{"id":1141,"date":"2011-11-04T15:36:57","date_gmt":"2011-11-04T14:36:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1141"},"modified":"2011-11-04T15:36:57","modified_gmt":"2011-11-04T14:36:57","slug":"la-conversation-jean-dormesson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1141","title":{"rendered":"La Conversation, Jean d&rsquo;Ormesson"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>La Conversation,\u00a0 <\/em>\u00e9crit par Jean d&rsquo;Ormesson et publi\u00e9 aux \u00e9ditions H\u00e9lo\u00efse d&rsquo;Ormesson. <\/strong><\/p>\n<p>Chronique litt\u00e9raire de <strong>Colin Gu\u00e9rand<\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsque l\u2019on ach\u00e8te un livre de Jean d\u2019Ormesson, c\u2019est avant tout le visage souriant d\u2019un vieillard amical et bienveillant que l\u2019on choisit. Je le savais. Malheureusement, j\u2019ai voulu voir ce que cette enluminure commerciale, si prometteuse, renfermait. Je me suis donc lanc\u00e9 corps et \u00e2me dans la lecture de <em>La Conversation<\/em> pour me rendre compte deux heures plus tard que, lanc\u00e9 trop fort peut-\u00eatre, j\u2019\u00e9tais pass\u00e9 au travers de ce livre sans la moindre r\u00e9sistance ni alt\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Presque tout, dans le travail de Jean d\u2019Ormesson, sent l\u2019inachev\u00e9. Le prologue, pourtant, est all\u00e9chant\u00a0: voir enfin d\u00e9voil\u00e9es les coulisses des grands actes politiques qui ont fait notre temps, quelle promesse\u00a0! L\u2019accession au tr\u00f4ne imp\u00e9rial de la personnalit\u00e9 la plus controvers\u00e9e de l\u2019histoire fran\u00e7aise, exaltant\u00a0! D\u2019autant plus que les quelques pages introductoires, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un Alain Decaux, m\u00ealent histoire \u00e9tincelante et narration dramatis\u00e9e \u00e0 ravir. Mais voil\u00e0, les espoirs que ce prologue cr\u00e9e, les petites \u00e9toiles qu\u2019il allume dans les yeux des lecteurs f\u00e9rus d\u2019histoire et de litt\u00e9rature, sont progressivement \u00e9teints, r\u00e9duits \u00e0 peu de choses, puis \u00e0 n\u00e9ant par un d\u00e9veloppement en dessous de toutes attentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019on pouvait par exemple s\u2019attendre \u00e0 une r\u00e9elle le\u00e7on d\u2019histoire. Certains faits, tels les attentats perp\u00e9tr\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre de Napol\u00e9on, font une apparition rapide au sein de la conversation entre premier et deuxi\u00e8me consuls. Mais ils ne sont pas toujours amen\u00e9s avec beaucoup d\u2019\u00e0 propos, et leur potentiel dramatique n\u2019est jamais enti\u00e8rement exploit\u00e9.<br \/>\nCertes, d\u2019Ormesson n\u2019est pas historien, et il ne serait pas juste de juger son livre sur ses seuls talents de biographe. Mais Victor Hugo ne l\u2019\u00e9tait pas davantage, et si l\u2019on peut tout \u00e0 fait douter que son <em>Cid <\/em>soit plus <em>vrai<\/em> d\u2019un point de vue historique que la <em>Conversation<\/em>, il est en revanche certain qu\u2019il s\u2019y d\u00e9roule une action dont la force dramatique d\u00e9passe de loin cette derni\u00e8re. De m\u00eame, la partie des <em>Mis\u00e9rables <\/em>traitant de l\u2019Empereur \u00e0 Waterloo la d\u00e9passe en puissance \u00e9vocatrice, et l\u2019<em>Aiglon <\/em>de Rostand, ne traitant pourtant que du fils de l\u2019Empereur, en lyrisme. Rostand touche mieux \u00e0 la grandeur imp\u00e9riale que ne le fait Jean d\u2019Ormesson, et Hugo passe plus de temps \u00e0 d\u00e9crire le mot de Cambronne que n\u2019en consacre notre auteur \u00e0 la prise de pouvoir de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019aucuns diront qu\u2019il est impossible, ou surhumain, de regrouper dans un seul livre les vertus du th\u00e9\u00e2tre et du roman. Certes. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que l\u2019ouvrage de Jean d\u2019Ormesson p\u00e8che le plus\u00a0: h\u00e9sitant entre deux routes, celle d\u2019une glorieuse mise en sc\u00e8ne et d\u2019\u00e9loquents dialogues dramatiques \u00e0 gauche, et celle de la narration \u00e9pique \u00e0 droite, on voit <em>La Conversation <\/em>s\u2019emp\u00eatrer tout droit, dans un chemin broussailleux dont les incessants virages se perdent \u00e0 mi-chemin des deux alternatives. Ainsi, on observe que le livre est pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019est typiquement une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0: le prologue sert de narration didactique qui invite le lecteur \u00e0 se plonger dans l\u2019action \u00e0 venir. Le nom des personnages appara\u00eet \u00e0 chacune de leurs r\u00e9pliques. L\u2019ouverture du dialogue est m\u00eame annonc\u00e9e \u00e0 la fin du prologue, lorsque \u00ab\u00a0Les trois coups sont frapp\u00e9s, le rideau se l\u00e8ve,\u00a0\u00bb et pr\u00e9sent\u00e9e par ce qui n\u2019est autre qu\u2019une didascalie, indiquant que \u00ab\u00a0L\u2019action se situe aux Tuileries, o\u00f9 Bonaparte s\u2019est install\u00e9 au lendemain du 18 Brumaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout semble donc pr\u00e9sager d\u2019une mise en sc\u00e8ne compl\u00e8te et \u00e9labor\u00e9e. Or, bient\u00f4t les didascalies disparaissent, nous laissant seuls avec des personnages quasiment immobiles, non habill\u00e9s, \u00e9voluant dans un d\u00e9cor nu. La conversation n\u2019est pas non plus romanesque, car elle n\u2019est faite que de dialogues \u00e0 la premi\u00e8re personne, et ne m\u00e9nage donc aucun temps pour des descriptions, des pr\u00e9cisions du narrateur, une mise en condition ou simplement un accompagnement de l\u2019action. <em>La Conversation <\/em>\u00a0ne pourrait d\u2019ailleurs simplement pas \u00eatre un roman, et sur ce point, Jean d\u2019Ormesson ne s\u2019est pas tromp\u00e9. En revanche il s\u2019est fourvoy\u00e9 en supposant que rapporter un dialogue entre deux hauts personnages de l\u2019histoire \u00e9tait suffisant pour que les r\u00e9pliques soient \u00e9tincelantes. Il y a bien, clairsem\u00e9s dans la conversation, et qui viennent la pimenter, quelques bons mots ou belles tournures, tels le \u00ab\u00a0hic, haec, hoc\u00a0\u00bb de Talleyrand (je laisse ici un espoir intact au lecteur qui voudrait v\u00e9rifier par lui-m\u00eame la qualit\u00e9 du livre), mais ils sont trop rares, et, dans le cas cit\u00e9, probablement pas de d\u2019Ormesson lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, le style dans lequel est \u00e9crit le dialogue, alors m\u00eame que ce devrait \u00eatre le nerf principal, sinon l\u2019unique, de ce livre, manque d\u2019entrain, de cette qualit\u00e9 de r\u00e9partie qui pourrait faire que l\u2019on oublie l\u2019absence d\u2019accompagnement pour ne savourer qu\u2019un \u00e9change verbal vif, profond et puissant. Mais l\u00e0 encore, les esp\u00e9rances sont d\u00e9\u00e7ues. Le style de d\u2019Ormesson n\u2019a pas l\u2019envergure de l\u2019aigle imp\u00e9rial, et n\u2019est pas assez grand pour tenir la sc\u00e8ne \u00e0 lui seul. En t\u00e9moigne cette r\u00e9p\u00e9tition malheureuse \u2013 visant peut-\u00eatre originellement \u00e0 atteindre une certaine majest\u00e9 d\u2019\u00e9loquence \u2013 que l\u2019on trouve \u00e0 la page 43 dans une r\u00e9plique de Napol\u00e9on, et o\u00f9 l\u2019utilisation d\u2019un synonyme, \u00e9ventuellement coupl\u00e9 d\u2019une gradation, aurait \u00e9t\u00e9 la bienvenue\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis d\u2019aucune coterie. Je suis de la coterie du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, si l\u2019on veut entreprendre de lire le dernier livre de Jean d\u2019Ormesson, peut-\u00eatre faut-il simplement \u00e9touffer ses esp\u00e9rances, ou les limiter \u00e0 ce que son titre \u00e9voque, stricto sensu, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9sister \u00e0 tout ce que le nom de Napol\u00e9on peut sugg\u00e9rer de beau, de grandiloquent, et s\u2019attendre \u00e0 ne lire qu\u2019une conversation telle qu\u2019on pourrait en tenir soi-m\u00eame au quotidien, un simple dialogue entre deux hommes retranscrit sur papier, presque sans ajouts ni enjolivements, et h\u00e9las, sans effort de dramatisation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La Conversation,\u00a0 \u00e9crit par Jean d&rsquo;Ormesson et publi\u00e9 aux \u00e9ditions H\u00e9lo\u00efse d&rsquo;Ormesson. 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