{"id":11705,"date":"2018-10-16T12:00:32","date_gmt":"2018-10-16T10:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11705"},"modified":"2018-10-16T12:00:32","modified_gmt":"2018-10-16T10:00:32","slug":"decadance-ohad-naharin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11705","title":{"rendered":"D\u00e9cadance \/ Ohad Naharin"},"content":{"rendered":"<p><strong>D\u00e9cadance, Op\u00e9ra de Paris, Ohad Naharin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Install\u00e9s sous un plafond peint par Chagall au Palais Garnier, les spectateurs se taisent pour admirer la troupe des danseurs de l\u2019Op\u00e9ra de Paris regroup\u00e9e en triangle dans des jeans moulants et pieds nus sur une musique m\u00e9langeant \u00e9lectro et musique traditionnelle isra\u00e9lienne. Cette premi\u00e8re image est celle offerte par <em>D\u00e9cadance<\/em>, nouveau spectacle chor\u00e9graphi\u00e9 par Ohad Naharin. Ce spectacle est avant tout une anthologie des diff\u00e9rentes chor\u00e9graphies r\u00e9alis\u00e9es par Ohad Naharin au cours de sa carri\u00e8re. Dix extraits d\u2019\u0153uvres diff\u00e9rentes s\u2019enchainent pendant 1h30 de mani\u00e8re fluide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ce spectacle de danse, le chor\u00e9graphe nous entra\u00eene dans son monde o\u00f9 chaque danseur exprime par ses mouvements une \u00e9nergie sauvage ou au contraire une lenteur d\u00e9mesur\u00e9e. \u00a0En effet, deux tableaux se dessinent dans ce spectacle\u00a0: celui o\u00f9 les artistes r\u00e9alisent des mouvements tr\u00e8s rapides et synchronis\u00e9s, o\u00f9 on les voit sauter partout sur la sc\u00e8ne, et celui o\u00f9 le temps semble en suspension, les artistes r\u00e9alisant leurs mouvements dans une douce langueur. Ce style de danse Ohad Naharin l\u2019a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0gaga\u00a0\u00bb. C\u2019est une pratique bas\u00e9e sur le mouvement du corps et l\u2019improvisation qui fait maintenant partie int\u00e9grante de la danse contemporaine isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ohad Naharin r\u00e9ussit donc \u00e0 nous faire partager une panoplie diff\u00e9rente d\u2019\u00e9motions allant du saisissement au rire avec ce personnage loufoque qui nous pose des questions et porte une t\u00e9l\u00e9 \u00e0 travers laquelle il nous explique la suite du spectacle. Le chor\u00e9graphe n\u2019h\u00e9site en effet pas \u00e0 faire participer le public. Des personnes sont invit\u00e9es \u00e0 danser un cha-cha fr\u00e9n\u00e9tique aux c\u00f4t\u00e9s des danseurs r\u00e9v\u00e9lant une image saisissante entre les danseurs habill\u00e9s en noir et blanc et les personnes du public v\u00eatus de rouge, rose, violet etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le clou du spectacle reste avant tout cet extrait d\u2019\u00ab\u00a0Ehad mi Yodea\u00a0\u00bb dont la musique correspond aux chants h\u00e9breux pour la P\u00e2que juive. Les danseurs, habill\u00e9s de costume proche de ceux des juifs orthodoxes, s\u2019assoient en demi-cercle sur des chaises puis se rel\u00e8vent pour crier les paroles. Petit \u00e0 petit, les costumes vont \u00eatre enlev\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce que les danseurs se retrouvent en sous-v\u00eatement sur sc\u00e8ne. Ce moment a une signification forte\u00a0que l\u2019on peut interpr\u00e9ter comme une lib\u00e9ration du dogme religieux. Avec cet extrait une dimension politique \u00e0 l\u2019\u0153uvre est amen\u00e9e et un moment fort voire m\u00eame troublant nous est livr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, <em>D\u00e9cadance<\/em> est un spectacle fort en \u00e9motion qui ne vous laissera pas indiff\u00e9rent. Malgr\u00e9 une peur que la pi\u00e8ce soit trop contemporaine, on est vite rassur\u00e9 car Ohad Naharin sait nous faire ressentir la danse. Les costumes quoique simples mettent en valeurs les mouvements des danseurs et se fondent bien avec cette envie de fluidit\u00e9 et cette vision expressionniste du \u00ab\u00a0gaga\u00a0\u00bb. En sortant de la salle, vous n\u2019aurez plus qu\u2019une envie\u00a0: vous d\u00e9hancher sur votre musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h6>Eva Josselin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9calage, la surprise, le surgissement de l&rsquo;inattendu sont les \u00e9l\u00e9ments forts de ce programme. Les quelques quarante danseurs constituant le corps de ballet s&rsquo;amusent \u00e0 nous d\u00e9sar\u00e7onner tout au long de la repr\u00e9sentation. Le spectacle entier est structur\u00e9 par un jeu autour des contraires, des oppositions, jonch\u00e9 de moments de rupture d\u00e9routants qui oscillent entre l&rsquo;absurde et le burlesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u0153uvre a l&rsquo;originalit\u00e9 d&rsquo;oser interagir avec le public, de le faire participer, de se moquer de lui et de ses attentes, jusqu&rsquo;\u00e0 faire ressortir ses propres contradictions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rideau s&rsquo;ouvre sur un orateur en costard, micro \u00e0 la main, demandant aux spectateurs de mani\u00e8re ostensiblement pompeuse de bien vouloir \u00e9teindre nos t\u00e9l\u00e9phones. Son attitude surjou\u00e9e, son intonation trop froide suffisent \u00e0 troubler l&rsquo;auditoire. Il faut un instant de concentration pour se rendre compte que la repr\u00e9sentation a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. La premi\u00e8re partie du ballet pr\u00e9sente des danseurs habill\u00e9s de couleurs vives, formant un groupe, une masse unique qui oscille puis danse dans une synchronicit\u00e9 \u00e9tonnante. Cette chor\u00e9graphie dure seulement quelques instants, et d\u00e9j\u00e0 une rupture se cr\u00e9e au sein du groupe de danseurs, faisant vaciller la coh\u00e9rence des mouvements. \u00c0 partir de l\u00e0, les danseurs vont s&rsquo;\u00e9parpiller sur sc\u00e8ne, avec tous leur vocabulaire artistique propre, leurs mouvements caract\u00e9ristiques, cr\u00e9ant un d\u00e9sordre apparent qui s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre un v\u00e9ritable chaos ordonn\u00e9, o\u00f9 chaque corps semble se mouvoir de mani\u00e8re arbitraire, mais o\u00f9 toutes les collisions sont \u00e9vit\u00e9es, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9quilibre de sc\u00e8ne est maintenu et o\u00f9 une forme de sym\u00e9trie peut m\u00eame \u00eatre per\u00e7ue dans le tourbillon des corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore une rupture, et c&rsquo;est le pr\u00e9sentateur du d\u00e9but qui revient sur sc\u00e8ne pour inviter le public \u00e0 se lever. La salle de l&rsquo;op\u00e9ra joue le jeu, et c&rsquo;est pr\u00e8s de deux mille spectateurs qui se retrouvent debout en pleine lumi\u00e8re, hors de leur zone de confort. Les faisant rasseoir par petits groupes, l&rsquo;orateur finit par s\u00e9lectionner une personne du public, pour l&rsquo;inviter \u00e0 venir sur sc\u00e8ne avec les artistes. Au bout d&rsquo;un moment, il s&rsquo;agit en fait d&rsquo;une vingtaine de spectateurs des premi\u00e8res loges qui est entrain\u00e9 devant le reste du public pour un ballet presque improvis\u00e9 avec les danseurs professionnels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce ballet s&rsquo;affranchit des codes classiques pour mieux surprendre les spectateurs il ne se laisse arr\u00eater ni par la pudeur ni par la biens\u00e9ance et nous pousse en dehors de notre zone de confort en exigeant de nous une participation inattendue. Cette volont\u00e9 de rupture se retrouve m\u00eame dans le choix des pi\u00e8ces musicales, puisqu&rsquo;un <em>Nisi Dominus<\/em> de Vivaldi suit imm\u00e9diatement une musique traditionnel arabe et qu&rsquo;\u00e0 cette \u0153uvre classique succ\u00e8de un remix pop des ann\u00e9es 90 de <em>Somewhere Over the Rainbow<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, un ballet surprenant et joyeux o\u00f9 se m\u00ealent \u00e0 foison des performances chor\u00e9graphiques fascinantes et des ruptures de rythme relevant presque du ressort comique dans leurs tournures.<\/p>\n<h6>Sam Blanc<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Nous vous prions de bien vouloir \u00e9teindre vos t\u00e9l\u00e9phones portables maintenant ; si vous ne le faites que plus tard, non seulement vous g\u00eanerez vos voisins, mais en plus vous manquerez une partie du spectacle, ce qui serait dommage.\u00a0\u00bb recommande d\u2019une voix lente et monotone un pr\u00e9sentateur tout de noir v\u00eatu. La banalit\u00e9 de la phrase contraste avec le ton quasi-robotique du curieux personnage. L\u2019esprit de <em>D\u00e9cadance<\/em> est ainsi donn\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but : ce sera un spectacle d\u00e9cal\u00e9 et troublant, qui contraste grandement avec le cadre prestigieux et classique du Palais Garnier dans lequel il a lieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019alternent en effet des s\u00e9quences tr\u00e8s diff\u00e9rentes, composant ensemble un patchwork de l\u2019\u0153uvre d\u2019Ohad Naharin. Il y a celles o\u00f9 les artistes du Ballet dansent en improvisation, gr\u00e2ce \u00e0 la technique du Gaga, invent\u00e9e par le chor\u00e9graphe isra\u00e9lien. En r\u00e9sultent des corps d\u00e9sarticul\u00e9s, d\u00e9sax\u00e9s ; les mouvements ne sont pas harmonieux, mais n\u2019en sont pas pour le moins inesth\u00e9tiques. Tou\u00b7te\u00b7s parviennent \u00e0 nous communiquer le plaisir qu\u2019ils \u00e9prouvent \u00e0 marcher en se d\u00e9hanchant fabuleusement sur une musique des Beach Boys et de rire aux \u00e9clats sur des musiques \u00e9lectro ; bref, \u00e0 d\u00e9construire les mouvements de leurs corps form\u00e9s \u00e0 la danse classique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ces moments de d\u00e9construction succ\u00e8dent des passages harmonieux o\u00f9 les costumes sont des costards, tant pour les danseurs que les danseuses, o\u00f9 tou\u00b7te\u00b7s chantent avec force en h\u00e9breu, arquant de mani\u00e8re spectaculaire leurs corps un \u00e0 un, avec une \u00e9nergie et un plaisir qu\u2019ils communiquent \u00e0 la salle. Mais les sc\u00e8nes sont toujours ponctu\u00e9es d\u2019absurde : les danseurs et danseuses finissent en sous-v\u00eatements sur une musique traditionnelle juive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que parfois les lumi\u00e8res s\u2019allument pour \u00e9clairer le public du palais Garnier, le pr\u00e9sentateur fait plusieurs apparitions, brisant syst\u00e9matiquement le quatri\u00e8me mur. Il y convie les spectateurs \u00e0 se lever et, non sans ironie, mais toujours avec la m\u00eame monotonie, d\u00e9cline des crit\u00e8res nous autorisant \u00e0 nous asseoir. C\u2019est \u00e0 la fois g\u00eanant, dr\u00f4le et surprenant. Une autre sc\u00e8ne et ce sont les danseurs qui vont chercher dans le public des personnes de tout \u00e2ge et genre, les font monter sur sc\u00e8ne, et incitent \u00e0 danser m\u00eame les plus timides et r\u00e9fractaires. Ils y parviennent, et le cha-cha-cha qui sert \u00e0 ce moment-l\u00e0 de bande-son nous fait rire. Les spectateurs-danseurs sont applaudis et f\u00e9licit\u00e9s, l\u2019\u00e9motion du public est palpable. Les interpr\u00e8tes du ballet nous quittent ensuite avec un mot : \u00ab\u00a0Welcome\u00a0\u00bb, comme pour conclure ce spectacle dont je dois avouer ne pas avoir tout compris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en sort cependant avec un irr\u00e9pressible sourire aux l\u00e8vres, l\u2019esprit un peu confus, et une pressante envie de tortiller des fessiers, de bouger son corps, car voil\u00e0 une des principales choses que je retiens de <em>D\u00e9cadance<\/em> : bouger, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 danser.<\/p>\n<h6>Camille Lich\u00e8re<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Photographie : Julien Benhamou \/ OnP<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >D\u00e9cadance, Op\u00e9ra de Paris, Ohad Naharin Install\u00e9s sous un plafond peint par Chagall au Palais Garnier, les spectateurs se taisent pour admirer la troupe des danseurs de l\u2019Op\u00e9ra de Paris regroup\u00e9e en triangle dans des jeans moulants et pieds nus sur une musique m\u00e9langeant \u00e9lectro [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11707,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,3],"tags":[],"class_list":["post-11705","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ballet","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11705","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11705"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11705\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11705"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11705"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11705"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}