{"id":11159,"date":"2018-04-07T20:00:14","date_gmt":"2018-04-07T18:00:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11159"},"modified":"2018-04-07T20:00:14","modified_gmt":"2018-04-07T18:00:14","slug":"benvenuto-cellini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11159","title":{"rendered":"Benvenuto Cellini"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-17-18\/opera\/benvenuto-cellini\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>L&rsquo;Op\u00e9ra est le lieu de toutes les rencontres, \u00e0 la crois\u00e9e de tous les arts, il m\u00eale la quintessence de la musique et du chant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2tral, tout en jouant sur un art pictural puisque s&rsquo;offre \u00e0 nos yeux une v\u00e9ritable esth\u00e9tique du tableau. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Hector Berlioz, <i>Benvenuto Cellini<\/i>, repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille, est semble-t-il un manifeste de cette harmonie artistique.<\/p>\n<p>L&rsquo;intrigue est simple\u00a0: un homme boh\u00e8me, personnage \u00e9ponyme, artiste et vagabond c\u00e9l\u00e8bre, s&rsquo;\u00e9prenant d&rsquo;une jeune fille promise \u00e0 l&rsquo;artiste acad\u00e9mique Fieramosca, va se confronter \u00e0 plusieurs d\u00e9fis, celui de conqu\u00e9rir sa belle Teresa, et celui de livrer en une nuit, une commande papale\u00a0; un immense Pers\u00e9e d&rsquo;or. La toile de fond est celle du Carnaval de Florence. Le spectacle ne pouvait donc qu&rsquo;annoncer un voyage haut en couleur en Italie, \u00e9ternel berceau de chaleur et de joie. C&rsquo;est avec brio que Philippe Jordan, directeur musical, et Terry Gillia, metteur en sc\u00e8ne, parviennent en effet \u00e0 nous faire d\u00e9couvrir cet op\u00e9ra trop longtemps m\u00e9connu.<\/p>\n<p>Les artistes d\u00e9ambulent, vont et viennent dans un d\u00e9cor classique rendant bien l&rsquo;atmosph\u00e8re des rues de Florence anim\u00e9e par l&rsquo;agitation du carnaval. Les duos amoureux s&rsquo;enchainent avec d\u00e9lice, ponctu\u00e9s parfois de comique de situation\u00a0: Fieramosca se dissimule derri\u00e8re tous les objets possibles de l&rsquo;appartement de Teresa pour \u00e9viter que les deux amants, en train de se d\u00e9clarer leur flamme, ne le surprennent. Le trio devient alors burlesque emp\u00eachant ainsi \u00e0 la sc\u00e8ne d&rsquo;amour de tomber dans le pathos. A ces sc\u00e8nes l\u00e9g\u00e8res, vient s&rsquo;ajouter la pr\u00e9sence des ch\u0153urs, particuli\u00e8rement exploit\u00e9e chez Berlioz, qui n&rsquo;est pas sans imposer une certaine solennit\u00e9 \u00e0 cet op\u00e9ra qui devient alors une ode \u00e0 la joie et \u00e0 la puissance. La mise en sc\u00e8ne, au fur et \u00e0 mesure de la repr\u00e9sentation, est de plus en plus grandiose\u00a0: \u00e0 noter, l&rsquo;entr\u00e9e magistrale du Pape sur un char brillant, accompagn\u00e9 d&rsquo;un simulacre de gardes, ou encore cette sc\u00e8ne finale o\u00f9 les ch\u0153urs apr\u00e8s avoir f\u00eat\u00e9 les jongleurs d\u00e9lur\u00e9s et autres artistes du carnaval, c\u00e9l\u00e8brent la gargantuesque statue faite par Cellini.\u00a0Aussi, cet op\u00e9ra est-il un v\u00e9ritable voyage musical et un spectacle pour les yeux, confinant parfois \u00e0 une folie bienfaitrice car jubilatoire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Chomard<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00ab\u00a0Au peuple romain donne, un op\u00e9ra nouveau\u00a0\u00bb cette phrase prononc\u00e9e par Benvenuto Cellini dans le premier tableau (quatre au total) pourrait parfaitement r\u00e9sumer les 3h30 avec entracte de \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb qui nous ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 voir en ce samedi soir. Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille jusqu&rsquo;au 14 avril, cet op\u00e9ra \u00e9ponyme puise son inspiration des M\u00e9moires de l&rsquo;orf\u00e8vre florentin. Sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation en septembre 1838 avait valu \u00e0 Hector Berlioz de nombreuses critiques, une \u00ab\u00a0chute \u00e9clatante\u00a0\u00bb de l&rsquo;op\u00e9ra selon ses dires en raison de l&rsquo;exub\u00e9rance du livret \u00e9crit par L\u00e9on de Wailly et Auguste Barbier qui poussa les limites de l&rsquo;absurde et en cela jug\u00e9 incompatible avec un Op\u00e9ra plut\u00f4t acad\u00e9mique.<\/p>\n<p>Presque deux si\u00e8cles se sont \u00e9coul\u00e9s et l&rsquo;on pourrait penser que cet op\u00e9ra &#8211; tant\u00f4t comique voire burlesque tant\u00f4t lyrique vers le grand Op\u00e9ra -, trouverait sa place dans une \u00e9poque o\u00f9 les genres tendent \u00e0 se m\u00ealer. Mais l\u00e0 encore, les avis divergent.<\/p>\n<p>Pour ma premi\u00e8re exp\u00e9rience \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra, cette mise en sc\u00e8ne fut pour le moins inattendue, bien qu&rsquo;elle soit l&rsquo;oeuvre de Terry Gilliam, ancien membre des Monty Python et r\u00e9alisateur entre autres de <i>L&rsquo;Arm\u00e9e des douze singes<\/i> ou de <i>Las Vegas Parano<\/i>. Le ton est donn\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;ouverture du premier tableau ; lancers de confettis sur le public et lumi\u00e8re circassienne. Pouss\u00e9 \u00e0 son apog\u00e9e lors du deuxi\u00e8me tableau dit \u00ab\u00a0mardi gras\u00a0\u00bb o\u00f9 la foule danse, chante en choeur accompagn\u00e9e de funambules et d&rsquo;un arlequin modernis\u00e9 pratiquant la pyrotechnie. Ce carnaval aussi fabuleux que grotesque s&rsquo;approprie l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne et de la salle en nous \u00e9merveillant. La folie berliozienne s&rsquo;associe \u00e0 celle de Terry Gilliam pour nous offrir un moment dont il est parfois difficile de cerner la nature.<\/p>\n<p>Par ces multiples effets de grandiose, la trame amoureuse tend \u00e0 s&rsquo;effacer entre Cellini (John Osborn) et Teresa (Pretty Yende) convoit\u00e9e par Fieramosca (Audun Iversen), un artiste acad\u00e9mique de la ville. De m\u00eame que leurs voix, ce qui est pour le moins regrettable, notamment celle de la soprano Pretty Yende qui vous transcende par ses notes cristallines ou celle du t\u00e9nor am\u00e9ricain John Osborn, seul chanteur par ailleurs dont on arrivait \u00e0 saisir les paroles.<\/p>\n<p>N&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 certains, le public de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ressort de la salle conquis. Par son traitement sc\u00e9nique atypique pour un op\u00e9ra, <i>Benvenuto Cellini<\/i> repr\u00e9sente une merveilleuse occasion pour les non-initi\u00e9s de franchir les portes d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Samantha Demay<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Pour ceux \u00e0 qui manquerait d\u00e9j\u00e0 le Carnaval de Venise, l&rsquo;op\u00e9ra Bastille ouvre ses portes \u00e0 un autre carnaval : celui de Rome au XVIe si\u00e8cle, m\u00e9lange d&rsquo;euphorie et de rires, dirig\u00e9 par le talent de Berlioz. En cette p\u00e9riode o\u00f9 tout est permis, le sculpteur Benvenuto Cellini, interpr\u00e9t\u00e9 par John Osborn, se voit passer une commande de taille\u00a0: il doit r\u00e9aliser une statue de Pers\u00e9e destin\u00e9e au Pape. Mais il a bien du mal \u00e0 ne pas se laisser distraire par la musique endiabl\u00e9e et les plaisirs alcoolis\u00e9s du carnaval, ainsi que par la fille du tr\u00e9sorier du pape, Teresa. Balducci, son p\u00e8re, aimerait la voir pousser Fieramosca, un sculpteur acad\u00e9mique, oppos\u00e9 en tous points au g\u00e9nie flamboyant de Cellini.<\/p>\n<p>Ce dernier projette donc de profiter de l&rsquo;euphorie du carnaval pour enlever sa belle\u00a0: mais au milieu des d\u00e9cors exub\u00e9rants qui nous transportent en pleine bouffonnerie f\u00e9\u00e9rique, la situation tourne court. Fieramosca tente d&#8217;emp\u00eacher la fuite des deux amants, et la farce vire \u00e0 la trag\u00e9die lorsque l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de Fieramosca est poignard\u00e9 par Cellini. Profitant de la confusion de la fin du carnaval, celui-ci parvient \u00e0 s&rsquo;enfuir mais il est toujours poursuivi par la justice. Le pape &#8211; plus exub\u00e9rant mais surtout plus amoureux de l&rsquo;art que jamais &#8211; lui propose alors un march\u00e9\u00a0: il doit finir la statue de Pers\u00e9e pour le lendemain s&rsquo;il veut retrouver sa libert\u00e9 et son amante.<\/p>\n<p>Cellini se jette \u00e0 corps perdu dans le travail\u00a0: propuls\u00e9 dans l&rsquo;atelier du sculpteur, entrain\u00e9 par les chants des ouvriers, le spectateur suit avec f\u00e9brilit\u00e9 la r\u00e9alisation de la statue. Un ultime obstacle se pr\u00e9sente\u00a0: il n&rsquo;y a pas assez de m\u00e9tal pour finir la statue. Dans un \u00e9lan de d\u00e9sespoir et de ferveur, Benvenuto Cellini d\u00e9cide de sacrifier ses anciennes \u0153uvres et de les fondre toutes pour pouvoir finir son Pers\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Cette fin sublime, qui nous mettrait presque la larme \u00e0 l&rsquo;\u0153il, se transforme, comme le carnaval, en une heureuse farce\u00a0: la statue d\u00e9voil\u00e9e sous les yeux du public est tellement colossale&#8230; qu&rsquo;on ne voit que ce qui est en dessous de la taille. Berlioz m\u00eale ainsi le haut et le bas, le sublime et la farce.<\/p>\n<p>Un discours sur l&rsquo;art transparait dans l&rsquo;\u0153uvre\u00a0: comme le carnaval, l&rsquo;art ne doit pas se limiter \u00e0 un registre mais embrasser la diversit\u00e9 qui s&rsquo;offre \u00e0 lui. Le g\u00e9nie r\u00e9side dans le m\u00e9lange, de la joie et du tragique, du s\u00e9rieux et du bouffon.<\/p>\n<p>Mais ce qui permet \u00e0 l&rsquo;art de s&rsquo;exprimer, c&rsquo;est bien \u00e9videmment la passion\u00a0: Cellini, par opposition \u00e0 Fieramosca, repr\u00e9sente la passion, l&rsquo;ardeur cr\u00e9atrice qui ne se limite pas \u00e0 un univers acad\u00e9mique ferm\u00e9. Tout comme le chemin de la r\u00e9alisation de la statue est p\u00e9rilleux, la musique de Berlioz est connue pour \u00eatre parmi les plus savantes et les plus difficiles \u00e0 jouer\u00a0: mais comme Cellini, c&rsquo;est en virtuoses que s&rsquo;en sortent les musiciens.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sol\u00e8ne Varescon<\/h6>\n<pre>Illustration :\u00a0Elspeth Diederix<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | En savoir plus L&rsquo;Op\u00e9ra est le lieu de toutes les rencontres, \u00e0 la crois\u00e9e de tous les arts, il m\u00eale la quintessence de la musique et du chant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2tral, tout en jouant sur un art [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":11081,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,8,29],"tags":[],"class_list":["post-11159","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-opera","category-opera-bastille"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11159","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11159"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11159\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11159"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11159"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11159"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}