{"id":10835,"date":"2018-02-21T20:00:52","date_gmt":"2018-02-21T19:00:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10835"},"modified":"2018-02-21T20:00:52","modified_gmt":"2018-02-21T19:00:52","slug":"la-traviata","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10835","title":{"rendered":"La Traviata"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-17-18\/opera\/la-traviata\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-il encore besoin de pr\u00e9senter <i>La Traviata<\/i> de Verdi ? M\u00eame au n\u00e9ophyte, le titre n&rsquo;est pas inconnu, si l&rsquo;on consid\u00e8re toute la place que ce drame peut avoir en litt\u00e9rature comme au cin\u00e9ma, d&rsquo;Asterix \u00e0 Match Point o\u00f9 le h\u00e9ros contemple cet op\u00e9ra comme le miroir de sa propre histoire. Pourtant, le succ\u00e8s des multiples mises en sc\u00e8ne de cette oeuvre font de ce spectacle une constante red\u00e9couverte. Inspir\u00e9 par le roman d&rsquo;Alexandre Dumas, <i>La Dame aux Cam\u00e9lias<\/i>, Verdi met en musique le personnage de Violetta Val\u00e9ry, une courtisane atteinte de tuberculose. Au cours d&rsquo;une de ces soir\u00e9es priv\u00e9es parisiennes, Alfredo Germont tombe fou amoureux de cette jeune femme et enfreint son r\u00f4le de jeune homme de bonne famille. Son p\u00e8re, inquiet par ce brusque revirement et soucieux de pr\u00e9server la r\u00e9putation de sa famille, supplie cette femme si dangereuse dans le lieu retir\u00e9 que les deux amants ont choisi comme th\u00e9\u00e2tre de leur amour. Et c&rsquo;est justement au nom de cet amour que Violetta accepte de quitter Alfredo dans une lettre, et d&rsquo;en cacher le v\u00e9ritable motif. La tuberculose reprend alors, et un mois plus tard, elle meurt dans les bras de celui qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;aimer, le Comte de Germont ayant tout avou\u00e9 \u00e0 son fils par remords.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beno\u00eet Jacquot fait ici le choix d&rsquo;une mise en sc\u00e8ne simple mais efficace. Il n&rsquo;est pas question ici de transposer l&rsquo;histoire dans un autre temps que celui du livret, le chant se suffisant \u00e0 lui-m\u00eame pour \u00e9mouvoir et attendrir. On pourrait objecter la faiblesse d&rsquo;un tel choix, car si l&rsquo;ensemble se montre efficace, il manque de ces v\u00e9ritables trouvailles qui marquent l&rsquo;esprit durablement. Si l&rsquo;on excepte le deuxi\u00e8me acte o\u00f9 la mise en sc\u00e8ne se fait plus vivante et plus enlev\u00e9e, on se rapprocherait parfois plus d&rsquo;une version de concert que d&rsquo;un op\u00e9ra. Pourtant, le charme op\u00e8re. En faisant le choix de la simplicit\u00e9, c&rsquo;est tout le timbre, le sublime des chanteurs et du drame qu&rsquo;ils jouent qui est mis en lumi\u00e8re. Il faut du talent pour remplir l&rsquo;immensit\u00e9 de Bastille, et les chanteurs rel\u00e8vent avec brio ce pari (et quelle joie de voir la l\u00e9gende Placido Domingo en chair et en os), peut-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;exception de Charles Castronovo dont la douceur du timbre peine parfois \u00e0 atteindre les balcons sup\u00e9rieurs. La mont\u00e9e en puissance de Marina Rebeka (qui remplace Anna Netrebko) met quant \u00e0 elle en valeur ce personnage si moderne en un temps o\u00f9 la pol\u00e9mique autour de <i>Carmen<\/i> fait rage. Car Violetta est bien un personnage complexe, profond et sublime qui tranche par rapport \u00e0 la veulerie de ses cong\u00e9n\u00e8res masculins qui sont aveugles au sacrifice que r\u00e9alise cette femme \u00e9cras\u00e9e par les contraintes symbolis\u00e9es par la disproportion des d\u00e9cors. Et cette d\u00e9cadence du mobilier nous laisse \u00e0 la tomb\u00e9e de rideau un sentiment semblable \u00e0 celui que l&rsquo;on peut avoir en regardant le <i>Gu\u00e9pard <\/i>de Visconti, o\u00f9 les personnages \u00e9voluent dans un perp\u00e9tuel bal masqu\u00e9 dans une atmosph\u00e8re de fin de si\u00e8cle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pauline Beau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce grand classique de l&rsquo;op\u00e9ra italien si souvent interpr\u00e9t\u00e9 a une nouvelle fois \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l&rsquo;honneur \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille le 21 f\u00e9vrier 2018. L&rsquo;orchestre et ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris, dirig\u00e9 par Dan Ettinger, \u00e9tait accompagn\u00e9, dans les r\u00f4les principaux, par Marina Rebeka, Charles Castronovo et Pl\u00e1cido Domingo. L&rsquo;amante, le fils et le p\u00e8re. Un trio de personnages inspir\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Alexandre Dumas, <i>La Dame aux cam\u00e9lias<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Violetta est une courtisane qui met en sc\u00e8ne sa vie dans de grandes soir\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;applique \u00e0 profiter des plaisirs de la vie. Alfredo Germont, un bourgeois parisien, tombe \u00e9perdument amoureux de Violetta. Elle lui rend son amour et accepte de tout quitter pour lui. Le p\u00e8re d&rsquo;Alfredo, Giorgio Germont, intervient alors pour mettre un terme \u00e0 cette relation. Incarnation des valeurs bourgeoises, il estime que l&rsquo;honneur de son fils et de toute sa famille est entach\u00e9 par cette fr\u00e9quentation avec une courtisane. Giorgio obtient de Violetta qu&rsquo;elle cesse de voir Alfredo sans lui en donner la raison de cet \u00e9loignement soudain. Les amants se s\u00e9parent donc avec amertume et incompr\u00e9hension. La maladie dont Violetta est atteinte s&rsquo;aggrave brutalement et lui laisse tout juste le temps de revoir Alfredo, mis au fait du sacrifice de son amante par son p\u00e8re, avant de mourir dans ses bras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beno\u00eet Jacquot a choisi de mettre en sc\u00e8ne cette pi\u00e8ce en costume d&rsquo;\u00e9poque dans un grand respect de l&rsquo;esprit du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La chambre de Violetta n&rsquo;est ainsi pas sans rappeler les appartements de Ren\u00e9e, dans <i>La Cur\u00e9e<\/i> de Zola. On y retrouve ce go\u00fbt du luxe et de la s\u00e9duction si bien repr\u00e9sent\u00e9 par la pr\u00e9sence de l&rsquo;<i>Olympia<\/i> de Manet au-dessus du lit. Malgr\u00e9 cet \u00e9talage tape-\u00e0-l&rsquo;\u0153il, c&rsquo;est la solitude de Violetta qui a le plus retenu l&rsquo;attention du metteur en sc\u00e8ne. En effet, le ch\u0153ur, rest\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan est une pr\u00e9sence souvent muette qui, par contraste, renforce l&rsquo;impression d&rsquo;isolement de Violetta. De m\u00eame, les sons \u00e9touff\u00e9s du carnaval la laissent d&rsquo;autant plus seule dans le troisi\u00e8me acte. La s\u00e9paration de la sc\u00e8ne est tr\u00e8s franche durant le deuxi\u00e8me acte. S&rsquo;y opposent alors la retraite amoureuse des deux amants dans un cadre naturel alors que l&rsquo;artifice reprend ses droits dans une f\u00eate mondaine durant laquelle Violetta et Alfredo consomment leur s\u00e9paration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute cette finesse dans la mise en sc\u00e8ne est un v\u00e9ritable \u00e9crin pour les interpr\u00e9tations des diff\u00e9rents personnages. Marina Rebeka incarne une Violetta d\u00e9chir\u00e9e par les bouleversements successifs que lui impose son amour pour Alfredo. Alors que le personnage de Giorgio Germont pourrait seulement \u00eatre celui d&rsquo;un p\u00e8re cruel, la posture de Pl\u00e1cido Domingo, presque suppliante, montre un p\u00e8re malgr\u00e9 tout attach\u00e9 principalement au bonheur de son fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette tr\u00e8s belle repr\u00e9sentation de la Traviata pourra de nouveau \u00eatre entendue sur France Musique le 11 mars.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lauriane Boudeau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 21 f\u00e9vrier dernier, j\u2019ai eu la chance de pouvoir assister \u00e0 une repr\u00e9sentation de la Traviata \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille. Plut\u00f4t habitu\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre lyrique je ne connaissais n\u00e9anmoins que tr\u00e8s peu celui-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui m\u2019a le plus marqu\u00e9 dans cet op\u00e9ra c\u2019est l\u2019ambivalence qu\u2019il y a entre des parties chant\u00e9es a capella, montrant d\u2019ailleurs une grande maitrise des chanteur, contrebalanc\u00e9es syst\u00e9matiquement par des parties de chants soutenues par un instrument suivant la m\u00eame m\u00e9lodie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 la tr\u00e8s grande popularit\u00e9 de cet op\u00e9ra, plus particuli\u00e8rement de certains extraits, il m\u2019a paru s\u2019adresser \u00e0 un public d\u00e9j\u00e0 coutumier de ce genre de spectacle car les lignes de chants m\u00e9lodiques sont assez souvent difficiles \u00e0 comprendre. L\u2019harmonie reste cependant tr\u00e8s entrainante tout le long de la pi\u00e8ce, peu importe les changements de tons de l\u2019histoire qui sont soulign\u00e9s, dans la musique, seulement par les voix chant\u00e9es, ce que j\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s agr\u00e9able puisqu\u2019il y a une belle continuit\u00e9 de composition de ces extraits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le parti pris de la mise en sc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 de couper la sc\u00e8ne en deux dans les trois tableaux correspondant \u00e0 chaque acte. Cela a sans doute permis aux acteurs de jouer dans six configurations de sc\u00e8ne diff\u00e9rente mais j\u2019ai trouv\u00e9 dommage de priver leur jeu de l\u2019\u00e9tendue de la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra Bastille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie faite sur le ch\u0153ur fut tr\u00e8s bien r\u00e9alis\u00e9e car il donnait tr\u00e8s clairement l\u2019impression de se retirer lorsqu\u2019il ne participait pas sans pour autant sortir du champ de vision du spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etant \u00e9tudiante en sciences, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ravie de pouvoir partager ce moment avec un \u00e9tudiante en lettre et d\u2019\u00e9changer nos points de vue et me fait prendre conscience d\u2019un enrichissement pour tous les \u00e9tudiants d\u2019appartenir \u00e0 une universit\u00e9 rev\u00eatant ces multiples facettes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Morgane Bourgeois<\/h6>\n<pre>Illustration :\u00a0Fatma Gultekin<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | En savoir plus Est-il encore besoin de pr\u00e9senter La Traviata de Verdi ? 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