{"id":11685,"date":"2018-10-05T12:09:17","date_gmt":"2018-10-05T10:09:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11685"},"modified":"2018-10-05T12:09:17","modified_gmt":"2018-10-05T10:09:17","slug":"love-me-tender-guillaume-vincent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11685","title":{"rendered":"Love me tender \/ Guillaume Vincent"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre des bouffes du nord | <a href=\"http:\/\/www.bouffesdunord.com\/fr\/la-saison\/love-me-tender\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Love me tender \u2022 R\u00e9p\u00e9titions\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/289111855?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"500\" height=\"281\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\"><\/iframe><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Love Me Tender : Guillaume Vincent ressuscite Carver<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux Bouffes du Nord, Guillaume Vincent adapte certaines nouvelles de l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Raymond Carver. <em>Love Me Tender <\/em>parle de la crise dans le couple au sein de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, en mettant en sc\u00e8ne l\u2019ordinaire chez monsieur et madame tout-le-monde au moment o\u00f9 tout vacille. Un constat demeure, martel\u00e9 tout au long de la pi\u00e8ce :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Les gens n\u2019en ont rien \u00e0 foutre des autres ; rien ne changera jamais vraiment \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dispositif original et dr\u00f4le permet l\u2019imbrication de plusieurs nouvelles et donc de plusieurs lieux et personnages sur un m\u00eame plateau. Les actions s\u2019alternent ainsi \u00e0 tour de r\u00f4le entre les diff\u00e9rents espaces. Le d\u00e9cor sugg\u00e8re, s\u2019il ne souligne pas, les situations sociales comme les caract\u00e8res. Ce n\u2019est pas l\u2019int\u00e9rieur bourgeois de Tchekhov mais le salon de la classe moyenne am\u00e9ricaine, avec des tapis \u00e0 motifs (rappelant la moquette du <em>Shining <\/em>de Kurbrick), tant\u00f4t rectilignes chez les Morgans, couple de propri\u00e9taires qui aime un peu trop No\u00ebl, tant\u00f4t arrondis chez le jeune couple de hippies fumeurs d\u2019herbe. Les meubles en bois enferment les Meyers qui asphyxient, la lampe \u00e0 lave \u00e9claire la petite soir\u00e9e psychoactive, la cuisine en formica jaune accueille le d\u00e9sespoir conjugal, les lits les d\u00e9sirs contrari\u00e9s et les peines avou\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le kitsch ultime r\u00e9side dans la f\u00eate commerciale et populaire de No\u00ebl, v\u00e9ritable rituel de consommation. En effet toute une soir\u00e9e est consacr\u00e9e \u00e0 vouloir montrer ses nouvelles chaussures blanches, boire du Coca, manger des M&amp;M\u2019s et des Mister Freeze, renverser le Coca sur les nouvelles chaussures blanches&#8230; Une c\u00e9l\u00e9bration qui chez les un-peu-plus-ais\u00e9s consiste en des cadeaux purement d\u00e9coratifs, des paquets qui encombrent l\u2019espace et qu\u2019on ne d\u00e9balle pas, qu\u2019on offre encore moins. Les Meyers repartiront avec une morsure du chien \u00e0 la jambe, un mauvais souvenir des Morgans et s\u00fbrement ce virus, cette pand\u00e9mie attaquant l\u2019amour et la stabilit\u00e9 du couple comme un poison qui contamine in\u00e9luctablement les bin\u00f4mes. En rentrant \u00e0 la maison, ils se demandent s\u2019ils s\u2019aiment encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intelligence de la mise en sc\u00e8ne de Guillaume Vincent repose sans doute sur l\u2019interaction des sc\u00e8nes \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. Souvent les dialogues entre deux tableaux distincts s\u2019alternent rapidement et donnent l\u2019impression de se r\u00e9pondre. Un personnage peut rire de la sc\u00e8ne parall\u00e8le. Les regards se croisent \u00e9galement : dans une sorte de mise en abyme, les acteurs deviennent spectateurs d\u2019une partie de la sc\u00e8ne, et ce soudain quatri\u00e8me mur se d\u00e9molit presque instantan\u00e9ment lorsqu\u2019un \u00e9change perce la dichotomie entre les deux tableaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fin de pi\u00e8ce, deux textes sont interpr\u00e9t\u00e9s en anglais, comme si le fant\u00f4me de Carver s\u2019adressait directement au spectateur par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019acteur qui jouait un r\u00f4le d\u2019\u00e9crivain d\u00e9sabus\u00e9 dans la premi\u00e8re partie. Le po\u00e8me \u00ab Fear \u00bb est une scansion, une \u00e9num\u00e9ration des angoisses de cet homme rong\u00e9 par l\u2019alcool, nous montrant que l\u2019humanit\u00e9 moderne tient s\u00fbrement en cette peur existentielle, individuelle mais universelle. Le geste de Vincent est de rendre la force du verbe en version originale, nous transportant plus directement dans l\u2019imaginaire de ce grand po\u00e8te qui embellit paradoxalement la mati\u00e8re am\u00e9ricaine, faite de crise, de larmes et de peur. Cette fine adaptation donne \u00e0 voir l\u2019esprit de Carver et fait revivre l\u2019homme, de quoi se replonger dans ses nouvelles et po\u00e8mes, tendrement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\"><span data-sheets-value=\"{&quot;1&quot;:2,&quot;2&quot;:&quot;GEOFFRAY&quot;}\" data-sheets-userformat=\"{&quot;2&quot;:4226,&quot;4&quot;:[null,2,14281427],&quot;10&quot;:2,&quot;15&quot;:&quot;arial,sans,sans-serif&quot;}\">Julien Le Tutour<\/span><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord propose une adaptation \u00e0 la sc\u00e8ne par Guillaume Vincent de six nouvelles de Raymond Carter (Tais-toi je t\u2019en prie, Pourquoi l\u2019Alaska, La peau du personnage, Personne ne disait rien, Appelle si tu as besoin et D\u00e9branch\u00e9s). Port\u00e9 par la performance remarquable de huit acteurs pleins de fra\u00eecheur, le spectacle s\u00e9duit par sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 autant que sa pr\u00e9cision \u00e0 toucher les f\u00ealures des relations amoureuses. Car sous les aspects d\u2019un d\u00e9cor kitsch merveilleusement dispos\u00e9, le malheur des couples n\u2019appara\u00eet que plus cruellement banal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant plus d\u2019une heure et demie, six histoires se d\u00e9roulent sous les yeux du spectateur, tant\u00f4t amus\u00e9, tant\u00f4t \u00e9mu. Elles sont orchestr\u00e9es en deux s\u00e9quences, la premi\u00e8re pr\u00e9sentant dans un m\u00eame temps deux sc\u00e8nes de quatre acteurs puis quatre sayn\u00e8tes de couples entrelac\u00e9es. \u00ab I fear confusion \u00bb confesse un acteur dans le monologue central ; peur surmont\u00e9e par Guillaume Vincent qui articule ing\u00e9nieusement les dialogues. Encha\u00eenements des paroles d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre, jeux de rebondissement sur les mots et prolongements des gestes de part et d\u2019autres du plateau font r\u00e9sonner comme dans un canon les nouvelles de Raymond Carter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dispositif, loin de toute m\u00e9canique, se coule dans la plus grande simplicit\u00e9 gr\u00e2ce au jeu des acteurs, \u00e9nergiques et vivants, \u00e0 se demander parfois s\u2019ils n\u2019improvisent pas. Leur diction et gestes d\u2019un grand r\u00e9alisme facilitent l\u2019identification du spectateur aux personnages, et leur rire est communicatif. L\u00e0 se trouve peut-\u00eatre le tour de force de la pi\u00e8ce : faire rire m\u00eame quand \u00e7a fait mal. L\u2019\u00e9vocation des tabous comme la fin de vie, les d\u00e9sillusions et les mensonges sont contrebalanc\u00e9s par la peinture comique de sc\u00e8nes du quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux monologues se d\u00e9tachent du reste pour laisser entendre la voix de l\u2019auteur, ils r\u00e9v\u00e8lent l\u2019influence de Tchekhov et peut-\u00eatre aussi de Shakespeare. L\u2019angoisse et l\u2019interrogation qui emp\u00eachent l\u2019action, l\u2019obsession secr\u00e8te de la mort rappellent des passages de Hamlet ; et si ces personnages, qui semblent \u00e0 la fois si familiers et distants par leur br\u00e8ve apparition n\u2019\u00e9taient finalement que des spectres ?<\/p>\n<h6><b>Pauline Amard<br \/>\n<\/b><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Immensit\u00e9 de la sc\u00e8ne, imaginaire de cet endroit : un th\u00e9\u00e2tre saccag\u00e9 \u00e0 dessein et qui reste terrain de jeu pour tant de mises en sc\u00e8ne. Ne reste l\u00e0 que quelques pi\u00e8ces de mobilier, connues, anodines. Devant nous des espaces de vie exigus, tristes malgr\u00e9 les couleurs vives &#8211; le lieu a perdu de sa superbe. On nous donne \u00e0 voir le couple qui se parle et se d\u00e9chire, qui s&rsquo;aime mais ne se comprend plus. Lire Raymond Carver, c&rsquo;est entrer dans un monde de douleur et de beaut\u00e9, l&rsquo;exploration complexe de ce qu&rsquo;est l&rsquo;amour \u00e0 travers une \u00e9criture d&rsquo;un d\u00e9pouillement extr\u00eame, attentive au d\u00e9tail, envers et contre tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais rien ne se passe. Il n&rsquo;y a aucune \u00e9motion dans le travail d&rsquo;adaptation des nouvelles de Carver par Guillaume Vincent. On rit parce que le comique de r\u00e9p\u00e9tition agit parfois malgr\u00e9 tout et que le grotesque de certaines situations pr\u00eate \u00e0 sourire. Il y a pourtant ce final fantasmagorique et sublime, alors m\u00eame qu&rsquo;il est question de la s\u00e9paration de deux personnes qui se sont aim\u00e9es. <em>Love me tender <\/em>devient beau \u00e0 cet instant, quand est convoqu\u00e9e une tendresse enfouie et souvent rejet\u00e9e mais pr\u00e9cieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin est parfaite, m\u00eame si le reste de la pi\u00e8ce reste une d\u00e9ception. On attend le prochain travail de Guillaume Vincent, dont la sensibilit\u00e9 et le sens de la nuance n&rsquo;est pourtant plus \u00e0 prouver &#8211; ceux qui ont vu <em>Rendez-vous Gare de l&rsquo;Est <\/em>le savent.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Margaux Daridon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couple formerait une entit\u00e9, le mythe de l\u2019androgyne de Platon nous le pr\u00e9sente comme un seul \u00eatre. Mais, Guillaume Vincent prend le contre-pied de cette conception du couple et d\u00e9cline la complexit\u00e9 de la relation dans <em>Love me tender<\/em>, une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne d\u2019apr\u00e8s les nouvelles de Raymond et Carver. C\u2019est en effet plusieurs tableaux qui occupent la sc\u00e8ne et se croisent\u00a0: des couples tr\u00e8s diff\u00e9rents traitent ainsi des ann\u00e9es usantes, des infid\u00e9lit\u00e9s, des craintes, des rencontres, mais aussi, de No\u00ebl, de la belle-m\u00e8re aga\u00e7ante, du pot de d\u00e9part d\u2019un coll\u00e8gue. Des situations et des discours du quotidien que nous pouvons tous rencontrer. Et entre tous ces discours, entre toutes ces sc\u00e8nes, nous rencontrons un enfant, symbole de l\u2019union, qui refl\u00e8te aussi, par ses peurs et ses interrogations, la personnalit\u00e9 des parents et les difficult\u00e9s de la vie de couple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut souligner la mise en sc\u00e8ne, dans laquelle les couples se rencontrent, se r\u00e9pondent, se croisent, gr\u00e2ce aux dialogues mais aussi aux jeux sc\u00e9niques. Voici qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vocation du chat familial, la com\u00e9dienne du tableau d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 se meut en chat, voici que l&rsquo;on parle de telle famille ici, et que cette derni\u00e8re sonne \u00e0 la porte. Guillaume Vincent et les huit com\u00e9diens ne s\u2019arr\u00eatent pas \u00e0 la jonction des couples, \u00e0 la tentative d\u2019un accord dans leurs d\u00e9saccords criants, c\u2019est leur intimit\u00e9 que le spectateur p\u00e9n\u00e8tre\u00a0! Nous les suivons de la cuisine au salon pour enfin les retrouver dans le lit. Un lit o\u00f9 le couple hurle, se d\u00e9chire, ou au contraire, se retrouve et s\u2019aime. Le d\u00e9cor permet l\u2019int\u00e9gration d\u2019une part de merveilleux dans ces sc\u00e8nes pourtant quotidiennes. On voit ainsi avec surprise, s\u2019\u00e9loigner une com\u00e9dienne entre des sapins enneig\u00e9s o\u00f9 se dressent des chevaux. Et, entre tous ces tableaux, un homme assis raconte la vie, avec une gravit\u00e9 teint\u00e9e d&rsquo;humour, qui exprime l\u2019existence quotidienne du couple, ses ga\u00eet\u00e9s et ses douleurs, celles de la s\u00e9paration,\u00a0parfois n\u00e9cessaire. Des douleurs qui vont jusqu\u2019\u00e0 la maladie, celle de l\u2019esprit.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Soumya Berrag<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Photographie : Elizabeth Carecchio<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre des bouffes du nord | En savoir plus Love Me Tender : Guillaume Vincent ressuscite Carver Aux Bouffes du Nord, Guillaume Vincent adapte certaines nouvelles de l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Raymond Carver. 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