{"id":11730,"date":"2018-10-18T17:26:36","date_gmt":"2018-10-18T15:26:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11730"},"modified":"2018-10-18T17:26:36","modified_gmt":"2018-10-18T15:26:36","slug":"live-the-realest-mc-kyle-abraham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11730","title":{"rendered":"Live ! The Realest MC \/ Kyle Abraham"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le 18 octobre 2018, le chor\u00e9graphe Kyle Abraham et sa troupe A.I.M constitu\u00e9e de sept danseurs et danseuses repr\u00e9sentaient pour la deuxi\u00e8me fois leur spectacle de danse contemporaine \u00ab\u00a0Live ! The Realest MC\u00a0\u00bb dans l&rsquo;espace 1789 \u00e0 Saint-Ouen.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au centre du spectacle se trouve la th\u00e9matique explosive du genre et de l&rsquo;identit\u00e9, et la qu\u00eate continuelle d&rsquo;acceptation, surtout dans un contexte de l&rsquo;homophobie. Ainsi, le spectacle de danse s&rsquo;interroge sur la dichotomie entre la contrainte du conformisme et la libert\u00e9 individuelle d&rsquo;expression. Les costumes renvoient d\u00e8s le d\u00e9but \u00e0 cette libert\u00e9 d&rsquo;expression parfois ni\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9, mais permise sur sc\u00e8ne : les danseurs ainsi que les danseuses portent des v\u00eatements couverts de paillettes dor\u00e9es, soit des d\u00e9bardeurs, soit des surv\u00eatements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, non seulement du point de vue vestimentaire, le spectacle m\u00ealait les attributs traditionnellement consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0masculins\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0f\u00e9minins\u00a0\u00bb, mais ce chevauchement des identit\u00e9s genr\u00e9es se retrouvait aussi dans l&rsquo;\u00e9clairage de la sc\u00e8ne : les espaces parfois s\u00e9par\u00e9s, parfois r\u00e9unis o\u00f9 se trouvaient les danseurs \u00e9voquait la s\u00e9paration spatiale dans la mentalit\u00e9 d&rsquo;antan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mettant en sc\u00e8ne majoritairement des mouvements de hip-hop, mais aussi des \u00e9l\u00e9ments de la danse classique et du voguing, Kyle Abraham centre la chor\u00e9graphie du spectacle autour de la dichotomie \u00ab\u00a0contrainte m\u00e9canique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0libert\u00e9 humaine\u00a0\u00bb : les mouvements brusques, robotiques, et une souplesse \u00e9tonnante s&rsquo;alternent dans la repr\u00e9sentation. Le choix de la musique souligne cette ambigu\u00eft\u00e9 : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la danse est accompagn\u00e9e de bruits dissonants, m\u00e9caniques, mena\u00e7ants ; d&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, le spectacle pr\u00e9sente des m\u00e9lodies plus harmonieuses. Le moment fort du spectacle se fait pourtant sans musique ou accompagnement sonore : la voix de l&rsquo;\u00eatre opprim\u00e9, r\u00e9p\u00e9tant \u00ab\u00a0They held me down\u00a0\u00bb (Ils m&rsquo;ont plaqu\u00e9 au sol), suffit pour transmettre le sentiment de malaise aux spectateurs.<\/p>\n<h6>Andrea Possmayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re \u0153uvre de A. I. M., l&rsquo;acronyme de la compagnie du chor\u00e9graphe et danseur Kyle Abraham (Abraham In Motion), est le spectacle<em> Live ! The Realest M. C.<\/em> pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Paris pour la premi\u00e8re fois au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville en juin 2018. Il \u00e9tait rejou\u00e9 pour deux dates, les 17 et 18 octobre 2018, \u00e0 l&rsquo;Espace 1789 de Saint-Ouen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une dur\u00e9e d&rsquo;une heure, l&rsquo;\u0153uvre a pour but, selon le site officiel de la compagnie, \u00ab\u00a0d&rsquo;interroger le r\u00f4le des genres dans la communaut\u00e9 noire et la recherche d&rsquo;acceptation dans le milieu du hip-hop\u00a0\u00bb. Une probl\u00e9matique ch\u00e8re au chor\u00e9graphe, Kyle Abraham, lui-m\u00eame issu de la communaut\u00e9 afro-am\u00e9ricaine et homosexuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne d&rsquo;ouverture de la pi\u00e8ce laisse d&rsquo;ailleurs pr\u00e9sager de ces difficult\u00e9s. Un homme au sol, v\u00eatu d&rsquo;un ensemble dor\u00e9 \u00e9tincelant, peine \u00e0 se relever. Ces mouvements saccad\u00e9s rappellent le <em>popping<\/em>, pratique du hip-hop qui consiste \u00e0 contracter les muscles par intermittences, cassant la fluidit\u00e9 des mouvements. Une fois debout, il reste d\u00e9sarticul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e est donc pr\u00e9sent\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce : l&rsquo;homosexualit\u00e9 ne pourra s&rsquo;exprimer que par intermittence et sans venir briser l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de ce milieu aux valeurs tr\u00e8s masculines. Il s&rsquo;agit de ne pas faire de vagues, un concept exprim\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne. En arri\u00e8re-plan se trouve des bandes de tissus, comme des rideaux, qui alternent donc tissu et ombre, et d\u00e9coupent des tranches sur le mur. Ces tranches peuvent rappeler des barreaux et ainsi un confinement, de ses attirances sexuelles et sentiments, en soi comme en une prison. On le retrouve dans le grincement m\u00e9tallique de la bande sonore, comme autant de bruits m\u00e9talliques des barreaux et cha\u00eenes qui font le quotidien des prisonniers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;expression de soi ne peut donc \u00eatre que partielle : via un haut \u00e9tincelant, mais pas un ensemble fait de paillettes; via des mouvements de <em>voguing<\/em>, danse issue du hip-hop et pratiqu\u00e9e dans les bals des milieux queers, mais pas une chor\u00e9graphie uniquement bas\u00e9e sur du <em>voguing<\/em>; via un rap qui alterne paroles machistes sur les &lsquo;nanas&rsquo; et reprend le dernier mot du couplet pr\u00e9c\u00e9dent (&lsquo;down&rsquo;) pour se transformer en complainte sur le tabassage dont est victime le MC (abr\u00e9viation de Master of Ceremony) homosexuel (&lsquo;down, they beat me down, mummy&rsquo;).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant cette dualit\u00e9 qui semble si fatidique, n&rsquo;est-elle pas surmont\u00e9e par l&rsquo;acte m\u00eame de <em>Live ! The Realest MC<\/em> qui consiste \u00e0 montrer sur sc\u00e8ne l&rsquo;homosexualit\u00e9 dans le milieu du hip-hop, et qui couronne donc la r\u00e9ussite d&rsquo;un chor\u00e9graphe pourtant homosexuel ?<\/p>\n<h6>Ludivine Gautrand<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Photographie : Steven Schreiber<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Le 18 octobre 2018, le chor\u00e9graphe Kyle Abraham et sa troupe A.I.M constitu\u00e9e de sept danseurs et danseuses repr\u00e9sentaient pour la deuxi\u00e8me fois leur spectacle de danse contemporaine \u00ab\u00a0Live ! The Realest MC\u00a0\u00bb dans l&rsquo;espace 1789 \u00e0 Saint-Ouen. 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