{"id":11075,"date":"2018-03-28T20:00:37","date_gmt":"2018-03-28T18:00:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11075"},"modified":"2018-03-28T20:00:37","modified_gmt":"2018-03-28T18:00:37","slug":"orphee-et-eurydice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11075","title":{"rendered":"Orph\u00e9e et Eurydice"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra dans\u00e9 | Palais Garnier | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-17-18\/ballet\/orphee-et-eurydice\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allez assister \u00e0 la repr\u00e9sentation d&rsquo;Orph\u00e9e et Eurydice et vous serez assur\u00e9s d&rsquo;y\u00a0passer un agr\u00e9able moment !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, facteur loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable, cela vous permettra de vous asseoir dans une des plus belles salles de Paris, celle de l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier donc les lustres, les fauteuils de velours rouge et les enluminures transportent d\u00e9j\u00e0 le spectateur dans un autre monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;op\u00e9ra dans\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 de l&rsquo;interpr\u00e9tation chor\u00e9graphique esquiss\u00e9e en 2005 par Pina Bausch de l&rsquo;oeuvre de Christoph Willibald Gluck, contribue ensuite \u00e0 nous mener en un univers vertigineux et saisissant. J&rsquo;ai en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 transport\u00e9e par la fa\u00e7on splendide, technique et \u00f4 combien sensible et percutante dont ce chant lyrique, ode \u00e0 l&rsquo;amour, a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 et exprim\u00e9 par cette c\u00e9l\u00e8bre chor\u00e9graphe dont je ne connaissais pas encore les oeuvres.\u00a0Il est \u00e9galement particuli\u00e8rement agr\u00e9able de n&rsquo;avoir pas \u00e0 choisir entre le d\u00e9lice des yeux et celui sonore, mieux encore ils correspondent ! Le chant et l&rsquo;orchestre ravissent l&rsquo;ou\u00efe lorsque la chor\u00e9graphie de danse int\u00e9resse et gagne l&rsquo;admiration de notre regard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La configuration sc\u00e9nique est complexe de par les d\u00e9placements et enchainements des danseurs, mais elle est \u00e9galement finement \u00e9lagu\u00e9e : la sc\u00e8ne semble d\u00e9nud\u00e9e car rares sont les d\u00e9cors et les danseurs sont eux v\u00eatus de longue robes b\u00e9antes et translucides de couleurs uniquement beige, blanche, s\u00e9pia et noires selon les moments de l&rsquo;op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon plus grand regret est le s\u00e9quen\u00e7age de la pi\u00e8ce : avant l&rsquo;entracte, la premi\u00e8re partie est divis\u00e9e en trois temps s\u00e9par\u00e9s chacun d&rsquo;une p\u00e9riode de 5 minutes. Ces coupures (tout d&rsquo;abord surprenantes) ont le d\u00e9faut de nous sortir de l&rsquo;\u00e9tat dans lequel il faisait alors bon de \u00ab\u00a0plonger\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Carla Paquin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une musique et une chor\u00e9graphie allemandes dans ce cadre parisien de l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Pina Bausch \u00e9tait contemporaine avec des d\u00e9cors \u00e9pur\u00e9s et tr\u00e8s symboliques, et on remarquait le motif r\u00e9current du v\u00e9g\u00e9tal. La sc\u00e8ne \u00e9tait tour \u00e0 tour couverte d&rsquo;un monticule de terre, de branches ou de feuilles mortes. L&rsquo;accent est \u00e9galement mis sur le corps des danseurs. Les femmes \u00e9taient v\u00eatues de longues robes fluides et parfois transparentes. Quant \u00e0 Orph\u00e9e, il \u00e9tait quasiment nu, ce qui nous \u00e9voque bien s\u00fbr les statues grecques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;op\u00e9ra est divis\u00e9 en quatre tableaux\u00a0: deuil, violence, paix et mort. On assiste d&rsquo;abord au deuil d&rsquo;Eurydice. Les mouvements d&rsquo;Orph\u00e9e \u00e9taient empreints de tristesse et de douleur\u00a0; il \u00e9tait tr\u00e8s souvent pr\u00e8s du sol et s&rsquo;allonge m\u00eame sur la sc\u00e8ne. Il fait son deuil sous le regard d&rsquo;Eurydice, qui est en mari\u00e9e et sur\u00e9lev\u00e9e dans le coin de la sc\u00e8ne. Les r\u00f4les d&rsquo;Orph\u00e9e et d&rsquo;Eurydice sont chant\u00e9s par deux femmes, et elles \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes sur la sc\u00e8ne, v\u00eatues de robes noires. Outre leur r\u00f4le de narratrices, elles interagissaient avec les danseurs, ce qui donnait \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra une vraie teneur th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Amour, l&rsquo;un des personnages, trace \u00e0 Orph\u00e9e le chemin vers l&rsquo;enfer avec une craie. L\u00e0, Orph\u00e9e se retrouve au milieu des esprits infernaux qui sont chant\u00e9s par le ch\u0153ur. Les esprits l&rsquo;entourent de leurs fils comme pour l&#8217;emp\u00eacher de bouger et ignorent ses supplications. Orph\u00e9e est d\u00e9sempar\u00e9 au milieu de ces fils qui forment presque une toile d&rsquo;araign\u00e9e, mais Amour le guide. Il parvient \u00e0 adoucir les esprits avec ses chants et arrive alors aux champs \u00c9lys\u00e9es, qui sont repr\u00e9sent\u00e9s comme un jardin souterrain de l&rsquo;enfer. La harpe ainsi que la danse de femmes v\u00eatues de blanc contribuent \u00e0 cette ambiance apaisante, car il s&rsquo;agit en effet du troisi\u00e8me tableau, \u00ab\u00a0paix\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette paix ne dure pas. Apr\u00e8s une danse effr\u00e9n\u00e9e des deux amoureux qui ne pouvaient se regarder, Orph\u00e9e commet le geste fatal et Eurydice s&rsquo;\u00e9croule sur l&rsquo;une des solistes. La deuxi\u00e8me soliste les pleure tandis qu&rsquo;Orph\u00e9e est prostr\u00e9, incapable de bouger. Cette sc\u00e8ne est marqu\u00e9e par l&rsquo;immobilit\u00e9 des personnages principaux ce qui la rend d&rsquo;autant plus forte et tragique. Les deux amoureux se retrouvent seuls avec leurs deux alter-ego dans un d\u00e9cor form\u00e9 par de grandes tentures blanches. L&rsquo;on a \u00e9galement un jeu de couleurs ; la robe rouge d&rsquo;Eurydice et les robes noires des solistes, couleurs du sang et de la mort, se d\u00e9tachent sur ce d\u00e9cor immacul\u00e9. Orph\u00e9e et Eurydice tournoient, se lamentent contre le mur et l&rsquo;on voit qu&rsquo;ils restent sur place et ne pourront pas s&rsquo;enfuir. Leur solitude ainsi que l&rsquo;impossibilit\u00e9 de la communication sont amplifi\u00e9es par ce d\u00e9cor immacul\u00e9 et quasi-vide, presque comme un huis clos, qui figure bien que la fuite est impossible.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Liona Menpiot<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i>Orph\u00e9e et Eurydice<\/i><b>, danser pour ne pas se perdre\u00a0<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Orph\u00e9e et Eurydice<\/i>, op\u00e9ra dans\u00e9 en quatre tableaux, fusion magique entre la musique de Christophe Willibald Gluck et la chor\u00e9graphie de Pina Bausch, l\u2019une des principales figures de la danse contemporaine et du style danse-th\u00e9\u00e2tre. Le spectacle de deux heures vingt avec un entracte est repr\u00e9sent\u00e9 le 28 mars au Palais Garnier qui a une disposition de salle \u00e0 l\u2019italienne. Le mythe grec est parfaitement interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re contemporaine par St\u00e9phane Buillon et Marie-Agn\u00e8s Gillot, avec leurs \u00ab doubles \u00bb chantant, Maria Riccarda Wesseling et Yun Jung Choi. La perfection id\u00e9ale du mouvement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u0153uvre lyrique de Gluck accentue l\u2019expressivit\u00e9 et la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 chez Pina Bausch. La danse a une signification symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une recherche sc\u00e9nographique spectaculaire et plastique r\u00e9side dans tous ces quatre tableaux, arbre qui git sur sc\u00e8ne, croix dessin\u00e9e, chaises sur\u00e9lev\u00e9es en tas, fils tendus, bandes de fleurs, monceau de feuilles mortes\u2026 Les d\u00e9cors symboliques correspondent au sujet de chaque tableau : deuil, violence, paix et mort. Associ\u00e9s aux d\u00e9cors, les longues robes soyeuses des danseuses et les costumes deux-pi\u00e8ces des danseurs. L\u2019ambiance douloureuse ou paisible est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 travers l\u2019accumulation des danseur(se)s sur sc\u00e8ne, le contraste du noir et du blanc, la musique. Dans cette ambiance, la communication dans les rapports hommes-femmes se fait par l\u2019anatomie du corps des personnages principaux, un mouvement du corps propuls\u00e9 par l\u2019\u00e9motion et une danse int\u00e9rioris\u00e9e. Avec des petits gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, la fluidit\u00e9 du haut du corps, les grands mouvements de bras, l\u2019attachement, l\u2019\u00e9loignement, la s\u00e9duction et la solitude du couple se d\u00e9gagent sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le dernier tableau, Eurydice est v\u00eatue de rouge, la couleur du sang. La ligne musculaire d\u2019Orph\u00e9e \u00e9voque la statuaire grecque. Le couple s\u2019approche et s\u2019\u00e9loigne, leur amour ardent m\u00e8ne finalement \u00e0 une s\u00e9paration \u00e9ternelle, une fatalit\u00e9 in\u00e9vitable. La sc\u00e8ne atteint son apog\u00e9e tragique et sa beaut\u00e9 absolue.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Chenghui Shi<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Orph\u00e9e et Eurydice<\/em> est un op\u00e9ra dans\u00e9 en quatre tableaux (le Deuil, la Violence, la Paix et la Mort), cr\u00e9\u00e9 le 23 mai 1975, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u0153uvre lyrique de Christoph Willibald Gluck, aux Wuppertaler B\u00fchnen, et mis en sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris pour la quatri\u00e8me fois depuis 2005 par la chor\u00e9graphe allemande Pina Bausch. Comme son titre l&rsquo;indique, cet op\u00e9ra est bas\u00e9 sur le c\u00e9l\u00e8bre mythe grec d&rsquo;Orph\u00e9e et Eurydice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Orph\u00e9e, po\u00e8te et musicien, perdit sa femme, Eurydice, et descendit aux enfers \u00e0 son tour dans le but de la retrouver et de la ramener aupr\u00e8s des vivants. Il parvint \u00e0 convaincre le dieu des enfers. Ce dernier lui accorda de repartir de son royaume avec sa bien-aim\u00e9e avec pour seule condition de ne pas la regarder jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils aient tous deux atteint le monde des vivants. Suivi de sa femme, Orph\u00e9e, n&rsquo;entendant plus ses pas, se retourna, trop t\u00f4t et la perdit \u00e0 jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La salle est dispos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;italienne. Le d\u00e9cor change sans cesse apr\u00e8s chaque tableau. Chacun des personnages principaux est repr\u00e9sent\u00e9 par un danseur et son &lsquo;double chantant&rsquo; qui contrairement au danseur est v\u00eatu de noir\u00a0: cr\u00e9ant un lien fort entre mouvement et chant. Le personnage d&rsquo;Orph\u00e9e est dans\u00e9 par St\u00e9phane Bullion et chant\u00e9 par Maria Riccarda Wesseling. Il porte une combinaison couleur peau, le faisant para\u00eetre nu et aussi vuln\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eurydice &#8211; repr\u00e9sent\u00e9e par la danseuse Marie-Agn\u00e8s Gillot (dont le mercredi 31 mars fut sa derni\u00e8re repr\u00e9sentation apr\u00e8s 28 ans de carri\u00e8re), et chant\u00e9e par Yun Jung Choi &#8211; porte une robe blanche de son vivant. Aux enfers elle est enferm\u00e9e dans un cocon blanc vertical, indiquant qu\u2019elle est morte et prisonni\u00e8re de l&rsquo;endroit. Elle porte une robe rouge \u00e0 la fin de l&rsquo;op\u00e9ra lorsque son bien aim\u00e9 tente de la ramener aupr\u00e8s des vivants, en vain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de l&rsquo;amour est dans\u00e9 par Charlotte Ranson et chant\u00e9 par Chiara Skertah.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres danseurs interviennent, par exemple pour repr\u00e9senter les autres \u00e2mes d\u00e9funtes de l&rsquo;enfer, ainsi qu&rsquo;un orchestre dirig\u00e9 par Thomas Hengelbrock.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des moments les plus forts de la pi\u00e8ce\u00a0est la derni\u00e8re sc\u00e8ne du quatri\u00e8me tableau\u00a0: pendant que la soprano, Yun Jung Choi chante, et tandis que Marie-Agn\u00e8s Gillot, en rouge, n&rsquo;arr\u00eate pas de danser au rythme de la voix et de tourner autour d&rsquo;Orph\u00e9e (le danseur). Ce dernier, qui essaie de couvrir son visage, finit par la regarder. Eurydice, la danseuse, et la chanteuse tombent l&rsquo;une sur l&rsquo;autre, symbolisant la disparition totale du personnage. Orph\u00e9e, en plein d\u00e9sespoir et rempli de culpabilit\u00e9, s&rsquo;\u00e9chappe vers le fond de la sc\u00e8ne, vide, \u00e0 gauche, se met en position f\u0153tale, les mains sur la t\u00eate. Tandis qu&rsquo;Eurydice, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, \u00e0 droite, de la sc\u00e8ne, inerte, est allong\u00e9e sur le sol. Symbolisant leur s\u00e9paration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une fin \u00e0 la fois \u00e9mouvante, dramatique et tragique pour le spectateur, qui esp\u00e9rait peut-\u00eatre les voir enfin r\u00e9unis et heureux, mais fin qui malgr\u00e9 tout peut \u00eatre aussi qualifi\u00e9e de magnifique au vu de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Emmanuelle Bardet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 28 mars dernier j&rsquo;ai eu l&rsquo;opportunit\u00e9 de pouvoir assister \u00e0 l&rsquo;\u00e9mouvant op\u00e9ra-ballet Orph\u00e9e et Eurydice, \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier. Bien qu&rsquo;ayant d\u00e9j\u00e0 vu un op\u00e9ra, c&rsquo;\u00e9tait un de mes r\u00eaves les plus chers de pouvoir me rendre \u00e0 un ballet. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 saisie par la beaut\u00e9 de la danse qui, coupl\u00e9e avec le chant, retra\u00e7ait avec justesse l&rsquo;une des plus tragiques histoires d&rsquo;amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Orph\u00e9e, personnage de la mythologie grecque bien connu, a montr\u00e9 tout au long de sa vie de tr\u00e8s grandes dispositions pour la musique ainsi que pour la po\u00e9sie. Le dieu des arts Apollon lui offrit d&rsquo;ailleurs une lyre \u00e0 sept cordes (con\u00e7ue par le dieu messager Herm\u00e8s), pour faire honneur \u00e0 ses dons. V\u00e9ritable h\u00e9ros \u00e0 travers son art, il pouvait charmer tout \u00eatre vivant, attendrir les c\u0153urs les plus durs et apaiser les \u00e2mes les plus tourment\u00e9es. Orph\u00e9e s&rsquo;\u00e9tait donc \u00e9pris de la dryade Eurydice, malheureusement leur mariage fut \u00e9galement synonyme de malheur puisque la belle succomba \u00e0 la morsure d&rsquo;un serpent mortel. Bris\u00e9, son \u00e2me s\u0153ur se rend donc \u00e0 la porte des enfers, pr\u00eat \u00e0 tout pour la retrouver. Ses dons lui permettront une nouvelle fois de ne rencontrer aucune r\u00e9sistance, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du passeur Charon, du chien \u00e0 trois t\u00eates Cerb\u00e8re, ou m\u00eame d\u2019Had\u00e8s, le souverain du royaume des morts qui l&rsquo;autorisera \u00e0 ramener sa pr\u00e9cieuse amante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra dans\u00e9, r\u00e9unissant le talent de Gluck ainsi que celui de Pina Bausch, a su fait revivre ce mythe \u00e0 merveille \u00e0 mes yeux, \u00e0 travers quatre \u00e9tapes majeures\u00a0: le deuil, la violence, la paix et la mort. Les danseurs s&rsquo;exprimaient avec justesse \u00e0 travers leurs mouvements, mais b\u00e9n\u00e9ficiaient \u00e9galement de voix sur sc\u00e8ne, chanteurs et danseurs \u00e9tant m\u00eal\u00e9s, pour mieux saisir la sensibilit\u00e9 du spectateur. L&rsquo;Amour, avait d&rsquo;ailleurs sa propre danseuse ainsi que sa propre cantatrice, pouvant alors s&rsquo;exprimer lui aussi sur sc\u00e8ne, par exemple ravivant l&rsquo;espoir chez Orph\u00e9e endeuill\u00e9 au tout d\u00e9but de la repr\u00e9sentation. Judith Chaine, lors de sa chronique pour France Musique a tout \u00e0 fait su qualifier cette magnifique repr\u00e9sentation\u00a0de \u00a0\u00ab\u00a0v\u00e9ritable ballet des esprits bless\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, bien qu&rsquo;ayant triomph\u00e9 de chaque \u00e9preuve rencontr\u00e9e au royaume des morts, Orph\u00e9e ne peut r\u00e9sister aux plaintes et supplications de sa bien-aim\u00e9e et ignore la seule condition qu&rsquo;Had\u00e8s lui avait impos\u00e9e pour pouvoir ramener Eurydice\u00a0: se retourner et la regarder. Cette sc\u00e8ne m&rsquo;a boulevers\u00e9e : Eurydice \u00e9tait v\u00eatue d&rsquo;une magnifique robe rouge, soulignant la fluidit\u00e9 de chacun de ses mouvements, et semblait perdue, retrouvant l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 plong\u00e9e dans les tourments de l\u2019enfer : pourquoi son amoureux ne la regardait-il pas ? Pourquoi l\u2019ignorait-il ? Et bien qu&rsquo;Orph\u00e9e voulait \u00e0 tout prix la ramener avec lui dans le monde des vivants, il n&rsquo;a su r\u00e9sister \u00e0 la tentation et a transgress\u00e9 l&rsquo;ultime interdiction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que simple spectatrice, j&rsquo;ai pourtant eu l&rsquo;impression de vibrer d&rsquo;\u00e9motion \u00e0 chaque pas, chaque nouvelle note, comme transperc\u00e9e par la sinc\u00e9rit\u00e9 et la force de leur amour, n&rsquo;ayant pu emp\u00eacher ce destin funeste mais irr\u00e9vocable.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Juliette Debosque<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 en 1975 au Tanztheater de Wupperthal et entr\u00e9 au r\u00e9pertoire du ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris en 2005, l\u2019op\u00e9ra dans\u00e9 sign\u00e9 Pina Bausch, con\u00e7u sur la musique de la pi\u00e8ce \u00e9ponyme de Christoph Willibald Gluck surprend encore et toujours par sa pertinence et sa modernit\u00e9. La trame dramaturgique est fond\u00e9e sur l\u2019odyss\u00e9e d\u2019Orph\u00e9e aux enfers, r\u00e9servoir in\u00e9puisable d\u2019inspiration pour tout artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019origine organis\u00e9 comme un simple op\u00e9ra en trois actes par Gluck et son librettiste Calzabigi, le spectacle rev\u00eat ici une dimension extraordinairement sensible de par l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration de la voix et de la danse dans une sc\u00e9nographie quasi th\u00e9\u00e2trale et toute en sobri\u00e9t\u00e9. La priorit\u00e9 est r\u00e9solument donn\u00e9e \u00e0 l\u2019expression des affects d\u2019o\u00f9 un d\u00e9coupage en quatre tableaux, \u00able deuil\u00bb, \u00abla violence\u00bb, \u00abla paix\u00bb et \u00abla mort\u00bb en \u00e9cho aux lamentations terrestres d\u2019Orph\u00e9e ayant perdu Eurydice, \u00e0 sa descente aux enfers, aux retrouvailles de sa bien-aim\u00e9e dans le jardin des Champs-Elys\u00e9es, ainsi qu\u2019\u00e0 la mort de celle-ci lorsque Orph\u00e9e brave l\u2019interdiction de se retourner vers elle lors de leur ascension vers le monde des vivants. La seconde interpr\u00e9tation r\u00e9side dans la dichotomie de chacun de nos deux personnages cl\u00e9s en deux avatars. L\u2019un physique, incarn\u00e9 sublimement par la danseuse-\u00e9toile Marie-Agn\u00e8s Gillot et St\u00e9phane Bullion, et dont l\u2019expressivit\u00e9 des corps tortur\u00e9s se conjugue \u00e0 l\u2019immat\u00e9rialit\u00e9 et la volubilit\u00e9 du chant, repr\u00e9sentant l\u2019\u00e2me des deux protagonistes mythologiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, du fait de ces deux partis pris, on pourra regretter un manque de lisibilit\u00e9 et d\u2019accessibilit\u00e9 de l\u2019intrigue, ceci allant \u00e0 rebours de la puret\u00e9 et de la simplicit\u00e9 magiques se d\u00e9gageant de la musique de Gluck, ainsi que de la r\u00e9forme de style qu\u2019il a voulu entreprendre dans le sens de la transparence en r\u00e9action aux exc\u00e8s de la musique baroque. On pourrait se hasarder \u00e0 supposer que la sophistication de cette mise en sc\u00e8ne contemporaine puisse relever sous certains aspects d\u2019une esth\u00e9tique sinon d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit baroque ! Toujours est-il que la tonalit\u00e9 de cette pi\u00e8ce transcendante est teint\u00e9e d\u2019une fort pessimisme \u00e9tant donn\u00e9 le choix d\u2019un retrait du \u00ab happy end \u00bb de l\u2019\u0153uvre originale dans lequel Had\u00e8s, dieu des enfers, prend finalement piti\u00e9 d\u2019Eurydice et la ressuscite, privant ainsi le spectateur d\u2019une certaine humanit\u00e9 ch\u00e8re au classicisme. Mais enfin tout est pardonnable, a fortiori lorsqu\u2019\u00e0 peine install\u00e9, l\u2019on se sent comme happ\u00e9 et captiv\u00e9 par cette exp\u00e9rience synesth\u00e9sique hors du commun. La magie op\u00e8re&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alexandre Rose<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 24 mars au 6 avril 2018, est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier la sublime interpr\u00e9tation que fit en 1975 la chor\u00e9graphe allemande Pina Bausch de l&rsquo;op\u00e9ra en trois actes du compositeur Christoph Willibald Gluck, <i>Orph\u00e9e et Eurydice<\/i>. Cet op\u00e9ra dans\u00e9, une pi\u00e8ce majeure du r\u00e9pertoire des deux artistes entr\u00e9e au r\u00e9pertoire de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris en 2005, se pr\u00e9sente en quatre tableaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier tableau, \u00ab\u00a0Deuil\u00a0\u00bb, introduit les deux personnages, Orph\u00e9e et Eurydice, h\u00e9ros tragiques de la mythologie grecque. Eurydice se tient dans un coin, grande mari\u00e9e blanche, interpr\u00e9t\u00e9e par la danseuse \u00e9toile Marie-Agn\u00e8s Gillot. Orph\u00e9e, qu&rsquo;incarne ce soir St\u00e9phane Bullion, est lui \u00e0 demi-nu face \u00e0 un miroir. Tous deux sont plong\u00e9s dans leur tourments, r\u00e9flexion sur la fin tragique et in\u00e9vitable qui s&rsquo;annonce \u00e0 eux, et semblent faire abstraction des danseurs et danseuses, habill\u00e9s de noir qui s&rsquo;affolent autour d&rsquo;eux, au rythme de l&rsquo;orchestre baroque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En plus des danseurs, sont pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne trois chanteurs, doublant les trois r\u00f4les principaux (Orph\u00e9e, Eurydice et l&rsquo;Amour). Ainsi, on d\u00e9couvre apr\u00e8s un temps la signification du terme \u00ab\u00a0op\u00e9ra dans\u00e9\u00a0\u00bb : un interpr\u00e8te danse ce que la voix de son pendant chante. Le choeur chante lorsque plusieurs des danseurs sont sur sc\u00e8ne, un duo lyrique lorsque les deux amants se d\u00e9chirent, et la cantatrice Yun Jung Choi s&rsquo;\u00e9teint au moment o\u00f9 Eurydice meurt, idem pour Maria Riccarda Wesseling, pendant vocal d&rsquo; Orph\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous \u00e9voluent dans un d\u00e9cor abstrait et immacul\u00e9, changeant presque enti\u00e8rement \u00e0 chaque nouveau tableau. Dans un grand espace blanc, nous retrouvons ainsi des \u00e9l\u00e9ments pour la plupart naturels (arbre d\u00e9racin\u00e9, pierres, feuilles mortes) qui pourraient paraitre anodins mais qui ont, lorsque l&rsquo;on connait la force symbolique de Pina Bausch, tous une signification .Au fil des tableaux, le d\u00e9cor est de plus en plus \u00e9pur\u00e9, ainsi pour le dernier tableau, \u00ab\u00a0Mort\u00a0\u00bb, l&rsquo;environnement est noir et presque enti\u00e8rement vide. La luminosit\u00e9 s&rsquo;estompe en m\u00eame temps que l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e tragique des deux amants, qui terminent dans le Royaume des Enfers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nul doute que la chor\u00e9graphie est bien celle de Pina Bausch. Quelques mois apr\u00e8s la repr\u00e9sentation au m\u00eame endroit du <i>Sacre du Printemps<\/i>, nous retrouvons avec joie les danses \u00e9nergiques et si justement synchronis\u00e9es de Bausch. Elles se caract\u00e9risent par les mouvements amples, aussi bien des bras que des jambes, qui laissent aux danseurs la possibilit\u00e9 de s&rsquo;exprimer compl\u00e8tement, sans n\u00e9anmoins laisser de place \u00e0 l&rsquo;improvisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La magnificence de cet op\u00e9ra-dans\u00e9 prend le dessus sur la difficult\u00e9 que l&rsquo;on peut avoir \u00e0 saisir le d\u00e9roulement du mythe si on n&rsquo;en conna\u00eet pas l&rsquo;histoire. De plus, l&rsquo;op\u00e9ra est chant\u00e9 en allemand, ce qui ne facilite pas la compr\u00e9hension. N\u00e9anmoins, cette oeuvre phare de la chor\u00e9graphe allemande poss\u00e8de une force qui imprime la m\u00e9moire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anna Kerviel<\/h6>\n<pre>Photographie :\u00a0Agathe Poupeney<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra dans\u00e9 | Palais Garnier | En savoir plus Allez assister \u00e0 la repr\u00e9sentation d&rsquo;Orph\u00e9e et Eurydice et vous serez assur\u00e9s d&rsquo;y\u00a0passer un agr\u00e9able moment ! Tout d&rsquo;abord, facteur loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable, cela vous permettra de vous asseoir dans une des plus belles salles de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":10875,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,82,3],"tags":[],"class_list":["post-11075","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-opera-danse","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11075","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11075"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11075\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11075"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11075"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11075"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}