{"id":11179,"date":"2018-04-10T20:00:06","date_gmt":"2018-04-10T18:00:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11179"},"modified":"2018-04-10T20:00:06","modified_gmt":"2018-04-10T18:00:06","slug":"la-conference-de-choses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11179","title":{"rendered":"La conf\u00e9rence de choses"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Espace 1789 | <a href=\"http:\/\/www.espace-1789.com\/spectacle\/conf\u00e9rence-de-choses\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conf\u00e9rence donn\u00e9e par Pierre Misfud le 10 avril \u00e0 Saint-Ouen a un titre sibyllin\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Conf\u00e9rence de choses<\/i>\u00a0\u00bb. Dans une p\u00e9r\u00e9grination verbale, tenant davantage du chemin escarp\u00e9 que des m\u00e9andres en plaine, Misfud, arm\u00e9 de sa culture oc\u00e9anique, nous entra\u00eene dans un univers o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealent disparition des bisons, enfance de Vivaldi, fabrication des fl\u00e8ches, mouvement des com\u00e8tes et mythologie \u00e9gyptienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, sa conf\u00e9rence de <i>choses <\/i>est \u00e0 comprendre au sens de \u00ab choses et d&rsquo;autres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ensemble est indicible\u00a0: un monde appara\u00eet par le truchement du langage. Sans jamais \u00eatre confus, Misfud trouve des relations, des corr\u00e9lations, des liens entre des \u00e9v\u00e9nements <i>a priori<\/i> distincts. Mais <i>faire le lien<\/i>, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;une des \u00e9tymologies d&rsquo;<i>intelligence\u00a0<\/i>?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Misfud est dans le g\u00e9nie sans jamais vouloir s&rsquo;y trouver v\u00e9ritablement. Avec son intelligence cavalcadante, il parle avec \u00e9rudition, et on l&rsquo;\u00e9coute comme on ouvrirait une encyclop\u00e9die au hasard. C&rsquo;\u00e9tait une conf\u00e9rence de culture g\u00e9n\u00e9rale. Paradoxalement, la culture g\u00e9n\u00e9rale n&rsquo;est pas g\u00e9n\u00e9rale. Elle comprend peu de disciplines, et la plupart y \u00e9taient abord\u00e9es : histoire, g\u00e9ographie, philosophie, po\u00e9sie, mythologie&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon les r\u00e9actions du public, il approfondissait son propos &#8211; on peut imaginer que Misfud est un de ceux dont la lampe de chevet s&rsquo;\u00e9teint le plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est de la race des orateurs et, parmi eux, c&rsquo;est un aristocrate &#8211; au sens grec\u00a0; il est de ceux qui ont une parole jaillissante plus que r\u00e9miniscente. Il tient son public sans note. \u00c0 son arriv\u00e9e, il remonte un minuteur\u00a0: la conf\u00e9rence doit durer 53 mn et 33 secondes. Le temps fut respect\u00e9. Si la conf\u00e9rence a commenc\u00e9 par la r\u00e9citation d&rsquo;un po\u00e8me de Hugo, elle s&rsquo;est achev\u00e9e sur la notion de non-\u00eatre chez Parm\u00e9nide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y avait rien de robotique. La dimension humaine \u00e9tait pr\u00e9sente. Le grand orateur n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement un verbe fluide (dans l&rsquo;histoire des rh\u00e9teurs, il y a une part pour les b\u00e8gues), au point m\u00eame que celui qui l&rsquo;aurait devrait mettre une part de ses dons \u00e0 le rendre moins fluide, parce que la parole doit s&rsquo;humaniser, sans quoi elle para\u00eet trop parfaite et, si elle est parfaite, elle n&rsquo;est plus un art, mais un artifice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Misfud entretient avec la langue un rapport \u00e9namour\u00e9. Tandis qu&rsquo;il parle, une histoire prend vie. Il nous rappelle qu&rsquo;une langue est une repr\u00e9sentation du monde, ce par quoi on le r\u00e9invente.<br \/>\nLa nature n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 avaricieuse \u00e0 son endroit, il est dot\u00e9 d&rsquo;un vocabulaire infini. \u00c0 l&rsquo;instar du poulpe qui, dans l&#8217;embarras, multiplie l&rsquo;encre, Misfud multiplie les mots. Il s\u00e9lectionne des mots dans son viatique langagier et, par voie de cons\u00e9quence, se mutile\u00a0; parce que le mot porte dans l&rsquo;exacte mesure o\u00f9 il sugg\u00e8re ceux auxquels on aurait pu recourir, mais auxquels on a renonc\u00e9 &#8211; de m\u00eame que la statue arrach\u00e9e au marbre nous laisse supposer la duret\u00e9 de la pierre de laquelle on l&rsquo;a extraite. En donnant sa mesure, il conquiert son public dans l&rsquo;addition de ses renoncements, c&rsquo;est-\u00e0-dire de tous ces mots \u00e0 jamais tus.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pierre-Hugues Barr\u00e9<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une exp\u00e9rience originale \u00e0 laquelle Pierre Misfud nous convie, dans cette \u00e9tonnante <i>Conf\u00e9rence de choses<\/i>. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la \u00ab\u00a0salle de droite\u00a0\u00bb de l\u2019espace 1789 de Saint-Ouen, nous nous attendons, comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, \u00e0 y voir un spectacle, avec des \u00e9clairages, de la musique, une sc\u00e9nographie haute en couleur ! Au lieu de cela, nous trouvons une simple table sur sc\u00e8ne, et Pierre Misfud entrant par la salle, avec un sac \u00e0 dos typique des professeurs transportant beaucoup de mat\u00e9riel. L\u2019accroche est saisissante. L\u2019interpr\u00e8te salue le public, et son simple sourire nous r\u00e9jouit d\u00e8s le d\u00e9part. Nous appr\u00e9cions alors l\u2019introduction de son propos, adapt\u00e9e \u00e0 la salle. Le conf\u00e9rencier nous donne des anecdotes qui nous int\u00e9ressent, puis va de digressions en digressions, les mimant parfois, ou les racontant simplement, avec une certaine h\u00e9sitation dans la voix et dans les formulations qui donne vraiment la sensation que nous assistons \u00e0 une conf\u00e9rence, dont le sujet est toutefois instable, in\u00e9dit. La performance \u00e9voque le monologue de Lucky d\u2019<i>En attendant Godot<\/i>, quoique l\u2019absurdit\u00e9 ne r\u00e9side pas tant dans le contenu (toujours v\u00e9ridique) que dans la situation : nous sommes au th\u00e9\u00e2tre, et nous y \u00e9coutons des choses vraies. L\u2019occasion de prendre du recul, en tant qu\u2019universitaires, sur notre comportement si s\u00e9rieux lorsque nous assistons \u00e0 de v\u00e9ritables conf\u00e9rences. Cela\u00a0pourrait m\u00eame \u00eatre nomm\u00e9 une catharsis, du fait de cette mise \u00e0 distance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Rapha\u00ebl Rouzet<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<pre>Illustration :\u00a02b company<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Espace 1789 | En savoir plus La conf\u00e9rence donn\u00e9e par Pierre Misfud le 10 avril \u00e0 Saint-Ouen a un titre sibyllin\u00a0: \u00ab\u00a0Conf\u00e9rence de choses\u00a0\u00bb. 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