{"id":11071,"date":"2018-03-27T20:00:17","date_gmt":"2018-03-27T18:00:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11071"},"modified":"2018-03-27T20:00:17","modified_gmt":"2018-03-27T18:00:17","slug":"tchaikovski-jordan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11071","title":{"rendered":"Tcha\u00efkovski &#8211; Jordan"},"content":{"rendered":"<p>Concert symphonique | Philharmonie de Paris | <a href=\"https:\/\/philharmoniedeparis.fr\/fr\/activite\/concert-symphonique\/18214-tchaikovski-jordan\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 27 mars, Philippe Jordan dirige les symphonies n\u00b02 et n\u00b04 de Tcha\u00efkovski au Philharmonie de Paris &#8211; dans le grand auditorium Pierre Boulez \u00e0 l&rsquo;acoustique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la musique symphonique et dot\u00e9e de gradins enveloppants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon les mots du chef d&rsquo;orchestre dans le livret, le rapprochement des deux \u0153uvres se justifie par la proximit\u00e9 temporelle de leurs \u00e9critures (1878 pour la quatri\u00e8me, 1879 pour la r\u00e9\u00e9criture de la deuxi\u00e8me) et pour \u00ab\u00a0leurs qualit\u00e9s de jalons\u00a0\u00bb dans l&rsquo;ensemble des six symphonies compos\u00e9es par Tcha\u00efkovski. Outre ces qualit\u00e9s, la mise en miroir des symphonies n\u00b02 et n\u00b04 se justifie par un contraste dans l&rsquo;\u00e9criture qui fait de leur r\u00e9union dans une m\u00eame soir\u00e9e une exp\u00e9rience fertile et poignante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me s&rsquo;inspire d&rsquo;airs folkloriques ukrainiens pour trois de ses quatre mouvements &#8211; \u00e0 l&rsquo;origine de son surnom de symphonie \u00ab\u00a0Petite-Russienne \u00bb (Surnom donn\u00e9 par les russes \u00e0 l&rsquo;Ukraine jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, au grand regret des ukrainiens). Depuis l&rsquo;ouverture du premier mouvement par un long solo de cor jusqu&rsquo;au final qui reprend dans un jeu de r\u00e9p\u00e9titions et de variations le th\u00e8me populaire <i>La Grue<\/i>, la deuxi\u00e8me symphonie est dans son entier insouciante, enjou\u00e9e et raffin\u00e9e de sursauts orchestraux et de variations harmoniques dynamiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s l&rsquo;entracte, l&rsquo;arriv\u00e9e de la quatri\u00e8me symphonie dans les oreilles du public alangui par du champagne au prix prohibitif, le saisit d&rsquo;\u00e9tonnement. Le contexte d&rsquo;\u00e9criture en est radicalement diff\u00e9rent. Tcha\u00efkovski y exprime le m\u00e9lange des \u00ab\u00a0des joies simples, mais profondes\u00a0\u00bb et d&rsquo;un d\u00e9sespoir accablant. En 1877, Tcha\u00efkovski, homosexuel, \u00e9pouse Antonia Ivanovna avant de se s\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;amiable neuf semaines plus tard. Passablement angoiss\u00e9 et d\u00e9prim\u00e9, le compositeur fait du <i>fatum <\/i>&#8211; selon ses mots \u00ab\u00a0la force fatale qui emp\u00eache notre d\u00e9sir de se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb &#8211; l&rsquo;id\u00e9e principale de la symphonie. Les cors <i>fortissimo <\/i>de l&rsquo;ouverture du premier mouvement\u00a0en font \u00e9galement le th\u00e8me introductif, tandis que le hautbois qui se d\u00e9tache dans le deuxi\u00e8me mouvement \u00a0exprime \u00ab\u00a0le sentiment m\u00e9lancolique qui appara\u00eet le soir, lorsque nous sommes assis tout seul, fatigu\u00e9 de travailler, que nous prenons un livre, mais qu&rsquo;il nous tombe des mains\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chef d&rsquo;orchestre Philippe Jordan, qui s&rsquo;est fait applaudir comme un gros g\u00e2teau de mariage (avec entrain) &#8211; et dont la carri\u00e8re est aussi riche que ledit g\u00e2teau, malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge\u00a0: directeur musical de l&rsquo;Op\u00e9ra national de Paris depuis 2009, Directeur musical du Wiener Symphoniker depuis 2014, futur directeur du Wiener Staatsoper \u00e0 partir de 2020, ayant dirig\u00e9 les formations les plus prestigieuses, etc. &#8211; a \u00e9bahi la salle et moi avec. D&rsquo;un doigt\u00e9 infiniment coulant et d\u00e9licat dans les moments r\u00eaveurs, d&rsquo;aucuns lui ont cependant reproch\u00e9 un restant de froideur dans les moments les plus denses et exalt\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le dernier mot doit \u00eatre pour tous les musiciens de l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra &#8211; qui devraient m\u00e9riter plus de louange qu&rsquo;un seul homme derri\u00e8re un b\u00e2tonnet. Le critique musical Alain Lompech les flatte d&rsquo;une \u00ab\u00a0virtuosit\u00e9 collective [qui] laisse pantois\u00a0\u00bb. C&rsquo;est vrai. D&rsquo;autant que ces deux symphonies viennent tout juste d&rsquo;entrer \u00e0 leur r\u00e9pertoire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathieu Farizier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;heure est aux marathons. De s\u00e9ries, de films, de musique. C&rsquo;est ce que propose Philippe Jordan \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra national de Paris: en trois concerts donn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille et \u00e0 la Philharmonie de Paris, il propose chaque fois de mettre en regard deux symphonies de Tcha\u00efkovsky, l&rsquo;une de \u00ab\u00a0<i>jeunesse<\/i>\u00a0\u00bb et l&rsquo;autre plus \u00ab\u00a0<i>tardive<\/i>\u00a0\u00bb. J&rsquo;utilise volontairement ici les guillemets, car le 27 mars dernier dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie, seules cinq ann\u00e9es s\u00e9parent les deux symphonies choisies: la deuxi\u00e8me en ut mineur, dite\u00a0<i>Petite-Russienne,<\/i> et la quatri\u00e8me en fa mineur qui ouvre ses symphonies dite du <i>Destin<\/i>. On devine pourtant qu&rsquo;une rupture a eu lieu, malgr\u00e9 une parent\u00e9 \u00e9vidente qui justifie le rapprochement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a un c\u00f4t\u00e9 magique lorsque retentit l&rsquo;accord de l&rsquo;orchestre. Sol, r\u00e9, la, mi, et les cordes en jouent. Le silence qui suit ce rituel vital en est d&rsquo;autant plus marquant. Le chef arrive sous un tonnerre d&rsquo;applaudissements, rapidement \u00e9touff\u00e9 lorsque se l\u00e8ve la mince baguette blanche. Le concert d\u00e9marre bien vite par la <i>Symphonie N\u00b02<\/i>, le temps des applaudissements viendra plus tard. Apr\u00e8s l&rsquo;accord inaugural, le cor en fa s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, avec ce son rond si caract\u00e9ristique. Et avec lui, c&rsquo;est toute cette fameuse \u00ab\u00a0\u00e2me russe\u00a0\u00bb qui s&rsquo;\u00e9veille. La <i>Petite Russienne<\/i> porte bien son nom tant elle \u00e9voque les \u00e9crits de Tolsto\u00ef qui datent de la m\u00eame \u00e9poque. On croirait voir Natacha Rostov d\u00e9ambuler dans la steppe en songeant \u00e0 Andre\u00ef Bolkonsky. Les mouvements suivant ne d\u00e9mentent pas cette premi\u00e8re impression, mais le chef d&rsquo;orchestre nous oriente maintenant vers les f\u00eates et danses populaires que la partition du compositeur sugg\u00e8re en reprenant des airs traditionnels ukrainiens. Le final, toujours plus enlev\u00e9, retentit, scand\u00e9 par les percussions enflamm\u00e9es. Les applaudissements ne se font pas attendre, couvrant les multiples \u00e9ternuements, reniflements et autres borborygmes qui semblent myst\u00e9rieusement saisir les auditeurs de ce genre de manifestation au moindre moment de silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;entracte marque un changement de ton profond. Si la partition des cuivres marquent une continuit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9criture du compositeur, nous sommes bien face \u00e0 ce <i>fatum<\/i> voulu par Tcha\u00efkovsky et qui cl\u00f4t de mani\u00e8re symbolique ce qui a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par Beethoven en 1808 au moment de la cr\u00e9ation de sa Symphonie N\u00b05, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0<i>Symphonie du Destin<\/i>\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9criture est ici plus tourment\u00e9. Plus de danse joyeuse et folklorique, le th\u00e8me des cuivres qui symbolise cette inexorabilit\u00e9 du destin revient comme un leitmotiv tout au long de l&rsquo;oeuvre et la modulation finale en majeur elle-m\u00eame ne parviendra pas \u00e0 dissiper ce vertige de l&rsquo;existence typiquement romantique que le compositeur russe nous transmet. Face \u00e0 cette force, Philippe Jordan parvient \u00e0 guider son orchestre jusqu&rsquo;\u00e0 ce point qui est la marque d&rsquo;une bonne direction, de voir les musiciens se mouvoir et respirer d&rsquo;un seul chef, se penchant tous ensemble comme un seul homme, impression qui n&rsquo;\u00e9clatera qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9cho final. Le public ne s&rsquo;y trompera pas, rappelant le maestro \u00e0 de nombreuses reprises.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pauline Beau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le portrait intime d&rsquo;un homme tourment\u00e9 entre joie et fatum qui nous est dress\u00e9 sous la baguette de Philippe Jordan \u00e0 la Philharmonie de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au programme, deux d\u00e9licieuses symphonies. Il s&rsquo;agissait pourtant des moins connues : la deuxi\u00e8me et la quatri\u00e8me. Par cons\u00e9quent, une nouvelle approche qui permet de red\u00e9couvrir le compositeur sous un nouvel air.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nature tourment\u00e9e du compositeur l&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 se r\u00e9fugier dans ses voyages, ce qui aura un v\u00e9ritable impact sur ses musiques. La vari\u00e9t\u00e9 des palettes m\u00e9lodiques empreintes des chants folkloriques transporte litt\u00e9ralement le public vers les contr\u00e9es rustiques et recul\u00e9es de la Russie. Une musique tr\u00e8s imag\u00e9e nous exposant tout un univers majestueux, \u00e9loquent et nostalgique. Ceci est d&rsquo;autant plus soulign\u00e9 par l&rsquo;\u00e9quipement acoustique de haute qualit\u00e9 du lieu qui enveloppe le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux symphonies se rapprochent sur plusieurs points. D&rsquo;un cot\u00e9, elles nous donnent \u00e0 entendre une richesse de motifs m\u00e9lodiques qui se succ\u00e8dent par une large utilisation des cors, fl\u00fbtes, violoncelles et violons. Chaque d\u00e9tails est un travail d&rsquo;orf\u00e8vre, en ce sens o\u00f9, malgr\u00e9 la pr\u00e9dominance de certains instruments, le reste de l&rsquo;orchestre ajoute un brin d&rsquo;ingr\u00e9dients savoureux et color\u00e9 \u00e0 l&rsquo;harmonie et qui plus est, dans la plus grande discr\u00e9tion. Il y a dans cette composition, un all\u00e8gement des textures gr\u00e2ce aux bois et au cors qui viennent adoucir la masse orchestrale. L&rsquo;ensemble est d&rsquo;une douceur incontestable pour le dire autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cons\u00e9quence, la performance fait chanceler le public entre un sentiment d&rsquo;incertitude et d&rsquo;angoisse vers un sentiment stable de gaiet\u00e9 et d&rsquo;\u00e9quilibre, typique du caract\u00e8re du compositeur, redoutant ce destin qui ne cesse de le menacer. Dans le cas de la quatri\u00e8me symphonie, l&rsquo;ouverture expose l&rsquo;id\u00e9e principale du th\u00e8me : la force de la fatalit\u00e9, jou\u00e9e par le timbre raisonnant et puissant des cuivres. Cette pr\u00e9pond\u00e9rance sonore \u00e9touffante illustre l&#8217;emp\u00eachement qu&rsquo;inflige l&rsquo;oracle d&rsquo;atteindre la joie. Il est l\u00e0, il r\u00e9sonne dans le vide, telle l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s. La musique alors se tait, joue en catimini dans une d\u00e9marche floue sous la pesanteur et la soumission. Cela s&rsquo;encha\u00eene ensuite par une puissance \u00e9motionnelle qui ne cesse de grandir, qui semble trouver une \u00e9chappatoire avant d&rsquo;\u00e9merger de nulle part vers la f\u00e9licit\u00e9 et la b\u00e9atitude. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, s&rsquo;engage un combat tumultueux entre ce poids de la destin\u00e9e qui resurgit des profondeurs pour an\u00e9antir d&rsquo;un coup de cymbale les r\u00eaveries du spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est en cela que l&rsquo;oeuvre de Tcha\u00efkovski parait bouleversante. En effet, l&rsquo;oeuvre n&rsquo;est que manifestation d&rsquo;une \u00e9motion qui tisse le lien d&rsquo;une sensibilit\u00e9 subjective entre le public et l&rsquo;individualit\u00e9 du compositeur. Nous sommes nez \u00e0 nez dans une confession intime avec l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un grand merci aux musiciens de l&rsquo;orchestre de Paris pour leur v\u00e9ritable talent, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des passages en pizzicato, aux gracieuses lignes m\u00e9lodiques des cordes et \u00e0 la puissance percutante des cuivres. L&rsquo;ensemble forme une v\u00e9ritable communion, que le public n&rsquo;a pas manqu\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9cier. Preuve en est, les 6 rappels du public lorsqu&rsquo;ils ont acclam\u00e9 le chef d&rsquo;orchestre pendant les applaudissements !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elona Prime<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 27 mars 2018 avait lieu \u00e0 la Philharmonie de Paris un concert de musique classique visant \u00e0 nous pr\u00e9senter les symphonies n\u00b0 2 et n\u00b04 de Piotr Ilyitch Tcha\u00efkovski. Le tout \u00e9tait jou\u00e9 par l&rsquo;orchestre de l&rsquo;op\u00e9ra national de Paris, sous la direction de Philippe Jordan. Deux heures durant, nous avons pu \u00e9couter ces deux symphonies, chacune compos\u00e9e de quatre mouvements\u00a0; les yeux riv\u00e9s sur l&rsquo;orchestre. Plac\u00e9 au centre de la Grande salle Pierre Boulez, ce dernier nous permet de suivre la progression des diff\u00e9rents mouvements, nous faisant oublier la notion du temps. L&rsquo;ensemble servi dans un \u00e9crin \u00e0 l&rsquo;acoustique sans pareille nous permet d&rsquo;appr\u00e9cier d&rsquo;autant plus l&rsquo;\u0153uvre du compositeur russe. L&rsquo;aspect modulable de la salle et la r\u00e9partition des spectateurs mettent r\u00e9ellement en valeur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;orchestre et des instruments pr\u00e9sents\u00a0; \u00e0 nouveau, la musique reste l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central et le seul point de focalisation du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc dans cet espace qu&rsquo;\u00e9voluent les diff\u00e9rents instruments, tous r\u00e9partis selon l&rsquo;organisation d&rsquo;un orchestre symphonique traditionnel (avec une place privil\u00e9gi\u00e9e donn\u00e9e aux instruments \u00e0 cordes tels que les violons, violoncelles et violons altos). La sobri\u00e9t\u00e9 du lieu et des musiciens permet \u00e9galement une r\u00e9elle concentration sur le mouvement donn\u00e9 \u00e0 la musique lorsque celle-ci est jou\u00e9e. La synchronisation de tout l&rsquo;orchestre est donc un r\u00e9gal pour la vue, l\u00e0 o\u00f9 la musique l&rsquo;est pour l&rsquo;ou\u00efe. Le tout r\u00e9uni offre une condition d&rsquo;\u00e9coute exceptionnelle pour tous les spectateurs de la salle. La musique classique nous apparait alors de mani\u00e8re diff\u00e9rente, tant\u00f4t r\u00e9elle (de par la pr\u00e9sence de l&rsquo;orchestre) et tant\u00f4t irr\u00e9elle (les deux heures de concert passent tr\u00e8s rapidement).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Philippe Jordan r\u00e9ussit donc le pari qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9\u00a0: nous pr\u00e9senter des \u0153uvres, parfois m\u00e9connues, du c\u00e9l\u00e8bre compositeur russe et nous les faire appr\u00e9cier. C&rsquo;est un spectacle accessible \u00e0 toute la famille. La musique de Tcha\u00efkovski nous touche, nous divertie. C&rsquo;\u00e9tait un beau moment de grande musique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9oph\u00e9e Vasseur<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mardi 27 mars, gr\u00e2ce au Service Culturel de la Sorbonne, j&rsquo;ai eu l&rsquo;incroyable possibilit\u00e9 de me rendre \u00e0 la Philharmonie de Paris pour assister \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement unique, \u00e7a veut dire, la repr\u00e9sentation de six symphonies du c\u00e9l\u00e8bre compositeur russe Piotr Ilyitch Tcha\u00efkovski.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cadre du concert \u00e9tait tr\u00e8s suggestif, j&rsquo;aime beaucoup la Philharmonie du parc de la Villette, avec sa fusion entre les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;architecture classique et moderne qui me rappelle un peu le Centre Pompidou. J&rsquo;avais beaucoup d&rsquo;attentes par rapport \u00e0 ce spectacle ; je joue Tcha\u00efkovski depuis l&rsquo;enfance, et je l&rsquo;appr\u00e9ciais de plus en plus en grandissant, avec le d\u00e9veloppement de mes instruments de critique \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Ses divergences et exp\u00e9rimentations me fascinaient, mais \u00e9galement sa capacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer dans le mouvement de la musique romantique europ\u00e9enne tout en restant fid\u00e8le aux traditions de la musique populaire traditionnelle de son pays, autrement dit la Russie. Le concert a commenc\u00e9 en parfait horaire. Les musiciens de l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris ont pris leur places rapidement, Philippe Jordan, le directeur musical, est soudain entr\u00e9 dans la salle, et finalement, apr\u00e8s une prompte r\u00e9v\u00e9rence de tous les musiciens, la musique a commenc\u00e9. L&rsquo;atmosph\u00e8re dans la salle \u00e9tait suspendue, on avait l&rsquo;impression que le temps s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 : l&rsquo;ex\u00e9cution fut tout simplement sublime. Les musiciens de l&rsquo;Orchestre \u00e9taient si parfaitement synchronis\u00e9s, qu&rsquo;on aurait dit qu&rsquo;ils formaient un seul instrument, magistralement guid\u00e9 par le \u00ab\u00a0meilleur chef d&rsquo;orchestre\u201d aux International Opera Award2017 et \u00ab\u00a0artiste de l&rsquo;ann\u00e9e 2013\u00a0\u00bb par le magazine \u00ab\u00a0Classica\u201d, Philippe Jordan. Comme musicienne, je consid\u00e8re un devoir moral d&rsquo;exalter et souligner dans mes impressions du spectacle, l&rsquo;\u00e9norme travail de synchronisation des musiciens, qui demande un effort qui va au del\u00e0 du simple amour pour la musique; il s&rsquo;agit de l&rsquo;abn\u00e9gation absolue. Ensuite, j&rsquo;aimerais me pencher sur le choix stylistique des symphonies, assez remarquable ; d&rsquo;abord trois des premi\u00e8res symphonies traitent de son enfance, des voyages, de la d\u00e9couverte de Mozart et de son orientation sexuelle (et de l&rsquo;amour, \u00e9videmment), notamment la symphonie n\u00b02 en ut mineur \u00ab\u00a0Petite-Russienne\u201d op.17. Ensuite, les trois derni\u00e8res, Symphonie de la maturit\u00e9, la d\u00e9pression, la fragilit\u00e9 neuro-psychique, notamment la Symphonie n\u00b04 en Fa mineur, op.36. Par contre, toute l&rsquo;ex\u00e9cution avait une sorte d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9, comme un ensemble parfaitement homog\u00e8ne. Il n&rsquo;y avait jamais l&rsquo;impression d&rsquo;\u00e9couter deux diff\u00e9rents orchestres au m\u00eame temps\u00a0; on ne pouvait pas vraiment subdiviser de fa\u00e7on claire les deux groupes\u00a0: dans le premier il y avait sans cesse des rappels au deuxi\u00e8me, et vice-versa, c&rsquo;est le d\u00e9tail qui d\u00e9voilait la profonde connaissance de la part de l&rsquo;organique des musiciens et du directeur musicale de l&rsquo;\u0153uvre de Tcha\u00efkovski.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me semble \u00e9vident que, pour rendre justice \u00e0 un artiste d&rsquo;un tel g\u00e9nie, il faut le repr\u00e9senter dans son ambivalence entre le classicisme de l&rsquo;inspiration viennoise et la musique folklorique, dans sa figure d&rsquo;artiste ouvert, capable de toute forme musicale. La soir\u00e9e se termina avec la commotion de l&rsquo;enti\u00e8re salle, et avec une des plus longues ovations que j&rsquo;ai entendue cette ann\u00e9e, compl\u00e8tement m\u00e9rit\u00e9e.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elisa Lamura<\/h6>\n<pre>Photographie : Johannes Ifkovits<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Concert symphonique | Philharmonie de Paris | En savoir plus Le 27 mars, Philippe Jordan dirige les symphonies n\u00b02 et n\u00b04 de Tcha\u00efkovski au Philharmonie de Paris &#8211; dans le grand auditorium Pierre Boulez \u00e0 l&rsquo;acoustique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la musique symphonique et dot\u00e9e de gradins [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10873,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,12,50],"tags":[],"class_list":["post-11071","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-concert-symphonique","category-philharmonie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11071","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11071"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11071\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11071"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11071"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11071"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}