{"id":11732,"date":"2018-10-20T17:33:21","date_gmt":"2018-10-20T15:33:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11732"},"modified":"2018-10-20T17:33:21","modified_gmt":"2018-10-20T15:33:21","slug":"a-la-memoire-dun-ange-orchestre-pasdeloup-wolfgang-doerner-alexandra-conunova-berg-bruckner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11732","title":{"rendered":"\u00c0 la m\u00e9moire d&rsquo;un ange \/ Orchestre Pasdeloup &#8211; Wolfgang Doerner &#8211; Alexandra Conunova &#8211; Berg, Bruckner"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Alan Berg, concerto pour violon \u00ab\u00a0A la m\u00e9moire d\u2019un ange\u00a0\u00bb \/ Anton Bruckner, Symphonie n\u00b07<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Samedi 20 octobre, en milieu d\u2019apr\u00e8s midi, j\u2019ai eu le plaisir d\u2019\u00e9couter \u00e0 la philharmonie Alexandra Conunova, accompagn\u00e9e par l\u2019orchestre Pasdeloup, interpr\u00e9ter un concerto pour violon intitul\u00e9 \u00ab\u00a0A la m\u00e9moire d\u2019un ange\u00a0\u00bb, compos\u00e9 par Alan Berg en 1935. Dans un second temps, l\u2019orchestre, dirig\u00e9 par Wolfgang Doerner, a jou\u00e9 la Symphonie n\u00b07, d\u2019Anton Bruckner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Assister \u00e0 ce concerto a \u00e9t\u00e9 pour moi une exp\u00e9rience particuli\u00e8rement intense. Alexandra Conunova, une violoniste moldave virtuose et laur\u00e9ate de nombreux prix, nous a propos\u00e9 une interpr\u00e9tation absolument bouleversante. Sa puissance ainsi que sa souplesse ont parfaitement traduit la violence de la perte dont ce concerto est issu. Alan Berg l\u2019a en effet compos\u00e9 suite au d\u00e9c\u00e8s de la fille d\u2019amis tr\u00e8s proches. Le premier mouvement reprend la vie de l\u2019enfant, le second, sa maladie ainsi que son d\u00e9c\u00e8s. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par le second mouvement lors duquel les sons provenant du seul instrument de la soliste semblaient \u00eatre le fait de plusieurs. Les cordes \u00e9taient frapp\u00e9es, pinc\u00e9es, frott\u00e9es avec une violence inou\u00efe. La partie de la soliste oscillait entre union et dissonance dans son rapport avec l\u2019orchestre, donnant \u00e0 entendre une sorte de r\u00e9volte, sublim\u00e9e par une derni\u00e8re note tr\u00e8s aigu\u00eb tenue avec brio par la jeune femme. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mue par cette interpr\u00e9tation brillante, g\u00e9n\u00e9reuse dont la richesse \u00e9motionnelle a touch\u00e9 et conquis, il me semble, la majorit\u00e9 du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le second moment de cet apr\u00e8s-midi, avec ses huit contrebasses et ses cinq tubas \u00e9tait tr\u00e8s imposant. Cette symphonie, compos\u00e9e en hommage \u00e0 Wagner \u00e9tait aussi impressionnante \u00e0 entendre qu\u2019\u00e0 voir. J\u2019ai trouv\u00e9 que le mouvement des corps de l\u2019ensemble de l\u2019orchestre accompagnait l\u2019intensit\u00e9 de la m\u00e9lodie. J\u2019ai per\u00e7u cette symphonie comme une sorte de vaste dialogue tr\u00e8s expressif dans lequel l\u2019orchestre se r\u00e9pondait ou s\u2019assemblait. Comme souvent lorsque j\u2019\u00e9coute de la musique classique, je me perdais dans mes pens\u00e9es mais instantan\u00e9ment, la v\u00e9h\u00e9mence de la m\u00e9lodie me rattrapait et me ramenait dans cette salle \u00e0 l\u2019acoustique superbe. On ressort d\u2019une telle exp\u00e9rience quelque peu abasourdi par le caract\u00e8re grandiose de ce qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 entendre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Cl\u00e9mence Trotignon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 20 octobre 2018 \u00e0 la Philharmonie de Paris, l\u2019orchestre Pasdeloup jouait le concerto pour violon \u00ab \u00c0 la m\u00e9moire d\u2019un ange \u00bb du compositeur Alban Berg ainsi que la septi\u00e8me symphonie d\u2019Anton Bruckner. Dirig\u00e9 par Wolfgang Doerner et avec Alexandra Conunova au violon, l\u2019orchestre a dress\u00e9, un horizon musical qui m\u2019\u00e9tait encore inconnu. J\u2019arrivais, en effet, \u00e0 la Philharmonie sans aucune autre connaissance de ces deux compositeurs que celle des grimaces que m\u2019avaient faites proches et amis en entendant le nom de \u00ab Berg \u00bb. Je le savais seulement compositeur difficilement accessible. Je connaissais \u00e0 peine Bruckner de nom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lors du concerto pour violon de Berg qui ouvrait la s\u00e9ance je fus en effet surpris d\u2019y entendre une musique d\u2019un genre que je n\u2019avais encore jamais entendu. Il s\u2019agit de pr\u00e9ciser que la musique de Berg appartient \u00e0 une m\u00e9thode de composition particuli\u00e8re : le dod\u00e9caphonisme ; elle \u00e9chappe donc au cadre de la tonalit\u00e9. Apr\u00e8s un petit temps \u00e0 essayer d\u2019entrer dans cet univers musical loin de mon confort de spectateur, j\u2019arrive \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 comprendre, \u00e0 me laisser emporter. Et voil\u00e0 que je suis \u00e9tonn\u00e9, frapp\u00e9, par l\u2019\u00e9nergie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et furieuse du morceau qui l\u00e2che la bride au violon fi\u00e9vreux, inqui\u00e9tant, par des vagues d\u2019emballement successives. \u00catre dans la musique de Berg c\u2019est \u00eatre en tension permanente, pris dans une sorte de cauchemar o\u00f9 tout l\u2019orchestre s\u2019affole en quelques secondes. Toutes ces mont\u00e9es folles sont bris\u00e9es par la caisse claire. Au cours du premier mouvement le violon semble divaguer en nous livrant un discours insens\u00e9, b\u00e9gayant, criant au milieu d\u2019un orchestre doux ou bien l\u00e9ger et sautillant quand ronflent les cuivres. Il s\u2019interrompt, tr\u00e9buche, balbutie, puis acc\u00e9l\u00e8re comme cherchant \u00e0 rattraper son retard. Le deuxi\u00e8me mouvement s\u2019intensifie encore et, au milieu d\u2019un bourdonnement assourdissant de cuivres et de puissants coups de timbale et de gong, le violon est mourant. Seule encore la harpe vient rallumer l\u2019espoir dans cet enfer. Ce concerto fut un \u00e9branlement affolant, faisant tourner la t\u00eate : un voyage dans le cauchemar et la fi\u00e8vre. Toute cette cacophonie se d\u00e9noue pourtant sur une derni\u00e8re note tenue et longue du violon qui, apr\u00e8s avoir cri\u00e9 jusque-l\u00e0, semble passer du cri au chant du cygne, comme enfin lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s cette chute interminable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s cette premi\u00e8re surprise, la symphonie de Bruckner m\u2019a emport\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re note. N\u2019ayant plus peur de l\u2019inconnu, je me jette \u00e0 bras ouverts dans cette symphonie qui n\u00e9cessite bien moins d\u2019effort \u00e0 la compr\u00e9hension, et l\u00e0, surprise \u00e0 nouveau. Douce, brillante, grandiose, parfaitement ma\u00eetris\u00e9e du d\u00e9but \u00e0 la fin, cette symphonie est un des morceaux les plus \u00e9mouvants que je connaisse. Tout y est d\u2019une finesse incroyable, tout y est enrob\u00e9, poli et vernis comme le bois d\u2019un violon, touchant, gracieux, d\u2019une \u00e9l\u00e9gance \u00e9mue et rare et \u00e0 la fois d\u2019une simplicit\u00e9 d\u00e9concertante. Tout y est plein d\u2019une tendresse qui finit dans une clart\u00e9 douce. L\u2019adagio, plus particuli\u00e8rement, semble danser une valse qui vous berce et vous emporte. Ainsi, la symphonie alterne larmes heureuses des violons et grandiose \u00e9pique \u00e0 la clameur des timbales et \u00e0 la soudaine solennit\u00e9 de toutes les cordes. C\u2019est noy\u00e9 dans l\u2019orchestre, arrach\u00e9 un instant \u00e0 tout ce qu\u2019on a, que se m\u00ealent en nous les sentiments les plus g\u00e9n\u00e9reux et sublimes qu\u2019on puisse avoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est assur\u00e9ment une exp\u00e9rience exceptionnelle que j\u2019ai pu vivre cet apr\u00e8s-midi dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. Ma vision de la musique s\u2019est enrichie, s\u2019est \u00e9tendue, ce fut un vrai moment de vie au sens fort du terme, un moment o\u00f9 on l\u2019on se sent exister.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Achille DI ZAZZO<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Photographie : DR<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Alan Berg, concerto pour violon \u00ab\u00a0A la m\u00e9moire d\u2019un ange\u00a0\u00bb \/ Anton Bruckner, Symphonie n\u00b07 Samedi 20 octobre, en milieu d\u2019apr\u00e8s midi, j\u2019ai eu le plaisir d\u2019\u00e9couter \u00e0 la philharmonie Alexandra Conunova, accompagn\u00e9e par l\u2019orchestre Pasdeloup, interpr\u00e9ter un concerto pour violon intitul\u00e9 \u00ab\u00a0A la m\u00e9moire [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11734,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12,50],"tags":[],"class_list":["post-11732","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-concert-symphonique","category-philharmonie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11732","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11732"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11732\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11732"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11732"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11732"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}