{"id":11162,"date":"2018-04-10T20:00:04","date_gmt":"2018-04-10T18:00:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11162"},"modified":"2018-04-10T20:00:04","modified_gmt":"2018-04-10T18:00:04","slug":"la-maladie-de-la-famille-m","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11162","title":{"rendered":"La maladie de la famille M."},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre 13 | <a href=\"http:\/\/www.theatre13.com\/saison\/spectacle\/la-maladie-de-la-famille-m--2\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Th\u00e9\u00e2tre 13 pr\u00e9sentait ce mardi 10 avril, dans une mise en sc\u00e8ne de Simon Fraud, la pi\u00e8ce de Fausto Paravidino, La Maladie de la famille M. C&rsquo;est du point de vue du m\u00e9decin du village que nous est cont\u00e9e l&rsquo;histoire de cette famille dysfonctionnelle, qui, depuis le deuil de la m\u00e8re se d\u00e9lite. Le p\u00e8re Luigi vieillit et devient de plus en plus amer avec ses enfants ; la grande s\u0153ur Marta s&rsquo;est substitu\u00e9e au r\u00f4le de la m\u00e8re et met ses envies de c\u00f4t\u00e9 ; la s\u0153ur cadette Maria cherche r\u00e9confort et s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 aupr\u00e8s de plusieurs amants, sans jamais r\u00e9ussir \u00e0 combler ce vide ; enfin, le fr\u00e8re Gianni, immature, prends des risques pour se sentir vivant et assiste impuissant \u00e0 ce long d\u00e9litement. Le m\u00e9decin du village croise ces trajectoires individuelles pour dresser un tableau g\u00e9n\u00e9ral de ce qu&rsquo;il nomme \u00ab la maladie de la famille M. \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la disposition du public en h\u00e9micycle, l&rsquo;immersion dans l&rsquo;intimit\u00e9 familiale \u00e9tait facilit\u00e9e. Le d\u00e9cor \u00e9tait \u00e0 la fois d&rsquo;une grande beaut\u00e9 et d&rsquo;une grande praticit\u00e9. Au centre si\u00e9geait la table \u00e0 manger, lieu convenu du rapprochement et du partage, qui toutefois accentuera paradoxalement la distance entre les personnages : les personnages n&rsquo;ont jamais aussi peu parl\u00e9 entre eux que lorsqu&rsquo;ils se sont retrouv\u00e9s tous autour de la table. Les sc\u00e8nes de d\u00e9jeuner r\u00e9v\u00e8lent bien l&rsquo;impossible communication entre les diff\u00e9rents membres de la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux autres lieux sont aussi repr\u00e9sent\u00e9s sur sc\u00e8ne : le cabinet du m\u00e9decin \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame gauche et un banc isol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame droite. L&rsquo;action peut donc avoir lieu sans qu&rsquo;aucun changement de d\u00e9cor ne vienne rompre le rythme de la pi\u00e8ce. Les saisons passent, les feuilles d&rsquo;automne jalonnent le sol, la neige tombe, le d\u00e9cor este immuable tandis que ses habitants sombrent. Il suffira pourtant d&rsquo;un second deuil pour r\u00e9veiller les personnages de leur torpeur et que la communication s&rsquo;\u00e9tablisse de nouveau. Le spectacle s&rsquo;est donc achev\u00e9 sur une note plut\u00f4t optimiste : les deux s\u0153urs semblant \u00eatre gu\u00e9ries de leur maladie, envisagent de nouveaux projets de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce a ainsi pu montrer le r\u00f4le paradoxal de la famille, \u00e0 la fois soutien, socle sur lequel se construire, et frein, obstacle \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement personnel. Le tr\u00e8s bon jeu d&rsquo;acteur et la justesse de la mise en sc\u00e8ne ont bien rendu compte de cette complexit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9o Guillou-Keredan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9couverte d&rsquo;un fil que la famille M.\u00a0 \u00e9tait malade ce 10 avril au Th\u00e9\u00e2tre 13. <i>La Maladie de la famille M.<\/i>, de Fausto Paravidino,<i> <\/i>ne traite d&rsquo;ailleurs pas\u00a0d&rsquo;une maladie. Le docteur Cristofolini (Cl\u00e9ment Bernot), \u00ab\u00a0m\u00e9decin de campagne\u00a0\u00bb et narrateur de la pi\u00e8ce, le dit lui-m\u00eame\u00a0: 80% de son travail consiste \u00e0 \u00e9couter ses patients lui raconter leurs d\u00e9boires. Ce psychologue malgr\u00e9 lui nous relate l&rsquo;histoire de la famille M.\u00a0: Maria (Laura Ch\u00e9trit) est, de son propre aveu, une \u00ab\u00a0vraie salope\u00a0\u00bb avec sa s\u0153ur Marta (Andr\u00e9a Brusque) et fuit leur maison d\u00e8s qu&rsquo;elle peut pour retrouver Fulvio (Antoine Berry-Roger), son apathique petit-copain. Quand elle lui parle d&rsquo;amour,\u00a0il se contente de r\u00e9pondre qu&rsquo;ils se supportent mutuellement: il n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9tonnant qu&rsquo;une d\u00e9claration d&rsquo;amour enflamm\u00e9e de Fabrizio (Victor Veyron) \u00e9meuve profond\u00e9ment Maria&#8230; et que s&rsquo;ensuivent bien des quiproquo\u00a0! Gianni (Justin Blanckaert), le fr\u00e8re cadet, se dissipe, lui, entre alcool et fumette&#8230; sans\u00a0perdre sa lucidit\u00e9\u00a0: il per\u00e7oit l&rsquo;abn\u00e9gation Marta qui se sacrifie pour eux et pour leur p\u00e8re Luigi (Boris Ventura Diaz), dont la perte d&rsquo;autonomie a mis \u00e0 mal\u00a0une autorit\u00e9 patriarcale qui n&rsquo;en avait pas besoin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Simon Fraud appuie le d\u00e9sir de fuite contrari\u00e9 des enfants M. en nous permettant de tout embrasser d&rsquo;un\u00a0seul regard: le cabinet du docteur Cristofolini, c\u00f4t\u00e9 jardin, et l&rsquo;abri-bus o\u00f9 se retrouvent Fabrizio, Fulvio et\/ou Maria, c\u00f4t\u00e9 cour, encadrent la maison familiale, au centre de laquelle tr\u00f4ne une longue table tr\u00e8s souvent vide&#8230; Malgr\u00e9 cet univers \u00e9triqu\u00e9 et d\u00e9sert\u00e9, il n&rsquo;y a que le rire qui ait \u00e9t\u00e9 contagieux durant la repr\u00e9sentation. Diff\u00e9rents comiques se m\u00ealent\u00a0: Fabrizio et Fulvio, au cours d&rsquo;une discussion absolument hilarante, sont r\u00e9v\u00e9lateurs de deux mani\u00e8res tr\u00e8s diff\u00e9rentes de consid\u00e9rer les relations amoureuses et sexuelles, les disputes entre s\u0153urs et leurs errances respectives ne manquent pas non plus de nous faire rire, ainsi que la douce ironie du docteur&#8230; C&rsquo;est toutefois le r\u00f4le de Justin Blanckaert, illumin\u00e9 lucide, qui reste \u00e0 nos yeux le plus dr\u00f4le, notamment lorsque, apr\u00e8s un moment de crise, il d\u00e9barrasse la table au son d&rsquo;un op\u00e9ra, en esquissant des pas de danse et en se drapant dans la nappe avec\u00a0une majest\u00e9 de diva&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est remarquable dans <i>La Maladie de la famille M.<\/i>, Fausto Paravidino traite avec humour de th\u00e8mes dramatiques\u00a0: la perte d&rsquo;autonomie d&rsquo;un parent, l&rsquo;inertie des villages sans ressources, mais surtout de\u00a0l&rsquo;incommunicabilit\u00e9 au sein d&rsquo;une famille qui pr\u00e9f\u00e8re se taire plut\u00f4t que de se d\u00e9chirer. Le motif de leur silence, c&rsquo;est l&rsquo;absence, l&rsquo;absence de la m\u00e8re et les circonstances de sa mort, on le sent au regard \u00e9loquent que tous les M. tournent vers sa chaise vide, l&rsquo;une des rares fois o\u00f9 ils s&rsquo;attablent tous ensemble. Malgr\u00e9 ce silence, des moments de gr\u00e2ce subsistent, le temps d&rsquo;une berceuse allemande par exemple, comme pour nous montrer que, si la famille n&rsquo;est pas toujours une sin\u00e9cure, elle est aussi un rem\u00e8de \u00e0 bien des maux&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laurine Sauwens<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce mois d&rsquo;avril 2018, le public du th\u00e9\u00e2tre 13 est amen\u00e9 \u00e0 suivre le th\u00e9\u00e2tre m\u00e9dico-th\u00e9\u00e2tral de <i>La maladie de la famille M<\/i>. Cette pi\u00e8ce de Fausto Paravidino, mise en sc\u00e8ne par Simon Fraud, retrace les souvenirs d&rsquo;un docteur de campagne, m\u00e9decin de la famille M. D&rsquo;abord, seul le vieux p\u00e8re semble \u00eatre le patient. Finalement, toute la famille souffre. Un t\u00e9l\u00e9phone sonne sur sc\u00e8ne, mais il n&rsquo;y a personne au bout du fil. \u00ab\u00a0Qui est-ce?\u201d demande un personnage, \u00ab sans doute quelqu&rsquo;un qui veut faire savoir qu&rsquo;il existe \u00bb r\u00e9pond un autre. Solitude, ennui, angoisse, leurs maux pr\u00e9sentent la trag\u00e9die ordinaire de ceux qui veulent exister sans y parvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors et costumes, peu originaux, incarnent parfaitement un quotidien dramatique et commun. Le jeu coule avec une telle aisance qu&rsquo;on en oublie presque que ce sont des acteurs. Que ce soit les amours d\u00e9\u00e7ues ou compliqu\u00e9es, la lourdeur des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, le poids de la vieillesse, leurs probl\u00e8mes acqui\u00e8rent facilement une dimension universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, la sobri\u00e9t\u00e9 et la vraisemblance des choix de mise en sc\u00e8ne, m\u00eal\u00e9es \u00e0 l&rsquo;humour d\u00e9cal\u00e9 du texte, facilitent l&rsquo;identification et interrogent l&rsquo;existence en elle-m\u00eame. Et si la maladie de la famille M. n&rsquo;\u00e9tait pas simplement la vie humaine?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alice Clabaut<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">LA MALADIE DE LA FAMILLE M, c&rsquo;est des coups d&rsquo;amour et de col\u00e8re, des coups de blues,\u00a0des coups de boule, c&rsquo;est les 400 coups\u00a0de la vie et de la famille&#8230;\u00a0 bref: un coup de c\u0153ur, de\u00a0ma\u00eetre, de chance.\u00a0<b>Fausto Paravidino,<\/b>\u00a0d\u00e9j\u00e0 plus un inconnu en France depuis la mise en sc\u00e8ne de la m\u00eame pi\u00e8ce dans la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise<b>\u00a0(<\/b>2011-2013), a \u00e9crit une histoire tellement vraie que son succ\u00e8s est facilement\u00a0saisissable. Et gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle mise en sc\u00e8ne de Simon Fraud, on a pu la d\u00e9couvrir nous aussi, cette histoire vraie:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a d&rsquo;abord le petit docteur de campagne qui commence \u00e0 parler comme tomb\u00e9 de ciel dans le brouhaha de la salle. D&rsquo;abord la surprise g\u00e9n\u00e9rale, puis l&rsquo;amusement g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: tr\u00e8s vite une ambiance familiale s&rsquo;installe, il fait des blagues, il entre en dialogue avec le public, on rigole ensemble. Et une fois l&rsquo;intimit\u00e9 est \u00e9tablie, on est pr\u00eat \u00e0 \u00eatre emport\u00e9 dans cette histoire de famille et de folie, dont le docteur nous introduit d\u00e9j\u00e0 avec des d\u00e9tails d\u00e9licats de ses clients&#8230; Les phares tournent et voil\u00e0 &#8211; ils sont l\u00e0, les personnages dont le docteur nous a justement d\u00e9voil\u00e9 les secrets. C&rsquo;est d&rsquo;abord\u00a0Maria et Flavio,\u00a0le jeune couple, les deux individus, qui essaient de se parler et d&rsquo;\u00eatre bien ensemble&#8230; et qui n&rsquo;arrivent point. Pourtant, c&rsquo;\u00e9taient des choses si simples qu&rsquo;ils avaient voulu dire, ils voulaient se parler de leur amour et leur incertitude, de leurs besoins et leurs v\u0153ux &#8211; mais ce qui touche \u00e0 l&rsquo;essentiel n&rsquo;est jamais facile \u00e0 aborder. Maria rentre chez elle, bless\u00e9e, et est tout de suite entour\u00e9e par Marta, sa s\u0153ur (-&gt; r\u00e9f\u00e9rence biblique) Mais elle fuit aussit\u00f4t sa s\u0153ur, inexorablement protectrice, et surgit le p\u00e8re, inexorablement patriarche, qui ordonne \u00e0 Marta de r\u00e9veiller le fr\u00e8re, inexorablement macho. On commence \u00e0 se rendre compte qu&rsquo;il y a des probl\u00e8mes dans cette famille, et on constate encore l&rsquo;impuissance de se parler, de s&rsquo;aimer, d&rsquo;\u00eatre bien ensemble. Pourtant, chacun ne veut que cela, et chacun essaie &#8211; mais tout tentative \u00e9choue, on ne se comprend pas. Comment se fait-il qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 se traiter comme on aimerait \u00eatre trait\u00e9 ? Les interrogations que la pi\u00e8ce d\u00e9clenche doivent attendre la fin du spectacle pour \u00eatre trait\u00e9es &#8211; le temps file, les sc\u00e8nes s&rsquo;enchainent, la salle est captiv\u00e9e\u00a0:\u00a0On est en plein milieu, on est hic et nunc,\u00a0et on y vit les merveilles et d\u00e9ceptions des \u00eatres humains dans leur puret\u00e9.<b>\u00a0<\/b>En gardant un rire sur les l\u00e8vres et un clin d&rsquo;\u0153il dans les yeux, on s&rsquo;identifie, on s&rsquo;interroge, on se red\u00e9couvre &#8211; c&rsquo;est\u00a0rafraichissant,\u00a0c&rsquo;est un v\u00e9ritable coup de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sara Maria Rammer<\/h6>\n<pre>Illustration :\u00a0Lucie Sassiat<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre 13 | En savoir plus Le Th\u00e9\u00e2tre 13 pr\u00e9sentait ce mardi 10 avril, dans une mise en sc\u00e8ne de Simon Fraud, la pi\u00e8ce de Fausto Paravidino, La Maladie de la famille M. 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