{"id":11003,"date":"2018-03-15T20:00:17","date_gmt":"2018-03-15T19:00:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11003"},"modified":"2018-03-15T20:00:17","modified_gmt":"2018-03-15T19:00:17","slug":"elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11003","title":{"rendered":"Elle"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Ath\u00e9n\u00e9e Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet | <a href=\"http:\/\/www.athenee-theatre.com\/saison\/spectacle\/elle.htm\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e est connu pour programmer des spectacles de grands textes des r\u00e9pertoires th\u00e9\u00e2tral et lyrique, avec des mises en sc\u00e8ne innovantes et des cr\u00e9ations contemporaines et ce spectacle, mis en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par Alfredo Arias, ne fait pas d\u00e9faut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<i>Elle\u00a0<\/i>\u00bb appartient aux \u00e9crits posthumes de Jean Genet\u00a0:\u00a0compos\u00e9e en un seul trait en 1955, la pi\u00e8ce sera publi\u00e9e et mise en sc\u00e8ne pour la premi\u00e8re fois seulement en 1989, trois ans apr\u00e8s la mort de l&rsquo;auteur, probablement aussi parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas enti\u00e8rement achev\u00e9e, quelques passages sont lacunaires et la fin manque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;incompr\u00e9hension est instaur\u00e9e d\u00e8s le titre\u00a0: le spectateur s&rsquo;attend \u00e0 une pi\u00e8ce autour d&rsquo;un sujet f\u00e9minin, puis il r\u00e9alise qu&rsquo;il s&rsquo;agit de Sa Saintet\u00e9 papale. C&rsquo;est bien connu, Genet est provocateur. Ici il fait recours \u00e0 la scatologie et insiste sur la nature humaine du Pape : en patins \u00e0 roulettes exhibant son derri\u00e8re, ou encore cherchant les poses id\u00e9ales pour se mettre en avant devant le photographe. Le comique ressort de ce d\u00e9calage entre la Saintet\u00e9 et l&rsquo;inscription dans un corps humain. Une \u00e2me divine dans une chair vulgaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l&rsquo;occasion de sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation, le Pape \u00e9tait interpr\u00e9t\u00e9 par une femme, ici Arias d\u00e9cide de jouer lui-m\u00eame ce r\u00f4le. Sa mise en sc\u00e8ne qui m\u00e9lange la sc\u00e8ne, des vid\u00e9os et une arri\u00e8re-sc\u00e8ne souligne la volont\u00e9 de pr\u00e9senter les multiples facettes de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0; dans cette direction vont aussi les vid\u00e9os de Alejandro Rumolino qui cr\u00e9ent des surimpressions tr\u00e8s r\u00e9ussites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le costumes de Pablo Ramirez sont un trait d&rsquo;union avec l&rsquo;image graphique du Th\u00e9\u00e2tre m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alfredo Arias est un habitu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e\u00a0: il avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 \u00ab\u00a0Les Bonnes\u00a0\u00bb\u00a0du m\u00eame Genet (2000) et \u00ab\u00a0Circo Equestre Sgueglia\u00a0\u00bb de Raffaele Viviani (2015) et il sera de retour en mai avec \u00ab\u00a0Eden teatro\u00a0\u00bb du m\u00eame Viviani.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Monica Mele<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Ath\u00e9n\u00e9e (th\u00e9\u00e2tre Louis Jouvet) est l\u2019une des salles les plus intimistes que Paris ait \u00e0 cacher. Situ\u00e9e dans le IX\u00e8me arrondissement, elle se trouve \u00e0 deux pas du prestigieux Op\u00e9ra Garnier de Paris. De style italien avec son velours rouge caract\u00e9ristique, l\u2019int\u00e9rieur du th\u00e9\u00e2tre respire une hospitalit\u00e9 cl\u00e9mente. On s\u2019installe avec rel\u00e2chement sur ces si\u00e8ges aux ressorts quelques peu vieillis pour attendre le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation qui arrive dans l\u2019obscurcissement progressif de la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les com\u00e9diens arrivent au compte-goutte sur la sc\u00e8ne\u00a0: vous remarquerez leur l\u00e9ger accent dont on ne devine pas imm\u00e9diatement l\u2019origine. Il pourrait tant \u00eatre slave ou m\u00e9diterran\u00e9en. Une lecture de la brochure vous indiquera que cette troupe est italienne. Ce qui est troublant d\u00e8s les premiers instants de la pi\u00e8ce, c\u2019est ce jeu m\u00e9ticuleux fait avec la sc\u00e8ne\u00a0: le d\u00e9placement des personnages est millim\u00e9tr\u00e9 et trac\u00e9 selon des angles droits\u00a0donnant l\u2019impression de mouvements m\u00e9caniques. Ces m\u00eames personnages d\u00e9tiennent \u00e9galement le pouvoir sur le son, contr\u00f4l\u00e9 par une t\u00e9l\u00e9commande. Un air revient inlassablement\u00a0: niais, il accompagne tant les sc\u00e8nes l\u00e9g\u00e8res que les s\u00e9quences les plus dramatiques. De plus, les costumes r\u00e9v\u00e8lent un symbole fort de subversion des genres\u00a0: ce sont les hommes qui portent la coquetterie tant dans leurs habits color\u00e9s d\u2019un rouge vermeil flamboyant que dans la robe papale blanche marbr\u00e9e de figures g\u00e9om\u00e9triques noires. Les femmes sont v\u00eatues de lignes strictes et droites dont les teintes sobres ne rappellent pas les bas dentell\u00e9s et \u00e9carlates d\u2019un des personnages masculins. Les diff\u00e9rents cama\u00efeux de tissus sont sublim\u00e9s par une mise en sc\u00e8ne de la lumi\u00e8re. Elle \u00e9claire tant\u00f4t la totalit\u00e9 de la sc\u00e8ne, parfois elle s\u2019att\u00e9nue dans un filet et installe une ambiance feutr\u00e9e sur les planches. Les murs \u00e9galement se voient investis de l\u2019empreinte de la mise en sc\u00e8ne\u00a0: ils sont le support de projections d\u2019images anim\u00e9es dont la t\u00eate et le corps du pape ont le monopole. Une chose particuli\u00e8rement m\u2019a frapp\u00e9e dans la sc\u00e9nographie des com\u00e9diens\u00a0: j\u2019ai tout de suite rep\u00e9r\u00e9 une gr\u00e2ce sans commune mesure dans les gestes a\u00e9riens de ce pape excentrique. Personnage principal, ce personnage jou\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne Alfredo Arias est entour\u00e9 d\u2019un cardinal quelque peu excentrique, dont les penchants balancent entre la p\u00eache et le nudisme, et d\u2019un intendant autoritaire (Adriana Pegueroles), incarn\u00e9 par une femme dont les cheveux blancs coup\u00e9s court rappellent la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de son personnage. Et enfin, le photographe (Alejandra Radano), une femme que le stress rend maladroite. Quelle tension l\u2019angoisse\u00a0? l\u2019attente d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Elle \u00bb. D\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Elle\u00bb, ce pape inconventionnel qui d\u00e9balle tant sa gracieuse \u00e9nergie que le d\u00e9tail de ses derni\u00e8res selles. Le portrait de ce pape est un marqueur poignant du style de Jean Genet. Certains dialogues s\u2019achevant sur une note abrupte signalent un d\u00e9tail important du manuscrit\u00a0: ce dernier est inachev\u00e9. Les petites \u00e9tranget\u00e9s qui en d\u00e9coulent d\u00e9routent un peu le spectateur mais elles semblent aller dans le sens de l\u2019originalit\u00e9 du sc\u00e9nario.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu\u2019il faudra retenir de cette repr\u00e9sentation\u00a0: le d\u00e9routement de la subversion des genres et de l\u2019appropriation spatiale qui se fait tant par les com\u00e9diens que par la lumi\u00e8re, les images projet\u00e9es sur les murs ou m\u00eame, la musique qui envahit l\u2019espace quand elle est d\u00e9clench\u00e9e. \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb est une pi\u00e8ce assez iconoclaste pour \u00e9veiller une curiosit\u00e9 pour ce metteur en sc\u00e8ne italien que vous retrouverez pour une deuxi\u00e8me pi\u00e8ce dans cette m\u00eame salle de l\u2019ath\u00e9n\u00e9e, \u00ab\u00a0Eden Teatro\u00a0\u00bb du 24 au 29 mai 2018.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Malyphone de Peyrelongue<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pi\u00e8ces de Jean Genet ne sont pas les pi\u00e8ces traditionnelles\u2014c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019y a pas de grandes intrigues ou d\u2019affrontements spectaculaires. Afin de vraiment comprendre une de ses pi\u00e8ces, il faut pr\u00eater attention au langage, au symbolisme, aux allusions, \u00e0 un niveau artistique qui est beaucoup plus subtil et profond que le niveau d\u2019action. <i>Elle <\/i>ne fait pas exception \u00e0 cette r\u00e8gle. Au d\u00e9but de la pi\u00e8ce j\u2019ai remarqu\u00e9 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 absolue de la sc\u00e8ne\u00a0: il y avait un \u00e9cran \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, un fauteuil et quelque chose qui ressemblait \u00e0 un appareil photo, mais il n\u2019y avait pas de lien apparent entre ces accessoires. Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout facile de reconstruire le contexte du r\u00e9cit \u00e0 premi\u00e8re vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de l\u2019arriv\u00e9e des personnages, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la grandeur de leurs costumes. On n\u2019apprend pas leurs noms ou leurs histoires personnelles, mais on commence \u00e0 comprendre leurs r\u00f4les dans la pi\u00e8ce en voyant leur tenue\u00a0: il y a le pape habill\u00e9 en blanc, l\u2019homme ne portant qu\u2019une combinaison, la femme presque androgyne portant un uniforme militaire&#8230; Ces divers personnages arrivent sur la sc\u00e8ne and chacun parle \u00e0 son tour de sujets abstraits comme les images, la religion, le sexe et la recherche de sens. Ce n\u2019est pas clair s\u2019il existe un seul fil qui relie tous les commentaires des personnages, mais chaque monologue\u2014car ce sont presque des monologues\u00a0!\u2014d\u00e9veloppe l\u2019un des th\u00e8mes de la pi\u00e8ce enti\u00e8re. Un th\u00e8me principal, bien s\u00fbr, porte sur la critique de la religion, surtout la tradition catholique \u00e0 laquelle appartient le pape. Ici on est t\u00e9moin des faiblesses et des b\u00eatises du pape\u2014on voit son costume ridicule, il raconte des blagues, nous montre ses fesses. En voyant un autre c\u00f4t\u00e9 du pape, on est oblig\u00e9 de repenser toute la tradition catholique et notre rapport \u00e0 Dieu en g\u00e9n\u00e9ral. \u00c0 la fin de la pi\u00e8ce, m\u00eame s\u2019il n\u2019y a pas de d\u00e9nouement d\u2019une grande intrigue, il nous reste des questions inqui\u00e9tantes sur les grands probl\u00e8mes existentiels et moraux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Whitney Sha<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00c0 l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e th\u00e9\u00e2tre Louis Jouvet nous avons vu \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb, texte inachev\u00e9 de Jean Genet mis en sc\u00e8ne par Alfredo Arias. \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb, c\u2019est le Pape, c\u2019est Alfredo Arias qui oscille entre une joyeuse folie et une calme lassitude sous son beau costume blanc et noir. Autour d\u2019Elle s\u2019agitent Adriana Pegueroles, l\u2019huissier et Alejandra Radano, la photographe. Marcos Montes, c\u2019est le Cardinal, rouge flamboyant, il est comme une note color\u00e9e et burlesque qui parcours la sc\u00e8ne, entre les deux autres com\u00e9diennes, en noir.<\/p>\n<p>Les com\u00e9diens entrent doucement sur sc\u00e8ne, avec un texte de Sade, <i>Juliette et le Pape<\/i>, port\u00e9 par Marcos Montes. On d\u00e9couvre l\u2019accent chantant du com\u00e9dien dans un texte sur la corruption sexuelle. Cette sc\u00e8ne va \u00eatre \u00e0 l\u2019image du reste de la pi\u00e8ce, il y a du chant, de la couleur, de la folie et de la joie, et puis des mots qui soul\u00e8vent des questions qui ne sont ni burlesques ni tragiques, importantes mais pas le coeur du spectacle, elles nous accompagnent tranquillement pendant cette heure th\u00e9\u00e2trale. C\u2019est l\u2019image, c\u2019est l\u2019identit\u00e9, c\u2019est ce que l\u2019on montre ou pas.<\/p>\n<p>L\u2019huissier allume et \u00e9teint la musique, toujours la m\u00eame, parfois elle chevauche les textes, parfois elle entra\u00eene une danse. Les lumi\u00e8res s\u2019allument et s\u2019\u00e9teignent pour masquer ou d\u00e9voiler. Elles peuvent r\u00e9v\u00e9ler discr\u00e8tement l\u2019image flou d\u2019un Cardinal dans le fond de la sc\u00e8ne, port\u00e9e par ses cris. Cr\u00e9er l\u2019effet d\u2019une photographie g\u00e9ante du th\u00e9\u00e2tre plong\u00e9 dans le noir puis dans une lumi\u00e8re blafarde de flash lors de la s\u00e9ance photo du Pape. Un \u00e9cran de cin\u00e9ma blanc descend puis remonte. Le d\u00e9cor bouge, mais simplement, il suit les mouvements des com\u00e9diens. Qui dansent, chantent, sautent, se bousculent et se suivent dans une fine danse burlesque.<\/p>\n<p>Le Pape avec ses chants expose ses regrets et ses angoisses au photographe, paniqu\u00e9 et \u00e9merveill\u00e9 par la pr\u00e9sence de sa Saintet\u00e9. Avec cette sc\u00e8ne appara\u00eet derri\u00e8re lui, sur un autre \u00e9cran, une vid\u00e9o du m\u00eame Pape, dans le m\u00eame costume, maquill\u00e9, l\u2019air triste. Mais ce n\u2019est pas vraiment lui, c\u2019est une sorte de double muet, un mime, qui bouge avec les mots d\u2019Alfredo Arias. L\u2019image et le com\u00e9dien bougent ensemble, avec un l\u00e9ger d\u00e9calage, dans la p\u00e9nombre, comme si l\u2019on pouvait apercevoir, nous, les spectateurs, l\u2019identit\u00e9 muette du Pape derri\u00e8re lui. Toujours sur un fond musical enjou\u00e9, c\u2019est une interpr\u00e9tation po\u00e9tique et lucide d\u2019Alfredo Arias du texte de Genet, sur des notes cin\u00e9matographiques d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Victoire Coquet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Elle <\/i>est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre inachev\u00e9e de Jean Genet qui est jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e-Louis-Jouvet dans le 9e arrondissement de Paris. Sa repr\u00e9sentation est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e du prologue <i>Juliette et le Pape <\/i>\u00a0du Marquis de Sade et se termine sur l&rsquo;\u00e9pilogue <i>A un Pape<\/i> de Pier Paolo Pasolini, mis en sc\u00e8ne par Alfred Arias qui joue lui m\u00eame \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Pape.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le prologue, Juliette accepte de s&rsquo;offrir au Pape Pie VI sous trois conditions qu&rsquo;elle expose dans son monologue ainsi que les r\u00e9ponses de Pie VI. On nous r\u00e9v\u00e8le alors que le Pape avait amass\u00e9 quantit\u00e9s de pi\u00e8ces d&rsquo;or : il s&rsquo;agit d&rsquo;une sc\u00e8ne de jugement, de confession et de condamnation du Pape, qui, l&rsquo;air d\u00e9vot, est agenouill\u00e9 les mains jointes et ne dit mot. La (courte) dissertation sur le meurtre conclut, \u00e0 notre grande surprise, sur son caract\u00e8re naturel, puisqu&rsquo;\u00e9tant permis par Dieu : ainsi fonctionne le monde animal. Plus qu&rsquo;antireligieux, ce discours illustre les positions philosophiques os\u00e9es de Sade sur certaines questions. Enfin, Juliette savoure le fruit du p\u00e9ch\u00e9 sur l&rsquo;autel religieux conform\u00e9ment aux termes convenus. L&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de ce prologue d\u00e9j\u00e0 attise la curiosit\u00e9 du spectateur sur la pi\u00e8ce de Genet \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un photographe est charg\u00e9 de prendre en photo \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb &#8211; le pape &#8211; et se trouve nerveux \u00e0 l&rsquo;attitude qu&rsquo;il doit avoir en pr\u00e9sence d&rsquo;Elle. Cette mont\u00e9e en tension se solde finalement par la burlesque arriv\u00e9e du Pape sur sc\u00e8ne en patins \u00e0 roulettes, apr\u00e8s maints atermoiements. En effet, Elle, contre toute attente, n\u2019est ni majestueuse, ni distante, mais profond\u00e9ment triste et seule. Autour de cet acte unique que constitue la pi\u00e8ce, l&rsquo;image que l&rsquo;on a du Pape se trouve d\u00e9mythifi\u00e9e et renouvel\u00e9e : la musique gaie et paisible en fond et le jeu de miroir nous invitent \u00e0 avoir une autre image de ce personnage jadis si lointain, et \u00e0 pr\u00e9sent si proche de nous de par l&rsquo;espace, le temps et l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 &#8211; malgr\u00e9 toutes sortes de fabulations, Elle est apr\u00e8s tout humaine, ce qui d&rsquo;ailleurs facilite la d\u00e9nonciation de la manipulation des masses par une image fixe donc invraisemblable de certaines choses. Cette reconnaissance est rendue possible par loquacit\u00e9 du Pape et celle des autres personnages &#8211; notamment par les \u00ab\u00a0Chants\u00a0\u00bb. Finalement, on ne retient pas grand chose de cette pi\u00e8ce tr\u00e8s br\u00e8ve dont les discours ne semblent n&rsquo;avoir ni queue ni t\u00eate, mais l&rsquo;humour est au rendez-vous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9pilogue constitue la mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;\u00e9pigramme <i>A un pape<\/i> que Pasolini a publi\u00e9 \u00e0 la mort du Pape Pie XII en 1960. Le texte est r\u00e9cit\u00e9 en italien par la com\u00e9dienne Alejandra Radano, les sous-titres fran\u00e7ais \u00e9tant projet\u00e9s en arri\u00e8re plan. Avec sa stature presque militaire, c&rsquo;est l&rsquo;indiff\u00e9rence du Pape face \u00e0 la pauvret\u00e9 urbaine que la com\u00e9dienne d\u00e9nonce avec v\u00e9h\u00e9mence, alors qu&rsquo;il pr\u00eache partout l&rsquo;aide \u00e0 son prochain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fin de compte , <i>Elle<\/i> est toute enti\u00e8re une condamnation du Pape, verbeuse sans manquer de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, autant dans la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 intrigante que dans le discours grave.<i>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/i><\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eveline Su<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e pr\u00e9sente du 7 au 24 mars 2018 la pi\u00e8ce inachev\u00e9e de Genet,\u00a0<i>Elle<\/i>. Mise en sc\u00e8ne par Alfredo Arias, cette pi\u00e8ce aborde la figure papale qui d&rsquo;ordinaire s&rsquo;entoure de myst\u00e8re. Le texte est ainsi pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de\u00a0<i>Juliette et le Pape<\/i>\u00a0du Marquis de Sade et suivi de\u00a0<i>A un Pape<\/i>\u00a0de Pier Paolo Pasolini. La pi\u00e8ce nous entra\u00eene ainsi dans un univers habituellement clos tout en l&rsquo;abordant de fa\u00e7on loufoque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prologue est un morceau qui nous replonge dans le style libertin de Sade, Juliette r\u00e9v\u00e8le au pape qu&rsquo;elle conna\u00eet toutes les atrocit\u00e9s commises par ses\u00a0pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Elle lui intime alors l&rsquo;ordre de c\u00e9l\u00e9brer des messes noires et de pratiquer avec elle la sodomie sur l&rsquo;autel consacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9pilogue appara\u00eet dans toute la puissance de sa v\u00e9h\u00e9mence, le texte est dit dans sa langue originale et est surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais. Il n&rsquo;en est pas moins que la mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e, la com\u00e9dienne se tenant droite devant une toile blanche, permet de transporter toute la puissance du texte. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une adresse au pape Pie XII pour lui rappeler que sous ses fen\u00eatres des hommes et des femmes sont en train de mourir de faim. La pi\u00e8ce s&rsquo;ach\u00e8ve ainsi sur note acerbe abordant une certaine hypocrisie cl\u00e9ricale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre ces deux morceaux s&rsquo;inscrit la pi\u00e8ce de Genet,\u00a0<i>Elle\u00a0<\/i>qui est \u00e0 mi-chemin entre burlesque et travestissement. L&rsquo;intrigue est assez simple, un photographe est mand\u00e9 pour prendre des clich\u00e9s du pape afin de les exporter partout dans le monde. Le texte r\u00e9fl\u00e9chit donc \u00e0 la repr\u00e9sentation, \u00e0 l&rsquo;image. Ce qui frappe le spectateur en premier lieu, c&rsquo;est l&rsquo;illusion d\u00e9velopp\u00e9e autour du genre. En effet, les r\u00f4les d&rsquo;hommes sont jou\u00e9s par des femmes, tandis qu&rsquo;Elle est jou\u00e9e par un homme. Qui est Elle finalement ? Le genre n&rsquo;appara\u00eet plus comme une priorit\u00e9 dans un monde o\u00f9 l&rsquo;humain perd sa mat\u00e9rialit\u00e9, Elle n&rsquo;est que \u00ab\u00a0sa Saintet\u00e9\u00a0\u00bb. Cette obsession de l&rsquo;ic\u00f4ne est ainsi rendue par un projecteur qui renvoie l&rsquo;image du com\u00e9dien sur lui-m\u00eame. Tout l&rsquo;univers cl\u00e9rical est d\u00e9grad\u00e9 pour lui redonner une r\u00e9alit\u00e9. Il retombe dans une certaine culture populaire. Ce pape qui se fait tant atteindre et dont les pas r\u00e9sonnent arrive finalement mont\u00e9 sur patins \u00e0 roulettes. Les trompettes papales ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par une bande-son kitsch d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une t\u00e9l\u00e9commande. L&rsquo;autorit\u00e9 religieuse repr\u00e9sent\u00e9e par le cardinal est \u00e9galement d\u00e9tourn\u00e9e par le truchement d&rsquo;un costume compl\u00e8tement d\u00e9cal\u00e9, celui-l\u00e0 rev\u00eat une ceinture de poissons dor\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de Jos\u00e9phine Baker ainsi que des porte-jarretelles rouges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette mise en sc\u00e8ne permet d&rsquo;inscrire l&rsquo;Eglise comme repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale, sc\u00e8ne d&rsquo;une v\u00e9ritable com\u00e9die humaine.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laura Violette<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<pre>Photographie :\u00a0Laura Lago<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Ath\u00e9n\u00e9e Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet | En savoir plus L&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e est connu pour programmer des spectacles de grands textes des r\u00e9pertoires th\u00e9\u00e2tral et lyrique, avec des mises en sc\u00e8ne innovantes et des cr\u00e9ations contemporaines et ce spectacle, mis en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par Alfredo Arias, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10868,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,9,4],"tags":[],"class_list":["post-11003","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-athenee-theatre-louis-jouvet","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11003","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11003"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11003\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11003"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11003"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}