{"id":11746,"date":"2018-10-26T17:56:54","date_gmt":"2018-10-26T15:56:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11746"},"modified":"2018-10-26T17:56:54","modified_gmt":"2018-10-26T15:56:54","slug":"le-banquet-mathilda-may","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11746","title":{"rendered":"Le Banquet \/ Mathilda May"},"content":{"rendered":"<p>[embedyt] https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IJ915jUJwhw[\/embedyt]<\/p>\n<p><strong>Le Banquet au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, un ovni th\u00e9\u00e2tral<\/strong><\/p>\n<p>Le mariage est souvent v\u00e9cu comme l\u2019un des plus beaux jours de sa vie entre \u00e9motions, amour et amiti\u00e9, tendresse et complicit\u00e9. Avec Mathilda May, c\u2019est une toute autre histoire.<br \/>\nLe Banquet est une farce burlesque o\u00f9 une c\u00e9r\u00e9monie traditionnelle tourne au fiasco pour le grand plaisir des spectateurs, qui ne cessent de rire face aux diverses actions des com\u00e9diens.<br \/>\n<strong><br \/>\n<\/strong>Chutes, dialogues insens\u00e9s d\u2019onomatop\u00e9es ou sc\u00e8nes atypiques, il y en a pour tous les go\u00fbts.<\/p>\n<p>Une pi\u00e8ce sans parole \u00e0 proprement parler pourrait \u00eatre quelque peu inint\u00e9ressante mais il n\u2019en est rien. On se rend compte que le langage omnipr\u00e9sent dans la soci\u00e9t\u00e9, n\u2019est pas le seul moyen de communiquer et qu\u2019il est possible de se faire comprendre autrement. Les situations et les r\u00e9p\u00e9titions emportent la salle vers un monde parall\u00e8le tordant de rire et dans lequel on se retrouve immerg\u00e9 durant toute la repr\u00e9sentation. Le jeu des com\u00e9diens est sensationnel. Arriver \u00e0 tenir plus d\u2019une heure sans aucun mot, juste avec une s\u00e9rie de sons rel\u00e8ve de la magie. Le d\u00e9cor participe grandement de cette euphorie collective. En effet, un chapiteau comme nous pouvons en trouver \u00e0 certaines r\u00e9ceptions de mariages constitue le d\u00e9cor de la pi\u00e8ce. Des tables, des chaises, des verres et de nombreuses bouteilles de champagne sont dispos\u00e9s un peu partout sur l\u2019espace sc\u00e9nique. Le d\u00e9tail comique de ce cadre se trouve \u00eatre le fond de la sc\u00e8ne permettant l\u2019acc\u00e8s au buffet dispos\u00e9 en pente et donnant lieu \u00e0 de nombreuses chutes toutes plus cocasses les unes que les autres.<\/p>\n<p>Des st\u00e9r\u00e9otypes au service de la farce.<\/p>\n<p>Tous les com\u00e9diens incarnent des st\u00e9r\u00e9otypes, pr\u00e9sents dans tous les mariages\u00a0: du meilleur ami du mari\u00e9, au DJ beauf en passant par le couple de mari\u00e9s plus tellement s\u00fbrs de vouloir se marier. Tous les personnages sont en harmonie et se compl\u00e8tent \u00e0 la perfection. La prestation sc\u00e9nique de tous ces com\u00e9diens est vraiment formidable. La musique participe grandement de cette puissance d\u2019\u00e9motions. Tant\u00f4t vive et joyeuse, tant\u00f4t triste, forte et m\u00e9lancolique. Elle est pour moi un personnage \u00e0 part enti\u00e8re, qui contrairement aux autres poss\u00e8de un langage clair, partag\u00e9 avec le public.<\/p>\n<p>Un mariage atypique durant lequel on ne s\u2019ennuie pas\u00a0!<\/p>\n<h6>L\u00e9a Thery<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Banquet<\/em>, comme son nom l\u2019indique, pr\u00e9sente la traditionnelle f\u00eate apr\u00e8s le mariage. Du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde au\u00a0cabaret burlesque\u00a0en passant par le cin\u00e9ma avec ses ralentis sur image, cette pi\u00e8ce m\u00e9lange plusieurs inspirations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mariage pluvieux, mariage heureux\u202f? Rien n&rsquo;est moins s\u00fbr pour le jeune couple de mari\u00e9s. De catastrophes en d\u00e9gringolades, les personnages ne ressortent certainement pas indemnes de cette soir\u00e9e. Certains ont trouv\u00e9 l\u2019amour, d&rsquo;autre ont perdu leur chien\u202f; ce banquet part progressivement \u00e0 la d\u00e9rive, comme la robe de la mari\u00e9e &#8211; mari\u00e9e qui finit\u00a0dans une sorte de tutu de danseuse classique. Le premier\u00a0personnage appara\u00eet alors m\u00eame que les rideaux sont encore ferm\u00e9s. Il s&rsquo;agit de la serveuse qui apporte des boissons, puis des fleurs sur sc\u00e8ne, donc derri\u00e8re le rideau. Ce premier jeu de sc\u00e8ne est tr\u00e8s\u00a0int\u00e9ressant\u00a0dans la mesure o\u00f9 un lien est fait entre le spectateur et le com\u00e9dien. Le rideau n&rsquo;est pas ouvert, la sc\u00e8ne commence d\u00e9j\u00e0, comme si ce banquet n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019une simple repr\u00e9sentation mais bien une sc\u00e8ne habituelle, que le spectateur lui-m\u00eame pourrait vivre. La pi\u00e8ce parle en effet \u00e0 tout le monde car nous connaissons tous les clich\u00e9s autour du mariage d\u00e9sastreux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De\u00a0plus,\u00a0les\u00a0com\u00e9diens ne parlent pas dans une langue \u00e0 proprement parler, mais communiquent au contraire par des onomatop\u00e9es. Bien que ces sons n\u2019aient pas de sens direct, le spectateur comprend toujours les intentions des personnages, et peut m\u00eame parfois\u00a0en\u00a0deviner les phrases. Ce choix artistique fait na\u00eetre chez le spectateur une r\u00e9flexion sur le langage, et notamment sur les langues. Par ailleurs, j&rsquo;ai pu noter de tr\u00e8s beaux jeux de lumi\u00e8res, qui peuvent parfois compl\u00e9ter le jeu des com\u00e9diens. Par exemple le personnage timide, qui passe inaper\u00e7u aux yeux de tous n&rsquo;est pas compl\u00e8tement \u00e9clair\u00e9. Si tout le corps des autres personnages (et m\u00eame du chien) est\u00a0sous le feu des projecteurs, seul son front est mis en relief en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, le jeu des\u00a0com\u00e9diens\u00a0est de bonne qualit\u00e9. Trois personnes notamment ont le r\u00f4le de deux personnages. Une com\u00e9dienne par exemple joue le r\u00f4le de la serveuse ainsi que celui d\u2019une invit\u00e9e tr\u00e8s zen, et le changement d\u2019attitude se ressent jusque dans son regard. C&rsquo;est une pi\u00e8ce dr\u00f4le et int\u00e9ressante, mais qui n&rsquo;utilise pas toujours le comique de r\u00e9p\u00e9tition judicieusement &#8212; cr\u00e9ant ainsi des moments de flottements, o\u00f9 le spectateur ne s&rsquo;ennuie pas mais n&rsquo;est pas non plus compl\u00e8tement int\u00e9ress\u00e9 par ce qu&rsquo;il voit et entend.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Oc\u00e9ane Caboche<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Borborygmes\u00a0: bruit bizarre ou paroles indistinctes. <em>Exemple\u00a0: les borborygmes d\u2019une canalisation<\/em> (Larousse). Si le mot parait aussi barbare que sa d\u00e9finition est vague, il a au moins le m\u00e9rite d\u2019attirer l\u2019attention dans la pr\u00e9sentation de la nouvelle pi\u00e8ce de Mathilda May, jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point entre octobre et novembre 2018. <em>Le Banquet<\/em>, une pi\u00e8ce jou\u00e9e uniquement en borborygmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question d\u00e8s lors est sur toutes les l\u00e8vres\u00a0: comment une parole incompr\u00e9hensible peut-elle donner forme \u00e0 une action th\u00e9\u00e2trale\u00a0? Ce d\u00e9fi de taille a pourtant \u00e9t\u00e9 brillamment relev\u00e9 par la metteuse en sc\u00e8ne et son \u00e9quipe de com\u00e9diens talentueux. Pendant l\u2019heure et demie d\u2019une pi\u00e8ce qui repr\u00e9sente une f\u00eate d\u2019apr\u00e8s la noce<em>, <\/em>on tr\u00e9pigne, on s\u2019extasie, on a peur parfois\u2026 Et surtout on rit, beaucoup.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle est d\u2019abord int\u00e9ressant en termes de technique th\u00e9\u00e2trale\u00a0: la danse et la musique se m\u00ealent \u00e0 la parole, dans un spectacle visuel et auditif qui s\u2019approche parfois de la com\u00e9die musicale. La gestuelle est particuli\u00e8rement travaill\u00e9e pour accompagner la parole, et les sons parfaitement coordonn\u00e9s aux mouvements des com\u00e9diens. Cet ensemble mixte rend l\u2019histoire parfaitement compr\u00e9hensible, au contraire de la parole, tr\u00e8s pr\u00e9sente mais toujours incompr\u00e9hensible. Les tons de voix, les accents, les respirations, sont autant d\u2019indices qui nous permettent myst\u00e9rieusement de comprendre un personnage qui s\u2019exprime dans une langue inconnue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ensuite l\u2019humour de la pi\u00e8ce qui se manifeste de mani\u00e8re prononc\u00e9e. Apr\u00e8s une premi\u00e8re sc\u00e8ne mitig\u00e9e \u00e0 laquelle r\u00e9pondirent seulement quelques rires discrets des spectateurs, les gags s\u2019enchainent sur un rythme effr\u00e9n\u00e9, et la salle est conquise. L\u2019humour est fond\u00e9 sur la caricature permanente\u00a0: les com\u00e9diens surjouent des r\u00f4les types parfaitement identifiables (le mari\u00e9 frivole, la tante excentrique, l\u2019ami s\u00e9ducteur, le timide \u00e9conduit, la jeune caract\u00e9rielle) et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette caricature qui emporte l\u2019assistance. Tous les motifs de la f\u00eate sont convoqu\u00e9s (strip-tease, vomi\u2026) et trait\u00e9s sur un mode humoristique <em>trash <\/em>qui provoque une sorte d\u2019euphorie g\u00e9n\u00e9rale sans tomber dans la g\u00eane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce tableau r\u00e9ussi de la f\u00eate, mentionnons toutefois le rythme lin\u00e9aire de la pi\u00e8ce qui m\u00e9riterait \u00e0 mon sens quelques variations (on pourrait reprendre notre souffle\u2026), et la grande pr\u00e9sence des motifs sexuels qui pourraient sans doute gagner en efficacit\u00e9 en \u00e9tant plus rares. Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas : <em>Le Banquet<\/em>, servi par une mise en sc\u00e8ne piment\u00e9e et des com\u00e9diens succulents, m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y attable. Et si vous voulez un avant-go\u00fbt, voici le <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IJ915jUJwhw\">teaser<\/a>.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Arnaud de Bonnefoy<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est surplomb\u00e9e d\u2019une grande tente blanche \u2013 c\u2019est sous cette tente-l\u00e0 que va se d\u00e9rouler toute la pi\u00e8ce. \u00ab\u00a0Le banquet\u00a0\u00bb est la deuxi\u00e8me mise en sc\u00e8ne de Mathilda May, danseuse et com\u00e9dienne fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont dix acteurs qui jouent, dansent, bougent et parlent. M\u00eame si on ne comprend pas un seul mot pendant toute la soir\u00e9e (ils utilisent des borborygmes), on sort de la salle et on a tout compris. C\u2019est une pi\u00e8ce amusante, c\u2019est \u00e9vident. Mais elle montre aussi comment les gens agissent et r\u00e9agissent quand ils sont contraints de vivre ensemble, si ce n\u2019est que le temps d\u2019une f\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne un banquet qui a lieu apr\u00e8s un mariage\u00a0: deux personnes qui se sont mari\u00e9es organisent un banquet qui sera pour les invit\u00e9s l\u2019occasion de se revoir, de se rencontrer, de se parler, mais aussi de se disputer. Pendant une telle soir\u00e9e, il y aura bien s\u00fbr beaucoup d\u2019impr\u00e9vus, mais aussi des situations pr\u00e9visibles. Chacun peut s\u2019imaginer la sc\u00e8ne (litt\u00e9ralement)\u00a0: il y a le p\u00e8re qui fait un discours long et ennuyeux, il y a le DJ qui ne joue jamais la musique qui plait, il y a le chien qui aboie et le b\u00e9b\u00e9 qui crie toujours au moment inappropri\u00e9, et puis il y a les gens qui bavardent et s\u2019endorment. On boit trop, on mange trop, on parle trop, on rit trop. Comme la robe blanche de la mari\u00e9e, qui devient de plus en plus tach\u00e9, l\u2019histoire va finir en catastrophe. L\u2019orage \u00e0 la fin en dit long.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce fait rire, c\u2019est s\u00fbr. \u00c0 chaque fois que quelqu\u2019un essaie de s\u2019approcher du buffet, plac\u00e9 au milieu de la sc\u00e8ne, il tr\u00e9buche au m\u00eame endroit, et \u00e0 chaque fois les spectateurs en rient. Ce sont ces petits gags, ces d\u00e9tails que la metteuse en sc\u00e8ne a s\u00fbrement observ\u00e9 dans la vie quotidienne, qui font tout l\u2019effet. Les gestes sont tr\u00e8s expressifs, la mimique est presque surjou\u00e9e. L\u2019accent est mis pr\u00e9cis\u00e9ment sur tout ce qui n\u2019est pas parole. Aussi les sons et les chansons jouent-ils un r\u00f4le tr\u00e8s important, souvent \u00e9mis \u00e0 un volume tr\u00e8s\/trop \u00e9lev\u00e9. En somme, la pi\u00e8ce est extr\u00eamement mouvement\u00e9e, tout se passe tr\u00e8s vite, au point o\u00f9 on ne sait jamais o\u00f9 regarder pour ne pas rater quelque chose d\u2019important. Tout se passe en m\u00eame temps, on a l\u2019impression que tout n\u2019est que d\u00e9sordre, comme dans la vie r\u00e9elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne voit pas le temps passer, on apprend \u00e0 conna\u00eetre les diff\u00e9rents personnages, on apprend \u00e0 les aimer ou \u00e0 les d\u00e9tester. \u00c0 la fin, on a l\u2019impression que toute leur vie s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sous nos yeux \u2013 alors qu\u2019on a seulement assist\u00e9 \u00e0 un banquet.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Laura Krippes<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Photographie : Giovanni Cittadini Cesi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >[embedyt] https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IJ915jUJwhw[\/embedyt] Le Banquet au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, un ovni th\u00e9\u00e2tral Le mariage est souvent v\u00e9cu comme l\u2019un des plus beaux jours de sa vie entre \u00e9motions, amour et amiti\u00e9, tendresse et complicit\u00e9. 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