{"id":11010,"date":"2018-03-20T20:00:20","date_gmt":"2018-03-20T19:00:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11010"},"modified":"2018-03-20T20:00:20","modified_gmt":"2018-03-20T19:00:20","slug":"diner-en-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11010","title":{"rendered":"D\u00eener en ville"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | La Colline &#8211; Th\u00e9\u00e2tre national | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/diner-en-ville\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><em>D\u00eener en ville<\/em>, endroit de construction sociale de Christine Angot\u00a0<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>D\u00eener en ville<\/em> est une nouvelle pi\u00e8ce \u00e9crite par Christine Angot pour le metteur en sc\u00e8ne Richard Brunel, apr\u00e8s l\u2019adaptation sur sc\u00e8ne en 2017 son roman <i>Un amour impossible<\/i>. Le spectacle est mis en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre national de la Colline du 6 mars au 1er avril 2018. C\u2019est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre courte dont la dur\u00e9e est d\u2019environ une heure vingt. Avec des premiers actes \u00abquasi flash\u00bb : l\u2019entretien de C\u00e9cile avec Florence, la dispute de C\u00e9cile avec son copain St\u00e9phane, l\u2019invitation et l\u2019annulation d\u2019un d\u00eener chez Marie, cinq protagonistes se croisent finalement lors d\u2019un d\u00eener chez R\u00e9gis et le d\u00eener commence vraiment d\u00e8s lors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle est repr\u00e9sent\u00e9 dans la salle Petit Th\u00e9\u00e2tre. Les spectateurs aux premiers rangs sont tout proches de la sc\u00e8ne pendant l\u2019entretien avec C\u00e9cile, une c\u00e9l\u00e8bre actrice du th\u00e9\u00e2tre. Avec la projection de lumi\u00e8re sur eux, cela donne une illusion que ces spectateurs dans la salle de th\u00e9\u00e2tre sont en m\u00eame temps ceux de l\u2019entretien. Ayant l\u2019air de chercher une musicalit\u00e9, la repr\u00e9sentation est bien rythm\u00e9e par les dialogues, la musique populaire et la danse. Des rires exag\u00e9r\u00e9s et grin\u00e7ants des personnages surgissant tout au long de la repr\u00e9sentation, et qui suscitent \u00e9galement des rires parmi les spectateurs, cr\u00e9ent une ambiance de dr\u00f4lerie. Cependant, l\u2019effet produit par la musicalit\u00e9 et la dr\u00f4lerie est mis en doute, il att\u00e9nuerait le s\u00e9rieux des sujets abord\u00e9s et d\u00e9r\u00e9aliserait les situations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tension est peu li\u00e9e \u00e0 l\u2019intrigue, mais est surtout produite par une \u00e9motion violente exprim\u00e9e \u00e0 travers les dialogues, les gestes, la diction des acteurs. Dans une certaine mesure, le manque d\u2019intrigue p\u00e2lit toute la pi\u00e8ce et la narration lin\u00e9aire ennuie sans doute les spectateurs. Aucun \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor au sein de la sc\u00e9nographie, sauf le changement de couleur sur la toile de fond. L\u2019espace est form\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de rideaux et d\u2019un syst\u00e8me de cloisons mobiles transparentes. Les espaces transparents servent \u00e0 rompre la narration lin\u00e9aire pr\u00e9c\u00e9dente, les actions et les r\u00e9actions des personnages dans les espaces clos sont simultan\u00e9ment juxtapos\u00e9es devant les spectateurs. Christine Angot peint des portraits incisifs \u00e0 travers l\u2019oralit\u00e9 et l\u2019acuit\u00e9 dans son texte. Derri\u00e8re les \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 haute voix et sous le masque de sociabilit\u00e9, c\u2019est la vacuit\u00e9 de ces d\u00eeners qui se dissimule.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Chenghui Shui<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit d&rsquo;une mise en sc\u00e8ne de <i>D\u00eener en ville<\/i> de Christine Angot par Richard Brunel au th\u00e9\u00e2tre de la Colline. Le d\u00e9cor consiste en un simple rideau et plusieurs grandes vitrines que les acteurs peuvent mouvoir gr\u00e2ce \u00e0 des rails install\u00e9s au sol pour cr\u00e9er des espaces qui \u00e9voquent la terrasse d&rsquo;une maison luxueuse d&rsquo;architecture moderne. Les costumes contemporains facilitent l&rsquo;illusion th\u00e9\u00e2trale d&rsquo;une soir\u00e9e entre des gens ais\u00e9s et proches du milieu artistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les probl\u00e8mes des gens au premier monde peuvent parfois sembler futiles, mais ce sont quand m\u00eame des probl\u00e8mes. Dans un univers satur\u00e9 d&rsquo;\u00e9go\u00efsme narcissique o\u00f9 r\u00e8gne l&rsquo;insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre chacun est son plus grand ennemi et rien ne suffit \u00e0 l&rsquo;intarissable envie de sentir et de vivre encore plus. Tout donne mati\u00e8re \u00e0 des plaintes, des craintes, des complexes : les boutons dans le dos du petit copain, l&rsquo;angoisse de d\u00e9plaire, la peur de voir l&rsquo;image flatteuse que l&rsquo;on projette de soi voler en \u00e9clats, la n\u00e9cessit\u00e9 intransigeante d&rsquo;en projeter une, le fait d&rsquo;\u00eatre ainsi \u00e0 la merci d&rsquo;autrui, la politesse forc\u00e9e. On s&rsquo;amuse m\u00eame si on a d\u00e9j\u00e0 un peu marre de s&rsquo;amuser. La soci\u00e9t\u00e9 dont Christine Angot nous pr\u00e9sente dans <i>Diner en ville<\/i> un \u00e9chantillon caricatural est referm\u00e9e sur elle-m\u00eame. Certes, on per\u00e7oit vaguement les probl\u00e8mes dont on sait qu&rsquo;ils existent. Ils sont l\u00e0 quelque part. Ils s&rsquo;amorcent, se reproduisent et envahissent notre zone de confort. Mais est-ce vraiment \u00e0 nous de nous en occuper ? Apr\u00e8s tout on y est pour rien et on fait d\u00e9j\u00e0 de son mieux. Le d\u00e9cor \u00e9tant tr\u00e8s sobre, le spectateur peut et doit se concentrer sur les personnages et sur les rapports entre eux. Se met en place une constellation de dominations sournoises et de r\u00e9sistances ouvertes dans laquelle est en jeu une hi\u00e9rarchie tacite qui r\u00e9git le comportement des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christine Angot est, sans doute, avec entre autres \u00c9douard Louis l&rsquo;une des auteurs que l&rsquo;on pourrait qualifier d&rsquo;hyperr\u00e9alistes. \u00ab Que l&rsquo;on sente les personnages respirer ! \u00bb exprime son id\u00e9al artistique auquel elle se montre fid\u00e8le dans ses romans, souvent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s. Or dans <i>Diner en ville<\/i> ce r\u00e9alisme ne choque pas, si ce n&rsquo;est par l&rsquo;ennui qu&rsquo;il inspire. L&rsquo;anti-aristot\u00e9lisme pouss\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, la pi\u00e8ce para\u00eet amorphe et laisse le spectateur d\u00e9sempar\u00e9. Au lieu de faire du d\u00e9faut un atout et de remplacer le sch\u00e9ma dramatique convenu par des formes innovatrices et surprenantes, <i>Diner en ville<\/i> commence et finit sans structure interne aucune. On est loin des pi\u00e8ces d&rsquo;une Yasmina Reza qui sont remplies de p\u00e9rip\u00e9ties et de retournements internes et qui, de ce fait, pr\u00e9sentent au spectateur un r\u00e9servoir de signes qu&rsquo;il est libre de combiner entre eux. Ici, tout est aussi superficiel que les caract\u00e8res des personnages. On pourrait citer \u00e0 titre d&rsquo;exemple l&rsquo;altercation par laquelle se termine l&rsquo;action. Celle-ci ne se pr\u00e9sente pas comme l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un d\u00e9veloppement, mais reste profond\u00e9ment impr\u00e9vue et incompr\u00e9hensible. Ce qui reste est un go\u00fbt amer et un sentiment cafardeux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Leonhard Manfred Brauer<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le d\u00eener (de cons?)<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>D\u00eener en ville <\/i>semblait avoir tout pour me plaire: des personnages souvent dr\u00f4les, attendrissants et sinc\u00e8res sur fond de lutte des classes, une tr\u00e8s belle sc\u00e9nographie (les d\u00e9placements des panneaux amovibles fa\u00e7on baie vitr\u00e9e\/\u00e9cran japonais et la mise en lumi\u00e8re des acteurs sont remarquables) ainsi qu&rsquo;une jolie bande-son. Le texte de Christine Angot mis en sc\u00e8ne par Richard Brunel et la pr\u00e9sence d&rsquo;Emmanuelle Bercot \u00e9taient tout aussi attrayants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je garde pourtant un impression mitig\u00e9e de cette pi\u00e8ce. Malgr\u00e9 des dialogues pouvant \u00eatre incisifs et fins et une intrigue convaincante, le tout sonne creux, et c&rsquo;est bien dommage. L&rsquo;intrigue du d\u00eener est toujours prometteuse: on peut penser au <i>D\u00eener de cons <\/i>ou au <i>Pr\u00e9nom<\/i>, pi\u00e8ces \u00e0 succ\u00e8s adapt\u00e9es au cin\u00e9ma. Mais ici la subversion est bien timide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On d\u00e9couvre ainsi C\u00e9cile, une com\u00e9dienne renomm\u00e9e vaniteuse et son ami martiniquais ing\u00e9nieur son au ch\u00f4mage, d\u00e9sabus\u00e9 par le racisme ordinaire dont il souffre. Viennent ensuite s&rsquo;intercaler dans leur couple fragile, o\u00f9 l&rsquo;incommunicabilit\u00e9 est flagrante, le meilleur ami homosexuel de C\u00e9cile qui aime animer des d\u00eeners mondains, et deux invit\u00e9es CSP+ qui se veulent engag\u00e9es socialement mais qui sont en fait bien na\u00efves face au monde qui les entoure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le papier c&rsquo;est parlant. Mais sur sc\u00e8ne les personnages \u00abclich\u00e9s\u00bb ne se d\u00e9font pas de l&rsquo;image qui leur colle \u00e0 la peau. On fr\u00f4le le risible et l&rsquo;ennui (je ne me rappelle m\u00eame plus comment la pi\u00e8ce se finit) en un peu plus d&rsquo;une heure. Christine Angot a beau se moquer du th\u00e8me choisi (\u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb) pour les cadeaux que les convives s&rsquo;\u00e9changeront \u00e0 la fin du d\u00eener, ses personnages et leurs revendications le sont tout autant. Ceux-ci ont beau d\u00e9battre sur l&rsquo;amour, la racisme, la mixit\u00e9 sociale, et les privil\u00e8ges, les d\u00e9bats sont finalement peu houleux alors qu&rsquo;ils auraient lieu de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tr\u00e8s bonne id\u00e9e de cette pi\u00e8ce est finalement de mettre en opposition ce couple mixte, objet de d\u00e9sir dans ce monde aseptis\u00e9 d&rsquo;une certaine \u00ab\u00e9lite\u00bb fran\u00e7aise. Tous deux fascinent les convives du d\u00eener par leur diff\u00e9rence. Tandis que l&rsquo;homme a pour lui beaut\u00e9, couleur de peau et classe sociale diff\u00e9rente, la femme subjugue par sa renomm\u00e9e et son talent de com\u00e9dienne, c&rsquo;est \u00e0 dire sa capacit\u00e9 \u00e0 endosser diff\u00e9rents r\u00f4les (et comme elle le dit, sa facilit\u00e9 \u00e0 appartenir \u00e0 plusieurs milieux sociaux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre mise en sc\u00e8ne et d&rsquo;autres com\u00e9diens peut-\u00eatre plus convaincants seraient pour moi n\u00e9cessaires afin de combler un manque&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">H\u00e9l\u00e8ne Chaland<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christine Angot et Richard Brunel nous livrent une pi\u00e8ce pol\u00e9mique dans l&rsquo;\u00e8re du temps. En reprenant un th\u00e8me classique du th\u00e9\u00e2tre moderne, le d\u00eener. Le temps d&rsquo;une soir\u00e9e, C\u00e9cile, grande actrice de th\u00e9\u00e2tre, et St\u00e9phane, son petit ami noir, se retrouvent invit\u00e9s \u00e0 la table d&rsquo;un intellectuel insupportable, passionn\u00e9 d&rsquo;art contemporain. Florence, directrice d&rsquo;une salle de spectacle dans une banlieue dite \u00ab\u00a0chaude\u00a0\u00bb et Marie, m\u00e9decin de retour d&rsquo;un s\u00e9minaire en Allemagne, sont aussi de la partie. Le r\u00e9sultat est plut\u00f4t explosif, et parle au spectateur dans la mesure o\u00f9 tout le monde a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu ce genre de situation interminable o\u00f9 tout le monde s&rsquo;aime et se d\u00e9teste \u00e0 la fois. Christine Angot incite \u00e0 une belle r\u00e9flexion sur la parole, sur la tol\u00e9rance. La parole de chacun et chacune est prise en compte, \u00e9cout\u00e9e\u00a0; mais m\u00eame dans un monde o\u00f9 se pr\u00f4ne la tol\u00e9rance et le respect, les personnalit\u00e9s sont diff\u00e9rentes et les pr\u00e9jug\u00e9s sont tenaces. De mani\u00e8re dommageable, certains personnages pour soutenir les propos sont caricatur\u00e9s. Beaucoup de sujets sont abord\u00e9s, peut-\u00eatre un peu trop. Une des phrases de la brochure insiste sur le fait que la violence commence d\u00e8s qu&rsquo;on sort de chez soi, mais la violence est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente partout, tout le temps, m\u00eame dans l&rsquo;intimit\u00e9.\u00a0La mise en sc\u00e8ne tout en sobri\u00e9t\u00e9, avec de grandes baies vitr\u00e9es qui permettent un d\u00e9coupage de l&rsquo;espace facilite la lisibilit\u00e9 des interactions entre les personnages. Emmanuelle Bercot et Djibril Pavad\u00e9, qui jouent le couple invit\u00e9, donnent un souffle particulier \u00e0 la pi\u00e8ce et la rendent moins pesante. Entre tous les th\u00e8mes abord\u00e9s, on s&rsquo;y perd parfois un peu : r\u00e9flexion sur le racisme, la discrimination positive, les relations parent-enfant dans une famille recompos\u00e9e, le couple mixte. Cela occasionne des longueurs comme si on avait voulu insister sur certains aspects, la frivolit\u00e9, la n\u00e9cessaire remise en question, or sans forcer le trait le spectateur a d\u00e9j\u00e0 appr\u00e9hend\u00e9 les th\u00e8mes pol\u00e9miques mis en c\u0153ur du questionnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00eener en ville reste une belle pi\u00e8ce qui fait appara\u00eetre la frivolit\u00e9 des d\u00eeners mondains, o\u00f9 m\u00eame la parenth\u00e8se d&rsquo;une soir\u00e9e ne fait pas dispara\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Geoffray<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les com\u00e9diens du Th\u00e9\u00e2tre national de la Colline jouent du 14 mars au 12 avril 2018 la pi\u00e8ce <em>D\u00eener en ville<\/em>\u00a0d&rsquo;apr\u00e8s un texte de Christine Angot et une mise en sc\u00e8ne de Richard Brunel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne, les cinq personnages forment une constellation int\u00e9ressante, bien que chacun d&rsquo;entre eux fonctionne avec un lot de clich\u00e9s et de pr\u00e9jug\u00e9s attribu\u00e9s arbitrairement : une m\u00e9decin perdue dans ses relations familiales, une actrice \u00e0 succ\u00e8s confront\u00e9e \u00e0 la jalousie et aux opportunistes, son compagnon qui doit faire face aux remarques racistes, un cr\u00e9ateur de mode homosexuel un peu r\u00eaveur et une charg\u00e9e de projets investie dans le monde culturel. Tous, \u00e0 leur fa\u00e7on, sont \u00e9loign\u00e9s des r\u00e9alit\u00e9s. Parfois leurs prises de parole fr\u00f4lent le discours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. Pourtant, souvent, le ton est juste et le propos fait rire, le texte de Christine Angot se pr\u00eate bien \u00e0 la sc\u00e8ne. Emmanuelle\u00a0Bercot offre une interpr\u00e9tation plaisante, juste et convaincante de son r\u00f4le de personnage principal !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;am\u00e9nagement spatial de la sc\u00e8ne est dynamique et multi-fonctionnel. Un grand loft, a\u00e9rien, aux baies vitr\u00e9es mobiles, qui sont tir\u00e9es et pouss\u00e9es pour r\u00e9am\u00e9nager l&rsquo;espace, de grands pans de rideaux blancs : un d\u00e9cor contemporain et spacieux. Cette configuration offre la possibilit\u00e9 pour les com\u00e9diens d&rsquo;explorer divers jeux de regard et d&rsquo;observations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est dynamique gr\u00e2ce \u00e0 une succession de sc\u00e8nettes collectives et de monologues. Les discussions sont anim\u00e9es, m\u00eame si l&rsquo;argument montre parfois une faiblesse, un manque de pertinence. Les \u00e9changes d&rsquo;opinions font rage et captivent le spectateur, car chacun se reconnait, partage une part de r\u00e9flexion personnelle avec le personnage, ou du moins reconnait un \u00ab\u00a0type\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des questions de soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement actuelles sont soulev\u00e9es dans le cadre (d\u00e9)complex\u00e9 d&rsquo;une soir\u00e9e (plut\u00f4t que d\u00eener) entre amis (ou connaissances&#8230;).<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Boschen<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est difficile de parler de ce spectacle, sans commenter le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab\u00a0Christine Angot\u00a0\u00bb. Cette auteure s&rsquo;est faite conna\u00eetre publiquement par ses interventions coup de poing dans l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0On n&rsquo;est pas couch\u00e9\u00a0\u00bb de Laurent Ruquier. Cette commande du Th\u00e9\u00e2tre de la Colline est donc une cristallisation de sa pens\u00e9e. Elle use du plateau comme une tribune \u00e0 travers l&rsquo;histoire d&rsquo;un d\u00eener mondain dans le monde artistique parisien. On oublie tr\u00e8s vite la sc\u00e9nographie faite de grandes vitres mises sur des rails qui traduit l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;une grandeur intellectuelle. \u00c0 certains moments les d\u00e9placements de ces portes vitr\u00e9es cr\u00e9ent des trapes pour les personnages qui sont oblig\u00e9s de discuter. Ainsi la situation qui n&rsquo;est qu&rsquo;un cadre artificiel pour fixer le caract\u00e8re des personnages et leurs relations. On est pris par l&rsquo;investissement des com\u00e9diens. Ils les rendent empathiques malgr\u00e9 leurs propos parfois arrogants ou niais. On s&rsquo;attache beaucoup au personnage d&rsquo;Antoine, un vieux styliste gay. C&rsquo;est chez lui que se passe la soir\u00e9e, donc il est le personnage angulaire. Le public le suit dans ses discussions avec les autres personnages. Il r\u00e9insuffle de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, sans \u00eatre clich\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un journaliste en d\u00e9bat. Le jeu des com\u00e9diens et l&rsquo;\u00e9criture percurtante mais en finesse d&rsquo;Angot instituent une curiosit\u00e9 chez le spectateur. M\u00eame quand on ne connait pas les r\u00e9flexions d&rsquo;Angot, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de r\u00e9agir, commenter les discours des com\u00e9diens sur le th\u00e9\u00e2tre, les pr\u00e9sidentielles, la sph\u00e8re intellectuelle. On peut lui attribuer le m\u00e9rite d&rsquo;avoir \u00e9crit une pi\u00e8ce d\u2019interaction.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Said Heniau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;on va au th\u00e9\u00e2tre &#8211; une pens\u00e9e assez remarquable qui surgissait d&rsquo;un coup pendant ce spectacle. Alors &#8211; pour quoi?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous faire penser. Le th\u00e9\u00e2tre et sa dimension politique, le th\u00e9\u00e2tre et sa dimension critique : Avec plein de clins d&rsquo;\u0153il, les \u00ab\u00a0evergreens\u00a0\u00bb du discours public actuel sont abord\u00e9s, l\u2019un apr\u00e8s l&rsquo;autre : On commence avec la question de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 &#8211; une fameuse actrice est interview\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre (attention\u00a0m\u00e9tar\u00e9flexion\u00a0!) &#8211; et on avance avec des questions de racisme , de l&rsquo;homosexualit\u00e9, des carri\u00e8res r\u00e9ussies, des familles recompos\u00e9es, des maladies mortelles&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 travers des r\u00e9pliques et des gestes qui semblent, dans leur ensemble, bien outranciers, on se demande quand m\u00eame si ce n&rsquo;est pas exactement comme \u00e7a que l&rsquo;on parle, soi-m\u00eame aussi, en r\u00e9alit\u00e9. Une question qui revient le long du spectacle, pendant les sc\u00e8nes montrant la vie du couple ainsi que ceux qui rassemblent toutes sortes des personnages \u00e0 une f\u00eate qui chatoie de d\u00e9sastreux malentendus et des volont\u00e9s cach\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une mise en sc\u00e8ne du pur quotidien dans le cadre magique du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: sorti de son halo habituel et jet\u00e9 dans les m\u00e9andres de la r\u00e9flexion, tout en gardant un ton comique, il permet de remettre en question soi-m\u00eame aussi\u00a0: Oui, c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;on va au th\u00e9\u00e2tre. Et pour les fameuses questions qu&rsquo;on peut se poser apr\u00e8s. &#8211; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est, une grande actrice\u00a0? Qui re\u00e7oit de l&rsquo;honneur, de statuts, de traitement sp\u00e9cial, et pour quoi\u00a0? Comment parle-t-on de sa vie, comment se repr\u00e9sente-t-on dans notre soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Comment cherche-t-on \u00e0 para\u00eetre aux autres, quelles volont\u00e9s secrets se cachent derri\u00e8res nos actes et nos paroles, derri\u00e8re nos platitudes et nos formules de politesse\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une com\u00e9die \u00e0 l&rsquo;air du temps dans un d\u00e9cor chic et moderne, accompagn\u00e9 par des pi\u00e8ces de musique qui sont diffus\u00e9es apr\u00e8s que le ma\u00eetre de la f\u00eate tape dans ses mains. Une com\u00e9die qui met le doigt sur des grandes questions de notre soci\u00e9t\u00e9 de bien-\u00eatre. Une com\u00e9die jou\u00e9e par des acteurs qui r\u00e9ussissent \u00e0 repr\u00e9senter l&rsquo;\u00eatre humain dans sa puret\u00e9\u00a0: une com\u00e9die qui convainc et qui sera fortement applaudie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sara Maria Rammer<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<pre>Photographie :\u00a0Jean-Louis Fernandez<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | La Colline &#8211; Th\u00e9\u00e2tre national | En savoir plus D\u00eener en ville, endroit de construction sociale de Christine Angot\u00a0 D\u00eener en ville est une nouvelle pi\u00e8ce \u00e9crite par Christine Angot pour le metteur en sc\u00e8ne Richard Brunel, apr\u00e8s l\u2019adaptation sur sc\u00e8ne en 2017 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10869,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,19,4],"tags":[],"class_list":["post-11010","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-la-colline","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11010","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11010"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11010\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11010"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11010"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11010"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}