{"id":11712,"date":"2018-10-17T17:22:42","date_gmt":"2018-10-17T15:22:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11712"},"modified":"2018-10-17T17:22:42","modified_gmt":"2018-10-17T15:22:42","slug":"berenice-michael-jarrell","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11712","title":{"rendered":"B\u00e9r\u00e9nice \/ Michael Jarrell"},"content":{"rendered":"<p><strong>Mercredi 17 octobre se jouait pour la derni\u00e8re fois B\u00e9r\u00e9nice de Michael Jarrell au Palais Garnier.<\/strong><\/p>\n<p>B\u00e9r\u00e9nice est une adaptation de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Racine. Il s\u2019agit d\u2019une trag\u00e9die durant laquelle Titus, apprenant la mort de son p\u00e8re, le roi de Rome, se retrouve partag\u00e9 entre son devoir de nouveau souverain et son amour pour B\u00e9r\u00e9nice, reine de Palestine. Alors que Titus semble d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 ne pas \u00e9pouser B\u00e9r\u00e9nice et \u00e0 l&rsquo;exclure de Rome \u201cmalgr\u00e9 lui, et malgr\u00e9 elle\u201d il demande \u00e0 Antiochus de jouer le messager. Mais Antiochus, persuad\u00e9 que les noces auraient lieu, avait d\u00e9j\u00e0 avou\u00e9 son amour \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice si bien qu\u2019elle refuse de le croire. Toute l\u2019intrigue repose sur l\u2019opposition entre le devoir de Titus envers son peuple et son amour inconditionnel pour B\u00e9r\u00e9nice.<\/p>\n<p>Racine affirme dans sa pr\u00e9face qu\u2019il avait cherch\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0faire quelque chose \u00e0 partir de rien\u00a0\u00bb et \u00e0 cr\u00e9er chez le spectateur \u00ab cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la trag\u00e9die \u00bb. Si telle \u00e9tait \u00e9galement la volont\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne on peut dire qu\u2019il a r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>Le point fort de cette adaptation est sans nul doute les d\u00e9cors et leurs \u00e9clairages. M\u00eame si l\u2019op\u00e9ra se d\u00e9roule sans intermittence autour d\u2019un seul et m\u00eame d\u00e9cor celui-ci \u00e9volue, gr\u00e2ce aux lumi\u00e8res et aux personnages. La sc\u00e8ne est divis\u00e9e en trois espaces, celui de B\u00e9r\u00e9nice \u00e0 droite, celui de Titus \u00e0 gauche et un cabinet central recouvert d\u2019un sable noir se mouvant selon les d\u00e9placements de personnages. Les espaces personnels de Titus et de B\u00e9r\u00e9nice sont oppos\u00e9s par le cabinet central, ainsi les amoureux sont s\u00e9par\u00e9s d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, et le resteront jusqu\u2019\u00e0 la fin. L\u2019utilisation de l\u2019espace exprime les doutes de Titus qui ne sait pas s\u2019il doit passer la porte du cabinet de droite ou de gauche, rejoindre B\u00e9r\u00e9nice ou le s\u00e9nat. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impressionn\u00e9e par le jeu des acteurs qui exprimaient la tension de mani\u00e8re tr\u00e8s physique. Barbara Hannigan parvient \u00e0 incarner B\u00e9r\u00e9nice de mani\u00e8re \u00e0 la fois impressionnante et juste, mais on a vite le sentiment que les personnages tournent en rond sur sc\u00e8ne, m\u00eame si ce choix s\u2019av\u00e8re pertinent pour exprimer la d\u00e9tresse des personnages il n\u2019en est pas moins n\u00e9faste pour le spectateur qui d\u00e9croche. Ainsi la mise en sc\u00e8ne disperse et produit parfois plus d\u2019incompr\u00e9hensions que d\u2019\u00e9motions. C\u2019est notamment le cas avec la mise en place de projections vid\u00e9o. Le metteur en sc\u00e8ne a abus\u00e9 du dispositif dans la mesure o\u00f9 l\u2019utilisation des projections a trop souvent \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 une fonction esth\u00e9tique, sauf peut-\u00eatre les projections d\u2019images de foules pour tenter de convoquer le peuple sur sc\u00e8ne. Le dispositif s\u2019av\u00e8re percutant uniquement \u00e0 la toute fin de la pi\u00e8ce lorsqu\u2019il affiche les derniers vers de\u00a0Racine, qui ne sont alors ni chant\u00e9s, ni parl\u00e9s mais lus par le spectateur.<\/p>\n<p>L\u2019adaptation du texte de Racine \u00e9tait un pari risqu\u00e9, ses vers sont si c\u00e9l\u00e8bres que tout le public r\u00e9citait du bout des l\u00e8vres certaines tirades. Bien que donner vie aux alexandrins par le chant d\u2019op\u00e9ra ne soit pas un exercice facile, je ne l\u2019ai pas trouv\u00e9 bien ex\u00e9cut\u00e9 pour autant. J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 certains jeux de diction, selon les sc\u00e8nes et les personnages on pouvait avoir quelques alexandrins parl\u00e9s et non chant\u00e9s mais je regrette que ce ne soit pas arriv\u00e9 davantage.<\/p>\n<h6>Amandine Azzoug<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce 17 octobre 2018 avait lieu la derni\u00e8re de B\u00e9r\u00e9nice, op\u00e9ra cr\u00e9\u00e9 par Michael Jarrell \u00e0 partir de la pi\u00e8ce de Racine. L\u2019intrigue de la trag\u00e9die est presque simpliste au premier abord\u00a0; Titus aime B\u00e9r\u00e9nice, B\u00e9r\u00e9nice aime Titus. Cependant, les deux monarques ne peuvent demeurer ensemble puisque les assembl\u00e9es romaines s\u2019opposent \u00e0 l\u2019union de leur roi avec une \u00e9trang\u00e8re. Antiochus, fid\u00e8le ami de Titus, est lui aussi amoureux de la reine de Palestine et assiste, impuissant et accabl\u00e9, au drame d\u00e9j\u00e0 tiss\u00e9\u00a0: le d\u00e9chirement majestueux et les adieux implacables, \u00ab\u00a0malgr\u00e9 lui, et malgr\u00e9 elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra n\u2019en est pas moins d\u00e9routant. Le d\u00e9cor se meut de la m\u00eame mani\u00e8re que les personnages sont en proie \u00e0 leurs d\u00e9sirs et ploient sous leurs devoirs. Dans ce jeu incessant de va-et-vient, du vestibule au salon et du rappel \u00e0 l\u2019ordre \u00e0 celui de la passion, les portes claquent et les voix se bousculent. Les tirades chant\u00e9es sont souvent superpos\u00e9es, ce qui ne facilite pas la compr\u00e9hension de l\u2019auditeur. Mais ce choix musical met en relief les transports amoureux et la tristesse confondue des protagonistes, puisqu\u2019ils ne peuvent d\u00e9j\u00e0 plus se comprendre. L\u2019orchestre sugg\u00e8re les \u00e9l\u00e9gies davantage qu\u2019il ne les joue\u00a0: frottements de cordes, percussions, bois et cuivres aigris. Dissonances et motifs musicaux \u00e9tonnants sont ici \u00e0 l\u2019honneur, alors que les voix s\u2019\u00e9lancent les unes aupr\u00e8s des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notons aussi les lumi\u00e8res et projections \u00e9vanescentes qui donnent un relief saisissant \u00e0 l&rsquo;intrigue comme au d\u00e9cor. Il y a notamment B\u00e9r\u00e9nice, sur laquelle Antiochus se jette alors qu\u2019il se cogne contre le mur, abasourdi par le rejet de la reine et la r\u00e9alit\u00e9 tangible, d\u00e9sesp\u00e9rante, dans laquelle il se trouve enferm\u00e9. Cette m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 se d\u00e9robe sous les supplications des monarques alors redevenus simples homme et femme\u00a0: le d\u00e9cor tremble, scintille, s\u2019\u00e9vanouit pour faire place \u00e0 la rage de l\u2019amant ou le d\u00e9sespoir passionn\u00e9. On voit aussi appara\u00eetre le peuple romain plusieurs fois. Il est toujours l\u00e0, m\u00eame s\u2019il est absent physiquement\u00a0; les Romains ne s\u2019absentent jamais, ils n\u2019aiment pas les rois, et B\u00e9r\u00e9nice est reine. Dans l\u2019esprit des souverains, cette foule est l\u2019incarnation du devoir sans cesse rappel\u00e9 et insupportable au cri du c\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jeux sont donc d\u00e9j\u00e0 faits lorsque le rideau se l\u00e8ve, et c\u2019est pourtant un coup de force de tenir ce d\u00e9ploiement tragique en une heure et demie. Les chanteurs se livrent prodigieusement \u00e0 l\u2019amertume ma\u00eetris\u00e9e des amants, malgr\u00e9 quelques passages plus d\u00e9sarmants pour l\u2019auditoire. Les cris se taisent finalement, et B\u00e9r\u00e9nice, reine \u00e0 la robe rouge, repart. La voix extraordinaire de Barbara Hannigan s\u2019envole par-del\u00e0 le d\u00e9chirement des amoureux\u00a0; la porte se referme. Ce retour enfin souffert vers ses terres n\u2019est rien d\u2019autre que la mort seule, le terme du spectacle, et l\u2019issue implacable d\u2019une histoire finie \u00e0 son commencement.<\/p>\n<h6>Bertille Rouillon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est int\u00e9ressant d\u2019observer les proc\u00e9d\u00e9s utilis\u00e9s lorsqu\u2019un Op\u00e9ra s\u2019empare d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. Et pas n\u2019importe laquelle ! C\u2019est avec B\u00e9r\u00e9nice que Michael Jarrell choisit de relever le d\u00e9fi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La trag\u00e9die en cinq actes conte une liaison entre l\u2019empereur Titus et la reine B\u00e9r\u00e9nice, secr\u00e8tement aim\u00e9 par Antiochus, ami de Titus.\u00a0 Or leur mariage ne pouvant avoir lieu puisque les lois de Rome l\u2019interdisent, l\u2019histoire se termine sur une d\u00e9chirure entre les 3 protagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Michael Jarrel va user du texte comme source principale et \u00e9l\u00e9ment constitutif de l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre. Ce qui malheureusement va \u00e9galement lui faire d\u00e9faut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, les dispositifs sonores modernes \u00e9mettant des murmures inqui\u00e9tants, les projections en n\u00e9gatif d\u2019une foule, les pizzicatos, l\u2019atonalit\u00e9, la luminosit\u00e9 fantomatique sont autant de moyens qui traduisent parfaitement une ambiance oppressante et tourment\u00e9e de l\u2019\u0153uvre. Parall\u00e8lement, cet ensemble constituant la totalit\u00e9 de l\u2019op\u00e9ra r\u00e9sume le d\u00e9sespoir des personnages pris au pi\u00e8ge de leur propre destin, tel une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s mena\u00e7ant de leur tomber dessus \u00e0 tout instant\u00a0: \u00ab\u00a0Et qui sait de quel \u0153il ils prendront cette injure\u00a0? S\u2019ils parlent, si les cris succ\u00e8dent au murmure, Faudra-t-il par le sang justifier mon choix\u00a0?\u00a0S\u2019ils se taisent, Madame, et me c\u00e8dent leurs lois, A quoi m\u2019exposez-vous\u00a0?\u00bb extrait de l\u2019acte IV sc\u00e8ne 5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 le compositeur et librettiste se retrouve pris au pi\u00e8ge dans sa reprise. Certains alexandrins ne sont, par exemple, pas respect\u00e9s et la superposition de plusieurs discours chant\u00e9s rendent la compr\u00e9hension des passages importants insaisissable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme cela est souvent le cas, l\u2019op\u00e9ra moderne souffre d\u2019une r\u00e9ticence du public. B\u00e9r\u00e9nice ne faisait pas exception pour la majorit\u00e9 des spectateurs qui, en pleine repr\u00e9sentation, n\u2019ont pas attendu plus longtemps pour quitter leur place, laissant au fur et \u00e0 mesure un vide s\u2019installer dans les rangs. Les plus courageux rest\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la fin n\u2019ont pour la plus part, pas applaudit et manifestaient leur m\u00e9contentement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je tiens cependant \u00e0 saluer le talent de la soprano colorature Barbara Hannigan. En effet, lors de la performance, la cantatrice canadienne parvient \u00e0 saisir des notes d\u2019un registre tr\u00e8s aigu tout en dansant et jouant de son corps sur sc\u00e8ne sans que cela n\u2019entache son souffle. Un talent qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre applaudit\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, l\u2019orchestre de Paris a \u00e9galement fait preuve d\u2019un talent sans pr\u00e9c\u00e9dent en ex\u00e9cutant avec brio la composition musicale contemporaine sous la baguette de Philippe Jordan.<\/p>\n<h6>Elona Prime<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chanter du Jean Racine est-il possible ? Cette interrogation m\u2019est imm\u00e9diatement venue \u00e0 l\u2019esprit en constatant que la c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce B\u00e9r\u00e9nice \u00e9tait adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Garnier. Comment Michel Jarrell, compositeur, et Claus Guth, metteur en sc\u00e8ne, ont-ils relev\u00e9 le d\u00e9fi de transformer une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre en un op\u00e9ra tout en gardant l\u2019exactitude des alexandrins de Racine ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u2019abord, en modernisant un maximum les \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9nographiques. Les personnages \u00e9voluent dans un appartement n\u00e9oclassique tripartite d\u2019une blancheur \u00e9clatante, et portent des costumes contemporains. La pr\u00e9sence d\u2019une B\u00e9r\u00e9nice en nuisette et d\u2019un Titus en marcel instaurent un cadre intime, accentu\u00e9 par un d\u00e9cor extr\u00eamement sobre. D\u00e8s le prologue, les personnages m\u00e9ditent dans leur propre espace. Ils ne se rencontrent\u00a0que bri\u00e8vement dans la pi\u00e8ce centrale, lieu de leur future tombe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution exceptionnelle est \u00e0 souligner. Barbara Hannigan est fascinante en B\u00e9r\u00e9nice \u00e9plor\u00e9e. Tant\u00f4t hyst\u00e9rique, tant\u00f4t r\u00e9sign\u00e9e, la chanteuse incarne la voix de la passion et laisse libre cours \u00e0 ses \u00e9motions face \u00e0 un Titus int\u00e9rieur tiraill\u00e9 entre l\u2019amour et le pouvoir. La distribution masculine n\u2019est pas en reste : Bo Skovhus impressionne par sa puissance physique et vocale tandis qu\u2019Ivan Ludlow \u00e9meut le spectateur dans le r\u00f4le d\u2019un Antiochus follement amoureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne, tr\u00e8s chor\u00e9graphique, se rapproche du ballet. Les moments de gr\u00e2ce tel l\u2019embrasse d\u2019une B\u00e9r\u00e9nice enfantine et de Titus, laissent place \u00e0 des moments de violence. Les actes s\u2019entrem\u00ealent et se succ\u00e8dent au rythme de la musique. Si la mise en musique ne semble pas toujours en accord avec les vers et apparait souvent dissonante aux oreilles, la mise en sc\u00e8ne est \u00e9blouissante ! Un \u00e9cran transparent, o\u00f9 sont projet\u00e9es des photographies en noir et blanc, nous montre un peuple romain qui, quoique silencieux, n\u2019en reste pas moins pr\u00e9sent. Les jeux d\u2019ombres et de lumi\u00e8res accentuent la trag\u00e9die, de m\u00eame que la cr\u00e9ation de trois pi\u00e8ces s\u00e9par\u00e9es dans un m\u00eame espace illustre la promiscuit\u00e9 des personnages et leur in\u00e9vitable s\u00e9paration. Gros b\u00e9mol, la mise en musique d\u00e9structure le texte et rend les dialogues quasiment incompr\u00e9hensibles. De m\u00eame, si le choix de faire parler la confidente de B\u00e9r\u00e9nice en h\u00e9breu peut s\u2019expliquer par le fait que la Reine est une \u00e9trang\u00e8re \u00e0 Rome, cela n\u2019est pas facilement accessible au spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 une sc\u00e9nographie moderne et une musique contemporaine, l\u2019\u0153uvre classique se transforme en \u0153uvre intemporelle. Que l\u2019on en ressorte perplexe, mitig\u00e9 ou conquis, cette adaptation a le m\u00e9rite de ne pas laisser le spectateur indiff\u00e9rent.<\/p>\n<h6>Fanny Roilette<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1670 a lieu la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce de Racine, B\u00e9r\u00e9nice. C\u2019est une intrigue simple, bas\u00e9e sur la mythologie romaine\u00a0: B\u00e9r\u00e9nice, reine de Palestine aime Titus et Titus lui-m\u00eame aime B\u00e9r\u00e9nice. Antiochus, ami de Titus est secr\u00e8tement amoureux de B\u00e9r\u00e9nice, il d\u00e9cide de quitter Rome et l\u2019annonce en m\u00eame temps que son amour \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice. Mais lorsque le p\u00e8re de Titus meurt, Titus face \u00e0 la raison d\u2019Etat doit renoncer \u00e0 son mariage avec B\u00e9r\u00e9nice puisque \u00ab\u00a0l\u2019hymen chez les Romains n\u2019admet qu\u2019une Romaine\u00a0\u00bb. Racine cr\u00e9e donc \u00e0 partir de rien une trag\u00e9die o\u00f9 s\u2019affronte amour et devoir. C\u2019est de ce rien que Michael Jarrell s\u2019est inspir\u00e9 afin d\u2019\u00e9crire sa nouvelle partition dont se tenait la derni\u00e8re repr\u00e9sentation mercredi 17 octobre au palais Garnier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019un des points forts de cette cr\u00e9ation est certainement sa distribution avec dans le r\u00f4le-titre Barbara Hannigan, c\u00e9l\u00e8bre soprano, mais aussi actrice et chef d\u2019orchestre. La distribution contenait aussi d\u2019autres grands noms de l\u2019op\u00e9ra comme pour l\u2019interpr\u00e8te de Titus, le baryton, Bo Skovhus. C\u2019est une performance juste et puissante que nous ont livr\u00e9 ces chanteurs, dont on peut mettre en avant certaines prouesses physiques sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre grande qualit\u00e9 de cet op\u00e9ra est sa sc\u00e9nographie dont les choix parfois audacieux ont su servir la trag\u00e9die. Tout d\u2019abord le cloisonnement de la sc\u00e8ne en trois parties qui permet aux trois personnages principaux B\u00e9r\u00e9nice, Antiochus et Titus d\u2019avoir leur espace propre sans pour autant emp\u00eacher la circulation des com\u00e9diens et ainsi permettre des \u00e9changes. Un autre choix des plus int\u00e9ressants est le recours au num\u00e9rique et \u00e0 l\u2019image \u00e0 diff\u00e9rentes reprises durant le spectacle. Ainsi le bruit de la foule est repr\u00e9sent\u00e9 par une bande son. Aussi la projection d\u2019images des chanteurs et les mouvements de lumi\u00e8re ont su mettre en valeur de nombreux moments de tension durant la trag\u00e9die. Par le choix de d\u00e9cor et de costume c\u2019est une adaptation moderne que nous avons pu voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Michael Jarrell a fait le choix de maintenir les alexandrins dans son livret. Il s\u2019agit d\u2019un choix audacieux, puisque le passage au chant est souvent complexe. Il faut noter que cela a pu desservir la repr\u00e9sentation \u00e0 quelques moments, comme lorsque plusieurs personnages chantaient ensemble, rendant la compr\u00e9hension difficile. Mais c\u2019est aussi ce qui fait le charme de Racine. Un autre choix qui peut \u00eatre contestable est le fait de faire s\u2019exprimer le personnage de Ph\u00e9nice en h\u00e9breu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi il s\u2019agit d\u2019un op\u00e9ra int\u00e9ressant aux choix sc\u00e9nographiques audacieux qui a servi la pi\u00e8ce, seuls b\u00e9mols un probl\u00e8me de rythme, surement li\u00e9 \u00e0 la trag\u00e9die en elle-m\u00eame et la complexit\u00e9 de compr\u00e9hension parfois d\u00fb \u00e0 la superposition des alexandrins dans les \u00e9changes.<\/p>\n<h6>L\u00e9na Rimbert<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Photographie : Monika Rittershaus \/ OnP<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Mercredi 17 octobre se jouait pour la derni\u00e8re fois B\u00e9r\u00e9nice de Michael Jarrell au Palais Garnier. B\u00e9r\u00e9nice est une adaptation de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Racine. 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