{"id":10939,"date":"2018-02-20T20:00:32","date_gmt":"2018-02-20T19:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=10939"},"modified":"2018-02-20T20:00:32","modified_gmt":"2018-02-20T19:00:32","slug":"jetais-dans-ma-maison-et-jattendais-que-la-pluie-vienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=10939","title":{"rendered":"J&rsquo;\u00e9tais dans ma maison et j&rsquo;attendais que la pluie vienne"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/jetais-dans-ma-maison...#\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><em>Le service culturel de la facult\u00e9 des lettres de Sorbonne Universit\u00e9 a permis aux \u00e9tudiants en bi-cursus Sciences Po\/ Sorbonne Universit\u00e9 d&rsquo;assister le 20 f\u00e9vrier 2018 au th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier \u00e0 la repr\u00e9sentation de <\/em>J&rsquo;\u00e9tais dans ma maison et j&rsquo;attendais que la pluie vienne<em>\u00a0de Jean-Luc Lagarce dans une mise en sc\u00e8ne de Chlo\u00e9 Dabert. Cette repr\u00e9sentation s&rsquo;est prolong\u00e9e par une rencontre avec la com\u00e9dienne, Suliane Brahim, soci\u00e9taire de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise.<\/em><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assister pour la premi\u00e8re fois \u00e0 une pi\u00e8ce de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, ce doit \u00eatre, ce devait \u00eatre, j\u2019en \u00e9tais s\u00fbr, s\u2019engouffrer dans la mythique conque rouge et or de la Salle Richelieu, lever les yeux vers le plafond ocre du th\u00e9\u00e2tre et admirer longuement le blason de la l\u00e9gendaire Troupe, en laissant son esprit m\u00fbrir sa douce devise, <i>Simul et singulis<\/i>, \u00eatre ensemble et \u00eatre soi-m\u00eame. Quelle ne fut pas ma d\u00e9ception quand j\u2019entrais, amer, dans la petite salle sombre, raffin\u00e9e certes, mais gu\u00e8re majestueuse, du th\u00e9\u00e2tre du Vieux-Colombier. (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le jour s\u2019\u00e9teint, que la nuit surgit, dans la p\u00e9nombre silencieuse, apparait le d\u00e9cor. D\u00e9j\u00e0 jaillit en moi une premi\u00e8re \u00e9motion : \u00e9pur\u00e9, po\u00e9tique, lumineux et intimiste, offrant \u00e0 souhait de magnifiques jeux d\u2019ombres, donnant \u00e0 voir un lit immacul\u00e9 d\u2019o\u00f9 l\u2019on devine &#8211; peut-\u00eatre &#8211; la silhouette d\u2019un homme, ce d\u00e9cor attire comme un aimant le spectateur vers ce \u00ab\u00a0jeune fils\u00a0\u00bb, si longtemps esp\u00e9r\u00e9, attendu, r\u00eav\u00e9, par cinq femmes qui ont us\u00e9 leur jeunesse ou leur vie \u00e0 guetter son retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bordure de sc\u00e8ne, grande et fi\u00e8re, <i>L\u2019A\u00een\u00e9e<\/i> brise aussit\u00f4t le silence ; avec un charme d\u00e9licieux que sa voix cristalline sublime, Suliane Brahim d\u00e9clame avec fougue la premi\u00e8re tirade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tirades en tirades, qui sont autant de monologues, de cris du coeur, cinq femmes belles et dignes vont jouer tour \u00e0 tour leur partition, jamais seules, jamais vraiment en dialogues, pas compl\u00e8tement en mouvement, ni totalement sto\u00efques, toujours saisissantes, dans un subtil alliage entre l\u2019hybris tortur\u00e9 de celles qui ont tout perdu et le laisser-aller, parfois dr\u00f4le, de celles qui n\u2019ont plus rien \u00e0 gagner. Outre Suliane Brahim, fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame et \u00e0 son talent brut, Clotilde de Bayser et Jennifer Decker impr\u00e8gnent tout particuli\u00e8rement la pi\u00e8ce de leur sensibilit\u00e9. La premi\u00e8re se fond avec une \u00e9tonnante d\u00e9licatesse dans le corps d\u2019une m\u00e8re tortur\u00e9e, toujours en retenue, qui voudrait son fils pour elle toute seule, laissant \u00e0 voir sur son front rid\u00e9 toutes les \u00e9preuves d\u2019une d\u00e9j\u00e0 longue vie. La seconde, bien que tr\u00e8s jeune, ne sonne jamais faux et apporte \u00e0 la pi\u00e8ce un v\u00e9ritable souffle. C\u00e9cile Brune, dans le r\u00f4le de <i>la plus vieille<\/i>, fait du C\u00e9cile Brune : s\u00fbre de son talent, mais pas forc\u00e9ment toujours dans le ton de ce que l\u2019on attendrait de son personnage -dommage\u2026 -. Rebecca Marder, enfin, qui joue <i>la plus jeune<\/i>, laisse \u00e9tonnamment un go\u00fbt ambigu d\u2019inachev\u00e9 ; certaines de ses r\u00e9pliques t\u00e9moignent de lacunes techniques ind\u00e9niables, notamment \u00e0 cause de sa respiration que l\u2019on entend ostensiblement, ou de sa relative incapacit\u00e9 \u00e0 jouer autant qu\u2019\u00e0 se jouer des silences, de la variation dans l\u2019intensit\u00e9 et surtout de la ponctuation si singuli\u00e8re de Jean-Luc Lagarce. Nul doute pourtant qu\u2019elle apporte \u00e0 une pi\u00e8ce parfois un peu lente son \u00e9nergie, sauvage, et sa fougue, rafra\u00eechissante : lorsqu\u2019elle hurle, comme poss\u00e9d\u00e9e, le mot \u00ab\u00a0haine\u00a0\u00bb, on n\u2019\u00e9coute plus le texte, mais on entend l\u2019\u00e9motion, une \u00e9motion brute et brutale &#8211; faut-il le regretter ? Faut-il s\u2019en f\u00e9liciter ? -. Toujours est-il que son jeu presque \u00e9pidermique permet un \u00e9tonnant contraste avec celui, plus \u00e9pur\u00e9, des autres com\u00e9diennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, la pi\u00e8ce doit aussi beaucoup \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, authentiquement r\u00e9ussie, de Chlo\u00e9 Dabert. Presque toutes les sc\u00e8nes rassemblent les cinq femmes, celle qui s\u2019exprime se trouvant souvent seule \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la sc\u00e8ne face aux autres, regroup\u00e9es \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb elle. Ce parti pris est habile, mettant subtilement en lumi\u00e8re la difficult\u00e9 \u00e0 parler, le sentiment d\u2019isolement et de f\u00e9brilit\u00e9 qui anime chacune de ces femmes. Le choix des v\u00eatements, ni trop sobres, ni trop extravagants, est lui aussi plut\u00f4t soign\u00e9, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019\u00e9trange chapeau de <i>la plus petite<\/i>, \u00e9nigmatique. Chlo\u00e9 Dabert n\u2019a en tout cas \u00e9t\u00e9 que partiellement fid\u00e8le au texte originel concernant la \u00ab\u00a0robe rouge\u00a0\u00bb que porte <i>la deuxi\u00e8me<\/i> : ici, J. Decker porte un pull rouge, certes, mais une jupe bleue. Autre choix notable de la metteure en sc\u00e8ne, celui du pull de \u00ab\u00a0la plus petite\u00a0\u00bb : large, bariol\u00e9, il t\u00e9moigne en quelque sorte d\u2019une excentricit\u00e9 d\u2019adolescente, autant que d\u2019une tentative de se d\u00e9marquer, de s\u2019imposer au sein d\u2019une famille o\u00f9 elle ne se sent gu\u00e8re \u00e0 sa place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 des interm\u00e8des tr\u00e8s efficaces, qui permettent de pr\u00e9cieuses respirations au cours de l\u2019heure et demie que dure la pi\u00e8ce, le spectateur peut sp\u00e9culer \u00e0 sa guise sur la signification dissimul\u00e9e de cette musique pesante et furtive qui renforce l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019inqui\u00e9tude : de mon point de vue, il faut sans doute y voir, plut\u00f4t qu\u2019une analepse, la m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9coulement, \u00ab\u00a0en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, du temps s\u2019\u00e9coulant entre chaque sc\u00e8ne, de la rapidit\u00e9 avec laquelle l\u2019existence file et se d\u00e9file &#8211; une nuit ? Quelques jours ? Une vie ? Qui le sait\u2026 -.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gr\u00e9goire Cazcarra<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i> J\u2019\u00e9tais dans ma maison et j\u2019attendais que la pluie vienne <\/i>est l\u2019avant derni\u00e8re pi\u00e8ce de Jean Luc Lagarce. \u00c9crite en \u00e9cho \u00e0 <i>Juste la fin du monde, <\/i>la pi\u00e8ce met sous nos yeux l\u2019attente de cinq femmes. La vieille, la m\u00e8re, l\u2019ain\u00e9e, la seconde et la plus jeune sont r\u00e9unies dans leur maison\u00a0: le jeune fr\u00e8re qu\u2019elles attendaient depuis des ann\u00e9es est revenu, semble-t-il, sans ne jamais appara\u00eetre sous les yeux du spectateur. Nous comprenons que le jeune fr\u00e8re s\u2019est \u00e9vanoui dans les bras des cinq femmes en entrant dans la maison\u00a0: il n\u2019a m\u00eame pas eu le temps de dire un mot. Il se meurt dans sa chambre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chlo\u00e9 Dabert met en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce au Vieux-Colombier. Cette femme, dirigeant une troupe de femmes donne vie au th\u00e9\u00e2tre po\u00e9tique de Lagarce. Chlo\u00e9 Dabert a choisi une maison blanche avec des reliefs\u00a0: un escalier sur la droite, la chambre du fr\u00e8re en haut \u00e0 gauche et au centre de la pi\u00e8ce, au premier plan, un salon. Derri\u00e8re un voile blanc, comme en transparence\u00a0on distingue \u00e0 gauche une cuisine et \u00e0 droite l\u2019entr\u00e9e. Les actrices d\u00e9signent \u00e0 tour de r\u00f4le la chambre vide de leur fr\u00e8re qui les surplombe\u00a0: le fr\u00e8re comme un ange est au-dessus d\u2019elles. L\u2019absence du fr\u00e8re est d\u00e9sign\u00e9e spatialement, cela nous laisse bien s\u00fbr imaginer que tout ceci n\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019un r\u00eave\u00a0: le fr\u00e8re est-il vraiment rentr\u00e9\u00a0? Les femmes qui s\u2019ennuient, se languissent de son absence, ne seraient-elles pas devenues folles\u00a0dans l\u2019attente puisque le lit est vide ? Chlo\u00e9 Dabert me para\u00eet avoir appuy\u00e9 sur ce doute d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s po\u00e9tique, tr\u00e8s belle avec cette image de la petite chambre vide au-dessus des femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette blancheur ressemble \u00e0 un nuage\u00a0: le d\u00e9cor est l\u00e9ger et presque cotonneux. L\u2019atmosph\u00e8re est \u00e0 la fois tr\u00e8s pure et d\u00e9licate mais aussi complexe, du fait de ces reliefs qui se lisent en transparence, et des objets du quotidien des femmes, ordonn\u00e9s dans la maison. Au fil de la pi\u00e8ce nous d\u00e9couvrons peu \u00e0 peu ce d\u00e9cor\u00a0avec lequel les actrices jouent, Rebecca Marder qui interpr\u00e8te la plus jeune est cach\u00e9e sous l\u2019escalier derri\u00e8re un voile blanc au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, et il m\u2019a fallu du temps pour la voir. C\u2019est en promenant notre regard autour des actrices que nous d\u00e9chiffrons peu \u00e0 peu le d\u00e9cor. Elles se meuvent dans cette blancheur presque c\u00e9leste et jouent avec l\u2019ensemble de l\u2019espace\u00a0: la pi\u00e8ce m\u2019a paru comparable \u00e0 une longue danse ponctu\u00e9e par leurs humeurs. Aussi, que serait une danse sans musique\u00a0? Chlo\u00e9 Dabert a fait un choix tr\u00e8s moderne et ambitieux avec une musique parfois m\u00eame violente\u00a0: entre les sc\u00e8nes, des sons adapt\u00e9s au moment de la pi\u00e8ce retentissent dans le th\u00e9\u00e2tre. Ils semblent exprimer les sentiments forts des femmes et m\u00eame parfois aider le spectateur \u00e0 comprendre. (&#8230;) Cette musique m\u2019a parfois angoiss\u00e9e, mise dans une position d\u2019inconfort mais paradoxalement ne m\u2019a pas d\u00e9rang\u00e9e puisqu\u2019elle m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 comprendre les personnages, elle nous rapproche de leur tumulte. N\u00e9anmoins, il est vrai que le choix audacieux de cette musique a certainement g\u00ean\u00e9 quelques spectateurs autour de moi, ils sursautaient \u00e0 chaque musique et soupiraient. Malgr\u00e9 tout Chlo\u00e9 Dabert a r\u00e9ussi, je trouve, \u00e0 rendre ce choix audacieux coh\u00e9rent avec le texte de Lagarce\u00a0: la musique soulignait des moments cl\u00e9s (comme le monologue de Rebecca Marder). La musique a m\u00eame accentu\u00e9 la profondeur du d\u00e9cor puisque lorsqu\u2019elle retentissait les personnages exploitaient l\u2019espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce nuage blanc, o\u00f9 dansent les femmes, les costumes ram\u00e8nent \u00e0 une certaine dimension terrestre, par leur r\u00e9alit\u00e9 et leurs couleurs qui contrastent avec la blancheur presque immacul\u00e9e du d\u00e9cor. Chacune avait un costume adapt\u00e9 \u00e0 sa personnalit\u00e9. Suliane Brahim interpr\u00e8te l\u2019ain\u00e9e avec son phras\u00e9 si particulier ; elle interpr\u00e8te \u00e0 merveille le r\u00f4le de l\u2019institutrice piqu\u00e9e au vif, dans une robe simple. Le caract\u00e8re de l\u2019actrice et du personnage remplit l\u2019espace tout entier. En ce 20 janvier, c\u2019est elle qui m\u2019a paru \u00eatre le chef de famille, chose que l\u2019on sent un peu en lisant le texte de Lagarce puisque c\u2019est elle qui a le plus de monologues, parle souvent au nom des autres femmes et inaugure la pi\u00e8ce avec un long monologue sur l\u2019attente. Les cinq femmes et Chlo\u00e9 Dabert ont r\u00e9ussi \u00e0 transcrire la complexit\u00e9 du texte\u00a0: elles se sont noy\u00e9es dans l\u2019attente, mais ne tombent pas dans un m\u00e9lodrame embarrassant pour le spectateur, \u00e0 aucun moment. Elles m\u2019ont amen\u00e9e du rire aux larmes, surtout Jennifer Decker qui m\u2019a beaucoup amus\u00e9e avec ses mimes et ses intonations. Cette pi\u00e8ce est une trag\u00e9die ironiquement comique\u00a0: la femme, comme P\u00e9n\u00e9lope la fid\u00e8le, repr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019\u00e9ternelle figure de l\u2019attente, a attendu toute une partie de sa vie un fr\u00e8re qui, s\u2019il est vraiment revenu, se laisse glisser vers la mort et les cinq femmes r\u00e9ussissent \u00e0 rire de leur sort, et cela, je trouve que c\u2019est une grande qualit\u00e9 humaine et Chlo\u00e9 Dabert l\u2019a tr\u00e8s bien transcrite. Le personnage de la m\u00e8re, remarquablement interpr\u00e9t\u00e9 par Clotilde de Bayser, incarne le plus, je trouve, cette image de l\u2019attente de la femme. Elle ose dire apr\u00e8s avoir eu du mal \u00e0 l\u2019avouer, Cecile Brune l\u2019a montr\u00e9 au grand jour, elle aimerait garder son fils pour elle apr\u00e8s tout ce temps, le regarder dormir seule, en profiter seule.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Donatienne Bonnel<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une premi\u00e8re lecture de cette pi\u00e8ce m\u2019a destabilis\u00e9e par rapport \u00e0 mes rep\u00e8res litt\u00e9raires. C\u2019est en la lisant une deuxi\u00e8me puis une troisi\u00e8me fois, que le d\u00e9paysement in\u00e9dit qu\u2019elle propose m\u2019est apparu. De prime abord, mon attention s\u2019est port\u00e9e sur l\u2019intrigue en elle-m\u00eame et je dois avouer que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9contenanc\u00e9e par son inconsistance imm\u00e9diate. Sur le plan de l\u2019action effectivement, cinq femmes attendent le retour du fils ou du fr\u00e8re. On sait bien peu de choses de ces femmes, outre leurs appellations qui t\u00e9moignent de leur place dans la famille\u00a0: L\u2019A\u00een\u00e9e, La M\u00e8re, La Plus Vieille, La Seconde, La Plus Jeune. Dans les autres pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre que j\u2019avais pu lire, j\u2019\u00e9tais toujours sensible aux proc\u00e9d\u00e9s d\u2019onomastique. Ici, il n\u2019y en objectivement pas puisque l\u2019objectif de Jean-Luc Lagarce ne se niche pas dans cet artifice. D\u2019ailleurs, quel est la vis\u00e9e de la pi\u00e8ce de Jean-Luc Lagarce\u00a0? A mesure que je pousuivais ma premi\u00e8re lecture, elle ne m\u2019apparaissait pas clairement car j\u2019avais quelques difficult\u00e9s \u00e0 saisir le fil d\u2019Ariane de l\u2019intrigue. J\u2019avais l\u2019impression que du d\u00e9but \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce les personnages n\u2019avaient que tr\u00e8s peu chang\u00e9. Ils se trouvent toujours dans cette maison commune o\u00f9 le jeune fr\u00e8re \u00e9puis\u00e9 est\u00a0\u00ab\u00a0revenu se reposer, mourir, possible, achever sa route, son errance\u00a0\u00bb. Une deuxi\u00e8me lecture m\u2019a rendue plus attentive au style singulier de Jean-Luc Lagarce et c\u2019est \u00e0 cette occasion que les enjeux de la pi\u00e8ce me sont apparus. Je pense \u00e0 pr\u00e9sent que cet auteur souhaite nous faire red\u00e9couvrir ce qu\u2019est une vie d\u2019homme. Mais le chemin qu\u2019il emprunte n\u2019est pas celui des sp\u00e9culations philosophiques destin\u00e9es \u00e0 saisir l\u2019essence de l\u2019humanisme. De fait, c\u2019est au c\u0153ur d\u2019actions quotidiennes que l\u2019humain se d\u00e9couvre en se d\u00e9voilant. Le langage, pris dans une dimension dramatique, est le meilleur adjuvant de l\u2019auteur. C\u2019est dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la parole au pr\u00e9sent, une parole en construction permanente car se voulant au plus juste, que se joue l\u2019action en v\u00e9rit\u00e9. Ses personnages insistent syst\u00e9matiquement pour trouver la bonne formule et dire \u00e0 l\u2019autre ce qu\u2019ils ont \u00e0 dire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ma\u00fflis Brault<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur quatre silhouettes s\u2019avan\u00e7ant discr\u00e8tement sur la sc\u00e8ne plong\u00e9e dans le noir. La salle retient son souffle. Les lumi\u00e8res s\u2019allument.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Imm\u00e9diatement, je suis s\u00e9duite par le choix de d\u00e9cor. La pi\u00e8ce est d\u2019une blancheur immacul\u00e9e, l\u2019agencement \u00e9pur\u00e9, une brume semble parcourir la sc\u00e8ne. Un escalier pas tout \u00e0 fait complet serpente jusqu\u2019\u00e0 une chambre \u00e0 l\u2019\u00e9tage, pos\u00e9e l\u00e0 aux yeux de tous, inaccessible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me semble d\u00e8s le premier instant reconna\u00eetre l\u2019ambiance d\u00e9peinte par Jean-Luc Lagarce dans <i>J\u2019\u00e9tais dans ma maison et j\u2019attendais que la pluie vienne<\/i>. Impression confirm\u00e9e par Suliane Brahim, magistrale s\u0153ur Ain\u00e9e, ouvrant la pi\u00e8ce, les mains serr\u00e9s sur son imperm\u00e9able bleu, comme pour se prot\u00e9ger du contact avec l\u2019ext\u00e9rieur. Son phras\u00e9, que je n\u2019avais jusqu\u2019alors jamais entendu, me surprend aussit\u00f4t. Il est pr\u00e9cis mais naturel, original mais \u00e9mouvant. Les mots de Lagarce glissent entre ses l\u00e8vres, accentuant chaque virgule, chaque h\u00e9sitation, chaque blanc du texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est mon impression dominante au cours de la repr\u00e9sentation\u00a0: je sens le travail d\u2019une pr\u00e9cision folle effectu\u00e9 autant par les com\u00e9diennes que par la metteure en sc\u00e8ne. Les mots sont aussi choisis que les gestes, rendant l\u2019histoire et les adresses d\u2019autant plus percutantes. Des passages du livre auxquels je n\u2019avais pas pr\u00eat\u00e9 attention prennent une nouvelle signification au travers de l\u2019incarnation de ces femmes \u00e0 la fois d\u00e9chirantes et bien vivantes. Un seul \u00e9l\u00e9ment manque \u00e0 l\u2019appel, la plus jeune, la derni\u00e8re. Elle appara\u00eet sous l\u2019escalier, jeune et fougueuse, peut-\u00eatre un peu trop. Donnant de l\u2019\u00e9clat \u00e0 ses monologues, accentuant l\u2019\u00e9motion, elle contribue par l\u00e0-m\u00eame \u00e0 effacer le texte. Je suis sensible \u00e0 sa col\u00e8re, \u00e0 la \u00ab\u00a0haine\u00a0\u00bb qu\u2019elle exprime, mais aussi g\u00ean\u00e9e par la port\u00e9e m\u00e9canique de son interpr\u00e9tation qui tend \u00e0 masquer le plus important\u00a0: les mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car les mots constituent bien \u00e0 mon sens le v\u00e9ritable protagoniste de la pi\u00e8ce. D\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9criture de Lagarce retranscrivait magistralement cette recherche du terme juste, de l\u2019expression qui trouve sa cible et \u00ab\u00a0dit\u00a0\u00bb les choses. Sur sc\u00e8ne, les actrices h\u00e9sitent, elles se reprennent et s\u2019\u00e9changent des monologues \u00e0 d\u00e9faut d\u2019autre chose. Il ne se passe rien et pourtant il se passe beaucoup\u00a0: j\u2019ai la sensation de me reconna\u00eetre dans chacune de ces femmes. La M\u00e8re me bouleverse par son amour inconditionnel et in\u00e9puisable, son d\u00e9sir \u00e0 peine formul\u00e9 de veiller son fils, seule, toute une vie s\u2019il le faut. La Seconde apporte un \u00e9clat diff\u00e9rent au sens propre comme au figur\u00e9, elle est le lien le plus \u00e9vident avec un possible futur, la manifestation du d\u00e9sir, la fen\u00eatre ouverte sur les hommes. Ses rapports avec l\u2019A\u00een\u00e9e sont magnifiquement mis en \u00e9vidence, un m\u00e9lange de complicit\u00e9 et de rivalit\u00e9 qui m\u2019\u00e9voque ma relation avec ma propre s\u0153ur\u00a0: \u00e0 la fois affirmation d\u2019une diff\u00e9rence profonde, et reconnaissance mutuelle de notre h\u00e9ritage commun. Je suis surprise par le rire qui me monte aux l\u00e8vres quand l\u2019A\u00een\u00e9e raconte son exp\u00e9rience rat\u00e9e des hommes ou que la Seconde caricature le ton des paysans. L\u2019interpr\u00e9tation des com\u00e9diennes souligne l\u2019humour de Lagarce que je n\u2019avais pas bien per\u00e7u \u00e0 la lecture de la pi\u00e8ce. Il me semble que c\u2019est l\u00e0 la chose la plus belle dans le travail d&rsquo;un acteur : non pas chercher \u00e0 trouver un nouveau sens \u00e0 la pi\u00e8ce, mais au contraire le d\u00e9voiler dans ce qu\u2019il a de plus intime et de plus dissimul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que les minutes s\u2019\u00e9gr\u00e8nent, le d\u00e9cor \u00e9volue. La nuit semble tomber progressivement sur cette maison immacul\u00e9e. L\u2019immense arbre que l\u2019on aper\u00e7oit derri\u00e8re la sc\u00e8ne s\u2019agite, comme une invitation vers l\u2019ext\u00e9rieur. Les sc\u00e8nes sont entrecoup\u00e9es par des moments musicaux qui, quoique parfois trop m\u00e9caniques, viennent ponctuer ce temps qui n\u2019en finit pas de passer.\u00a0 Tout l\u2019environnement, les costumes, les d\u00e9tails semblent pens\u00e9s, r\u00e9fl\u00e9chis. J\u2019appr\u00e9cie particuli\u00e8rement le choix de retranscrire dans une bande son un aper\u00e7u de la dispute qui a conduit au d\u00e9part du fils. Bien que cela ne soit pas \u00e9voqu\u00e9 dans le texte de Lagarce, le geste de Chlo\u00e9 Dabert nous offre sa propre interpr\u00e9tation de l\u2019histoire tout en laissant la porte ouverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de la pi\u00e8ce, mes yeux oscillent entre les visages des actrices et la l\u00e9g\u00e8re bosse sur le lit \u00e0 l\u2019\u00e9tage. On y devine une pr\u00e9sence, ou du moins on l\u2019esp\u00e8re. Chacune des cinq femmes porte r\u00e9guli\u00e8rement son regard vers lui, comme il elle regardait vers le ciel. Le fr\u00e8re, le \u00ab\u00a0jeune fr\u00e8re\u00a0\u00bb que toutes voudraient avoir davantage connu, davantage aim\u00e9, on se surprend \u00e0 se demander s\u2019il existe, finalement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il me semble que cela n\u2019a pas d\u2019importance, pas plus que la raison pour laquelle il est parti. Tout l\u2019enjeu de la pi\u00e8ce se tient l\u00e0, sous nos yeux, dans la voix de ces femmes qui construisent la vie au travers de leur mot, qui la d\u00e9truisent ou la r\u00e9arrangent. Je sens l\u2019absence qui p\u00e8se sur elles, mais aussi leur espoir, le signe qu\u2019elles n\u2019ont pas abandonn\u00e9 l\u2019existence et que celle-ci peut reprendre, un jour. Dans la bouche de Suliane Brahim, l\u2019\u00e9vocation d\u2019un b\u00e9b\u00e9 r\u00e9sonne comme une promesse faite vers le futur, d\u2019une \u00e9motion d\u00e9chirante. Et quand, dans les derni\u00e8res secondes, la m\u00e8re vient ouvrir la porte, intrigu\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019un bruit, je sens comme elle une envie irr\u00e9pressible de sortir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Caroline Pernes<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que les lumi\u00e8res d\u00e9clinent et que le public se pr\u00e9pare \u00e0 recevoir la pi\u00e8ce de Lagarce, je m\u2019interroge une derni\u00e8re fois sur la difficult\u00e9 \u00e0 dire, simplement dire, avec justesse, les mots de ce dramaturge. Au m\u00eame moment, Suliane Brahim, l\u2019A\u00een\u00e9e, entame le silence de l\u2019attente, et je red\u00e9couvre le texte, \u00e0 travers ses r\u00e9p\u00e9titions, ses respirations, ses pauses. La disposition du texte se ressent dans son phras\u00e9 si particulier, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir son monologue sous les yeux, la ponctuation de la langue de Lagarce jaillit devant moi, et pourtant, une sinc\u00e8re spontan\u00e9it\u00e9 affleure. Les paroles sonnent profond\u00e9ment justes et humaines, dans cette longue attente de ces vies dont nous partageons un instant infime \u2013 une heure trente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019attente de cinq femmes, cinq \u00eatres qui tentent de s\u2019octroyer le monopole de la douleur. La mise en sc\u00e8ne que nous offre Chlo\u00e9 Dabert me semble \u00eatre un \u00e9crin \u00e9pur\u00e9, n\u00e9cessit\u00e9 absolue selon moi pour servir la r\u00e9sonnance des \u00e9motions intenses de ces femmes, qui emplissent la blancheur du lieu. Un lieu tout en transparence, qui semble symboliser, peut-\u00eatre, les souvenirs et le pass\u00e9, invoqu\u00e9s longuement au fil des sc\u00e8nes. Un lieu o\u00f9 le texte vit, s\u2019anime, incarn\u00e9 dans ce ch\u0153ur de femmes, aux voix tant\u00f4t d\u00e9sunies, tant\u00f4t conjointes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sein de cette polyphonie merveilleuse, je me dois de souligner le jeu profond\u00e9ment humain, terriblement touchant, de Clotilde de Bayser, sublime en m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e, tout \u00e0 la fois r\u00e9sign\u00e9e et enivr\u00e9e d\u2019espoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un contraste peu heureux, le jeu de Rebecca Marder, la Plus Jeune, \u00e9branle l\u2019\u00e9difice \u00e9motionnel si juste de ces femmes, et balafre par son jeu uniforme la langue de Lagarce, qui se trouve noy\u00e9e dans une col\u00e8re torrentielle \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 monocorde. Le texte n\u2019est plus audible eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019artificialit\u00e9 de son \u00e9locution, charg\u00e9e de respirations bien trop sonores, qui submergent et asphyxient sa tirade, engloutie dans son d\u00e9bit qui ne se voulait qu\u2019\u00e9motion pure et qui ne devient que lassitude endormie pour le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, il me semble que le jeu doit servir, \u00e9clairer le texte\u2026 Exemple frappant s\u2019il en est, le comique chez Lagarce, log\u00e9 dans les d\u00e9tails litt\u00e9ralement portraitur\u00e9s, comme le sac marin ou militaire, comique que je n\u2019avais pas per\u00e7u \u00e0 la lecture de la pi\u00e8ce, a \u00e9clat\u00e9 dans les tirades de Suliane Brahim ou de Jennifer Decker, la Seconde. Cette derni\u00e8re, comme je m\u2019y attendais et comme je le souhaitais, porte un pull \u00e0 dominante rouge, ce qui rappelle la robe rouge dont parlent les cinq femmes, un des leitmotivs de la pi\u00e8ce. De m\u00eame, j\u2019ai aim\u00e9 l\u2019imperm\u00e9able bleu de l\u2019A\u00een\u00e9e, mat\u00e9rialisation concr\u00e8te de son lien avec l\u2019ext\u00e9rieur, elle qui est sortie de la maison dans sa vie, elle qui n\u2019y a pas \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9e toute sa vie durant. Pi\u00e9g\u00e9es dans l\u2019attente, elles le sont toutes, m\u00eame lorsqu\u2019il est revenu, le jeune fr\u00e8re, elles attendent son r\u00e9veil, en vain peut-\u00eatre, en vain s\u00fbrement. A ce titre, le lit du jeune fr\u00e8re, son cercueil, semble l\u00e9viter en hauteur, inaccessible, d\u00e9sign\u00e9 tour \u00e0 tour avec d\u00e9f\u00e9rence et crainte par les cinq femmes. Ainsi, la mise en sc\u00e8ne fait \u00e9cho aux mots de Lagarce. C\u2019est une sc\u00e9nographie en point d\u2019interrogation, comme le texte\u00a0: le fils est-il en haut ou n\u2019est-il jamais revenu\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une mise en sc\u00e8ne qui prend le temps, comme Lagarce prend le temps dans son texte. De v\u00e9ritables tableaux jaillissent dans cette atmosph\u00e8re \u00e0 la fois pesante d\u2019\u00e9motions lourdes, de ranc\u0153urs accumul\u00e9es, de remords corset\u00e9s, et flottante, au milieu de souvenirs successivement heureux et oppressants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La ponctuation sonore des sc\u00e8nes par la bande-son me para\u00eet sublimer les \u00e9motions de ces femmes, accompagner avec force les mots prononc\u00e9s, leur donner un \u00e9cho \u00e0 la teinte pluvieuse, en un mot, symboliser l\u2019implacable temps qui passe, dans une interminable attente. Pendant ces courtes pauses, le spectateur respire, guid\u00e9 par la metteure en sc\u00e8ne, pour se replonger un instant plus tard dans l\u2019intensit\u00e9 de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive, cette repr\u00e9sentation de Chlo\u00e9 Dabert illustre parfaitement la devise de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, <i>\u00ab Simul et singulis \u00bb<\/i> (\u00ab\u00a0\u00eatre ensemble et \u00eatre soi-m\u00eame\u00a0\u00bb), tant les com\u00e9diennes exaltent des personnalit\u00e9s f\u00e9minines diff\u00e9rentes, uniques, et pourtant si unies dans l\u2019attente commune.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marine Lebrun<\/h6>\n<pre>Photo : Christophe Raynaud de Lage<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die-Fran\u00e7aise | En savoir plus Le service culturel de la facult\u00e9 des lettres de Sorbonne Universit\u00e9 a permis aux \u00e9tudiants en bi-cursus Sciences Po\/ Sorbonne Universit\u00e9 d&rsquo;assister le 20 f\u00e9vrier 2018 au th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier \u00e0 la repr\u00e9sentation de J&rsquo;\u00e9tais dans ma [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10967,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,21,4],"tags":[],"class_list":["post-10939","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-comedie-francaise","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10939","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10939"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10939\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10939"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10939"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10939"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}