u00e9\u00e2tral, mais il n&rsquo;y a rien d&rsquo;innovent ou de particuli\u00e8rement stimulant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Valentine Smith-Vaniz<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Un bruit d&rsquo;\u00e9lectrocardiographe qui s&#8217;emballe&#8230; Pourtant, pas d&rsquo;erreur, ce 13 f\u00e9vrier, nous sommes bien salle Richelieu, \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, pour assister \u00e0 une repr\u00e9sentation de <i>La Temp\u00eate<\/i> de Shakespeare&#8230; C&rsquo;est seulement la tension de\u00a0Prospero endormi\u00a0(Michel Vuillermoz) qui s&rsquo;envole \u00e0 mesure qu&rsquo;il se rem\u00e9more la trahison de son fr\u00e8re ursurpateur,\u00a0Antonio (Serge Bagdassarian). Ce dernier lui a usurp\u00e9\u00a0son titre de duc de Milan\u00a0douze ans auparavant avec l&rsquo;aide de son ennemi Alonso (Thierry Hancisse), roi de Naples. Il le contraint \u00e0 l&rsquo;exil avec sa fille Miranda (Georgia Scalliet) sur une \u00eele qui compte Caliban (St\u00e9phane Varupenne) et l&rsquo;esprit Ariel (Christophe Montenez)\u00a0pour\u00a0seuls habitants. Lorsque le navire de ses ennemis passe\u00a0au large, Prospero, aid\u00e9 d&rsquo;Ariel, d\u00e9clenche une temp\u00eate et les fait s&rsquo;\u00e9chouer sur son \u00eele. Il a pour but ultime de se venger d&rsquo;Antonio et Alonso,\u00a0de faire de\u00a0sa fille\u00a0la reine de Naples en la mariant au fils d&rsquo;Alonso\u00a0Ferdinand (Lo\u00efc Corbery) et de r\u00e9cup\u00e9rer son duch\u00e9! Sa vengeance se d\u00e9roule comme pr\u00e9vue, mais peut-\u00eatre le calme apr\u00e8s la temp\u00eate va-t-il le disposer \u00e0 pardonner&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen s&rsquo;appuie sur des projections vid\u00e9os, sur de discrets bruitages, sur des costumes modernes pour les naufrag\u00e9s et atemporels pour les habitants de l&rsquo;\u00eele. Le choix de cloisonner et de d\u00e9cloisonner l&rsquo;espace sc\u00e9nique au fil de la pi\u00e8ce permet tant\u00f4t de\u00a0resserrer l&rsquo;\u00e9tau autour des personnages &#8211; les jeux d&rsquo;ombre sur les murs refl\u00e8tent alors lequel des personnages prend l&rsquo;ascendant sur l&rsquo;autre &#8211; tant\u00f4t d&rsquo;ouvrir l&rsquo;horizon de la pi\u00e8ce pour des sc\u00e8nes beaucoup plus lyriques ou comiques. Les acteurs d\u00e9ploient toute une palette de sentiments: l&rsquo;amertume, le basculement de la\u00a0vengeance\u00a0vers la\u00a0cl\u00e9mence pour Michel Vuillermoz,\u00a0l&rsquo;imm\u00e9diate cristallisation amoureuse pour Georgia Scalliet et Lo\u00efc Corbery, le tiraillement entre soif de libert\u00e9 et n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0\u00a0un Prosp\u00e9ro\u00a0tenant\u00a0\u00e0 la fois du ma\u00eetre et du p\u00e8re pour l&rsquo;\u00e9th\u00e9r\u00e9 Christophe\u00a0 Montenez, paillardisme\u00a0hilarant\u00a0de Stephano et Trinculo (J\u00e9r\u00f4me Pouly et Herv\u00e9 Pierre)&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Acteurs et mise en sc\u00e8ne rendent donc \u00e0 merveille toutes les facettes de la derni\u00e8re pi\u00e8ce \u00e9crite par Shakespeare, dans laquelle la trag\u00e9die du pouvoir et les trahisons fraternelles cohabitent avec des sc\u00e8nes comiques et populaires, l&rsquo;expression d&rsquo;amours paternels et filiaux ou de l&rsquo;amour naissant entre deux jeunes gens.\u00a0<i>La Temp\u00eate <\/i>comporte\u00a0m\u00eame une dimension m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale \u00e0 travers le personnage d&rsquo;Ariel: la mise en sc\u00e8ne le sugg\u00e8re tr\u00e8s nettement en faisant de Prosp\u00e9ro, Ferdinand et Miranda les spectateurs d&rsquo;une illusion, celle de leur c\u00e9r\u00e9monie de mariage b\u00e9nie par H\u00e9ra en personne, illusion\u00a0qu&rsquo;Ariel projette devant leurs yeux comme Shakespeare continue \u00e0 nous projeter les siennes \u00e0 travers les si\u00e8cles&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Laurine Sauwens<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Avis de temp\u00eate \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise\u00a0!<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le vent souffle, les eaux se d\u00e9cha\u00eenent, la temp\u00eate gronde, la salle Richelieu prend des airs de navire en perdition avant de se d\u00e9voiler comme une \u00eele perdue o\u00f9 les esprits r\u00f4dent. La pi\u00e8ce de Shakespeare revient \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise dans une version contemporaine mise en sc\u00e8ne par Robert Carsen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Habitu\u00e9 aux d\u00e9fis, il fait le choix de l&rsquo;\u00e9pure pour mettre en sc\u00e8ne la vengeance de Prosp\u00e9ro, duc de Milan exil\u00e9 avec sa fille Miranda sur une \u00eele depuis 12 ans. Celui-ci voit enfin le destin lui sourire quand avec l&rsquo;aide de deux esprits, Ariel et Caliban qui symbolisent le bien et le mal, Prosp\u00e9ro orchestre sa vengeance envers son fr\u00e8re et le Roi de Naples qui l&rsquo;ont trahi. Ce postulat de d\u00e9part est avant tout un pr\u00e9texte pour livrer une vaste r\u00e9flexion sur le pouvoir, le pardon et la mort qui <i>in fine <\/i>nous concernent tous. Prosp\u00e9ro, remarquablement jou\u00e9 par Michel Vuillermoz, est un homme de pouvoir mais aussi un p\u00e8re. Tout v\u00eatu de blanc, il r\u00e8gne sur son \u00eele comme un monarque mais veille sur sa fille, jou\u00e9e par Georgia Scalliet, qui dans un jeu tout en retenue apporte une puret\u00e9 et une douceur \u00e0 ce personnage qui ne conna\u00eet que les contours de l&rsquo;\u00eele mais qui va trouver l&rsquo;amour. Les autres personnages seront les victimes de Prosp\u00e9ro et de ces \u00e9l\u00e9ments naturels d\u00e9cha\u00een\u00e9s jusqu&rsquo;au pardon final.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne par sa simplicit\u00e9, laisse une libert\u00e9 d&rsquo;imagination aux spectateurs qui peuvent composer mentalement avec cet espace sc\u00e9nique en perp\u00e9tuel recomposition. La premi\u00e8re sc\u00e8ne, une chambre d&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;un blanc immacul\u00e9 o\u00f9 un homme se d\u00e9bat dans son lit en proie \u00e0 ces d\u00e9mons, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un lieu propice \u00e0 l&rsquo;onirisme mais aussi aux rappels des faits pr\u00e9c\u00e9dents. Le jeu des lumi\u00e8res et du bruit de la mer sur les parois blanches souligne la m\u00e9taphore du cerveau d&rsquo;un homme qui se cherche. La simplicit\u00e9 du d\u00e9cor de l&rsquo;\u00eele et la luminosit\u00e9 permet aux com\u00e9diens de d\u00e9ployer tous leurs talents au cours de multiples tableaux. Ce choix de la retenue, fait que les personnages sont tous v\u00eatus soit de pyjamas blancs ou de costumes militaires, symboles de puret\u00e9 ou de vilenie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ma part, je partage le sentiment du metteur en sc\u00e8ne d&rsquo;utiliser des moyens modernes qui renforcent ce sentiment de temp\u00eate aussi bien par le num\u00e9rique que par des chausse-trappes o\u00f9 apparaissent et disparaissent les personnages. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une exp\u00e9rience qui veut immerger le spectateur au plus pr\u00e8s du drame qui se joue, sans oublier le caract\u00e8re fantastique de la pi\u00e8ce o\u00f9 la magie joue un r\u00f4le dans les \u00e9v\u00e9nements qui surgissent. La po\u00e9sie cl\u00f4ture magistralement cette pi\u00e8ce par l&rsquo;apparition virtuelle de la d\u00e9esse Junon qui veille sur la figure des amants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La temp\u00eate est donc une pi\u00e8ce-fleuve, tr\u00e8s subtilement adapt\u00e9e pour permettre \u00e0 chacun de se plonger dans cet univers mental durant 2h40 o\u00f9 l&rsquo;entracte permet de repartir de plus belle sur cette \u00eele envo\u00fbtante au c\u0153ur de la temp\u00eate.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Adrien Baget<\/h6>\n<pre>Photo :\u00a0Vincent Pontet<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | En savoir plus La Temp\u00eate, Shakespeare, mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. 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