{"id":11740,"date":"2018-10-24T17:44:11","date_gmt":"2018-10-24T15:44:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11740"},"modified":"2018-10-24T17:44:11","modified_gmt":"2018-10-24T15:44:11","slug":"laika-ascanio-celestini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11740","title":{"rendered":"La\u00efka \/ Ascanio Celestini"},"content":{"rendered":"<p><strong>Une saine naus\u00e9e<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce, c&rsquo;est <em>La\u00efka, <\/em>d&rsquo;Ascanio Celestini, qui a donn\u00e9 la parole \u00e0 un clochard, \u00e0 une vieille un peu embrouill\u00e9e, \u00e0 une autre, tr\u00e8s occup\u00e9e, \u00e0 une pute enfin, dans un bar, autour d&rsquo;un verre de rouge d\u00e9gueulasse, pr\u00e8s du parking du supermarch\u00e9. C&rsquo;est un tout petit univers, vous voyez\u00a0; c&rsquo;est une tr\u00e8s petite chorale qu&rsquo;on entend chanter. Ce sont les reclus, les bannis, les marginaux v\u00e9ritables, qui n&rsquo;ont pas choisi de l&rsquo;\u00eatre, qu&rsquo;on a entendus. Mais qu&rsquo;ils \u00e9taient distingu\u00e9s\u00a0! Qu&rsquo;ils \u00e9taient singuliers\u00a0! On pouvait identifier chaque personnage \u00e0 d&rsquo;imperceptibles variations dans l&rsquo;oralit\u00e9 du style, \u00e0 des changements tr\u00e8s fins dans l&rsquo;accent pris par David Murgia, trois chapitres correspondant au clochard, aux vieilles et \u00e0 la pute.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait pourtant bien malais\u00e9 d&rsquo;applaudir un tel texte, une telle pi\u00e8ce. On nous a rappel\u00e9 \u00e0 chaque instant que chacun des membres du public \u00e9tait un humain pourvu de besoins et de faiblesses. Ce sont les r\u00e8gles du jeu du th\u00e9\u00e2tre install\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 glorieusement saccag\u00e9es. Ce texte avait ses propres r\u00e8gles qui \u00e9taient essentiellement fond\u00e9es sur la <em>densit\u00e9. <\/em>Celle du d\u00e9bit de paroles, de la mitrailleuse \u00e0 mots parfaitement ma\u00eetris\u00e9e de David Murgia, mais aussi celle de l&rsquo;\u00e9criture, digne d&rsquo;un grand texte\u00a0: chaque mot est porteur d&rsquo;une belle diversit\u00e9 de significations, et c&rsquo;est densit\u00e9 qui donne son ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce. C&rsquo;est un grand texte que celui qui est capable de faire rire devant une phrase comme \u00ab\u00a0Qui rit le vendredi dimanche pleurera\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un grand texte que celui qui jette son spectateur dans un sentiment partag\u00e9 entre un enthousiasme, et un malaise qui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que son corollaire. C&rsquo;est cela la r\u00e8gle de son jeu\u00a0: suivre le r\u00e9cit partout o\u00f9 il nous entra\u00eene, y compris dans ses affirmations \u00e9thiques, au m\u00e9pris de tout le reste.<\/p>\n<p>Toute la logique du texte, dans sa densit\u00e9 et dans son ambigu\u00eft\u00e9, appelle au questionnement \u00e9thique. On ne peut pas voir une telle pi\u00e8ce, et continuer d&rsquo;ignorer les ivrognes qui s\u2019attablent avec nous au bar, et commencent \u00e0 nous parler\u00a0: dans la voix de l&rsquo;aveugle, du personnage-narrateur, il y avait cet ivrogne. On ne peut plus ignorer les clochards qu&rsquo;on croise dans la rue, ou les regarder avec des yeux pleins d&#8217;empathie et de bons sentiments.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette pi\u00e8ce est qu&rsquo;elle nous force \u00e0 voir par leurs yeux, donc \u00e0 s&rsquo;interroger sur eux, par eux. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est, alors, comme objet, que ce d\u00e9centrement du regard auquel nous avons \u00e9t\u00e9 soumis\u00a0? Est-ce un \u00e9vangile, ou plus modestement un manifeste politique\u00a0? Non, cela ne peut \u00eatre. Il y a trop de magie, ne serait-ce que dans les premiers mots de la pi\u00e8ce (\u00ab\u00a0la vo\u00fbte c\u00e9leste s&rsquo;affaisse de plusieurs kilom\u00e8tres tous les jours, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y a aucune litt\u00e9rature sur le sujet\u00a0\u00bb), il n&rsquo;y a pas r\u00e9ellement d&rsquo;objet d\u00e9fini, donc pas de th\u00e8se d\u00e9finie, pas de r\u00e9ifications. Est-ce de l&rsquo;art\u00a0? C&rsquo;est une nouvelle mythologie, qui ne se contente pas d&rsquo;imiter le ton des \u00e9critures, et qui glisse donc entre les mains de toute critique. C&rsquo;est sans doute de l&rsquo;art, mais ce n&rsquo;est rien expliquer que de le dire. Est-ce une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0? C&rsquo;en est au sens strict\u00a0: il y a une mise en sc\u00e8ne minimale: un cercle de six lampes, et la septi\u00e8me est un acteur qui porte seul le r\u00e9cit. Mais au sens large, parler de th\u00e9\u00e2tre ne saurait rendre compte justement de la puissance mythologique qui se d\u00e9gage du texte qui d\u00e9borde de partout le lieu particulier de la sc\u00e8ne. Faute de mieux, restons-en \u00e0 la gloire de la derni\u00e8re affirmation de la pi\u00e8ce\u00a0: une prostitu\u00e9e proclame\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, vous avez vu\u00a0? Madame, r\u00e9veillez-vous\u00a0! Il faut dire ce que vous avez vu madame\u00a0! Une vieille, une dame un peu embrouill\u00e9e qui prie et un aveugle ont d\u00e9fendu contre la police un clochard\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6>Ilias Alaoui<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne deux personnages, deux \u00abpauvres diables\u00bb, l\u2019un narrateur volubile et l\u2019autre accord\u00e9oniste presque muet. Pendant une heure et demi, le premier nous entra\u00eene dans une logorrh\u00e9e effr\u00e9n\u00e9e, o\u00f9 il conte en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019enivre les personnages de son univers &#8211; des manutentionnaires gr\u00e9vistes, une vieille dame affable, une d\u00e9mente, une prostitu\u00e9e et un clochard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Figure aveugle de l\u2019a\u00e8de antique, l\u2019homme qui monologue r\u00e9cite un texte fin et brillant, qui \u00e9claire avec un humour cinglant les paradoxes, absurdit\u00e9s et autres maux de notre soci\u00e9t\u00e9 occidentale. Tout y passe, les sciences, le progr\u00e8s, le capitalisme, la religion, le racisme&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais surtout, Ascanio Celestini rappelle dans ce br\u00fblot toute l\u2019humanit\u00e9 de <em>ceux qui ne sont rien<\/em> parmi cette soci\u00e9t\u00e9 qui se croit toute-puissante, \u00e9crasante et b\u00eate. Cependant, si la forme est superbe, le fond l\u2019est nettement moins ; \u00ab Aucun journaliste n\u2019est l\u00e0 pour le [raconter]\u00bb \u00e9crit l\u2019auteur dans le programme &#8211; en effet en mettant en sc\u00e8ne une classe populaire fantasm\u00e9e (la gr\u00e8ve des manutentionnaires tourne \u00e0 la boucherie), il prend le parti de tordre la r\u00e9alit\u00e9, donc n\u00e9cessairement de rompre avec le travail du journaliste, pour certes en montrer mieux les torts, mais c\u2019est ce qui conduit \u00e0 lui faire manquer sa cible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a l\u2019impression qu\u2019en montrant un personnage proph\u00e9tique qui se croit omniscient, Ascanio Celestini se confond avec lui, et cet appel dont les intentions sont bien entendu louables et n\u00e9cessaires tombe dans l\u2019<em>hybris <\/em>du bienfaiteur qui pense avoir le monopole du c\u0153ur et de la v\u00e9rit\u00e9, qui \u00e9rige en dogmes absolus les <em>topoi<\/em> politiques de l\u2019extr\u00eame-gauche, sans recul aucun. C\u2019est bien dommage car l\u2019intelligence du texte ne parvient pas \u00e0 prendre le dessus sur ce qui appara\u00eet comme une caricature id\u00e9ologique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Simon Fourmann<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui est La\u00efka\u00a0? Ou qu\u2019est-ce que La\u00efka\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir assist\u00e9 au spectacle actuellement en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point (du 10 octobre au 10 novembre 2018), plusieurs r\u00e9ponses se sont dessin\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nouvelle pi\u00e8ce de Ascanio Celestini, auteur du texte et de la mise en sc\u00e8ne, traduite de l\u2019italien par Patrick Bebi, se pr\u00e9sente comme un long monologue sur la condition des mis\u00e9rables d\u2019aujourd\u2019hui. Mais La\u00efka n\u2019est pas juste une mis\u00e9rable, du moins pas une de ces mis\u00e9rables romantiques dont on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 le destin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne, un personnage seul, l\u2019acteur belge David Murgia. Il parle, rigole, accuse, chante, se moque de nous et de son propre personnage. Il nous attrape et secoue depuis le d\u00e9but. Il ne nous l\u00e2che plus, jusqu\u2019\u00e0 la fin de son long slam rythm\u00e9 par les notes de l\u2019accord\u00e9oniste \u00ab\u00a0Pierre\u00a0\u00bb. Pendant que le protagoniste ne cesse de parler, son double, le colocataire muet partiellement cach\u00e9 derri\u00e8re un rideau, s\u2019exprime juste avec la musique de son instrument. Une voix off, anim\u00e9e par l\u2019actrice Yolande Moreau, parle \u00e0 la place de Pierre, ou plut\u00f4t de son accord\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sujets de ce monologue, les mis\u00e9rables, ne sont pas sur sc\u00e8ne. Nous ne pouvons pas les voir, car nous ne voulons pas les voir. David Murgia est entour\u00e9 de cartons, de petits abat-jours, rien de plus sur sc\u00e8ne, ni d\u00e9cor ni sc\u00e9nographie, pas un indice. Il nous raconte les mis\u00e9rables avec des mots \u00e0 la fois tendres et caustiques, et ses gestes, en danse s\u00e8che et solitaire dont il est le seul ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On d\u00e9couvre l\u2019alcoolique, qui feint d&rsquo;\u00eatre aveugle pour avoir son petit rouge du matin\u00a0; le clochard, qui n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 clochard\u00a0; la vieille folle, les gr\u00e9vistes et les migrants. Une foule d\u2019absents dont on imagine le destin par le seul biais du protagoniste qui dialogue avec Dieu, J\u00e9sus, ou\u00a0encore Che Guevara.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La\u00efka n\u2019est pas une pi\u00e8ce la\u00efque, apolitique ou esth\u00e9tique. C\u2019est une pi\u00e8ce d\u00e9di\u00e9e aux absents et sans v\u00e9ritables protagonistes sur sc\u00e8ne, si ce n&rsquo;est le m\u00e9nestrel h\u00e9ro\u00efque Murgia et ses sous-titres.<br \/>\nLa\u00efka fait rire et r\u00e9fl\u00e9chir, ne peut laisser indiff\u00e9rent. La\u00efka est une accusation muette et une critique bourdonnante.<br \/>\nLa\u00efka est une liste de questions sans r\u00e9ponse.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Rossana Silvagni<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans le cadre chaleureux du Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point que nous avons pu assister \u00e0 une pi\u00e8ce du grand Ascanio Celestini, ma\u00eetre du th\u00e9\u00e2tre-r\u00e9cit, un genre Italien en marge. Quatre ans apr\u00e8s le\u00a0<em>Discours \u00e0 la Nation<\/em>,\u00a0David Murgia est de retour sur les planches, accompagn\u00e9 par Maurice Blanchy \u00e0 l&rsquo;accord\u00e9on, un duo efficace et envo\u00fbtant pour un th\u00e9\u00e2tre engag\u00e9 et cru, port\u00e9 par le d\u00e9bit acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et fluide de Murgia. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une reprise th\u00e9\u00e2trale, la pi\u00e8ce ayant \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Bruxelles, dans laquelle Celestini met en sc\u00e8ne une figure christique anonyme et son fid\u00e8le ami Pierre assistant, depuis la fen\u00eatre de leur immeuble, \u00e0 des sc\u00e8nes de la vie courante. C&rsquo;est l\u00e0 que la question de la place du th\u00e9\u00e2tre prend son sens, on se demande si le discours est fictif, ou si au contraire, le th\u00e9\u00e2tre est r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>David Murgia atteint une certaine grandeur \u00e0 travers sa parole et son lyrisme. Il s&rsquo;agit en effet d&rsquo;un texte musical, l&rsquo;accord\u00e9on cr\u00e9ant un rythme et une ambiance venant appuyer le discours du clochard, ou celui de l&rsquo;alcoolique, ou celui du manutentionnaire. Les discours s&#8217;emm\u00ealent, tout comme le fil narratif, passant d&rsquo;un personnage \u00e0 un autre, le com\u00e9dien devient impalpable, d\u00e9pourvu d&rsquo;identit\u00e9 r\u00e9elle, on ne sait plus qui s&rsquo;adresse \u00e0 nous. Le personnage nous pr\u00e9sente un monde absent \u00e0 toute notion de justice, \u00e0 toute pr\u00e9sence de Dieu. Il esquisse peu \u00e0 peu un plaidoyer qui nous est directement adress\u00e9, aid\u00e9 par Pierre, car \u00ab\u00a0Dieu a toujours besoin d&rsquo;un saint pour faire des miracles\u00a0\u00bb. Et si la vo\u00fbte c\u00e9leste s&rsquo;effondre, nous sommes un peu comme ces caisses vides en fond de sc\u00e8ne, absentes \u00e0 elles-m\u00eames et r\u00e9duites \u00e0 leur condition. La\u00efka n&rsquo;est pas seulement un t\u00e9moignage, ou le drame d&rsquo;une tranche de vie. C&rsquo;est la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;un r\u00e9cit d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, d&rsquo;un appel \u00e0 l&rsquo;aide universel auquel personne ne pr\u00eate attention. La\u00efka est la m\u00e9taphore de l&rsquo;homme qui n&rsquo;a pas choisi son destin et qui tourne en rond autour de la Terre, tout en continuant d&rsquo;aboyer en vain. C&rsquo;est ce clochard, cette dame, Pierre, le narrateur, les manutentionnaires, la prostitu\u00e9e et la dame \u00e0 la t\u00eate tout embrouill\u00e9e. Tout le monde ferme les yeux sur leur existence, et continue \u00e0 vivre dans le non-dit. C&rsquo;est l&rsquo;univers qui s&rsquo;effondre lorsque \u00ab\u00a0la vo\u00fbte c\u00e9leste s&rsquo;affaisse de quelques kilom\u00e8tres, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de litt\u00e9rature scientifique sur le sujet\u00a0\u00bb. Et notre personnage, sur les planches d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre, s&rsquo;efforce de nous d\u00e9montrer au fil du r\u00e9cit que la fiction contient s\u00fbrement une part de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Ang\u00e8le Humbert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ascanio Celestini nous pr\u00e9sente sa nouvelle \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale, <em>La\u00efka<\/em>, au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. Ce metteur en sc\u00e8ne est reconnu pour son courant artistique\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre-r\u00e9cit. Sa nouvelle pi\u00e8ce ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle, elle se situe dans la lign\u00e9e de ses pr\u00e9c\u00e9dentes \u0153uvres (<em>Discours \u00e0 la nation<\/em> en 2015 ou <em>D\u00e9paysement<\/em> en 2017). <em>La\u00efka<\/em> est le nom de la chienne russe, envoy\u00e9 dans l\u2019espace en 1957, durant le programme spatial sovi\u00e9tique\u00a0; son nom signifie \u00ab\u00a0celle qui aboie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0petite aboyeuse\u00a0\u00bb. Pendant 1h20, dans un d\u00e9cor simple, faisant penser \u00e0 une arri\u00e8re-salle de bar, nous assistons \u00e0 une performance artistique par la narration de sc\u00e8nes de vie d\u2019un homme, pilier de bar, qui nous \u00ab\u00a0aboie\u00a0\u00bb sa vision du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage nous conte la vie, d\u2019une p\u00e9riph\u00e9rie urbaine, o\u00f9 se joignent les vies d\u2019un clochard, de manutentionnaires immigr\u00e9s, d\u2019une voisine \u00e0 la t\u00eate embrouill\u00e9e, d\u2019une vieille dame, d\u2019une prostitu\u00e9e. Qui est ce personnage qui parle accompagn\u00e9 par le rythme d\u2019un accord\u00e9on\u00a0? Est-il un militant, un illumin\u00e9, un beau parleur\u00a0? Un engag\u00e9, un intellectuel\u00a0? Un ivrogne philosophe de comptoir\u00a0? Le texte est fort, il est touchant, d\u00e9rangeant parfois m\u00eame moralisateur, mais il est surtout humain. Son regard sur le monde, sur son monde, est \u00e0 la fois \u00e9rudit et descriptif \u00e0 la mani\u00e8re de Zola ou d\u2019Hugo. La repr\u00e9sentation se structure surtout autour de la question de Dieu. Est-il \u00e0 l\u2019origine du monde ou est-ce une invention de l\u2019homme comme l\u2019affirme Stephen Hawking\u2009? Il semble que l\u2019\u00e9volution du r\u00e9cit fait r\u00e9fl\u00e9chir le narrateur, qui passe d\u2019une persuasion de l\u2019existence de Dieu \u00e0 une accusation de ce Dieu cr\u00e9ateur face \u00e0 la mis\u00e8re \u00ab\u00a0<em>du clochard, des manutentionnaires, de la femme \u00e0 la t\u00eate embrouill\u00e9s, de la vieille dame, de la prostitu\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb. Ce r\u00e9cit est dense et bouleversant, emmen\u00e9 par une rapidit\u00e9 de la diction qui nous emporte et nous r\u00e9volte face \u00e0 la vie des \u00ab\u00a0gens qui ne sont rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Louis BEAUFRERE<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Photographie : Giovanni Cittadini Cesi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Une saine naus\u00e9e Cette pi\u00e8ce, c&rsquo;est La\u00efka, d&rsquo;Ascanio Celestini, qui a donn\u00e9 la parole \u00e0 un clochard, \u00e0 une vieille un peu embrouill\u00e9e, \u00e0 une autre, tr\u00e8s occup\u00e9e, \u00e0 une pute enfin, dans un bar, autour d&rsquo;un verre de rouge d\u00e9gueulasse, pr\u00e8s du parking du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11741,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,36],"tags":[],"class_list":["post-11740","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-du-rond-point"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11740"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11740\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}