{"id":10837,"date":"2018-02-22T20:00:00","date_gmt":"2018-02-22T19:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10837"},"modified":"2018-02-22T20:00:00","modified_gmt":"2018-02-22T19:00:00","slug":"le-traitement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10837","title":{"rendered":"Le traitement"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/spectacle-letraitementmartincrimpremybarche-1188\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est un jeudi soir de f\u00e9vrier, lorsque la fatigue des fins de semaine commence \u00e0 se faire sentir, que le charmant th\u00e9\u00e2tre des Abbesses nous pr\u00e9sente, une avant-derni\u00e8re fois, la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Le Traitement\u00a0\u00bb du britannique Martin Crimp. Le metteur en sc\u00e8ne R\u00e9my Barch\u00e9 nous plonge dans le New-York des ann\u00e9es 90 avec cette effervescence \u00e0 la gloire et au cin\u00e9ma, ses quartiers malfam\u00e9s, et une minutie des tendances toutes fra\u00eeches de l\u2019\u00e9poque tels que les bars \u00e0 sushis ou encore, plus classiques, les taximen newyorkais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est l\u2019histoire d\u2019Anne, jeune fille sortant tout juste d\u2019une relation difficile tant moralement que physiquement\u00a0; elle \u00e9tait s\u00e9questr\u00e9e par son mari. La jeune femme tente sa chance de faire de sa vie un sc\u00e9nario de film. Elle rencontre alors le couple Jennyfer et Andrew, producteurs de cin\u00e9ma, complices, \u00e0 la recherche d\u2019une histoire hors du commun et tragique. Au fil de la pi\u00e8ce, le couple quinquag\u00e9naire remanie l\u2019histoire de la jeune fille \u00e0 des fins plus commerciales jusqu\u2019\u00e0 ce que la fiction devienne r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une soir\u00e9e th\u00e9\u00e2trale avec un lever de rideaux nous mettant tout de suite en app\u00e9tit. La premi\u00e8re sc\u00e8ne est un dialogue long et absorbant avec pour seul objet meublant la sc\u00e8ne une chaise et une femme, racontant son histoire \u00e0 une cam\u00e9ra. Son discours sait nous captiver, nous faire vivre l\u2019horreur lorsque celle-ci reprend les phrases de son pers\u00e9cuteur \u00ab\u00a0il dit\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa pi\u00e8ce peut \u00eatre d\u00e9coup\u00e9 en 3 partie, dans des endroits diff\u00e9rents de New-York gr\u00e2ce aux planches se d\u00e9pla\u00e7ant sur la sc\u00e8ne, montrant le paysage de la Big Apple\u00a0\u00e0 travers le bureau du couple de cin\u00e9matographes, d\u2019un taxi et son conducteur aveugle, ou encore dans un restaurant japonais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00f4le de la femme, celle de la soumise, non-libre de ses gestes, na\u00efve \u00e0 travers le personnage d\u2019Anne a une place majeure. Sa relation secr\u00e8te et honteuse avec Andrew est le d\u00e9nouement et la r\u00e9alisation ultime de la fiction que les deux sc\u00e9naristes avaient \u00e9labor\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De la fiction \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, du r\u00e9cit au v\u00e9cu, c\u2019est une pi\u00e8ce captivante et moderne que R\u00e9my Barch\u00e9 nous propose, de quoi faire une pause et s\u2019engouffrer dans le New-York faussement prometteur et tout aussi maudit de Martin Crimp.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Rindra Rakotondrasoa<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>Messager de l&rsquo;amour<\/i> donne le ton\u00a0: juch\u00e9e pieds nus sur un pi\u00e9destal dont elle ne peut descendre sans aide ou sans se blesser, Suzanne Aubert incarne Galat\u00e9e, marionnette fa\u00e7onn\u00e9e par la violence d&rsquo;un Pygmalion qui la retient prisonni\u00e8re. Son jeu d&rsquo;actrice, qui met en tension texte et langage corporel, refl\u00e8te toutes les subtilit\u00e9s du d\u00e9ni des violences conjugales. Une voix la pousse dans ses retranchements, mais elle reste pi\u00e9g\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9ternelle r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame cycle\u00a0: rayonnante lorsqu&rsquo;elle narre les bonheurs mitig\u00e9s de la lune de miel, elle refuse de poursuivre, \u00ab\u00a0disjoncte\u00a0\u00bb comme une poup\u00e9e \u00e9lectrique d\u00e8s qu&rsquo;elle aborde les phases de d\u00e9nigrement et d&rsquo;humiliation. Tout recommence \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est ce pr\u00e9ambule-\u00e9lectrochoc qu&rsquo;a choisi R\u00e9my Barch\u00e9 pour sa mise en sc\u00e8ne du <i>Traitement<\/i> du britannique Martin Crimp. On sait alors que l&rsquo;\u00e9pure noire des d\u00e9cors et la fluidit\u00e9 des dispositifs sc\u00e9niques seront l\u00e0 pour laisser place \u00e0 l&rsquo;ironie du texte, \u00e0 l&rsquo;humour corrosif, et renforcer par contraste la violence bien huil\u00e9e de l&rsquo;histoire et de sa repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au c\u0153ur de la spirale infernale\u00a0: Anne &#8211; interpr\u00e9t\u00e9e par Victoire Du Bois au naturel d\u00e9sarmant. Apr\u00e8s avoir fui son mari qui la maintenait sous cloche en lui peignant le monde sous des aspects terrifiants, elle r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;annonce d&rsquo;un couple de producteurs new-yorkais qui lui font raconter son histoire pour la porter \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Jennifer (Catherine Mouchet) et Andrew (Pierre Baux), Merteuil et Valmont postmodernes et envo\u00fbtants, dont l&rsquo;une souffle simultan\u00e9ment le chaud et le froid &#8211; \u00ab\u00a0Cooooool&#8230;\u00a0\u00bb &#8211; et l&rsquo;autre gobe toute enti\u00e8re sa proie en une syllabe tra\u00eenante &#8211; \u00ab\u00a0Aaaanne\u00a0\u00bb &#8211; instrumentalisent la jeune femme et son r\u00e9cit, \u00e0 l&rsquo;aide de Clifford (Thierry Bosc), vieil auteur pervers oubli\u00e9, afin de modeler son calvaire selon leurs propres fantasmes de d\u00e9gradation sexuelle qui feront son succ\u00e8s. M\u00e9langeant fiction et r\u00e9alit\u00e9, ce qu&rsquo;\u00e0 leur sens il manque au t\u00e9moignage d&rsquo;Anne, ils le lui font subir pour la rendre conforme \u00e0 leurs d\u00e9sirs misogynes, teint\u00e9s de m\u00e9pris de classe et de racisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce, dont la traduction d&rsquo;\u00c9lisabeth Angel-Perez conserve l&rsquo;inqui\u00e9tante familiarit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture de Crimp, est bien trop riche et dense pour \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9e en une page. Et une th\u00e8se ne r\u00e9pondrait pas \u00e0 l&rsquo;urgence des th\u00e9matiques qu&rsquo;elle aborde. Est harponn\u00e9e ici une figure devenue banale \u00e0 faire peur, et que les m\u00e9dias comme les \u00ab\u00a0arts\u00a0\u00bb d&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous incitent \u00e0 devenir, celle du voyeur comme complice\u00a0: celui qui se repa\u00eet du spectacle de la violence et reste \u00e0 en jouir, passif, au lieu d&rsquo;intervenir pour la faire cesser. Ainsi Crimp nous force \u00e0 questionner sans jamais la nommer, \u00e0 travers le faire-semblant du th\u00e9\u00e2tre, l&rsquo;industrie cin\u00e9matographique la plus lucrative au monde : la pornographie, nourrie de mis\u00e8re et de viol, dont l&rsquo;ensemble engrange aux \u00c9tats-Unis plus de b\u00e9n\u00e9fices que Hollywood entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9crit en 1992, l&rsquo;\u00e9cho que <i>Le Traitement<\/i> prend\u00a0en pleine affaire Weinstein, et alors que les mouvements <i>#MeToo<\/i>, <i>#TimesUp<\/i> et #MaintenantOnAgit incendient la toile, lui donne une vibration ph\u00e9nom\u00e9nale. On en sort souffl\u00e9, comme apr\u00e8s une d\u00e9flagration d\u00e9vastatrice dont on commence \u00e0 peine \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019ampleur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Harmony Devillard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Du 8 au 23 f\u00e9vrier 2018 la troupe d\u2019acteurs du Jeune Th\u00e9\u00e2tre National pr\u00e9sente <i>Messager d\u2019Amour<\/i> et <i>Le Traitement<\/i>, deux textes de Martin Crimp mis en sc\u00e8ne par R\u00e9my Barch\u00e9, produits par la Compagnie Moon Palace au th\u00e9\u00e2tre des Abbesses. L\u2019auteur est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des dramaturges les plus captivants du temps, \u00e0 travers ses pi\u00e8ces il traite de la violence et de la puret\u00e9 des relations humaines, de leurs cr\u00e9ations et de leurs places \u00e0 travers le corps et l\u2019espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019Anne, interpr\u00e9t\u00e9e par Victoire du Bois qui est expos\u00e9e : elle r\u00e9pond \u00e0 la demande d\u2019un couple de producteurs de cin\u00e9ma (Pierre Baux et Catherine Mouchet). Vides, ils portent un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019histoire de sa relation avec son mari, Simon (Baptiste Amann). Elle raconte qu\u2019il la s\u00e9questre, la b\u00e2illonne sans jamais la toucher afin de la pr\u00e9server de la crasse du monde ext\u00e9rieur et de conserver la puret\u00e9 de leur relation. Vrai ? Peu importe. La pi\u00e8ce dure trois heures vingt, car l\u2019histoire d\u2019Anne est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par le monologue de Suzanne Aubert, qui explore l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une relation, de sa temporalit\u00e9, son intensit\u00e9 \u00e0 travers le corps, la puret\u00e9 de l\u2019amour qui peut s\u2019exprimer entre deux individus. C\u2019est cet amour, pr\u00e9serv\u00e9 du monde et de sa salet\u00e9, qui s\u2019illustre en Anne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des spectateurs, la jeune femme est assise en hauteur, elle flotte au milieu de la sc\u00e8ne en robe longue. Film\u00e9e, comme un interrogatoire, la pi\u00e8ce est noire et elle expose le paradoxe de sa relation amoureuse, priv\u00e9e de tout, elle ne doit pas parler \u00e0 l\u2019homme qui la tient. Les \u00ab\u00a0mauvais jours\u00a0\u00bb, elle n\u2019arrive pas \u00e0 y penser, recommence l\u2019interview autant de fois qu\u2019elle se reprend, \u00e0 trop vouloir la prot\u00e9ger, la conserver, l\u2019homme en a fait un objet vide de sens et de sentiment, sa puret\u00e9 s\u2019est transform\u00e9e en n\u00e9ant. La temporalit\u00e9 est boulevers\u00e9e, comme les sensations, le futur n\u2019existe pas et l\u2019espace est transform\u00e9 : l\u2019homme s\u2019\u00e9loigne et devient un point qui disparait au loin. C\u2019est le cas des d\u00e9cors de la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce qui sortent du fond de la sc\u00e8ne et disparaissant \u00e0 nouveau dans la p\u00e9nombre, car la sc\u00e8ne est peu \u00e9clair\u00e9e. Moderne et mobile, c\u2019est le New York des ann\u00e9es 90 qui est repr\u00e9sent\u00e9. La fum\u00e9e a une place particuli\u00e8re, pr\u00e9sente dans tous les tableaux, peut-\u00eatre une fa\u00e7on de brouiller la clart\u00e9 de l\u2019\u00e9cran en arri\u00e8re-plan, qui pr\u00e9sente la ville am\u00e9ricaine, ou bien de d\u00e9montrer l\u2019angoisse des personnages qui fument constamment sur sc\u00e8ne. Des gros plans sont r\u00e9alis\u00e9s sur le visage d\u2019Anne : ils permettent aux spectateurs d\u2019entretenir une proximit\u00e9 avec la jeune fille, qui semble sensible, fragile. Elle manque de repaires, boulevers\u00e9e par des relations qui s\u2019expriment de fa\u00e7on trop sombre en elle. Mais ce vide constant entonne et attendrit les personnes. Andrew tombe profond\u00e9ment amoureux d\u2019elle et de sa fragilit\u00e9. L\u2019homme semble attir\u00e9 par la dangerosit\u00e9 des relations qui se veulent pures, par le myst\u00e8re qui se d\u00e9veloppe autour du personnage d\u2019Anne : insouciante ou malsaine, victime ou manipulatrice ?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Rosa Vecchione<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Jusqu\u2019o\u00f9 peut aller notre qu\u00eate de sens\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9poss\u00e9der l\u2019autre de soi-m\u00eame\u00a0? Dans <i>Le traitement<\/i>, Anna est une jeune femme qui a \u00e9t\u00e9 s\u00e9questr\u00e9e de nombreuses ann\u00e9es par son mari. Il ne voulait pas qu\u2019elle s\u2019approche trop pr\u00e8s de la violence du monde, il voulait qu\u2019elle conserve sa puret\u00e9 et son innocence. Un jour, elle s\u2019est enfuie \u2013 et c\u2019est dans cette ville \u00e9norme et bruyante qu\u2019est New York qu\u2019elle a trouv\u00e9 un semblant de refuge. Elle y rencontre un couple de producteurs qui, fascin\u00e9s par son histoire veulent la lui faire raconter et en faire un film. Au d\u00e9part, elle pense que le r\u00e9cit de son enfermement, de cette vie subie \u2013 o\u00f9 elle ne pouvait rien faire, rien d\u00e9cider- sera un exutoire presque id\u00e9al pour faire le deuil de ces ann\u00e9es o\u00f9 son existence lui a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e. Elle raconte les choses en les laissant parfois en suspens, sans donner tous les d\u00e9tails. C\u2019est trop difficile \u00e0 raconter ou impossible. Mais ces ellipses ne plaisent pas aux producteurs \u2013 le r\u00e9cit doit \u00eatre un r\u00e9cit o\u00f9 tout doit \u00eatre dit. Ils inventent alors, en partenariat avec les acteurs choisis pour interpr\u00e9ter le r\u00f4le d\u2019Anna et celui de son mari, tout ce qu\u2019Anna ne dit pas. A nouveau, la d\u00e9possession de soi, l\u2019impression de n\u2019\u00eatre qu\u2019un outil de travail comme un autre, qui n\u2019a pas d\u2019importance r\u00e9elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte de Martin Krimp est d\u2019une violence insidieuse et extr\u00eame, et incite \u00e0 une r\u00e9flexion forte sur la part de r\u00e9el dans nos vies, et la n\u00e9cessit\u00e9 de nous nourrir aussi de certains imaginaires. R\u00e9my Barch\u00e9, qui nous pr\u00e9sente la mise en sc\u00e8ne a choisi d\u2019utiliser la vid\u00e9o pour montrer une ville o\u00f9 l\u2019on se perd et o\u00f9 la renaissance ne peut se faire que difficilement. Les phrases du texte, aussi \u2013 qui se baladent sur les \u00e9crans, comme pour mieux s\u2019imprimer en nous, et les visages en gros plans des com\u00e9diens, donnent \u00e0 voir une utilisation de la vid\u00e9o presque parcimonieuse, renfor\u00e7ant la brutalit\u00e9 d\u2019un texte moderne, pr\u00e9cis dans son analyse des m\u00e9canismes de destruction de l\u2019individu tant sur le plan physique que psychique. C\u2019est une repr\u00e9sentation \u00e9prouvante qui nous est donn\u00e9e \u00e0 voir, pas seulement parce que ce qui se joue sur sc\u00e8ne est rythm\u00e9 et grave, parfois plein d\u2019espoir puis soudainement d\u2019une noirceur insoutenable, que l\u2019humour y est aussi pr\u00e9sent- mais aussi et surtout parce que les mots de Martin Krimp, dans cette mise en sc\u00e8ne sobre et puissante de R\u00e9my Barch\u00e9 nous forcent \u00e0 nous demander ce qui, du r\u00e9el ou de la fiction a le plus de sens \u00e0 nos yeux? Et o\u00f9 est la fronti\u00e8re entre les deux\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Margaux Daridon<\/h6>\n<p>Arm\u00e9 de mon traitement de texte, je r\u00e9dige dans l&rsquo;urgence une critique de la mise en sc\u00e8ne du texte <i>Le Traitemen<\/i>t de Martin Crimp par R\u00e9my Barch\u00e9. Je n&rsquo;ai compris qu&rsquo;une fois arriv\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre des Abesses, le soir du jeudi 22 f\u00e9vrier, que la pi\u00e8ce propos\u00e9e fonctionnait comme un diptyque.<\/p>\n<p>Le Messager d&rsquo;amour, texte in\u00e9dit du dramaturge anglais , pr\u00e9c\u00e8de effectivement <em>Le Traitement<\/em>. A peine entr\u00e9s dans la salle, nous distinguons Suzanne Aubert, comme suspendue dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Le buste seulement \u00e9clair\u00e9 par un faisceau de lumi\u00e8re que refl\u00e8te sa robe dor\u00e9e, la jeune femme appara\u00eet sur le si\u00e8ge d&rsquo;une conscience tourment\u00e9e. Depuis celui-ci, elle d\u00e9livre le r\u00e9cit d&rsquo;une relation des plus troublantes. Le spectateur apprend ainsi qu&rsquo; \u00ab\u00a0IL\u00a0\u00bb pr\u00e9side un quotidien protocolaire dont les r\u00e8gles sont le silence et la r\u00e9clusion, qu&rsquo; \u00ab\u00a0IL\u00a0\u00bb entend ainsi la pr\u00e9server de la corruption du monde r\u00e9el, qu&rsquo; \u00ab\u00a0IL\u00a0\u00bb apporte avec lui la \u00ab\u00a0fleur\u00a0\u00bb pour les beaux jours, et le \u00ab\u00a0fouet\u00a0\u00bb pour les mauvais. Ce monologue interne d&rsquo;une intensit\u00e9 dramatique rare, cette parole heurt\u00e9e, hant\u00e9e par la crainte d&rsquo;une r\u00e9primande, laisse progressivement la place \u00e0 une voix seconde questionnant le sens, et les d\u00e9tails de cette relation invraisemblable.<\/p>\n<p>C&rsquo;est avec une voix semblable &#8211; se faisant sans doute l&rsquo;\u00e9cho des attente d&rsquo;un spectateur avide de fait divers &#8211; qu&rsquo;Andrew et Jennifer proc\u00e8dent \u00e0 l&rsquo;interrogatoire d&rsquo;Anne, dans la sc\u00e8ne qui ouvre <em>Le traitement<\/em>. L&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une d\u00e9position de plainte pour mauvais traitement est cependant vite \u00e9cart\u00e9e. En effet Andrew et Jennifer sont des r\u00e9alisateurs new-yorkais qui se d\u00e9signent eux-m\u00eames comme des chercheurs de \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, et leur curiosit\u00e9 voyeuriste vis-\u00e0-vis d&rsquo;Anne, de sa vie pour le moins sordide, est tout \u00e0 fait d\u00e9pourvue d&rsquo;une empathie v\u00e9ritable. Le d\u00e9calage entre la gravit\u00e9 de son r\u00e9cit et la d\u00e9sinvolture avec laquelle les deux \u00ab\u00a0facilitateurs\u00a0\u00bb le re\u00e7oivent suscite m\u00eame dans la salle quelques rires grin\u00e7ants. Au fil de la pi\u00e8ce, la personne d&rsquo;Anne s&rsquo;alt\u00e8re au contact d&rsquo;un monde artificiel (que les multiples d\u00e9placements de d\u00e9cors mobiles rendent tout-\u00e0-fait sensible), s&rsquo;ali\u00e8ne au contact du sc\u00e9nario d&rsquo;un dramaturge lui-m\u00eame abus\u00e9 par le deux producteurs, dispara\u00eet derri\u00e8re un personnage, dont Nicky &#8211; secr\u00e9taire ambitieuse &#8211; s&#8217;empare. La mise en garde de Simon, compagnon d&rsquo;Anne, contre le monde corrompu de l&rsquo;art et de la bourgeoisie devient performative et donne \u00e0 la pi\u00e8ce un aspect tout \u00e0 fait tragique. Dans un article de pr\u00e9sentation publi\u00e9 sur le site de la com\u00e9die de Reims, il est \u00e9crit \u00e0 juste titre que <em>Le traitement<\/em> questionne les rapports entre la vie et sa transformation, son traitement par l&rsquo;art. Il est aussi \u00e9crit que le texte questionne le rapport entre la \u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9 et sa falsification\u00a0\u00bb. Cette seconde consid\u00e9ration me laisse perplexe, car enfin, comme l&rsquo;\u00e9crit brillamment Georges P\u00e9ros dans <i>une Vie ordinaire<\/i>, la \u00ab\u00a0<em>v\u00e9rit\u00e9 tente tout le monde<\/em>\u00ab\u00a0, elle n&rsquo;est que le fruit du regard que portent les autres sur le \u00ab\u00a0v\u00e9cu\u00a0\u00bb qui lui \u00a0\u00bb se tient cach\u00e9\u00a0\u00bb comme une exp\u00e9rience personnelle tout \u00e0 fait irr\u00e9ductible qui par bonheur, ou par malheur \u00ab\u00a0nous appartient\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Sylvio Cast<\/h6>\n<pre>Illustration : D.R.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | En savoir plus C\u2019est un jeudi soir de f\u00e9vrier, lorsque la fatigue des fins de semaine commence \u00e0 se faire sentir, que le charmant th\u00e9\u00e2tre des Abbesses nous pr\u00e9sente, une avant-derni\u00e8re fois, la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Le Traitement\u00a0\u00bb du britannique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10839,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,4,5],"tags":[],"class_list":["post-10837","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre","category-theatre-de-la-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10837","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10837"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10837\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10837"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10837"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10837"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}