{"id":11347,"date":"2018-05-17T20:00:54","date_gmt":"2018-05-17T18:00:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11347"},"modified":"2018-05-17T20:00:54","modified_gmt":"2018-05-17T18:00:54","slug":"berenice-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11347","title":{"rendered":"B\u00e9r\u00e9nice"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Th\u00e9\u00e2tre |Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on (Ateliers Berthier) | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/saison-2017-2018\/spectacles\/berenice\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur la sc\u00e8ne couverte de \u00ab\u00a0poussi\u00e8re de marbre, m\u00eal\u00e9e au sable de la mer\u00a0\u00bb du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Europe, C\u00e9lie Pauthe redonne vie \u00e0 <i>B\u00e9r\u00e9nice<\/i>. Cette trag\u00e9die racinienne dit le mariage impossible entre l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident, entre La Reine et l&rsquo;Empereur, entre B\u00e9r\u00e9nice et Titus. Au lendemain de la mort de Vespasien, Titus prend le pouvoir. Alors qu&rsquo;il ch\u00e9rit B\u00e9r\u00e9nice, arrach\u00e9e \u00e0 son peuple et \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e, il doit au jour du couronnement renoncer \u00e0 elle, au nom de sa fid\u00e9lit\u00e9 pour le peuple romain et ses lois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La trag\u00e9die, c&rsquo;est la course in\u00e9luctable du destin\u00a0: si beaux et prometteurs qu&rsquo;ils soient, le projet humaniste, l&rsquo;alliance et l&rsquo;amour auront \u00e9t\u00e9 vains. Mais, cette fatalit\u00e9 qui conduit en 5 actes \u00e0 la chute tragique, C\u00e9lie Pauthe la rompt par l&rsquo;insertion entre chaque acte d&rsquo;extraits du court-m\u00e9trage po\u00e9tique de Marguerite Duras, <i>C\u00e9sar\u00e9e<\/i>. Ce choix est audacieux, mais convaincant\u00a0: la pi\u00e8ce, o\u00f9 tout est encore \u00e0 jouer, se superpose avec le film dans lequel, rappelle la voix atone et magn\u00e9tique de Duras, \u00ab\u00a0il ne reste que l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb. Elle parle d&rsquo;une B\u00e9r\u00e9nice historique, de \u00ab\u00a0la reine des juifs, r\u00e9pudi\u00e9e, chass\u00e9e pour raison d&rsquo;Etat \u00bb, alors que B\u00e9r\u00e9nice est l\u00e0, sous nos yeux, vivante encore, ignorante de son destin, palpitante de passion dans les traits de M\u00e9lodie Richard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pi\u00e8ce \u00e9tant plus marqu\u00e9e par l&rsquo;expression de soi, au rythme de l&rsquo;alexandrin, que par le dialogue, il arrive que certains personnages soient un peu statiques, ne sachant trop que faire de leurs bras et de leurs visages. Mais cela n&rsquo;enl\u00e8ve rien, pour moi, \u00e0 la qualit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, car quand les acteurs prennent la parole, ils sont assez puissants pour capter notre attention. Il y a entre B\u00e9r\u00e9nice et Titus un langage corporel tr\u00e8s fort\u00a0: ils ne cessent de se rejoindre, puis de s&rsquo;\u00e9loigner, ce qui t\u00e9moigne de la douleur de la s\u00e9paration \u00e0 venir. D&rsquo;autre part, un choix de d\u00e9cors assez moderne \u00e0 \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9\u00a0: un canap\u00e9, une lampe, des costumes actuels, sauf peut-\u00eatre pour B\u00e9r\u00e9nice&#8230; Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il y a la \u00ab\u00a0rocaille de marbre\u00a0\u00bb dont Duras ensable po\u00e9tiquement C\u00e9sar\u00e9e, qui vient trancher cette modernit\u00e9. Il y a aussi un r\u00e9el travail esth\u00e9tique avec les rideaux en fond, comme un hors-sc\u00e8ne que l&rsquo;on devine, laissant percevoir plus que des ombres, mais moins que des corps, et dont les vaguelettes dessinent des colonnes de marbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le m\u00e9tro du retour, encore transport\u00e9e par l&rsquo;\u00e9nergie des personnages, j&rsquo;\u00e9coutais autour de moi des retours sur la pi\u00e8ce\u00a0: \u00ab\u00a0oh, apr\u00e8s tout, ce ne sont que des je-t&rsquo;aime-moi-non-plus qui n&rsquo;en finissent pas\u00a0\u00bb r\u00e9sumait une femme, et j&rsquo;en riais doucement, imaginant la r\u00e9action de M. Racine \u00e0 cette fine analyse.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Lena Le Vagueresse<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En ces temps o\u00f9 les larmes qui coulent sont plus souvent celles caus\u00e9es par les gaz lacrymog\u00e8nes que par les chagrins d&rsquo;amour, ce sont pourtant bel et bien des larmes de douleur qui ont coul\u00e9 le long des joues de l&rsquo;acteur incarnant le h\u00e9ros de <i>Titus et B\u00e9r\u00e9nice<\/i>. La c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de Racine, mise en sc\u00e8ne par C\u00e9lie Pauthe, nous ram\u00e8ne aux amours de la reine de Palestine et de l&#8217;empereur romain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0Suite \u00e0 la mort de son p\u00e8re Vespasien, Titus monte sur le tr\u00f4ne et semble libre d&rsquo;\u00e9pouser la femme qu&rsquo;il aime depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. B\u00e9r\u00e9nice, faisant r\u00e9sonner son rire voluptueux, se r\u00e9jouit de pouvoir unir ses jours \u00e0 ceux de son amant. \u00a0Cependant, c&rsquo;est sans compter le poids de Rome qui ne voit pas d&rsquo;un bon \u0153il ce projet de faire monter sur le tr\u00f4ne une \u00e9trang\u00e8re et, qui plus est, une reine &#8211; les rois \u00e9tant honnis \u00e0 Rome \u00e0 cause du sombre souvenir de la royaut\u00e9. Titus devenu empereur entend, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de son conseiller et confident Paulin, la voix de cette rivale jalouse\u00a0: confront\u00e9 au souvenir de la cour souriant aux crimes de N\u00e9ron avant de se retourner contre lui, il comprend qu&rsquo;il doit \u00e9couter cette voix et annoncer \u00e0 la belle B\u00e9r\u00e9nice qu&rsquo;il la quitte. N\u00e9anmoins, il s&rsquo;av\u00e8re que le duo tragique n&rsquo;est pas un duo mais un trio, ou plut\u00f4t un duo auquel s&rsquo;associe le triste Antiochus. La reine lui a auparavant demand\u00e9 de taire son amour pour elle\u00a0: s&rsquo;il est parvenu \u00e0 le cacher sous un voile d&rsquo;amiti\u00e9, il d\u00e9cide, devant un mariage qui lui parait imminent, de se d\u00e9clarer de nouveau, sans rien obtenir d&rsquo;autre que la col\u00e8re de B\u00e9r\u00e9nice. Ballot\u00e9 dans l&rsquo;intrigue du couple entre lueurs d&rsquo;espoir et \u00e9lans de d\u00e9sespoir, il \u00e9meut tout au long de la pi\u00e8ce les spectateurs par son amour sans bornes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u00e9lie Pauthe a voulu \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;histoire : ce ne sont pas de jeunes gens inexp\u00e9riment\u00e9s qui se d\u00e9battent sur sc\u00e8ne mais des hommes d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr qui doivent faire face \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s. B\u00e9r\u00e9nice, pleine de vie et de sensualit\u00e9 dans sa robe verte, alterne entre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 frivole et violence tragique, tandis que Titus sent peser le poids de la couronne de laurier, sans pouvoir s&rsquo;y r\u00e9soudre. C&rsquo;est l&rsquo;amour qui est mis en sc\u00e8ne lorsque les personnages parlent\u00a0: le d\u00e9cor est constitu\u00e9 par un simple canap\u00e9 sur lequel d\u00e9filent les amoureux, tant\u00f4t \u00e9pris, tant\u00f4t d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. Mais l&rsquo;Empire, qui est au c\u0153ur de l&rsquo;intrigue, est \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9\u00a0: entre les actes sont diffus\u00e9s des extraits de <i>C\u00e9sar\u00e9e<\/i>, court-m\u00e9trage \u00e9crit et r\u00e9alis\u00e9 au 1979 par Marguerite Duras, montrant la ville avec ses statues d\u00e9chues qui semblent presque pleurer le sort de B\u00e9r\u00e9nice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le m\u00e9lange d&rsquo;amour et de politique est cens\u00e9 constituer l&rsquo;essence m\u00eame de la trag\u00e9die. L&rsquo;\u00e9l\u00e9vation finale des personnages, renon\u00e7ant chacun \u00e0 leur amour pour se montrer dignes de leur position ne masque cependant pas totalement ce qu&rsquo;est la pi\u00e8ce de Racine\u00a0: un d\u00e9chirement intime \u00e0 la psychologie profonde.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Sol\u00e8ne Varescon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u00e9cile Pauthe met en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce de Jean Racine, <i>B\u00e9r\u00e9nice <\/i>sur les planches des Ateliers Berthier. Il est d\u2019ailleurs encore temps de se plonger dans l\u2019univers tragique de ce spectacle o\u00f9 Cl\u00e9ment Bresson, M\u00e9lodie Richard, Mounir Margoum et d\u2019autres se produiront sur sc\u00e8ne jusqu\u2019au 10 juin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour r\u00e9sumer sa pi\u00e8ce, Racine \u00e9crit dans sa pr\u00e9face : \u00ab Titus, qui aimait passionn\u00e9ment B\u00e9r\u00e9nice, et qui m\u00eame, \u00e0 ce que l\u2019on croyait, lui avait promis de l\u2019\u00e9pouser, la renvoya de Rome, malgr\u00e9 lui, et malgr\u00e9 elle, d\u00e8s les premiers jours de son empire. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>B\u00e9r\u00e9nice <\/i>serait alors l\u2019\u00ab abandon \u00e0 l\u2019amour \u00bb dont parle C\u00e9cile Pauthe, et on ne peut qu\u2019acquiescer, ce qui cr\u00e8ve les yeux c\u2019est l\u2019affection et l\u2019arrachement. On ne se lasse du langage racinien, on connait certains vers par coeur, pourtant ce n\u2019est que boulevers\u00e9 par une alt\u00e9rit\u00e9 d\u00e9sarmante et une tendresse si profonde qu\u2019on ressort du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La metteure en sc\u00e8ne, saisie par l\u2019\u00e9vidente universalit\u00e9 de l\u2019oeuvre pr\u00e9sente une mise en sc\u00e8ne quelque peu simpliste du moins, malgr\u00e9 les efforts apparents de modernisation de la pi\u00e8ce. Un court-m\u00e9trage de Duras, <i>C\u00e9sar\u00e9e<\/i>, est adjoint \u00e0 la repr\u00e9sentation et entrecoupe chaque acte. Ce dernier permet de rapprocher le pass\u00e9 lointain gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de cette ville antique d\u00e9truite et le pass\u00e9 r\u00e9cent par la promenade que la r\u00e9alisatrice entreprend \u00e0 travers le Jardin des Tuileries des ann\u00e9es soixante-dix. Malgr\u00e9 tout, c\u2019est ce qui me parait d\u00e9rangeant de la m\u00eame mani\u00e8re puisque cela coupe l\u2019\u00e9lan tragique vers lequel les acteurs nous font tendre. L\u2019originalit\u00e9 du spectacle ne tient finalement qu\u2019\u00e0 cela puisqu\u2019en dehors de cette association filmique, rien ne laisse \u00e0 penser un v\u00e9ritable travail de r\u00e9interpr\u00e9tation du texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Concernant la sc\u00e9nographie, je fus presque embarrass\u00e9e quant au choix d\u2019un canap\u00e9 d\u2019angle gris des plus contemporains et insignifiants, comme foyer de r\u00e9union d\u00e8s lors qu\u2019il ne sert qu\u2019\u00e0 l\u2019assise de certains personnages. Celui-ci associ\u00e9 au sable plac\u00e9 sur la sc\u00e8ne parfois regroup\u00e9 en monticules, ne fait qu\u2019accroitre ce sentiment d\u2019inad\u00e9quation entre la sc\u00e8ne et le texte. De fait, on en vient presque \u00e0 vouloir fermer les yeux pour ne se confronter qu\u2019au texte absolument magistral. La repr\u00e9sentation est donc moins visuelle qu\u2019auditive, sans mal, puisqu\u2019entendre Cl\u00e9ment Bresson d\u00e9clamer \u00ab H\u00e9las ! Quel mot puis-je lui dire ? \/ Moi-m\u00eame en ce moment sais-je si je respire ? \u00bb suffit \u00e0 emporter toute mon adh\u00e9sion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La brutalit\u00e9 des guerres ethniques, les fronti\u00e8res fragiles en filigrane donnent une violente r\u00e9sonance \u00e0 cette trag\u00e9die de l\u2019appartenance et de l\u2019exil. Sujet tr\u00e8s actuel qui pose la question de la recherche identitaire, plus que jamais confrontez-vous \u00e0 Racine.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Laly Bernard<\/h6>\n<hr \/>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce vers, de la plume de Corneille, essentialise ce qu&rsquo;est <i>B\u00e9r\u00e9nice<\/i> de Racine. Comment concilier cette ext\u00e9nuation des passions avec l&rsquo;id\u00e9e que <i>B\u00e9r\u00e9nice<\/i> est une pi\u00e8ce \u00e9crite de \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb et o\u00f9 il ne se passe \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb ? Comment relever le d\u00e9fi de la mise en sc\u00e8ne de cette nudit\u00e9 tragique\u00a0? Comment comprendre ces mots que Racine choisit pour d\u00e9peindre l&rsquo;amour total qu&rsquo;il po\u00e9tise dans <i>B\u00e9r\u00e9nice<\/i>\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u00e9lie Pauthe a fait le choix du drame historique pour s&rsquo;approprier l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et y puiser les ressources de la trag\u00e9die. Reine de Jud\u00e9e, contr\u00e9e de J\u00e9rusalem et du peuple Juif, B\u00e9r\u00e9nice est comprise comme figure de toutes les diasporas, corps sacrifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exil sans espoir aucun d&rsquo;avenir. La jeune femme, d\u00e9positaire de la religion du Livre et portant la responsabilit\u00e9 historique d&rsquo;aimer le bourreau du Temple de J\u00e9rusalem, crie son malheur et l&rsquo;injustice de sa condition en h\u00e9breu. L&rsquo;accent port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Histoire, qui a fait acc\u00e9der ses h\u00e9ros \u00e0 la l\u00e9gende, tente d&rsquo;ancrer le drame insaisissable que ses protagonistes traversent, et ce \u00e9galement gr\u00e2ce \u00e0 la projection du court-m\u00e9trage de Marguerite Duras \u00ab\u00a0C\u00e9sar\u00e9e\u00a0\u00bb. Ce dernier \u00e9voque un pass\u00e9 dans lequel les personnages se sont rencontr\u00e9s, sables mouvants sur lesquels ils tentent de cr\u00e9er un avenir. Faire r\u00e9sonner la voix de Marguerite Duras, qui ponctue la mise en sc\u00e8ne, faire entendre les alexandrins de Baudelaire qui se m\u00ealent si bien \u00e0 ceux de Racine, invoquer les images et les sons d&rsquo;une culture \u00e9trang\u00e8re \u00e0 laquelle appartient B\u00e9r\u00e9nice sont autant d&rsquo;id\u00e9es, qui certes intelligentes et justifi\u00e9es, semblent couvrir \u00e0 peine l&#8217;embarras auquel chaque metteur en sc\u00e8ne doit faire face lorsqu&rsquo;il s&rsquo;attache aux pas de <i>B\u00e9r\u00e9nice<\/i>. Tenter de combler l&rsquo;absence par autre chose, par un ailleurs ou un hors-sc\u00e8ne, ne permet pas d&rsquo;\u00e9chapper au c\u0153ur du probl\u00e8me dramatique, \u00e0 ce \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb contraint alors la pi\u00e8ce \u00e0 ne reposer presqu&rsquo;exclusivement que sur les acteurs et le texte lui-m\u00eame. Ici, la pi\u00e8ce se r\u00e9v\u00e8le et prend forme gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation de M\u00e9lodie Richard, B\u00e9r\u00e9nice exalt\u00e9e et cruelle, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et courageuse. La sc\u00e9nographie, tr\u00e8s sobre, laisse toute la place aux acteurs, et la performance de Mounir Margoum en Antiochus est d&rsquo;autant plus appr\u00e9ci\u00e9e qu&rsquo;elle contraste d&rsquo;avec celle de Cl\u00e9ment Bresson en Titus\u00a0: ce dernier, peu empereur, ne transmet pas la profondeur de la douleur qu&rsquo;il inflige et \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice et qu&rsquo;il s&rsquo;inflige \u00e0 lui-m\u00eame. Victime de son amour plus que sujet de celui-ci, le jeu l\u00e2che adopt\u00e9 ne refl\u00e8te pas le passionnel qui s\u00fbt braver les conseils de l&#8217;empereur. L&#8217;empathie \u00e9tant morte, le spectateur lutte lors des nombreuses confessions de Titus pour y \u00eatre encore sensible. N\u00e9anmoins, le texte de Racine r\u00e9sonne et l&rsquo;on a plaisir \u00e0 voir jusqu&rsquo;au bout cette extinction des \u00eatres par leurs passions. Bravade amoureuse, bravade esth\u00e9tique et dramatique, cette pi\u00e8ce demeure un chef-d&rsquo;\u0153uvre de la trag\u00e9die, doctement livr\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne de C\u00e9lie Pauthe.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Mathilde Charras<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le b\u00e2timent, succursale de l&rsquo;Od\u00e9on, ne d\u00e9ment pas son appellation d&rsquo;atelier. L&rsquo;entr\u00e9e, grisonnante, avec de grandes portes kaki, fleure la p\u00e9riph\u00e9rie et la m\u00e9tallurgie. Et pourtant, c&rsquo;est la main du d\u00e9miurge Charles Garnier qui a trac\u00e9 cet espace, resserre des d\u00e9cors de son op\u00e9ra !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la salle, de fins piliers de fontes vert-de-gris, sans fanfreluches ni lourdeur, se d\u00e9tachent sur le fond sid\u00e9ral des murs noirs. Comme dans la nef d&rsquo;une basilique, l&rsquo;architecture nous dispose \u00e0 l&rsquo;Office. Cette \u00ab\u00a0solennit\u00e9 industrielle\u00a0\u00bb, s&rsquo;accorde agr\u00e9ablement avec la mise en sc\u00e8ne de C\u00e9lie Pauthe. Sobri\u00e9t\u00e9 de bon aloi, sans d\u00e9nuement ni barbouillage de symboles. Proc\u00e9dons dans l&rsquo;ordre d\u00e9croissant des volumes : au fond de la sc\u00e8ne, un grand voile fantomatique aux moelleux drap\u00e9s, qui ressemble \u00e0 la boucle d&rsquo;une volute d&rsquo;un chapiteau ionique renvers\u00e9e ; puis un canap\u00e9, monolithique, formant un gamma de granit, et enfin une table de verre, r\u00e9solument moderne, qui para\u00eet s&rsquo;appuyer sur une barkhane de sable gris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Car la sc\u00e8ne est d\u00e9sertique comme une saline. Le sablier du temps semble s&rsquo;\u00eatre fracass\u00e9 en \u00e9cho au destin intemporel de B\u00e9r\u00e9nice r\u00e9pudi\u00e9e, qui soupire sur les rivages de la \u00ab\u00a0<i>C\u00e9sar\u00e9e<\/i>\u00a0\u00bb languide de Duras. \u00ab\u00a0De la poussi\u00e8re de marbre m\u00eal\u00e9e au sable de la mer\u00a0\u00bb ; c&rsquo;est le mot de la po\u00e9tesse qui a model\u00e9 la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Voyons \u00e0 pr\u00e9sent comment les personnages de Corneille s&rsquo;incarnent. Antiochus, jou\u00e9 par Mounir Margoum, est ambivalent. Avec son long manteau poussi\u00e9reux, Il tient du commissaire politique gris, taciturne, dans l&rsquo;ombre d&rsquo;un empereur qu&rsquo;il admire. Mais il suffit qu&rsquo;il s&#8217;embrase, que paraisse B\u00e9r\u00e9nice, et il devient duelliste ou bretteur, pr\u00eat \u00e0 tirer son fleuret de Tol\u00e8de.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;Arsance de Marie Fortuit, tient de Colombine. Plus l\u00e9g\u00e8re qu&rsquo;Antiochus -son r\u00f4le de soubrette l&rsquo;autorise- elle emp\u00eache Mounir Margoum d&rsquo;\u00eatre <i>trop<\/i> <i>Haml\u00e9tien<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Titus de Cl\u00e9ment Bresson est en deuil. En deuil d&rsquo;une vie frivole. H\u00e9ritier noceur d&rsquo;une couronne qui l&rsquo;\u00e9crase, il semblait pr\u00e9f\u00e9rer la vigne aux lauriers, Bacchus \u00e0 Honos et Virtus. Il appara\u00eet \u00e9m\u00e9ch\u00e9, d\u00e9braill\u00e9, surpris dans sa panoplie de noctambule. Il h\u00e9site, s&rsquo;engonce dans son col, et quand il se d\u00e9barrasse de sa veste pour se retrouver en maillot, on dirait pr\u00eat \u00e0 donner son empire pour une derni\u00e8re nuit d&rsquo;insouciance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Paulin, interpr\u00e9t\u00e9 par Hakim Romatif, est l&rsquo;eunuque, dans le sens byzantin de la dignit\u00e9. Il est le gardien du code. Flatteur, il reste inflexible. C&rsquo;est la conscience et la probit\u00e9 de Titus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ph\u00e9nicie, jou\u00e9e par Mahshad Mokhberi,\u00a0 est \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice ce que la Nourrice des Capulets est \u00e0 Juliette. Les mots \u00e9chang\u00e9s en H\u00e9breux avec la Reine la hissent au rang de confidente, d&rsquo;appui et d&rsquo;amarre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 la B\u00e9r\u00e9nice de M\u00e9lodie Richard, c&rsquo;est une figure d&rsquo;Euphronios en mouvement. La reine de Jud\u00e9e est fr\u00e9missante et superbe dans son <i>p\u00e9plos<\/i> vert, comme la tige d&rsquo;une fleur \u00e0 la veille d&rsquo;\u00e9clore, mais encore bien jeune pour sa lourde corolle, cette tiare d&rsquo;or dans l&rsquo;encadrement duquel se perd son visage. Elle s&rsquo;\u00e9panouirait dans l&rsquo;\u00e9clat de Titus, mais la raison d&rsquo;\u00c9tat prime, et dans la gl\u00e8be romaine, le greffon ne prend pas.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Aleksandre Prosperini<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Du 10 mai au\u00a011 juin\u00a02018, les\u00a0Atleliers Berthier vous proposent la nouvelle mise en sc\u00e8ne de<i> B\u00e9r\u00e9nice<\/i> de Racine par C\u00e9lie Pauthe. Au lever du rideau, le prince Titus vient de perdre son p\u00e8re, faisant de lui le nouveau roi de C\u00e9sar\u00e9e, en Palestine. Epris de la reine B\u00e9r\u00e9nice, cette mort vient signer la fin de leur idylle qui a dur\u00e9 cinq ans. En effet, la loi de Rome interdit tout mariage avec une reine. D\u00e9chir\u00e9 entre responsabilit\u00e9 du pouvoir et amour, le couple doit se s\u00e9parer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnages sont habill\u00e9s en costumes contemporains et le d\u00e9cor n&rsquo;est compos\u00e9 que d&rsquo;un canap\u00e9, seul le sable fin rappelle C\u00e9sar\u00e9e. Le spectateur est toutefois pris dans la pi\u00e8ce par la performance des acteurs qui parviennent \u00e0 transmettre le d\u00e9sarroi d&rsquo;une rupture forc\u00e9e. Les cinq\u00a0actes sont entrecoup\u00e9s par la tr\u00e8s belle voix de Marguerite Duras sur un fond sonore m\u00e9lancolique &#8211; son film <i>C\u00e9sar\u00e9e<\/i> de 1979 &#8211; et qui apporte une touche de myst\u00e8re \u00e0 la mise en sc\u00e8ne : elle parle de C\u00e9sar\u00e9e et un \u00e9cran s&rsquo;anime avec les prises de la statue de B\u00e9r\u00e9nice, \u00ab\u00a0reine des juifs\u00a0\u00bb, r\u00e9pudi\u00e9e pour raison d&rsquo;Etat. La pi\u00e8ce s&rsquo;ach\u00e8ve par un \u00ab\u00a0H\u00e9las!\u00a0\u00bb alors que les amants ont r\u00e9solu de se s\u00e9parer. Si cette trag\u00e9die de Racine ne compte pas de mort, on peut imaginer le sort fun\u00e8bre de B\u00e9r\u00e9nice ainsi abandonn\u00e9e.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Diane Lopez<\/h6>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<pre>Photographie : Elisabeth Carecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre |Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on (Ateliers Berthier) | En savoir plus Sur la sc\u00e8ne couverte de \u00ab\u00a0poussi\u00e8re de marbre, m\u00eal\u00e9e au sable de la mer\u00a0\u00bb du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Europe, C\u00e9lie Pauthe redonne vie \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice. 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