{"id":10815,"date":"2018-02-14T20:00:24","date_gmt":"2018-02-14T19:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10815"},"modified":"2018-02-14T20:00:24","modified_gmt":"2018-02-14T19:00:24","slug":"macbeth","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10815","title":{"rendered":"Macbeth"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2017-2018\/spectacles\/macbeth\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">St\u00e9phane Braunschweig nous propose cette saison une adaptation \u00e9tonnante de la pi\u00e8ce maudite de Shakespeare, <i>Macbeth<\/i>. Titan qui r\u00e9siste encore \u00e0 ses lecteurs, spectateurs et metteurs en sc\u00e8ne, le choix de cette pi\u00e8ce est un d\u00e9fi, tant par l\u2019humanit\u00e9 noire qu\u2019elle nous laisse entrevoir, que par sa difficult\u00e9 esth\u00e9tique et technique \u00e0 \u00eatre mont\u00e9e. En effet, le surnaturel, ou Destin, y joue un r\u00f4le important\u00a0: sorci\u00e8res, spectres et bois qui marchent, entourent la sc\u00e8ne d\u2019une brume gla\u00e7ante au travers de laquelle il est difficile alors de d\u00e9cider du vrai, du faux et du monstrueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or ici, \u00e0 la surprise de nombreux, la terreur est absente. La peur, aussi, m\u00eame si elle pointe le bout de son nez par moments. Le metteur en sc\u00e8ne fait le pari du grotesque pour ce drame de la responsabilit\u00e9. Choix d\u00e9routant qui laisse bien des spectateurs en retrait, les emp\u00eachant d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 une histoire \u00e0 laquelle ils ne comprennent plus l\u2019enjeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne est divis\u00e9e en deux p\u00f4les\u00a0: l\u2019un est froid et impersonnel, fait de carreaux blancs, souvent d\u00e9sign\u00e9 comme espace des apart\u00e9s et donc de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages, tandis que l\u2019autre, table bruyante et mondaine, richement par\u00e9e, semble \u00eatre le reflet des relations hypocrites o\u00f9 les apparences sont parfois difficiles \u00e0 conserver. Le motif du contraire, si souvent abord\u00e9 dans la pi\u00e8ce, est principe du d\u00e9cor. Le spectateur ne sait plus o\u00f9 il se trouve, dans l\u2019Ecosse dont les noms r\u00e9sonnent \u00e9trangement \u00e0 ses oreilles ou dans une dictature moderne o\u00f9 les princes portent encore des \u00ab\u00a0armures\u00a0\u00bb. Les sorci\u00e8res qui accueillent le spectateur sont enceintes d\u2019un avenir incertain, mais \u00e0 l\u2019image de leurs enfants de plastique, elles n\u2019apparaissent que coquilles vides et purs fantasmes de Macbeth. Le metteur en sc\u00e8ne renonce ainsi \u00e0 les faire figurer dans la lande et les limite \u00e0 l\u2019espace carrel\u00e9 de l\u2019esprit malade de Macbeth, le surnaturel terrifiant se r\u00e9sumant aux bruits d\u2019orage qui s\u00e9parent les actes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chlo\u00e9 R\u00e9jon livre une performance tr\u00e8s sexualis\u00e9e de Lady Macbeth qui sombre dans le tragique de la folie tandis qu\u2019Adama Diop incarne celui qui ne veut plus voir et qui en rit. Le rire est dangereux, et peut-\u00eatre aurait-il d\u00fb, \u00e0 l\u2019instar du texte lui-m\u00eame, se limiter \u00e0 l\u2019interm\u00e8de central du portier, traduit et adapt\u00e9 de mani\u00e8re contemporaine. Comment penser la nature de l\u2019homme si celui-ci est r\u00e9duit \u00e0 une marionnette aveugle\u00a0? Comment envisager le meurtre d\u2019un enfant, si sa mise en sc\u00e8ne ne d\u00e9clenche aucune terreur, alors m\u00eame qu\u2019il est cens\u00e9 \u00eatre son paroxysme ? Pourquoi faire le choix du sang et de la brutalit\u00e9 (la t\u00eate de Macbeth pr\u00e9sent\u00e9e en troph\u00e9e), tr\u00e8s anglo-saxons, quand la terreur m\u00eame est absente du choix interpr\u00e9tatif\u00a0? Ces questions demeurent irr\u00e9solues et attach\u00e9es \u00e0 un sentiment de frustration li\u00e9 \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne qui ne parvient pas \u00e0 r\u00e9soudre, ou seulement dire, les enjeux du texte.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Mathilde Charras<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Intrigue de palais \u00e0 l&rsquo;\u00e9cossaise<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Macbeth est probablement la pi\u00e8ce de Shakespeare la plus politiquement connot\u00e9e. Il faut dire que l&rsquo;immense dramaturge \u00e9lisab\u00e9thain trouve originellement son inspiration dans la Conspiration des Poudres du 5 novembre 1605, attentat manqu\u00e9 qui faillit bien destituer le parlement des Stuart. Depuis, chaque metteur en sc\u00e8ne s&rsquo;est appuy\u00e9 sur un contexte r\u00e9volu ou contemporain, faisant ainsi de la \u00ab\u00a0pi\u00e8ce \u00e9cossaise\u00a0\u00bb la m\u00e9taphore de l&rsquo;ascension et de la chute d&rsquo;un souverain, d&rsquo;un dictateur, d&rsquo;un tyran. L&rsquo;adaptation de St\u00e9phane Braunschweig ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle avec la tentation moderne qui se d\u00e9gage des tableaux. Malheureusement, on en vient rapidement \u00e0 se demander leur int\u00e9r\u00eat tant l&rsquo;interaction des com\u00e9diens avec le d\u00e9cor est d\u00e9risoire, pour ne pas dire absente. Avec sa cuisine carrel\u00e9e qui \u00e9voque une chambre d&rsquo;h\u00f4pital glaciale ou une station de m\u00e9tro glauque et son salon d&rsquo;apparat aux moulures trop lourdes, le palais royal d\u00e9gage si explicitement une atmosph\u00e8re de corruption malsaine qu&rsquo;on s&rsquo;en lasse presque aussit\u00f4t. Etait-il n\u00e9cessaire d&rsquo;aligner des couteaux de cuisine sur de la fa\u00efence pour accompagner une lady Macbeth hant\u00e9 par son crime\u00a0? Pas s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 la condamnation moraliste du pouvoir, elle est si galvaud\u00e9e qu&rsquo;elle retire \u00e0 Macbeth tout le drame de son dilemme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Heureusement, Braunschweig peut compter sur les com\u00e9diens &#8211; sorci\u00e8res toutes droites sorties d&rsquo;un magasin de farce et attrapes exclues &#8211; pour rattraper l&rsquo;impertinence de la mise en sc\u00e8ne. Certains ont pu voir dans Adama Diop l&rsquo;all\u00e9gorie d&rsquo;un dictateur africain mais ce serait r\u00e9duire son jeu \u00e0 sa couleur. Or le com\u00e9dien d\u00e9passe largement cette analyse exp\u00e9ditive. Il offre au spectateur un Macbeth sensible et expressif gr\u00e2ce \u00e0 une gestuelle empreinte de folie. Chlo\u00e9 R\u00e9jon s\u00e9duit \u00e9galement dans une interpr\u00e9tation plus sobre que Marion Cotillard dans le <i>Macbeth<\/i> de Justin Kerzel sorti en salles en 2015. Elle forme avec son compagnon de sc\u00e8ne un couple moderne marqu\u00e9 par la d\u00e9pression bourgeoise et la peur du n\u00e9ant que caract\u00e9riserait une frange de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale en contradiction avec elle-m\u00eame. On est loin de la traditionnelle fatalit\u00e9 shakespearienne, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9pisode des sorci\u00e8res, et ce n&rsquo;est finalement pas plus mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, envisager le <i>Macbeth<\/i> de Braunschweig comme la r\u00e9plique sur sc\u00e8ne d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue par sa banalit\u00e9 et tortur\u00e9e dans son d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre le meilleur expliquerait peut-\u00eatre le manque surprenant de \u00ab\u00a0bruit et de fureur\u00a0\u00bb que chacun \u00e9tait en droit d&rsquo;attendre. H\u00e9las, cette lecture est loin d&rsquo;\u00eatre convaincante \u00e9tant donn\u00e9 que le taux d&rsquo;h\u00e9moglobine pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne d\u00e9passe l&rsquo;entendement. De ce fait, on se demande en sortant si l&rsquo;on a vu un \u00e9pisode des <i>Tudors<\/i> ou un documentaire sur les tractations secr\u00e8tes dans les sommets de la finance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Gabrielle Soufflet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation de\u00a0<i>Macbeth<\/i>\u00a0mis en sc\u00e8ne par Brauschweig \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on m&rsquo;int\u00e9ressait beaucoup. J&rsquo;avais appr\u00e9ci\u00e9 dans la m\u00eame salle le\u00a0<i>Richard III\u00a0<\/i>de Thomas Jolly, et j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 vu quelques\u00a0<i>Macbeth<\/i>\u00a0au th\u00e9\u00e2tre qui m&rsquo;avaient beaucoup plu, dont celui du Th\u00e9\u00e2tre du Soleil, tr\u00e8s impressionnant. Par ailleurs, c&rsquo;est une des premi\u00e8res pi\u00e8ces de Shakespeare que j&rsquo;ai lue et elle a inaugur\u00e9 ma passion pour le dramaturge anglais. L&rsquo;histoire est fameuse\u00a0: un homme juste, pouss\u00e9 par les pr\u00e9dictions de trois sorci\u00e8res et par sa femme ambitieuse, commet un r\u00e9gicide et, devenu lui-m\u00eame roi, s&#8217;embarque dans les engrenages infernaux du crime qui le conduiront\u00a0\u00e0 sa perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, l&rsquo;affiche de ce\u00a0<i>Macbeth<\/i>\u00a0ne m&rsquo;attirait pas vraiment, le carrelage notamment qui me laissait pr\u00e9sager une mise en sc\u00e8ne froide, \u00e0 l&rsquo;image de ce d\u00e9cor clinique. C&rsquo;est une vid\u00e9o post\u00e9e par l&rsquo;Od\u00e9on, une captation d&rsquo;une des sc\u00e8nes des trois sorci\u00e8res, qui m&rsquo;a d\u00e9cid\u00e9e. C&rsquo;est une des sc\u00e8nes que j&rsquo;appr\u00e9cie le plus dans la pi\u00e8ce, et le contraste entre ces \u00eatres magiques et le lieu, carrel\u00e9 comme une piscine, renfor\u00e7ait encore le c\u00f4t\u00e9 onirique du texte, lui donnant une dimension presque surr\u00e9aliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J&rsquo;ai effectivement appr\u00e9ci\u00e9 cette sc\u00e8ne dans la mise en sc\u00e8ne de Braunschweig. Sa vision des trois sorci\u00e8res, trois femmes enceintes soutenant leur ventre gonfl\u00e9 en crachant leur fiel d\u00e9moniaque, enrichissait encore le texte de Shakespeare dans lequel Lady Macbeth, un peu plus tard, \u00e9voque sa maternit\u00e9 de mani\u00e8re monstrueuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9cor mis en place est grandiose, et je le trouve bien utilis\u00e9, tant la \u00ab\u00a0piscine\u00a0\u00bb carrel\u00e9e que la salle de r\u00e9ception du palais. Le metteur en sc\u00e8ne n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 couper celle-ci en deux lors de la sc\u00e8ne d&rsquo;apparition de Banquo, symbolisant ainsi une forme de rupture entre les mondes des vivants et des morts, mais aussi la rupture qui s&rsquo;op\u00e8re dans l&rsquo;esprit malade d&rsquo;un Macbeth que la culpabilit\u00e9 ronge d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, je suis rest\u00e9e sur ma faim. En dehors des sorci\u00e8res d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sag\u00e9es comme excellentes et de quelques trouvailles ponctuelles, la mise en sc\u00e8ne de Braunschweig ne me semble pas beaucoup apporter \u00e0 la pi\u00e8ce. Le r\u00e9sultat n&rsquo;est pas exempt d&rsquo;une certaine fadeur, bien qu&rsquo;on ne puisse lui reprocher d&rsquo;erreurs majeures.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Marie-Liesse Bertram<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne et la sc\u00e9nographie ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s par le c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9alisateur fran\u00e7ais St\u00e9phane Braunschweig, qui a notamment traduit la pi\u00e8ce de l&rsquo;anglais, nomm\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re directeur du Th\u00e9\u00e2tre national de l&rsquo;Od\u00e9on, o\u00f9 le spectacle a eu lieu. La pi\u00e8ce n&rsquo;a pas besoin de pr\u00e9sentation\u00a0; il s&rsquo;agit du Macbeth, l&#8217;embl\u00e9matique trag\u00e9die shakespearienne en cinq actes, dat\u00e9e de 1605. La trag\u00e9die a lieu en \u00c9cosse, dans le Moyen \u00c2ge, mais la revisitation de Braunschweig a op\u00e9r\u00e9 le choix stylistique de la d\u00e9rouler dans la modernit\u00e9. Machette, thane de Glamis et g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;arm\u00e9e \u00e9cossaise, vient de vaincre avec bravoure les arm\u00e9es norv\u00e9giennes et irlandaises, et \u00e0 la fin de la bataille rencontre trois sorci\u00e8res, qui lui font trois pr\u00e9dictions\u00a0; la premi\u00e8re, qu&rsquo;il deviendra thane de Cawdor. La deuxi\u00e8me, qu&rsquo;il deviendra roi. La troisi\u00e8me, que ses descendances ne seront pas rois, mais les descendants de Banquo, g\u00e9n\u00e9ral qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement valeureux pendant la bataille \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Macbeth, le seront. Macbeth, guid\u00e9 par sa femme, Lady Macbeth, essaie de d\u00e9terminer lui-m\u00eame son destin, en agissant activement pour r\u00e9aliser les proph\u00e9ties des sorci\u00e8res, d&rsquo;abord en tuent Duncan, le rois d&rsquo;\u00c9cosse, et successivement Banquo (m\u00eame si son fils r\u00e9ussira \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper, en ruinant compl\u00e8tement les plan de l&rsquo;actuel rois d&rsquo;\u00c9cosse et de sa femme, qui finira par se suicider, rendue folle par le sens de culpabilit\u00e9). Macbeth est devenu l&rsquo;arch\u00e9type par excellence de la qu\u00eate de pouvoir incontr\u00f4l\u00e9e et de ses dangers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rythme de la repr\u00e9sentation \u00e9tait tr\u00e8s rapide, avec beaucoup de mouvement sur la sc\u00e8ne d\u00fb aux changements de l&rsquo;espace g\u00e9ographique et des acteurs. Les trois sorci\u00e8res repr\u00e9sentent le seul moment de stabilit\u00e9 dans la pi\u00e8ce, car elles ont le r\u00f4le d&rsquo;int\u00e9grer l&rsquo;aspect surnaturel dans l&rsquo;intrigue, et de \u00ab\u00a0Deus Ex Machina\u00a0\u00bb : sans elles, probablement Macbeth ne serais jamais devenu rois d&rsquo;\u00c9cosse, ni n\u2019aurait compromis pour toujours sa moralit\u00e9 et son rapport avec sa femme. Chaque d\u00e9tail de la sc\u00e9nographie a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 la perfection\u00a0; la chambre aux meubles en m\u00e9tal, froide et aseptique, contentent des couteaux, rappelaient m\u00e9taphoriquement un abattoir\u00a0; c&rsquo;est l&rsquo;endroit o\u00f9 la d\u00e9cision de tuer le roi est prise, qui contraste avec le luxe et le raffinement de la chambre du banquet o\u00f9 le fant\u00f4me de Banquo affaiblira l&rsquo;esprit de Macbeth. Les dialogues ont \u00e9t\u00e9 revisit\u00e9 \u00e9galement, et ils ont pris une tournure l\u00e9g\u00e8rement comique\u00a0; pourtant, mais la pi\u00e8ce progressait \u00e9galement dans un crescendo de tension jusqu&rsquo;au moment de crise du c\u00e9l\u00e8bre monologue de Lady Macbeth, laquelle, somnambule, se frotte les mains pour enlever du sang imaginaire. C\u2019est un symbole de la perte de l&rsquo;innocence, de la na\u00efvet\u00e9, et du debout de la fin. Indiquons une petite note n\u00e9gative\u00a0; souvent dans les trag\u00e9dies de Shakespeare, on a d\u2019excellents personnages f\u00e9minins, complexes et uniques. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9ception pour moi de remarquer comme le r\u00f4le du personnage fort et ind\u00e9pendant de Lady Macbeth a \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9 et annihil\u00e9, dans les dialogues et le jeu de la com\u00e9dienne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elisa Lamura<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette saison, l&rsquo;Od\u00e9on et son directeur, St\u00e9phane Braunschweig, choisissent de nous (re)proposer un classique de la trag\u00e9die shakespearienne\u00a0: <i>Macbeth<\/i>, dans une nouvelle traduction de Daniel Loayza et St\u00e9phane Braunschweig.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Suite \u00e0 l&rsquo;obscure proph\u00e9tie de trois sorci\u00e8res, Macbeth (Adama Diop) et sa femme, lady Macbeth (Chlo\u00e9 R\u00e9jon), n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 commettre plusieurs meurtres de sang-froid pour usurper le tr\u00f4ne d&rsquo;Ecosse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut tout d&rsquo;abord un l\u00e9ger temps d&rsquo;adaptation aux d\u00e9cors et costumes r\u00e9solument modernes. En effet, voir cette pi\u00e8ce du d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle traitant d&rsquo;un sujet m\u00e9di\u00e9val \u00e9cossais jou\u00e9e par des com\u00e9diens v\u00eatus de costumes \u00e0 la mode \u201dV\u00e8me R\u00e9publique\u201d (de m\u00eame la salle de banquet semble sortir tout droit d&rsquo;une institution fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage XIX\u00e8me\u00a0!) peut d\u00e9stabiliser. Cependant, une fois pass\u00e9 ce temps, ce parti pris de mise en sc\u00e8ne cr\u00e9e aussi des \u00e9pisodes savoureux, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;armure &#8211; gilet pare-balles militaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le syst\u00e8me de d\u00e9cor dedans\/dehors modulable est tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chi et l&rsquo;espace th\u00e9\u00e2tral bien utilis\u00e9\u00a0: le choix, qui, \u00e0 la fois sert la diff\u00e9renciation des espaces dramaturgiques et dynamise le propos, de donner une sc\u00e8ne de dialogue entre quatre personnages dans les all\u00e9es parmi les spectateurs du premier balcon\u00a0est tr\u00e8s appr\u00e9ciable\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On voit que les choix de mise en sc\u00e8ne veulent tendre \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9\u00a0: bruits de tonnerre, effets de fum\u00e9e projet\u00e9s sur le carrelage blanc, noms des victimes en lettre capitale &#8211; quitte \u00e0 en faire presque trop parfois\u00a0: le bruit des p\u00e9piements d&rsquo;oiseaux est-il bien utile\u00a0? Toutefois, c&rsquo;est une mise en sc\u00e8ne qui fonctionne, notamment par certaines coupes dans le texte \u00a0(proc\u00e9d\u00e9 discutable !), qui fluidifient l&rsquo;encha\u00eenement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les com\u00e9diens sont dans l&rsquo;ensemble tr\u00e8s cr\u00e9dibles mais les sc\u00e8nes des sorci\u00e8res peinent un peu \u00e0 convaincre, et un degr\u00e9 suppl\u00e9mentaire de folie furieuse sanguinaire g\u00e9n\u00e9rale n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 malvenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Finalement, si cette mise de sc\u00e8ne de Macbeth, pi\u00e8ce jou\u00e9e et rejou\u00e9e, n&rsquo;est pas une r\u00e9volution, elle est n\u00e9anmoins sympathique et l&rsquo;on passe un bon moment.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elodie Ruhier<\/h6>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<pre style=\"text-align: justify\">Photographie :\u00a0Elizabeth Carecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Od\u00e9on | En savoir plus St\u00e9phane Braunschweig nous propose cette saison une adaptation \u00e9tonnante de la pi\u00e8ce maudite de Shakespeare, Macbeth. Titan qui r\u00e9siste encore \u00e0 ses lecteurs, spectateurs et metteurs en sc\u00e8ne, le choix de cette pi\u00e8ce est un d\u00e9fi, tant par [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10660,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,16,4],"tags":[],"class_list":["post-10815","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre-de-lodeon","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10815","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10815"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10815\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10815"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10815"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10815"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}