{"id":11701,"date":"2018-10-13T16:52:39","date_gmt":"2018-10-13T14:52:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11701"},"modified":"2018-10-13T16:52:39","modified_gmt":"2018-10-13T14:52:39","slug":"lheureux-stratageme-emmanuel-daumas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11701","title":{"rendered":"L&rsquo;heureux stratag\u00e8me \/ Emmanuel Daumas"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;Heureux Stratag\u00e8me mis en sc\u00e8ne par Emmanuel Daumas<em><br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jeux sont au th\u00e9\u00e2tre ce que les rires sont \u00e0 la vie\u00a0: tous deux appartiennent \u00e0 une situation, disons, dans le registre propre \u00e0 cette critique, \u00e0 une sc\u00e8ne dans laquelle les \u00e9lans de sinc\u00e9rit\u00e9 parviennent par \u00e9clat au c\u0153ur de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y a pas un th\u00e9\u00e2tre qui me para\u00eet plus sinc\u00e8re que celui de Marivaux. Cette com\u00e9die, <em>L&rsquo;Heureux Stratag\u00e8me<\/em>, n&rsquo;y manque pas\u00a0: sous les yeux d&rsquo;une audience avertie de ce que sont les sentiments amoureux, la jalousie, la cruaut\u00e9 quant \u00e0 aimer o\u00f9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9sir\u00e9, c&rsquo;est une langue classique qui investit l&rsquo;espace et explore les contradictions amoureuses autour du d\u00e9senchantement f\u00e9minin en ce qui concerne la fid\u00e9lit\u00e9. Emmanuel Daumas d\u00e9finit la libert\u00e9 f\u00e9minine quant \u00e0 n&rsquo;appartenir \u00e0 personne, sentiment qui s&rsquo;\u00e9difie autour de la volont\u00e9 de n&rsquo;en faire que selon ses bons et \u00e9rotiques d\u00e9sirs. Ce faisant, la pi\u00e8ce fait \u00e9chos \u00e0 notre si\u00e8cle en interrogeant notamment la controverses du couple, la tension qui existe entre \u00eatre avec quelqu&rsquo;un sans pour autant lui appartenir jusqu&rsquo;\u00e0 lui devoir un c\u0153ur et des regards exclusifs. Marivaux appara\u00eet d\u00e8s lors comme un grand moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette modernit\u00e9 est notamment due \u00e0 la mise en sc\u00e8ne. Ce que l&rsquo;on peut souvent reprocher aux adaptations th\u00e9\u00e2trales est la surabondance de signes et d&rsquo;intentions accol\u00e9s \u00e0 un texte qui t\u00e2che\u00a0le th\u00e9\u00e2tre le rendant parfois grotesque\u00a0; il nous arrive de reconna\u00eetre davantage la patte d&rsquo;un metteur en sc\u00e8ne que le style d&rsquo;un auteur. Ici, il n&rsquo;en est rien\u00a0: Emmanuel Daumas a su rendre honneur \u00e0 ce classique tout en l&rsquo;incluant dans notre si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette adaptation est incontestablement r\u00e9ussie, je salue en ce dernier point les acteurs qui ont su, sans d\u00e9calage, associer \u00e0 cette langue classique des gestes et des intonations modernes qui me font enfin dire que la voix est r\u00e9ellement le corps d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre r\u00e9ussi.<\/p>\n<h6>Julia Valette<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;heureux stratag\u00e8me<\/em> est l\u2019une des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre les moins connues de Marivaux, la Com\u00e9die Fran\u00e7aise a d\u00e9cid\u00e9 de la repr\u00e9senter pour la premi\u00e8re fois au th\u00e9\u00e2tre du Vieux-Colombier. Marivaux avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 confier cette pi\u00e8ce en trois actes \u00e0 la Com\u00e9die Italienne car il y trouvait un langage simple et plus appropri\u00e9 pour jouer cette pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce d\u00e9sir de simplicit\u00e9 est respect\u00e9 par Emmanuel Daumas &#8211; qui a d\u00e9j\u00e0 mis en sc\u00e8ne 2 pi\u00e8ces \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise &#8211; notamment par un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9 mais significatif qui permet au public de se concentrer pleinement sur le n\u0153ud de l&rsquo;action : la question de l&rsquo;amour. La Comtesse, jusque-l\u00e0 amante de Dorante, le d\u00e9laisse pour le Chevalier. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Dorante accepte de jouer un r\u00f4le avec la Marquise, du m\u00eame coup d\u00e9laiss\u00e9e par le Chevalier, pour tenter de ranimer l&rsquo;amour de la Comtesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeu de miroir complexes entre ma\u00eetres\/valets et couples d&rsquo;amants pose le doigt sur une question essentielle pour Marivaux : la dynamique des sentiments. La sc\u00e8ne semble \u00eatre le terrain d&rsquo;un laboratoire d&rsquo;exp\u00e9rience o\u00f9, entour\u00e9s par le public r\u00e9parti sur les deux c\u00f4t\u00e9s, les personnages s&rsquo;offrent au regard de tous : \u00e9loge de l&rsquo;amour \u00ab\u00a0infid\u00e8le\u00a0\u00bb, exasp\u00e9ration poignante, confessions tardives&#8230; Le marivaudage qui \u00e9tait m\u00e9pris\u00e9 par certains intellectuels au XVIIIe si\u00e8cle pour ses propos consid\u00e9r\u00e9s comme trop l\u00e9gers, appara\u00eet moderne pour la finesse de son analyse psychologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La com\u00e9die prend l&rsquo;aspect d&rsquo;un drame, o\u00f9 les lourds silences autant que les cris de d\u00e9sespoirs rendent la repr\u00e9sentation tr\u00e8s intense en \u00e9motions. La perte de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 appara\u00eet comme un enjeu vital que le jeu d&rsquo;acteur rend parfaitement. Cependant, malgr\u00e9 les souffrances auxquelles l&rsquo;amour peut parfois mener, il y a toutefois des moments de douceur musicale entre les actes avec une interpr\u00e9tation de <em>You go to my head<\/em> chant\u00e9 \u00e0 cappella, rappelant avant tout l&rsquo;ivresse du sentiment amoureux&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;heureux stratag\u00e8me<\/em> \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise est un spectacle agr\u00e9able et divertissant, jou\u00e9 par des com\u00e9diens excellents dans leurs r\u00f4les, tout en constituant un terrain de r\u00e9flexion pour ceux d&rsquo;entre nous qui sont les plus friands de marivaudage&#8230;<\/p>\n<h6>Eveline Su<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la premi\u00e8re fois au r\u00e9pertoire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, <em>L\u2019Heureux Stratag\u00e8me<\/em>, pi\u00e8ce \u00e9crite vers 1733 par Marivaux, est mise en sc\u00e8ne cet automne par Emmanuel Daumas au th\u00e9\u00e2tre du Vieux-Colombier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Comtesse, personnage principal et pivot central de l\u2019intrigue, n\u2019entend pas qu\u2019on lui dicte la direction de son amour mais pr\u00e9f\u00e8re suivre les revirements de son c\u0153ur, entra\u00eenant \u00e0 sa suite tous les autres personnages. Elle d\u00e9laisse Dorante qui aspirait au mariage, pour Damis, le chevalier beau parleur qui d\u00e9laisse \u00e0 son tour son amante la Marquise. Les deux amants d\u00e9\u00e7us, Dorante et la Marquise, feignent alors entre eux un amour fort et promis \u00e0 une union rapide pour pi\u00e9ger leurs aim\u00e9s et les faire revenir \u00e0 eux. Les domestiques fonctionnent en miroir imparfait de leurs ma\u00eetres\u00a0: Lisette, promise \u00e0 Arlequin se laisserait bien tenter \u00e0 \u00eatre s\u00e9duite par Frontin, malgr\u00e9 les protestations de son p\u00e8re Blaise, mais revient plus vite que cette derni\u00e8re \u00e0 ses premiers sentiments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix d\u2019un dispositif de salle bifrontal accompagne et illustre au plus pr\u00e8s la variabilit\u00e9 des sentiments que la pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne, et est ainsi d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable. Les acteurs se meuvent lestement aux quatre coins du plateau, se laissant voir toujours sous des angles changeants, diff\u00e9rents, au diapason du texte. La proximit\u00e9 des acteurs laisse apercevoir le moindre changement d\u2019expression et semble presque inviter le spectateur \u00e0 prendre part \u00e0 la sc\u00e8ne. Le d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9 est \u00e0 la fois fragile et \u00e9nergique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le jeu des acteurs est \u00e0 signaler\u00a0: tous, magnifiques, incarnent \u00e0 merveille les subtilit\u00e9s de leur personnage et font virevolter les rebondissements successifs, en arrivant notamment \u00e0 doter d\u2019un ton r\u00e9solument contemporain la langue du XVIIIe si\u00e8cle aux tournures parfois d\u00e9su\u00e8tes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce bal d\u2019amour et de d\u00e9samour marivaudien par les com\u00e9diens fran\u00e7ais et sous l\u2019\u0153il d\u2019Emmanuel Daumas est, en somme, une vraie bouff\u00e9e de fra\u00eecheur.<\/p>\n<h6>\u00c9lodie Ruhier<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Photographie : Christophe Raynaud de Lage<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >L&rsquo;Heureux Stratag\u00e8me mis en sc\u00e8ne par Emmanuel Daumas Les jeux sont au th\u00e9\u00e2tre ce que les rires sont \u00e0 la vie\u00a0: tous deux appartiennent \u00e0 une situation, disons, dans le registre propre \u00e0 cette critique, \u00e0 une sc\u00e8ne dans laquelle les \u00e9lans de sinc\u00e9rit\u00e9 parviennent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11703,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,4],"tags":[],"class_list":["post-11701","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-comedie-francaise","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11701","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11701"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11701\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11701"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11701"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11701"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}