{"id":11288,"date":"2018-05-08T20:00:29","date_gmt":"2018-05-08T18:00:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11288"},"modified":"2018-05-08T20:00:29","modified_gmt":"2018-05-08T18:00:29","slug":"a-la-trace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11288","title":{"rendered":"\u00c0 la trace"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national de la Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/a-la-trace\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui ressort d&#8217;embl\u00e9e de la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Anne Th\u00e9ron, c&rsquo;est la structure g\u00e9om\u00e9trique lumineuse qui enferme chaque personnage dans sa case herm\u00e9tique. Les unes et les autres se croisent sans se rejoindre, communiquent \u00e0 travers l&rsquo;espace sans le partager. Dans son impression de spontan\u00e9it\u00e9 travaill\u00e9e, l&rsquo;usage de la vid\u00e9o d\u00e9fie le temps et l&rsquo;atmosph\u00e8re du plateau et brouille les limites entre la capture du virtuel, plus vrai que nature, et le r\u00e9el, menteur et fuyant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce solipsisme exacerb\u00e9 et son esth\u00e9tique postmoderne que viennent crever le bec et les serres de Clara, fascinante Liza Blanchard, narratrice passe-partout \u00e0 la voix p\u00e9n\u00e9trante et cass\u00e9e. L&rsquo;aiglonne, tournoyant dans son vide int\u00e9rieur, sillonne la France et l&rsquo;Europe \u00e0 la recherche de la porteuse d&rsquo;un nom, mais en d\u00e9couvre plusieurs. Celles-ci se d\u00e9clinent, sous le jeu de Judith Henry, en des figures professionnelles \u00e9clectiques et oppos\u00e9es\u00a0: une chanteuse de cabaret d\u00e9senchant\u00e9e, une avocate de la d\u00e9fense de l&rsquo;ind\u00e9fendable, une \u00e9cologiste marginale qui s&rsquo;est trouv\u00e9e dans la fuite de notre soci\u00e9t\u00e9 technocrate, et enfin l&rsquo;inventrice d&rsquo;une m\u00e9thode avant-gardiste d&rsquo;audio-psychoth\u00e9rapie qui replonge ses patientes dans le bain sonore de la vie f\u0153tale. Clara en apprendra plus de leur diversit\u00e9 que de l&rsquo;aboutissement de sa qu\u00eate, s&rsquo;imaginant fille de l&rsquo;une ou de l&rsquo;autre, et les prenant tour \u00e0 tour comme mod\u00e8le ou repoussoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La migration de Clara s&rsquo;entrecoupe de la fuite en avant d&rsquo;une marchande d&rsquo;art solitaire &#8211; Nathalie Richard &#8211; qui \u00e9cume le monde entier pour mieux s&rsquo;y perdre. Via la toile d&rsquo;Internet, tiss\u00e9e et d\u00e9chir\u00e9e par ses connexions et d\u00e9connexions sauvages, elle c\u00f4toie des compatriotes, expatri\u00e9s ou infid\u00e8les, en recherche de relations humaines. Sous la cam\u00e9ra de Th\u00e9ron, le charme serein d&rsquo;Alex Descas et l&rsquo;effroyable intensit\u00e9 de Wajdi Mouawad, entre autres, prennent plus de corps et de r\u00e9alit\u00e9 que la femme perturb\u00e9e, clo\u00eetr\u00e9e dans ses chambres d&rsquo;h\u00f4tels, qui se punit d&rsquo;une faute pass\u00e9e en s&#8217;emp\u00eachant de vivre. Elle se raconte, ment, se cache et se d\u00e9voile dans un chass\u00e9-crois\u00e9 n\u00e9vrotique dont ses contacts tentent de la faire sortir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un coup au c\u0153ur qu&rsquo;<i>\u00c0<\/i>\u2009<i>la<\/i>\u2009<i>trace<\/i> d&rsquo;Alexandra Badea. Aussi intime que discr\u00e8tement politique, elle met en exergue ce qu&rsquo;Antoinette Fouque soulignait comme la seule lign\u00e9e s\u00fbre et certaine, cr\u00e9atrice de toute l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0: celle d&rsquo;une femme qui engendre une fille qui deviendra une femme qui engendrera une fille qui deviendra une femme qui&#8230; Si le lien para\u00eet fluide et sans heurt, baign\u00e9 dans la\u00a0l\u00e9gende fantasmatique\u00a0d&rsquo;une douceur \u00ab\u00a0typiquement f\u00e9minine\u00a0\u00bb, l&rsquo;autrice et les com\u00e9diennes nous font toucher du doigt la douleur cuisante de ce mythe\u00a0: dans une soci\u00e9t\u00e9 encore patriarcale o\u00f9 les grossesses limitent et entravent l&rsquo;ind\u00e9pendance des femmes, tuent leurs r\u00eaves et sont prises pour la seule mesure de leur valeur humaine, la maternit\u00e9 cristallise toutes les angoisses d&rsquo;\u00e9touffement et de r\u00e9p\u00e9tition des traumatismes perp\u00e9tr\u00e9s et subis.<\/p>\n<p>La collaboration de Badea et Th\u00e9ron, commanditaire et inspiratrice de la pi\u00e8ce, recr\u00e9e toutefois les liens bris\u00e9s et suscite l&rsquo;espoir d&rsquo;un cicatriciel \u00e0 m\u00eame de r\u00e9parer, enfin, ce matriciel bless\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Harmony Devillard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une femme, sa fille, sa m\u00e8re. Dans sa pi\u00e8ce <i>\u00c0 la trace<\/i>, mise en sc\u00e8ne par Anne Th\u00e9ron et pr\u00e9sent\u00e9e ce mois de mai au th\u00e9\u00e2tre de la Colline, Alexandra Badea interroge les rapports filiaux m\u00e8re-fille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but, les sc\u00e8nes alternent entre, d&rsquo;une part, Anna, la femme ind\u00e9pendante et solitaire qui, des quatre coins du monde, discute par webcam avec des hommes rencontr\u00e9s sur un r\u00e9seau social en r\u00e9inventant continuellement sa vie et, d&rsquo;autre part, Clara, la jeune femme qui piste des femmes r\u00e9pondant toutes au m\u00eame nom, dans le but de retrouver la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb Anna Girardin. On devine imm\u00e9diatement le lien entre les deux femmes. Une m\u00e8re qui n&rsquo;est pas m\u00e8re. Une fille qui cherche sa m\u00e8re tout en en ayant une.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;atmosph\u00e8re est lourde, grave. Les faits, en apparence, semblent tout d&rsquo;abord assez anodins. Plus la pi\u00e8ce se d\u00e9roule, plus la profondeur du bouleversement se fait sentir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette distribution essentiellement f\u00e9minine, les hommes ne sont pas vraiment pr\u00e9sents. Ils agissent uniquement comme des agents ext\u00e9rieurs, catalyseurs seconds du drame f\u00e9minin qui se joue sur sc\u00e8ne. Ainsi, c&rsquo;est \u00e0 la mort de son p\u00e8re que Clara d\u00e9couvre les documents qui la font partir sur les traces d&rsquo;Anna. Du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Anna, les dialogues successifs avec ses interlocuteurs-vid\u00e9o font peu \u00e0 peu se fissurer la fa\u00e7ade du personnage qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait construit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix d&rsquo;int\u00e9grer de longs passages de vid\u00e9o se r\u00e9v\u00e8le r\u00e9solument moderne et subtil. Sur le plan sc\u00e9nographique, il d\u00e9note une recherche esth\u00e9tique certaine\u00a0: la vid\u00e9o se fond parfaitement dans l&rsquo;ambiance sombre et g\u00e9om\u00e9trique du d\u00e9cor. De plus, le m\u00e9dium est trait\u00e9 avec pertinence, une fois la dynamique \u00ab\u00a0discussion par webcam\u00a0\u00bb assimil\u00e9e par le spectateur, la prise de vue prend ses propres libert\u00e9s avec le r\u00e9alisme, offrant une image \u00e0 la fois plus po\u00e9tique et plus efficace, tout \u00e0 fait en harmonie avec l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;espace th\u00e9\u00e2tral. Mais, au-del\u00e0 de la simple esth\u00e9tique, ce choix fonctionne aussi d&rsquo;un point de vue dramaturgique. En effet, la discussion d&rsquo;Anna Girardin avec la vid\u00e9o \u00ad\u00ad- qui, il faut le signaler, a tout d&rsquo;une conversation r\u00e9elle dans l&rsquo;encha\u00eenement des r\u00e9pliques &#8211; rend plus tangible l&rsquo;isolement de celle-ci et le cheminement de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor se partage entre deux espaces d&rsquo;opposition dialogique. L&rsquo;un, ext\u00e9rieur, compos\u00e9 de rang\u00e9es en vis-\u00e0-vis de si\u00e8ges en m\u00e9tal d&rsquo;a\u00e9roport ou de gare, figure un lieu de passage. L&rsquo;autre, une structure m\u00e9tallique qui forme une suite de pi\u00e8ces cubiques sur plusieurs \u00e9tages, montre diff\u00e9rents espaces int\u00e9rieurs, diff\u00e9rents foyers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La rencontre in\u00e9vitable se fait finalement au bout du monde, chez la m\u00e8re de la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb Anna Girardin, que celle-ci revient voir apr\u00e8s trois d\u00e9cennies d&rsquo;absence. C&rsquo;est un peu comme si, en acceptant de redevenir fille, Anna laissait enfin la possibilit\u00e9 \u00e0 sa propre fille de la retrouver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce se cl\u00f4t sur le regard qu&rsquo;\u00e9changent Anna et Clara, chacune pronon\u00e7ant une fois le pr\u00e9nom de l&rsquo;autre comme si elles se reconnaissaient. Mais, alors que le noir se fait sur sc\u00e8ne, une question s&rsquo;impose, sans r\u00e9ponse : que vont-elles trouver en se retrouvant\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elodie Ruhier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longtemps pass\u00e9 sous silence, le point de vue f\u00e9minin sur la maternit\u00e9 est mis \u00e0 l&rsquo;honneur dans les cr\u00e9ations contemporaines. Le printemps pass\u00e9, l&rsquo;Od\u00e9on pr\u00e9sentait <i>Un amour impossible<\/i> et <i>Le Testament de Marie<\/i>. \u00c0 l&rsquo;affiche au th\u00e9\u00e2tre de la Colline ce mois-ci, <i>\u00c0 la trace<\/i> est n\u00e9 du souhait exprim\u00e9 par Anne Th\u00e9ron \u00e0 la dramaturge Alexandra Badea de mettre en sc\u00e8ne un texte traitant de la relation m\u00e8re-fille. Mais en d\u00e9pit de cette ambition sinc\u00e8rement f\u00e9ministe, le message ne touche et ne convainc pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9pop\u00e9e moderne construite en diptyque, l&rsquo;histoire est celle de deux femmes qui parcourent le monde. \u00ab\u00a0Voyage initiatique\u00a0\u00bb pour l&rsquo;une, jeune, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 \u00e9lucider le secret de son p\u00e8re r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en recherchant une femme li\u00e9e \u00e0 son pass\u00e9 et dont elle ne conna\u00eet que le nom. \u00ab\u00a0Parcours de gu\u00e9rison\u00a0\u00bb pour l&rsquo;autre, qui voyage depuis plusieurs d\u00e9cennies pour \u00e9chapper \u00e0 son pass\u00e9. \u00c9videmment, les deux routes finissent par se croiser, et Clara d\u00e9couvre que la \u00ab\u00a0Anna\u00a0\u00bb poursuivie n&rsquo;est autre que sa m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nouvelles technologies sont mises \u00e0 profit pour mat\u00e9rialiser dans l&rsquo;espace sc\u00e9nique la pr\u00e9sence, l&rsquo;absence et la distance. Anna trompe l&rsquo;insomnie sur les r\u00e9seaux sociaux, en discutant virtuellement avec des hommes. D\u00e9sabus\u00e9e, elle invente chaque soir de nouveaux mensonges et distille petit \u00e0 petit quelques fragments de v\u00e9rit\u00e9. Le d\u00e9cor se limite \u00e0 un building un peu froid compos\u00e9 de neuf unit\u00e9s cubiques qui servent alternativement de chambres d&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 Anna et d&rsquo;\u00e9crans o\u00f9 projeter l&rsquo;image des hommes en ligne derri\u00e8re leur webcam depuis l&rsquo;autre bout du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une intrigue un poil tir\u00e9e par les cheveux donc, men\u00e9e comme une fable \u00e0 travers l&rsquo;Occident contemporain de la mondialisation dans lequel les individus sont \u00e0 la fois connect\u00e9s et atomis\u00e9s, galvanis\u00e9s par leur libert\u00e9 et obs\u00e9d\u00e9s par la question de leur identit\u00e9. Je regrette le ton somme toute convenu et parfois excessivement path\u00e9tique d&rsquo;une boh\u00e8me en mal de rep\u00e8res, \u00e0 force de passer son temps dans les a\u00e9roports, et obnubil\u00e9e par ses propres blessures. Rien de fondamentalement neuf dans ce drame bourgeois\u00a0: l&rsquo;enjeu est toujours celui de la filiation dans le cadre d&rsquo;une famille nucl\u00e9aire certes particuli\u00e8rement \u00e9clat\u00e9e, mais celle-l\u00e0 m\u00eame sur laquelle Freud a fond\u00e9 sa psychanalyse. \u00c9mue par un amant num\u00e9rique, Anna se rend compte qu&rsquo;apr\u00e8s trente-trois ans il est encore temps de rentrer demander pardon \u00e0 sa m\u00e8re de l&rsquo;avoir abandonn\u00e9e (faisant d&rsquo;une pierre deux coups elle y retrouve \u00e9galement sa fille &#8211; \u00e9galement abandonn\u00e9e). \u00ab\u00a0Quand on aime vraiment, on se barre\u00a0\u00bb, clame Anna avant de r\u00e9aliser que cela n&rsquo;\u00e9tait que temps perdu. Le voyage n&rsquo;est qu&rsquo;une fuite vaine qui ne remet nulle certitude en question. \u00c0 la fin, ce qu&rsquo;on y reconna\u00eet, c&rsquo;est encore soi, un soi r\u00e9concili\u00e9 avec son \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb int\u00e9rieur qui avait caus\u00e9 le d\u00e9part. Esp\u00e9rons qu&rsquo;il y ait des mani\u00e8res moins fragiles, moins n\u00e9vrotiques et moins caricaturales de plaider la cause de l\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Justine Leret<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00a0\u00c0 la trace<\/i> est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Alexandra Badea, mise en sc\u00e8ne par Anne Th\u00e9ron et produite par le th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg. Elle fut repr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Colline par la compagnie Les Productions Merlin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une jeune femme, Clara, recherche une autre femme, Anna Girardin dont elle ne conna\u00eet rien sauf le sac \u00e0 main et la carte \u00e9lectorale que son p\u00e8re a conserv\u00e9e dans sa cave jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. \u00c0 travers la rencontre de parfaits inconnus, les deux femmes inspectent, testent les liens qui les relient aux \u00eatres aim\u00e9s pour finalement se retrouver face \u00e0 leur pass\u00e9 lourd que l&rsquo;une cherche \u00e0 fuir et l&rsquo;autre \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette pi\u00e8ce, Alexandra Badea interroge et \u00e9tudie les liens de l&rsquo;amour, surtout ceux de l&rsquo;amour maternel et montre le pouvoir destructeur et cr\u00e9ateur de ces liens, leur capacit\u00e9 \u00e0 rendre heureux autant que malheureux. Elle met \u00e9galement en avant le besoin d&rsquo;attention constant qu&rsquo;engendre cet amour. Au fil des g\u00e9n\u00e9rations, ces liens de l&rsquo;amour qui relient trois femmes entre elles sont tellement forts qu&rsquo;ils poussent \u00e0 la s\u00e9paration et \u00e0 la souffrance. Une femme \u00e9vite sa m\u00e8re pendant 33 ans car elle ne supporte pas son manque d&rsquo;attention. Elle abandonne sa fille de deux ans dix ans apr\u00e8s car elle craint de devenir cette m\u00e8re inattentive. Finalement, la grand-m\u00e8re, la m\u00e8re et la fille finissent par se retrouver\u00a0; elles arrivent \u00e0 surmonter un pass\u00e9 br\u00fblant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de cette pi\u00e8ce fut particuli\u00e8rement int\u00e9ressante\u00a0: la sc\u00e8ne fut s\u00e9par\u00e9e en neuf boxes empil\u00e9s, comme un immeuble dont une fa\u00e7ade aurait \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e pour cr\u00e9er des fen\u00eatres vers diff\u00e9rents univers. Devant, il y avait la sc\u00e8ne centrale qui jouait avec les boxes. Les com\u00e9diens parlaient dans des micros ce qui leur permettait de chuchoter ou d&rsquo;avoir un ton inhabituel au th\u00e9\u00e2tre. Beaucoup de sc\u00e8nes jouaient avec une projection vid\u00e9o repr\u00e9sentant un dialogue entre deux personnages via r\u00e9seaux sociaux. Un jeu tr\u00e8s int\u00e9ressant se mettait en place car le spectateur pouvait avoir l&rsquo;impression que l&rsquo;homme film\u00e9 (qui regardait la cam\u00e9ra de son ordinateur), dont la silhouette \u00e9tait projet\u00e9 sur les boxes, regardait la femme (positionn\u00e9e sur le devant de la sc\u00e8ne) \u00e0 qui il parlait via son ordinateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les questions que posent cette pi\u00e8ce sont int\u00e9ressantes, elles sont pr\u00e9sent\u00e9es selon moi dans une histoire trop banale pour des interrogations aussi r\u00e9currentes. Beaucoup de d\u00e9tails sont rest\u00e9s pour moi trop n\u00e9glig\u00e9s. Par exemple, l&rsquo;univers de la pi\u00e8ce est simpliste\u00a0; c&rsquo;est un monde o\u00f9 les seuls m\u00e9tiers possibles sont avocat, architecte, marchand d&rsquo;art et o\u00f9 les gens ont tous des m\u00e9tiers qui leur permettent de voyager constamment aux quatre coins du globe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, je dirais que cette pi\u00e8ce propose une mise en sc\u00e8ne originale mais cr\u00e9e un monde fade qui manque d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9na Piveteau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en connaisseur des textes d&rsquo;Alexandra Bad\u00e9a que je me suis rendu au th\u00e9\u00e2tre de la Colline. Je l&rsquo;ai d\u00e9couverte \u00e0 travers sa premi\u00e8re \u0153uvre, <i>Contr\u00f4le d&rsquo;identit\u00e9:Mode d&#8217;emploi:Burnout<\/i>, et sa plus r\u00e9cente <i>Celle qui regarde le monde<\/i>. Outre les sujets tr\u00e8s actuels qu\u2019apporte Alexandra Bad\u00e9a, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9criture tr\u00e8s libre, na\u00efve, \u00e0 la limite du quotidien, mais avec des intrigues extraordinaires et un sens po\u00e9tique, \u00e0 laquelle je me suis accroch\u00e9. Cependant, la mise en sc\u00e8ne, d&rsquo;Anne Th\u00e9ron annule toute l&rsquo;alchimie. Dans <i>A la trace<\/i>, on suit l&rsquo;enqu\u00eate fr\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;une jeune femme qui tente de retrouver sa m\u00e8re biologique. Elle n&rsquo;a comme point de d\u00e9part qu&rsquo;une carte \u00e9lectorale avec le nom Anna Girardin. Si on salue une production exclusivement f\u00e9minine, on d\u00e9plore une direction sans vie des actrices qui ont l&rsquo;air de subir les effets techniques de mise en sc\u00e8ne, comme le microtage qui n&rsquo;est pas travaill\u00e9. Le souci est qu&rsquo;on est obnubil\u00e9 par ces d\u00e9tails techniques et on ne re\u00e7oit pas l&rsquo;esth\u00e9tique des tableaux. L&#8217;emploi de la vid\u00e9o pour reproduire les discussions par skype est tellement r\u00e9p\u00e9titif qu&rsquo;on se demande pourquoi ne pas avoir fait directement un film. D&rsquo;autant plus que les vues ne sont pas \u00e0 travers la cam\u00e9ra des appareils mais en vue fixe objective. L&rsquo;effet est soutenu jusqu&rsquo;\u00e0 la fin avec le d\u00e9filement d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9rique qui fait t\u00e9l\u00e9film. On touche le point sensible de cette mise en sc\u00e8ne, pourtant r\u00e9fl\u00e9chie avec l&rsquo;autrice, qui est la banalisation. Alors que le texte donne \u00e9norm\u00e9ment de clefs pour nuancer les personnages et les situations, on a l&rsquo;impression de suivre tour \u00e0 tour les m\u00eames interventions avant le d\u00e9nouement final connu d&rsquo;avance. On tombe dans une forme bancale qui laisse le public perplexe.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sa\u00efd Heniau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Le cordon tronqu\u00e9<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>A la trace<\/i> est une rencontre entre deux femmes\u00a0: Alexandra Badea, \u00e9crivaine, et Anne Th\u00e9ron, metteure en sc\u00e8ne. La pi\u00e8ce tisse un placenta parfois difficile \u00e0 percer qui emprisonne un secret : celui de la maternit\u00e9. La pi\u00e8ce d\u00e9marre comme une chasse \u00e0 la femme mais abandonne cette fausse-piste de thriller pour se concentrer \u00e0 retracer en parall\u00e8le les trajectoires de qu\u00eate d&rsquo;identit\u00e9, de retour aux origines d&rsquo;Anna Girardin, une femme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es et de la jeune \u00e9tudiante Clara.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fil de sa qu\u00eate obsessionnelle et initiatique Clara se rapproche de cette femme que son d\u00e9funt p\u00e8re aurait connue et qui n&rsquo;est autre que sa m\u00e8re. En cherchant \u00e0 percer le secret de son p\u00e8re elle rencontre des femmes aux histoires tragiques dont les larmes ne peuvent d\u00e9sormais couler qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Une des Anna Girardin pr\u00e9sum\u00e9es a perdu son enfant lors d&rsquo;une fausse couche, une autre, lesbienne, ne voyait pas son corps comme capable de donner la vie. Les monologues de vie dissimulent au d\u00e9tour d&rsquo;un mensonge une v\u00e9rit\u00e9 indicible\u00a0: \u00eatre m\u00e8re peut \u00eatre une rencontre manqu\u00e9e avec son enfant. L&rsquo;amour est l\u00e0, inconditionnel, mais le lien n&rsquo;a pu se faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les grands absents de cette pi\u00e8ce sont bien les hommes, r\u00e9duits \u00e0 des fant\u00f4mes perturbants, des hommes-objets par webcams, des confidents d&rsquo;un soir, des amours d\u00e9\u00e7ues qui font dire \u00e0 une des Anna Girardin\u00a0: \u00ab\u00a0quand on aime on se barre\u00a0\u00bb. Faire des enfants telles des Amazones pour peupler l&rsquo;humanit\u00e9 renie le principe m\u00eame de donner la vie\u00a0: faire un \u00eatre qui nous ressemble, une \u00e2me \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 guider.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie de la pi\u00e8ce, \u00e0 mi-chemin entre le film et le th\u00e9\u00e2tre, rend la solitude de ces Anna Girardin visible par la compartimentation du d\u00e9cor en chambres d&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 impersonnelle. La v\u00e9ritable Anna Girardin, citoyenne du monde et de nulle part, peut \u00eatre vue comme le double de Blanche dans <i>Un tramway nomm\u00e9 d\u00e9sir<\/i>, vivant dans son univers d&rsquo;illusions et distillant des mensonges et une once de v\u00e9rit\u00e9. Sa trajectoire la porte \u00e0 retourner au bout du monde, chez elle, \u00e0 Saint-Pierre et Miquelon pour retrouver sa m\u00e8re. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elle voit sa fille, Clara, abandonn\u00e9e sur un pont avant sa tentative de suicide. M\u00e8re et fille s&rsquo;entrevoient \u00e0 mi-chemin. Anna est revenue vers le ventre de la m\u00e8re alors que Clara a pris son envol pour retrouver ses racines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle perd pourtant en intensit\u00e9 \u00e0 cause d&rsquo;une organisation trop r\u00e9p\u00e9titive et tout en longueur qui ne voit que la m\u00e8re rat\u00e9e\/l&rsquo;enfant perdu au lieu de l&rsquo;intimit\u00e9 d&rsquo;un portrait de femme. Devenir m\u00e8re est un d\u00e9fi mais surtout une extension de soi-m\u00eame comme le disait si joliment Fran\u00e7oise Sagan\u00a0: \u00ab\u00a0je sais ce que c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre un arbre avec une nouvelle branche : c&rsquo;est d&rsquo;avoir un enfant \u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Victoria Robert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce mois de mai 2018, le Th\u00e9\u00e2tre de la Colline et ses spectateurs partent \u00ab\u00a0\u00e0 la trace\u00a0\u00bb d\u2019Anna Girardin, gr\u00e2ce \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019Anne Th\u00e9ron du texte d\u2019Alexandra Badea. Au d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re, une jeune femme nomm\u00e9e Clara, tombe sur un sac contenant la carte \u00e9lectorale d\u2019une certaine Anna Girardin. Elle d\u00e9cide de partir \u00e0 sa recherche. Elle rencontre quatre Anna Girardin avant de trouver la bonne. M\u00e9decin, avocate, chanteuse ou encore femme \u00abnormale\u00bb, ces quatre all\u00e9gories de vie de femmes sont comme quatre \u00e9tapes dans le destin et l\u2019identit\u00e9 de Clara. Comme dans toute qu\u00eate initiatique, ce n\u2019est pas tant la fin que le chemin parcouru qui compte. La recherche de Clara est entrecoup\u00e9e par les d\u00e9boires d\u2019une femme, comblant sa solitude par de longues discussions en ligne avec quatre inconnus aux caract\u00e8res diff\u00e9rents, du pragmatique au po\u00e9tique. Cette femme se livre \u00e0 ces hommes par des mensonges, m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 des aveux. Peu int\u00e9ress\u00e9e par eux, ils lui sont surtout un pr\u00e9texte pour reconstruire sa propre identit\u00e9. Finalement, cette femme et Clara se rencontrent et se d\u00e9couvrent m\u00e8re et fille. C\u2019est elle la Anna Girardin. Le d\u00e9cor est particuli\u00e8rement bien pens\u00e9. Dans une sorte d\u2019\u00e9chafaudage se dessinent plusieurs atmosph\u00e8res. Bar, chambre d\u2019h\u00f4tel, cabinet m\u00e9dical, \u2026 chaque partie s\u2019allume et s\u2019\u00e9teint au fur et \u00e0 mesure de l\u2019enqu\u00eate. Cet \u00e9chafaudage est couvert d\u2019une mati\u00e8re transparente, lui permettant de se transformer en \u00e9cran lors des discussions en ligne. De ce fait, les hommes ne sont pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne qu\u2019au moyen du virtuel. Anne Girardin semble ainsi flirter avec une fiction qu\u2019elle se construit, alors que Clara rencontre la r\u00e9alit\u00e9, la r\u00e9alit\u00e9 de femmes. Les actrices sont munies de micro sans fil. Ce dispositif non seulement assure une continuit\u00e9 dans la dimension cin\u00e9matographique propos\u00e9e par l\u2019\u00e9cran, mais surtout donne aux voix des acteurs un son feutr\u00e9, plus intime et tragique, qui colle tout \u00e0 fait avec l\u2019esth\u00e9tique et l\u2019ambiance g\u00e9n\u00e9rale de la pi\u00e8ce. Finalement, par son atmosph\u00e8re contemporaine et pesante, <i>A la trace<\/i> rapproche la recherche de r\u00e9ponses des personnages de celle d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de femmes confront\u00e9es aux difficult\u00e9s de la maternit\u00e9, tant en que m\u00e8re qu\u2019en tant qu\u2019enfant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alice Clabaut<\/h6>\n<pre>Photographie :\u00a0Jean-Louis Fernandez<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national de la Colline | En savoir plus Ce qui ressort d&#8217;embl\u00e9e de la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Anne Th\u00e9ron, c&rsquo;est la structure g\u00e9om\u00e9trique lumineuse qui enferme chaque personnage dans sa case herm\u00e9tique. 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