{"id":11350,"date":"2018-06-02T15:31:14","date_gmt":"2018-06-02T13:31:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11350"},"modified":"2018-06-02T15:31:14","modified_gmt":"2018-06-02T13:31:14","slug":"lheure-espagnole-gianni-schicchi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11350","title":{"rendered":"L&rsquo;heure espagnole \/ Gianni Schicchi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-17-18\/opera\/lheure-espagnole\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Quel est le point commun entre les infid\u00e9lit\u00e9s de la belle espagnole Concepci\u00f3n, mari\u00e9e \u00e0 l\u2019horloger Torquemada et la supercherie collective d\u2019une famille italienne pour percevoir un h\u00e9ritage qui ne leur est pas destin\u00e9 ? L\u2019Op\u00e9ra Bastille !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, jusqu\u2019au 17 juin, l\u2019Op\u00e9ra Bastille propose un op\u00e9ra coupl\u00e9 mis en sc\u00e8ne par Laurent Pelly, \u00ab L\u2019heure espagnole \u00bb compos\u00e9 par Maurice Ravel et \u00ab Gianni Schicchi \u00bb de Giacomo Puccini. Mais quelles peuvent \u00eatre les raisons de cette double mise en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ras en un acte ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au premier abord, nous sommes frapp\u00e9s par le d\u00e9cor de la sc\u00e8ne. Une myriade d\u2019objets chez Ravel occupent l\u2019espace du sol au mur ; des v\u00eatements, des meubles en tout genre et surtout des horloges dont le tic-tac r\u00e9sonne comme un leitmotiv. Du c\u00f4t\u00e9 de Puccini, on retrouve la m\u00eame surcharge dans le d\u00e9cor, on y reconnait d\u2019ailleurs quelques \u00e9l\u00e9ments repris de \u00ab L\u2019heure espagnole \u00bb ; tables de chevet, commodes, armoires envahissent et construisent l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne par une superposition des plans. Des d\u00e9cors fabuleux cr\u00e9es par Florence Evrard et Caroline Ginet pour un effet loufoque en harmonie avec l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale et musicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Autre point commun, le recours au registre comique ; de situations, de mots ou encore de moeurs. Puccini nous offre une satire sociale ironique \u00e0 travers la figure du faussaire Gianni Schicchi &#8211; issu de l\u2019\u00ab Enfer \u00bb de la \u00ab Divine Com\u00e9die \u00bb de Dante. En effet, ce dernier aide la famille du d\u00e9funt Buoso Donati \u00e0 modifier son testament en leur faveur, mais face \u00e0 la fourberie de Gianni Schicchi, tels sont pris qui croyaient prendre. Un comique de situation que l\u2019on retrouve chez Ravel par la d\u00e9mesure de son personnage principal Concepci\u00f3n qui multiplie les amants en l\u2019absence de son mari. Un vaudeville \u00e0 l\u2019espagnol o\u00f9 ce sont les portes des meubles- pendules qui claquent !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, on remarque une relation particuli\u00e8re entre le langage et la musique dans les deux op\u00e9ras. Les voix s\u2019entrem\u00ealent aux instruments dont les interventions ponctuelles participent au caract\u00e8re loufoque et comique des op\u00e9ras pour cr\u00e9er une \u00ab conversation en musique \u00bb comme le disait Ravel. Puccini de son c\u00f4t\u00e9 innove au niveau de l\u2019orchestre symphonique, choisissant des instruments peu courants tels le trombone, le xylophone ou encore le contrebasson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab L\u2019heure espagnole \u00bb et \u00ab Gianni Schicchi \u00bb : une association r\u00e9ussie, rythm\u00e9e et pleine de vie, entre commedia dell&rsquo;arte et opera buffa.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\"><b>Samantha Demay<\/b><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En 1911, Maurice Ravel d\u00e9cide de mettre en musique la com\u00e9die en un acte\u00a0<i>L&rsquo;heure espagnole<\/i> de Franc-Nohain (1904). Aujourd&rsquo;hui la sc\u00e8ne de l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une boutique espagnole dont les murs sont couverts d&rsquo;horloges. Chacune \u00e0 son tour s&rsquo;allume pour n&rsquo;en faire qu&rsquo;\u00e0 sa t\u00eate, tournant ses aiguilles \u00e0 l&rsquo;endroit ou \u00e0 l&rsquo;envers. Elles battent la mesure dans un d\u00e9sordre qui d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate \u00e0 rire. Le sch\u00e9ma caricatural de la femme, du mari cocu et de l&rsquo;amant atteint ici son apog\u00e9e dans un va-et-vient burlesque de la boutique \u00e0 la chambre, d&rsquo;une pendule au canap\u00e9, d&rsquo;un amant \u00e0 l&rsquo;autre et au troisi\u00e8me. Entre un mari ennuyeux, un amant trop po\u00e8te et un notable gras, une femme qui d\u00e9sire vivre s&rsquo;ennuie. Alors elle donne la cadence au fil de ses caprices, courant \u00e0 droite \u00e0 gauche comme ces horloges d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es. Elle cherche le plaisir avec son air coquin si bien qu&rsquo;elle entraine finalement dans son lit le d\u00e9m\u00e9nageur muscl\u00e9 qui la trouve de plus en plus charmante. Cet op\u00e9ra comique plein de vie embarque le spectateur dans son rythme effr\u00e9n\u00e9 pour ne le rel\u00e2cher qu&rsquo;\u00e0 la fin, une fois qu&rsquo;il a bien ri.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>Gianni Schicchi<\/i> est un op\u00e9ra bouffe en un acte compos\u00e9 par Puccini en 1918. Au centre du plateau de l&rsquo;Op\u00e9ra, on voit un grand lit sous les draps blancs duquel se distingue un cadavre. De chaque c\u00f4t\u00e9 s&rsquo;alignent les chaises des membres de la famille, qui pleurent faussement cet oncle ou ce fr\u00e8re. Mais les rumeurs courent \u00e0 Signa selon lesquelles le mort l\u00e8gue tous ses biens aux moines. Gianni Schicchi est alors d\u00e9sign\u00e9 pour sauver la mise. Il ressemble \u00e0 l&rsquo;arch\u00e9type du valet rus\u00e9 de la<i> commedia dell&rsquo;arte<\/i>, se travestit en vieillard avec une voix de fausset et trompe qui se croyait plus fin que lui. En arri\u00e8re-plan s&rsquo;\u00e9tale Florence et un ciel qui change de teintes suivant l&rsquo;humeur d&rsquo;une famille criant au scandale. Gianni Schicchi d\u00e9clenche l&rsquo;\u00e9meute dans cette famille mesquine et fait tomber en \u00e9clat les bondieuseries hypocrites. La puissance de cet op\u00e9ra r\u00e9side dans le trio gagnant\u00a0: Gianni Schicchi (Artur Rucinski), sa fille Lauretta (Elsa Dreisig) et son amant Rinuccio (Vittorio Grigolo), qui emplissent l&rsquo;espace de leur vitalit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Mathilde La Rochefoucauld<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce soir du 17 mai je me suis rendue \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra \u00e0 Bastille pour la premi\u00e8re de l&rsquo;op\u00e9ra \u00ab\u00a0<i>L&rsquo;heure Espagnole<\/i>\u00a0\u00bb de Maurice Ravel et \u00ab\u00a0<i>Gianni Schicchi<\/i>\u00a0\u00bb de Giacomo Puccini, gr\u00e2ce aux billets offerts par le Service Culturel de la Sorbonne. En fait, normalement je n&rsquo;avais pas pr\u00e9vu de participer \u00e0 aucun \u00e9v\u00e9nement culturel dans le mois de mai, inqui\u00e8te pour les examen, mais l&rsquo;occupation de la Sorbonne a eu une certaine influence au niveau de mon emploi du temps. Je pensais aux examens pendant que je voyais la Colonne de Juillet de la Place de la Bastille devant moi. Quoique j&rsquo;aime beaucoup l&rsquo;op\u00e9ra, c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois, pour une s\u00e9rie de co\u00efncidences, que je me trouvais \u00e0 visiter l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille. J&rsquo;ai pris une certaine marge de temps pour visiter l\u2019immeuble. J&rsquo;ai profit\u00e9 du beau temps et du panorama, qui affectaient l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de l&rsquo;Op\u00e9ra, gr\u00e2ce \u00e0 un jeu de miroirs et de fen\u00eatres, et aux verres du plafond. J\u2019appr\u00e9cie beaucoup les choix modernes qui caract\u00e9risent l&rsquo;\u00e9difice. Une fois rentr\u00e9e je me suis assise dans ce qui s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un tr\u00e8s bon placement pour profiter du spectacle qui se jouait. Comme convenu, le spectacle commen\u00e7a avec le c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra de Ravel, \u00ab\u00a0<i>L&rsquo;heure Espagnole\u00a0\u00bb<\/i>. L&rsquo;op\u00e9ra nous transporte soudainement dans la boutique de Torquemada, o\u00f9 on fait connaissance avec sa femme Concepcion et la farce typique des situations rav\u00e9liennes\u00a0; la femme et sa sensualit\u00e9 manifeste, harmonique, le rythme imp\u00e9tueux &#8211; marqu\u00e9 par centaines d\u2019horloges &#8211; du d\u00e9roulement de l&rsquo;intrigue, les d\u00e9corations fastueuses, redondantes, presque baroques et la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;une beaut\u00e9 et d&rsquo;une abondance bouleversantes. L&rsquo;ambiance dans la grande salle \u00e9tait concentr\u00e9e, et c&rsquo;\u00e9tait tellement agr\u00e9able \u00e0 suivre que m\u00eame une classe d&rsquo;\u00e9tudiants de l&rsquo;\u00e9cole primaire assis \u00e0 cot\u00e9 de moi \u00e9taient totalement captiv\u00e9s par l&rsquo;intrigue, les yeux coll\u00e9s \u00e0 la sc\u00e8ne. Ce fut avec beaucoup d&rsquo;attentes de ma part, donc, que j&rsquo;ai attendu la deuxi\u00e8me partie du spectacle, soit car la premi\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 tellement sp\u00e9cial, soit \u00e0 cause de mes origines italiennes, et il m&rsquo;int\u00e9ressait de voir un regard \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb sur le c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra de Puccini. Avec ces pens\u00e9e, les rideaux se sont lev\u00e9s. J&rsquo;avoue que cette \u0153uvre ne faisait pas parti de mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es du \u00ab\u00a0maestro\u00a0\u00bb, mais mes attentes ont \u00e9t\u00e9 quand m\u00eame un peu d\u00e9\u00e7ues. Je ne l&rsquo;ai tout simplement pas retenue comme \u00e9tant \u00e0 la hauteur de la pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dent, ni \u00e0 la hauteur en soi-m\u00eame, par rapport au \u00ab\u00a0Gianni Schicchi\u00a0\u00bb que j&rsquo;avais vu au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Op\u00e9ra de Rome : tout y \u00e9tait parfait, l&rsquo;orchestre, les chanteurs lyriques, le jeu des com\u00e9diens. Mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la lumi\u00e8re, la perception de la sc\u00e9nographie ne faisaient penser qu\u2019\u00e0 la farce, la com\u00e9die de l&rsquo;art, le ressort comique, et ils ont un peu oubli\u00e9 de repr\u00e9senter dans tout son ensemble la forte connotation politique de ce que repr\u00e9sente l&rsquo;op\u00e9ra puccinien, c\u2019est-\u00e0-dire sa truculente, sombre, satire sociale\u00a0; impossible de repr\u00e9senter \u00e7a avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elisa Lamura<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;\u00e9t\u00e9 arrive \u00e0 grand pas, et pour cause, c&rsquo;est un voyage auditif et visuel qui nous est offert \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille dans une ambiance m\u00e9diterran\u00e9enne. Comment ne pas \u00eatre transport\u00e9 par les ondulations arabesques orchestrales et les onctueuses m\u00e9lodies des arias\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un v\u00e9ritable travail est effectu\u00e9 par le sc\u00e9nariste qui parvient \u00e0 m\u00ealer deux histoires\u00a0sans faire d\u00e9crocher ou brusquer le spectateur. Toutes deux com\u00e9dies, l&rsquo;une parle d&rsquo;une femme infid\u00e8le et l&rsquo;autre d&rsquo;une supercherie op\u00e9r\u00e9e pour voler un h\u00e9ritage. Un grand bravo au chef d&rsquo;orchestre Maxime Pascal qui parvient \u00e0 lier les vari\u00e9t\u00e9s sonores de l&rsquo;orchestration de Ravel au lyrisme de Puccini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La disposition sc\u00e9nique richement d\u00e9cor\u00e9e et le jeu des acteurs parfois trop exag\u00e9r\u00e9 ne laisse pas de place \u00e0 l&rsquo;ennui, suscitant rires et curiosit\u00e9. L&rsquo;audience ne manque pas de s&rsquo;esclaffer par moments et les enfants de pouffer lors des sc\u00e8nes de plaisanteries ou de cocasseries.\u00a0\u00a0C&rsquo;est une v\u00e9ritable proximit\u00e9 qui s&rsquo;instaure entre les acteurs et le public, qui ne manquera pas de r\u00e9compenser par des torrents d&rsquo;applaudissement l&rsquo;ex\u00e9cutions des airs les plus connus et attendus de l&rsquo;op\u00e9ra durant la repr\u00e9sentation m\u00eame. Je pense notamment au c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0<i>o mio babbino caro<\/i>\u00a0\u00bb fabuleusement chant\u00e9 autrefois par Maria Callas et ici merveilleusement interpr\u00e9t\u00e9 par Elsa Dreisig. A noter en plus que l&rsquo;acteur incarnant le personnage de Gianni Schicchi s&rsquo;adresse directement au public, brisant ainsi le quatri\u00e8me mur dans un final \u00e9mouvant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La magie de ce spectacle fut possible gr\u00e2ce aux innovations techniques mis \u00e0 disposition par l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille, offrant ainsi une acoustique puissante des voix projet\u00e9es et une possibilit\u00e9 de d\u00e9cors vari\u00e9s.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elona Prime<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En cette p\u00e9riode de tension entre \u00e9tudiants et facult\u00e9s, il fait bon de se d\u00e9tendre un peu un jeudi soir \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille, notamment pour assister \u00e0 la premi\u00e8re repr\u00e9sentation publique cette ann\u00e9e de <i>L&rsquo;Heure espagnole<\/i> et de <i>Gianni Schichi<\/i> (19h30). <i>L&rsquo;Heure espagnole<\/i> est un op\u00e9ra en un acte \u00e9crit en 1911 par Franc-Nohain (de son vrai nom Maurice Etienne Legrand) accompagn\u00e9 par la musique de Maurice Ravel ; <i>Gianni Schichi<\/i>, \u00e9galement en un acte, est \u00e9crit par Giovacchino Forzano en 1918 et accompagn\u00e9 de la musique de Giacomo Puccini. La direction musicale a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e au chef d&rsquo;orchestre Maxime Pascal. Ce sont deux com\u00e9dies joyeuses qui ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es, toutes deux intrigues de famille reprenant des ressorts traditionnels comiques, dans une atmosph\u00e8re gaie et ludique espagnole et italienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <i>L&rsquo;Heure espagnole<\/i>, Concepcion est la femme de l&rsquo;horloger Torquemada et accueille ses amants pendant l&rsquo;absence de son mari. Elle doit n\u00e9anmoins les cacher dans des horloges car le muletier, attendant la r\u00e9paration de sa montre, a \u00e9t\u00e9 pri\u00e9 de patienter dans la boutique. Impropres \u00e0 assouvir les d\u00e9sirs de la belle, les amants sont cong\u00e9di\u00e9s par Concepcion qui trouve ses besoins satisfaits par le muletier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quand \u00e0 <i>Gianni Schichi<\/i>, il s&rsquo;agit de \u00ab\u00a0sauver\u00a0\u00bb une famille de la perte de leur part d&rsquo;h\u00e9ritage apr\u00e8s la mort de leur cher Buoso Donati et de r\u00e9unir deux amants. C&rsquo;est au paysan Gianni Schichi de r\u00e9soudre le probl\u00e8me en r\u00e9\u00e9crivant le testament, en se faisant passer pour le mort&#8230; C&rsquo;est lui aussi qui r\u00e9colte la plus grosse part de l&rsquo;h\u00e9ritage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tant\u00f4t envol\u00e9es lyriques passionn\u00e9es, tant\u00f4t br\u00e8ves r\u00e9pliques comiques, tant\u00f4t d\u00e9plorations d\u00e9chirantes, les superbes voix autant les masculines que les f\u00e9minines r\u00e9sonnent en harmonie avec la vigueur et la douceur de la musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, le d\u00e9cor n&rsquo;est pas un \u00e9l\u00e9ment moindre dans la repr\u00e9sentation : il est propre \u00e0 nous plonger dans un univers tout autre. Dans un premier temps, l&rsquo;on est attir\u00e9 par l&rsquo;atmosph\u00e8re aussi paisible que myst\u00e9rieuse d&rsquo;une maison intime, antre insolite de nombre d&rsquo;horloges et d&rsquo;objets h\u00e9t\u00e9roclites qui font entendre le cliquetis de leur m\u00e9canique vivante. Dans un second temps, les meubles qui peuplent la sc\u00e8ne, et bien au-del\u00e0, ceux qui peuplent toute Florence, semblent rev\u00eatir une port\u00e9e symbolique en soulignant l&rsquo;importance de la richesse mat\u00e9rielle accord\u00e9e par cette famille de petite bourgeoisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, sous des intrigues d&rsquo;apparences frivoles, maintes m\u00e9taphores, se nichent dans la pi\u00e8ce espagnole, entre les balanciers qui pointent et des horloges qui se font tombes de Gonzalve et d&rsquo;Inigo&#8230; D&rsquo;autre part, la pi\u00e8ce italienne semble montrer du doigt le mat\u00e9rialisme d&rsquo;une autre \u00e9poque. Toute cette po\u00e9sie et cette d\u00e9nonciation &#8211; pas si discr\u00e8te &#8211; rajoutent du charme \u00e0 ces \u0153uvres d\u00e9j\u00e0 merveilleuses musicalement et visuellement parlant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Eveline Su<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Le jour du 17 mai 2018 aura marqu\u00e9 deux premi\u00e8res pour moi. La premi\u00e8re de <i>L\u2019Heure espagnole<\/i> suivie de <i>Gianni Schicchi<\/i>, et ma premi\u00e8re \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille. Pour cette premi\u00e8re soir\u00e9e, j\u2019ai donc pu assister \u00e0 deux op\u00e9ras, et je comprends mieux pourquoi ce genre est si embl\u00e9matique, dans la culture europ\u00e9enne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0\u00a0 \u00a0 <i>L\u2019Heure espagnole<\/i>, op\u00e9ra de Maurice Ravel, ou plut\u00f4t \u00ab\u00a0com\u00e9die musicale\u00a0\u00bb comme ce dernier l\u2019a sous-titr\u00e9, a \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne par Laurent Pelly et dirig\u00e9 par Maxime Pascal. L\u2019action se d\u00e9roule dans l\u2019Espagne du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans une horlogerie, o\u00f9 cinq personnages se donnent la r\u00e9plique. Concepcion, la femme de Torquemada (l\u2019horloger) s\u2019arrange pour qu\u2019il quitte sa boutique, afin de pouvoir faire venir son amant Gonzalve, tandis qu\u2019un client, le muletier muscl\u00e9 Ramiro, vient contrecarrer ses plans. Un dernier personnage, Don Inigo Gomez, un riche banquier amoureux de Concepcion, vient finalement compl\u00e9ter l\u2019intrigue\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0\u00a0 \u00a0 Plut\u00f4t que le XVIIIe si\u00e8cle, Laurent Pelly a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 nous mettre en immersion dans les ann\u00e9es 1970\u00a0; v\u00eatements color\u00e9s, pantalons pattes d\u2019eph, longs cheveux pour un Gonzalve m\u00e9lomane, fou de po\u00e9sie et d\u2019horloges. Ses airs sont dr\u00f4les, ils caricaturent l\u2019Artiste, et le t\u00e9nor Stanislas de Barbeyrac, a incarn\u00e9 son r\u00f4le \u00e0 merveille. Le muletier, en habit de travail, na\u00eff et servile, incarn\u00e9 par Jean-Luc Ballestra, est \u00e9galement un r\u00f4le plein de comique. Il \u00e9tait int\u00e9ressant de remarquer que la musique f\u00fbt en accord total avec l\u2019action. Les trois autres r\u00f4les m\u2019ont paru plus effac\u00e9s bien que Concepcion soit le personnage central de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0\u00a0 \u00a0 Le second op\u00e9ra, court, comme le premier, a \u00e9t\u00e9 judicieusement jou\u00e9 en second. Il m\u2019a sembl\u00e9 plus divertissant, avec un rythme plus soutenu, des airs plus clinquants, et une musique plus plaisante \u00e0 l\u2019oreille. S\u00fbrement pouvons-nous l\u00e0 noter la diff\u00e9rence de style entre les deux compositeurs. Ravel n\u00e9cessite pour ma part plusieurs \u00e9coutes avant de v\u00e9ritablement \u00eatre appr\u00e9ciable, sa musique \u00e9tant plus modale que celle de Puccini. Gianni Schicchi, incarn\u00e9 par Artur Rucinski, \u00e9tait g\u00e9nial. Le spectateur a de l\u2019empathie pour ce personnage pourtant mis aux Enfers par Dante, dans sa <i>Divine Com\u00e9die<\/i>, dont l\u2019op\u00e9ra est inspir\u00e9. Le synopsis est le suivant\u00a0: Au Moyen \u00c2ge, alors que\u00a0Buoso Donati vient de mourir, les membres de sa famille r\u00e9alisent qu\u2019il a l\u00e9gu\u00e9 la totalit\u00e9 de son h\u00e9ritage aux moines. C\u2019est alors que Rinuccio, neveu de Buoso, a l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir recours \u00e0 Gianni Schicchi, personnage pauvre, mal consid\u00e9r\u00e9 par ses pairs, et p\u00e8re de Lauretta, la fianc\u00e9e de Rinuccio. Le mal-aim\u00e9, rus\u00e9 et vengeur se fait alors passer pour Buoso, afin de pouvoir modifier son testament\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0\u00a0 \u00a0 Le comique est tr\u00e8s pr\u00e9sent. Le couple form\u00e9 par Lauretta et Rinuccio interpr\u00e9t\u00e9s par Elsa Dreisig et Vittorio Grigolo, propose des airs magnifiques qui rappellent probablement l\u2019op\u00e9ra buffa du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0 si\u00e8cle. La voix de soliste est mise en valeur avec des tenues, des notes aigu\u00ebs\u2026 tr\u00e8s propices aux applaudissements, qui sont d\u2019ailleurs demand\u00e9s \u00e0 la fin du spectacle par Schicchi lui-m\u00eame, ce qui ach\u00e8ve l\u2019acquisition de l\u2019approbation du public pour ce Zorro des temps anciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 Ces deux op\u00e9ras, frais et pleins d\u2019humour ont remis au go\u00fbt du jour les genres de l\u2019op\u00e9ra-comique et de l\u2019op\u00e9ra buffa qui n\u2019\u00e9taient plus d\u2019actualit\u00e9 dans l\u2019Europe du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Associ\u00e9s joliment pour nous, spectateurs du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ils nous replongent dans l\u2019\u00e9poque de la culture de la m\u00e9lodie et de la modalit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Alice Paroissien<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le duel des deux Latins<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux fameuses cultures latines s&rsquo;opposent en ce moment m\u00eame \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille sous forme de deux op\u00e9ras dont l&rsquo;un est d&rsquo;inspiration espagnole et l&rsquo;autre italien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cr\u00e9\u00e9e en 2004 au Palais Garnier, la production de Laurent Pelly r\u00e9unissant<i> L&rsquo;Heure espagnole<\/i> et<i> Gianni Schicchi<\/i> fait son retour \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A priori tr\u00e8s diff\u00e9rentes l&rsquo;une de l&rsquo;autre par le style et la nationalit\u00e9, les deux pi\u00e8ces musicales \u00a0ont tout de m\u00eame quelques points communs : elles furent compos\u00e9es dans la m\u00eame d\u00e9cennie. Ravel composa<i> L&rsquo;Heure Espagnole<\/i> en 1911 et Puccini d\u00e9voila son <i>Gianni Schicchi<\/i> en 1918. Ce sont des op\u00e9ras en un seul acte et le metteur en sc\u00e8ne situe les deux histoires au XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <i>l&rsquo;Heure Espagnole<\/i>, on se retrouve \u00e0 Tol\u00e8de chez l&rsquo;horloger Torquemada : la sc\u00e8ne se m\u00eale entre bazar et horloges, ce qui nous rappelle le superbe d\u00e9cor du Barbier de S\u00e9ville \u00e0 Bastille en d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;ambiance est tr\u00e8s bien recr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;orchestration de Ravel, avec un style tr\u00e8s hispanique, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;usage de castagnettes et du r\u00f4le ponctuant de l&rsquo;orchestre. Le livret est \u00e9galement hispanisant, puisqu&rsquo;on y reprend des termes espagnols comme \u00ab\u00a0toreador\u201d, \u00ab\u00a0alcade\u201d, \u00ab\u00a0don Inigo\u201d etc. M\u00eame le personnage principal, Concepcion, la femme infid\u00e8le de l&rsquo;horloger, nous rappelle la c\u00e9l\u00e8bre Carmen, dont la mezzo Cl\u00e9mentine Margaine avait \u00e9galement interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00f4le en mars 2017 \u00e0 Bastille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur un mod\u00e8le de commedia dell&rsquo;arte, les quiproquos et effets comiques s&rsquo;encha\u00eenent sur sc\u00e8ne : les deux amants de Concepcion, l&rsquo;un eff\u00e9min\u00e9 au style disco v\u00eatu de couleurs chaudes, l&rsquo;autre gris\u00e2tre et banquier de son \u00e9tat, se succ\u00e8dent dans la boutique et le muletier Ramiro est men\u00e9 en bateau pendant pr\u00e8s d&rsquo;une heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ravel cr\u00e9e le comique gr\u00e2ce \u00e0 la prosodie fran\u00e7aise qui se rapproche bien plus de la d\u00e9clamation que du chant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce vaudeville presque \u00ab\u00a0pornographique\u201d, la morale est tout \u00e0 fait comique puisque la femme de l&rsquo;horloger finit par prendre pour amant le pauvre muletier !<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>\u00ab C&rsquo;est la morale de Boccace : Entre tous les amants, seul amant efficace, Il arrive un moment, dans les d\u00e9duits d&rsquo;amour, O\u00f9 le muletier a son tour ! \u00bb<br \/>\n<\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Changement de d\u00e9cor, on se retrouve face \u00e0 un amas bord\u00e9lique de meubles et d&rsquo;objets en arri\u00e8re-plan, alors que l&rsquo;attention du spectateur est retenue par le lit d&rsquo;un mort plac\u00e9 au centre de la sc\u00e8ne !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le v\u00e9risme italien et grand bel canto de Puccini prend place, les envol\u00e9es lyriques remplacent la belle prosodie fran\u00e7aise. Le public est fascin\u00e9 par les magnifiques voix, l&rsquo;orchestration retrouve sa puissance presque romantique, notamment avec le superbe duo Vittorio Grigolo et Elsa Dreisig.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce s&rsquo;active autour de sc\u00e8nes familiales : le vieux est mort et chacun veut sa part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ironie du sort encore une fois : c&rsquo;est le p\u00e8re de Lauretta, celle qui chante le fameux tube \u00ab\u00a0<i>O mio babbino caro<\/i>\u201d, Gianni Schicchi, qui fait, et d\u2019un, parler un mort, et de deux, vole une grande partie de l&rsquo;h\u00e9ritage de la famille. Dans cette tragi-com\u00e9die, Puccini nous surprend et nous laisse sur une fin aussi ironique que lyrique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">C\u00e9line Fiszbin<\/h6>\n<p style=\"text-align: justify\">Photographie : plainpicture \/ mia takahara<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | En savoir plus Quel est le point commun entre les infid\u00e9lit\u00e9s de la belle espagnole Concepci\u00f3n, mari\u00e9e \u00e0 l\u2019horloger Torquemada et la supercherie collective d\u2019une famille italienne pour percevoir un h\u00e9ritage qui ne leur est pas destin\u00e9 ? 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