{"id":11140,"date":"2018-04-04T20:00:26","date_gmt":"2018-04-04T18:00:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11140"},"modified":"2018-04-04T20:00:26","modified_gmt":"2018-04-04T18:00:26","slug":"notre-innocence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11140","title":{"rendered":"Notre innocence"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | La Colline &#8211; th\u00e9\u00e2tre national | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/notre-innocence\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tableaux s&rsquo;enchainent : la viande, la chair, le corps, l&rsquo;esprit, la vie. \u00c0 travers ces diff\u00e9rents volets, le groupe de com\u00e9diens r\u00e9agit \u00e0 la mort de Victoire, une des leurs. C&rsquo;est \u00e9galement l&rsquo;occasion pour eux de faire entendre leur rage contre leurs a\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mouawad propose un coup de gueule. La pi\u00e8ce commence avec un choeur puissant : une vingtaine de com\u00e9diens est regroup\u00e9e en avant-sc\u00e8ne et balance \u00e0 la t\u00eate du spectateur un long texte. Chaque respiration et chaque mot sont prononc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;unisson. De cette performance saisissante se d\u00e9gage une force incroyable. Les voix n&rsquo;en forment plus qu&rsquo;une grave et f\u00e9roce qui plaque le spectateur \u00e0 son si\u00e8ge. Chaque nouvelle phrase oblige l&rsquo;attention tant le texte est bien \u00e9crit, tant l&rsquo;effet visuel est hypnotique : la masse grossi\u00e8re se pr\u00e9sente \u00e0 nous, sans geste, toute enti\u00e8re concentr\u00e9e sur la parole. Mais les bouches qui bougent exactement en m\u00eame temps, nous font tressaillir : elles sont de grands trous noirs qui portent toute la violence presque m\u00e9canique de la sc\u00e8ne et nous obnubilent. Quel que soit l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit, la singularit\u00e9 du spectateur, il ne peut que rentrer dans la pi\u00e8ce gr\u00e2ce \u00e0 ces bouches qui forcent \u00e0 la fascination. L&rsquo;effet de puissance se retrouve dans les respirations qui tordent le ventre de certains com\u00e9diens. L&rsquo;aper\u00e7u est saisissant, pourtant l&rsquo;effet s&rsquo;\u00e9tiole. Le choeur finit sa d\u00e9clamation sur la phrase \u00abje sais pas\u00bb, le cri de cette jeunesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9 un nombre incalculable de fois, qui certes, oblige \u00e0 l&rsquo;admiration de cette synchronisation parfaite, mais qui fait retomber l&rsquo;effet g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce creux nous ram\u00e8ne \u00e0 nos esprits et nous permet de prendre de la distance : c&rsquo;est extr\u00eamement dogmatique. Le texte est r\u00e9ellement bien \u00e9crit, et pourtant tellement violent. La pi\u00e8ce met un discours p\u00e9remptoire dans la bouche de la jeunesse. Il impose un ras-le-bol assez extr\u00eame, adress\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, si fi\u00e8re d&rsquo;\u00eatre politique, si fi\u00e8re d&rsquo;avoir fait Mai 68. Mais cette r\u00e9volte n&rsquo;est pas forc\u00e9ment une \u00e9vidence. Elle a m\u00eame pu sembler quelque peu \u00e9trang\u00e8re au reste de la jeunesse, celle qui n&rsquo;est pas sur le plateau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, la r\u00e9p\u00e9tition infinie de ce \u00abJe sais pas\u00bb manque son but. Au lieu de conclure avec force, elle semble \u00eatre un aveu, elle semble dire \u00abon ne sait pas comment achever ce beau tableau, on ne sait pas comment enchainer, alors on laisse la machine se d\u00e9r\u00e9gler\u00bb. Cette difficult\u00e9 \u00e0 conclure se retrouve dans la pi\u00e8ce en g\u00e9n\u00e9ral. Il y a certes de tr\u00e8s beaux moments, qui nous emportent comme les d\u00e9buts de ce choeur ou encore la sc\u00e8ne de danse qui suit, et qui transcrit toute la vitalit\u00e9, toute l&rsquo;\u00e9nergie mais \u00e9galement l&rsquo;explosion d&rsquo;une jeunesse qui ne sait comment se r\u00e9inventer. Mais apr\u00e8s \u00e7a, Mouawad et ses com\u00e9diens proposent une fin facile et na\u00efve. Une fin qui ne conclut pas vraiment. Alabama, la fille de Victoire \u00e0 qui les com\u00e9diens ne savent pas quoi dire sur le suicide de sa m\u00e8re, n&rsquo;existe pas. Et ce retournement narratif est maladroit.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Philippine Lacaille<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 4 avril, au th\u00e9\u00e2tre de la Colline, une vingtaine de jeunes gens entre vingt et trente ans interpr\u00e9taient la derni\u00e8re production de Wadji Mouawad : <i>Notre Innocence<\/i>. Une repr\u00e9sentation saisissante. Un pi\u00e8ce qui prend aux tripes. Une spectacle durant lequel le spectateur reste clou\u00e9 \u00e0 son si\u00e8ge. Comment donc r\u00e9ussir \u00e0 en faire une critique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout commence avec une jeune femme qui s&rsquo;avance. Elle prend la parole. Elle explique le spectacle qui va suivre. Vingt jeunes gens vont pleurer Victoire, sa mort, celle des autres, et celle du monde. Ils vont crier le non-sens de leur vie, leurs peurs et leurs espoirs. Tout se poursuit avec l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un ch\u0153ur. Mais il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un ch\u0153ur \u00e0 l&rsquo;antique, sur les planches, pas de choryph\u00e9e pour le guider. Seulement une voix, la leur. Ils hurlent. Nos oreilles, \u00e0 nous spectateurs immobiles (ou plut\u00f4t fig\u00e9s, incapables de faire le moindre geste), sont satur\u00e9es. Dans les mots, nous entendons nos angoisses les plus profondes, celles de jeunes gens balanc\u00e9s dans un monde trop moderne ou trop us\u00e9. Puis apr\u00e8s avoir cri\u00e9, dans\u00e9 et pleur\u00e9, attabl\u00e9s, d\u00e9vast\u00e9s, et d\u00e9sempar\u00e9s, ils parlent. Victoire est-elle morte accidentellement ou s&rsquo;est-elle suicid\u00e9e ? Que va devenir Alabama, sa fille ? Et eux, sont-ils coupables ? La pi\u00e8ce avance chapitre par chapitre. Tous ont des noms marquants\u00a0: \u00ab\u00a0Chair\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Viande\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Corps\u00a0\u00bb, etc. Mais \u00e0 chaque mot, le conte prend le pas sur la r\u00e9alit\u00e9. Avec la fille de Victoire, nous nous \u00e9vadons. Et c&rsquo;est elle, dans cette pi\u00e8ce \u00e0 messages, qui porte le plus grand\u00a0: l&rsquo;espoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors certes, par son emportement, <i>Notre innocence\u00a0<\/i>peut d\u00e9plaire ou enchanter. Dans tous les cas, elle ne laisse aucun spectateur indemne, et nous donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur nous-m\u00eame.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Capucine Zgraja<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 sensible \u00e0 ses textes, je consid\u00e8re Wajdi Mouawad comme l&rsquo;une des figures de notre litt\u00e9rature contemporaine francophone. C&rsquo;est donc curieuse d&rsquo;observer comment il donne vie \u00e0 ses mots et ses rencontres qui inspirent tant ses \u0153uvres, que je me suis rendue au Th\u00e9\u00e2tre National de la Colline pour assister \u00e0 la repr\u00e9sentation de <i>Notre innocence<\/i>. Une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui est n\u00e9e d&rsquo;un travail avec des com\u00e9diens prenant appui sur un atelier men\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment avec des \u00e9l\u00e8ves du Conservatoire national d&rsquo;art dramatique de Paris et qui donna vie \u00e0 des repr\u00e9sentations et la publication de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela nous est expliqu\u00e9, d\u00e8s le d\u00e9but, dans une introduction par une com\u00e9dienne, seule sur sc\u00e8ne, un faisceau de lumi\u00e8re entourant son corps, qui dramatise intelligemment l&rsquo;arriv\u00e9e de la vingtaine de com\u00e9diens sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi unis dans une chorale qui respire et s&rsquo;agite dans une synchronie parfaite, ces com\u00e9diens nous balancent \u00e0 la figure ce qu&rsquo;on aimerait entendre plus souvent. Certaines r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 de surconsommation nous font acquiescer, sourire, et parfois rire de g\u00eane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce groupe vient \u00e0 \u00e9clater pour nous raconter la mort d&rsquo;une de leur camarade. Les suppositions et les larmichettes vont bon train et finalement c&rsquo;est un \u00e9chantillon de la soci\u00e9t\u00e9 qui nous est donn\u00e9 sur sc\u00e8ne. Chaque personnalit\u00e9 nous fait penser \u00e0 quelqu&rsquo;un comme certaines r\u00e9actions violentes de v\u00e9rit\u00e9 ou d&rsquo;hypocrisie nous renvoient \u00e0 notre propre image.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de cette nuit qui suit la mort d&rsquo;une femme, on prend en note les pens\u00e9es que certains assumeraient tandis que d&rsquo;autres ne s&rsquo;avoueraient m\u00eame pas. C&rsquo;est ainsi que Wajdi Mouawad arrive \u00e0 nous d\u00e9ranger dans nos si\u00e8ges &#8211; bien assis et bien install\u00e9s dans nos vies aseptis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie minutieuse ne sert que mieux la performance des com\u00e9diens. Les jeux de clair-obscur permis par des projecteurs, un rideau de film transparent et un panneau blanc, qui se d\u00e9place le long de la sc\u00e8ne, ne font qu&rsquo;amplifier cette impression de d\u00e9cadence humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mur amovible, qui participe aux changements de d\u00e9cors et \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une atmosph\u00e8re angoissante, semble \u00eatre l&rsquo;all\u00e9gorie des incertitudes de notre soci\u00e9t\u00e9 qui poussent les personnages au bord du gouffre. Au bord du vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce fait, nous, le parterre, sommes associ\u00e9s au vide et c&rsquo;est cet air funeste qui se prom\u00e8ne dans tout le public et nous accompagne jusqu&rsquo;au m\u00e9tro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sortie empreinte de pessimisme mais contente d&rsquo;avoir finalement trouv\u00e9, en cette pi\u00e8ce, un vrai reflet de notre soci\u00e9t\u00e9, je garde en t\u00eate ces voix et silences criards de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\"><b>Julie Voussure<\/b><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Notre jeunesse,<\/i> de Wajdi Mouawad, est une pi\u00e8ce divis\u00e9e en plusieurs actes dont les titres sugg\u00e8rent une progressive \u00e9l\u00e9vation, de la \u00ab\u00a0viande\u00a0\u00bb vers la \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb, comme une r\u00e9surrection qui s&rsquo;opposerait \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui constitue la trame principale du spectacle, le suicide de la jeune Victoire. Cet \u00e9v\u00e9nement est principalement d\u00e9velopp\u00e9 dans la partie centrale, sorte de huis-clos finalement assez classique o\u00f9 l&rsquo;on assiste au d\u00e9chirement du groupe de ses amis qui se rejettent les uns sur les autres la culpabilit\u00e9 qu&rsquo;ils ne parviennent pas \u00e0 regarder en face. C&rsquo;est le pr\u00e9texte \u00e0 des d\u00e9veloppements sur le th\u00e8me de la perte de rep\u00e8res de la jeunesse contemporaine, qui se perdrait dans le divertissement pour \u00e9viter de faire face \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 qu&rsquo;elle a de trouver une place dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette id\u00e9e est sugg\u00e9r\u00e9e peut-\u00eatre plus fortement dans le premier acte, o\u00f9 tous les com\u00e9diens rassembl\u00e9s en choeur disent, puis crient d&rsquo;une seule voix la frustration d&rsquo;\u00eatre une g\u00e9n\u00e9ration maudite &#8211; \u00e9cras\u00e9e par le sang vers\u00e9 par et sur les pr\u00e9c\u00e9dentes &#8211; qui n&rsquo;a pas l&rsquo;espace suffisant pour respirer et simplement faire et \u00eatre. La prestation est saisissante, parfois d\u00e9rangeante par ses longueurs qui mettent le spectateur dans un \u00e9tat de mal-\u00eatre probablement voulu, et qui ne manquera pas d&rsquo;\u00eatre ressenti diff\u00e9remment selon son \u00e2ge. Le propos r\u00e9sonnait par ailleurs la semaine derni\u00e8re avec une dimension si actuelle qu&rsquo;elle en \u00e9tait troublante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, ce moment fort mis \u00e0 part, la partie suivante sur le huis-clos et la crise collective, o\u00f9 l&rsquo;on voit l&rsquo;unisson bris\u00e9 et la cacophonie surgir, semble finalement assez pauvre en comparaison et ne para\u00eet \u00eatre motiv\u00e9 que par la recherche du coup d&rsquo;\u00e9clat qui fera rire de g\u00eane le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l&rsquo;issue donn\u00e9e \u00e0 la pi\u00e8ce, qui passe par une sorte de r\u00e9demption collective par le projet de sauver la fille orpheline de Victoire, d\u00e9tonne par une mise en sc\u00e8ne qui veut tendre vers les codes du film d&rsquo;horreur &#8211; sans que cela ne semble coh\u00e9rent avec le propos g\u00e9n\u00e9ral &#8211; et une exhortation finale qui, apr\u00e8s toute la r\u00e9volte jet\u00e9e \u00e0 la figure du public, r\u00e9sonne comme un renoncement\u00a0: \u00ab\u00a0soyez magnifiques\u00a0\u00bb, nous dit-on &#8211; tristement apolitique, tristement banal. Notre jeunesse ne sera donc qu&rsquo;un exercice de style\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Florian Bru<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mercredi 4 avril, je suis all\u00e9 voir au th\u00e9\u00e2tre national de la Colline, l&rsquo;adaptation th\u00e9\u00e2trale de la pi\u00e8ce <i>Victoire. Notre Innocence<\/i> est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Wajdi Mouawad. Dans cette salle tr\u00e8s contemporaine, pendant 2\u00a0h\u00a030, nous avons pu cheminer avec dix-huit \u00e9l\u00e8ves d&rsquo;art dramatique confront\u00e9s \u00e0 la mort d&rsquo;une amie. La pi\u00e8ce se d\u00e9coupe en deux grandes parties, une premi\u00e8re partie qui est un pamphlet \u00e0 l&rsquo;unisson, d&rsquo;une force rare, tr\u00e8s innovante, inhabituelle et d&rsquo;un talent fou. Ce discours d\u00e9nonce l&rsquo;ancienne jeunesse de mai 68 devenue bourgeoise, le pamphlet s&rsquo;attaque aux caricatures de la jeunesse actuelle et de sa solitude dans un \u00ab\u2009je ne sais pas\u2009\u00bb g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. La seconde partie de la pi\u00e8ce est plus classique, mais demande aux spectateurs de s&rsquo;interroger sur la trace qu&rsquo;on laisse. La mort de Victoire nous fait prendre conscience que l&rsquo;on ne connait que tr\u00e8s peu la vie des autres. M\u00eame si l&rsquo;on croit connaitre ses amis, ils peuvent \u00eatre des \u00eatres tr\u00e8s myst\u00e9rieux et \u00e9loign\u00e9s de l&rsquo;image qu&rsquo;ils v\u00e9hiculent. Ce qui est appr\u00e9ciable dans cette pi\u00e8ce c&rsquo;est qu&rsquo;elle est \u00e0 la fois absurde, burlesque et que le sujet de la mort ne rend pas la repr\u00e9sentation macabre. La mort de Victoire est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui permet \u00e0 cette jeunesse artistique d&rsquo;hurler, au sens propre, leur d\u00e9gout du monde et des incompr\u00e9hensions qui en d\u00e9coule. En r\u00e9alit\u00e9, chacun a construit son amiti\u00e9 avec Victoire selon ses racines et ses contacts\u00a0avec la d\u00e9funte\u00a0: l&rsquo;amiti\u00e9 n&rsquo;est donc pas un enjeu simple, mais une relation qui diff\u00e9rencie chaque individu. La pi\u00e8ce est tr\u00e8s r\u00e9ussite, car elle est forte de son jeu d&rsquo;acteur et de son originalit\u00e9 dans la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louis Beaufr\u00e8re<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il ne fallait utiliser qu&rsquo;un mot pour d\u00e9crire ce spectacle, je choisirais celui de \u00ab\u00a0surprise\u00a0\u00bb. De la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re seconde, du d\u00e9but \u00e0 la fin. De d\u00e9but, il n&rsquo;y en a d&rsquo;ailleurs pas qui soit d\u00e9fini avec pr\u00e9cision. On entre dans la salle, on s&rsquo;installe, on observe les autres spectateurs avant de remarquer qu&rsquo;il y a quelqu&rsquo;un au centre de la sc\u00e8ne. Pendant qu&rsquo;on se d\u00e9battait avec son sac et son manteau ou que l&rsquo;on feuilletait le programme, elle est entr\u00e9e discr\u00e8tement, silencieusement et depuis nous observe. Il se passe un long moment avant que les lumi\u00e8res ne diminuent, que le silence ne se fasse et qu&rsquo;enfin, une voix grave et m\u00e9lodieuse s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du plateau. Afin d&rsquo;introduire la pi\u00e8ce, elle nous explique comment elle s&rsquo;est retrouv\u00e9e sur ce projet et ce qu&rsquo;elle et ses partenaires vont nous raconter. Elle sera rejoint par le reste de la troupe, les dix-neufs autres com\u00e9diens, qui viennent former un choeur. Ils ne sont alors qu&rsquo;une seule voix sur ce texte de Wajdi Mouawad, ce texte qui parle de nos parents, de notre g\u00e9n\u00e9ration, de notre jeunesse, de nos certitudes et surtout de notre absence de certitude. De notre innocence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le choeur se dissout, la deuxi\u00e8me partie du spectacle peut commencer. Autour d&rsquo;une immense table rectangulaire, la troupe jouera la sc\u00e8ne qui suit la mort de leur camarade, Victoire, au lendemain de son suicide. Moins spectaculaire que le choeur, cette seconde partie comporte des hauts et des bas\u00a0: il y a certains com\u00e9diens que l&rsquo;on adore aux premiers mots &#8211; tabernac\u00a0! &#8211; et d&rsquo;autres qui laissent un peu indiff\u00e9rents, voire qui agacent \u00e0 force d&rsquo;hurler. Quoiqu&rsquo;il en soit, le propos est puissant, profond, et \u00e9branle quelque peu les esprits. Comme souvent dans les pi\u00e8ces de Wajdi Mouawad, \u00e7a parle de religion, de guerre, de croyance et de d\u00e9sillusion. Des sujets qui ne peuvent que heurter ou pousser \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un spectacle au propos marquant et \u00e0 la sc\u00e9nographie magnifique\u00a0: les jeux de lumi\u00e8res et les rideaux de soie blanches cr\u00e9ent un univers inconnu, perturbant mais aussi envo\u00fbtant. L&rsquo;ondulation du tissu m\u00eal\u00e9e aux vibrations des basses dont le son envahi soudainement le th\u00e9\u00e2tre hypnotisent les spectateurs. On sortira de la salle remu\u00e9s, intrigu\u00e9s, \u00e9mus. Un spectacle de ceux qui font du bien, qui remettent en question, interrogent et permettent de r\u00e9aliser que le monde autour de nous change et que nous avons un r\u00f4le \u00e0 y jouer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Flament<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<pre>Photographie :\u00a0Tuong Vi Nguyen<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | La Colline &#8211; th\u00e9\u00e2tre national | En savoir plus Les tableaux s&rsquo;enchainent : la viande, la chair, le corps, l&rsquo;esprit, la vie. \u00c0 travers ces diff\u00e9rents volets, le groupe de com\u00e9diens r\u00e9agit \u00e0 la mort de Victoire, une des leurs. C&rsquo;est \u00e9galement l&rsquo;occasion [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":11083,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,19,4],"tags":[],"class_list":["post-11140","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-la-colline","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11140"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11140\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}