{"id":11750,"date":"2018-10-31T18:02:57","date_gmt":"2018-10-31T17:02:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11750"},"modified":"2018-10-31T18:02:57","modified_gmt":"2018-10-31T17:02:57","slug":"14-juillet-fabrice-adde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11750","title":{"rendered":"14 juillet \/  Fabrice Adde et Olivier Lopez"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>14 juillet par Fabrice Adde et Olivier Lopez<\/p>\n<p><\/strong>Fabrice Adde, l\u2019interpr\u00e8te, nous annonce un changement de programme, la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui devait \u00eatre initialement pr\u00e9sent\u00e9e n&rsquo;est pas assez int\u00e9ressante et risque de d\u00e9plaire. Le metteur en sc\u00e8ne, Olivier Lopez, d\u00e9cide d&rsquo;offrir au public un spectacle d&rsquo;un tout autre genre : \u00ab La prise de parole dans le monde du travail \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le com\u00e9dien met le public dans le doute, le spectacle \u00ab 14 juillet \u00bb est-il r\u00e9ellement annul\u00e9 ? Non visiblement, tout cela en est une partie int\u00e9grante. Sur sc\u00e8ne, un homme, un bureau, une chaise, un radiateur, un vid\u00e9o projecteur et surtout un pitch tr\u00e8s prometteur. Presque \u00ab comme pr\u00e9vu \u00bb la pi\u00e8ce nous raconte tr\u00e8s subtilement la vie de son interpr\u00e8te; il \u00e9volue, il passe de son petit village normand aux plateaux de cin\u00e9ma. Seul, l\u2019acteur livre une magnifique prestation, o\u00f9 il joue tour \u00e0 tour Fabrice Adde et Jacky Sauvage, un personnage fictif\u00a0: un acteur qui se perd dans son m\u00e9tier et dans le personnage qu\u2019il doit incarner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mr. Adde annonce d&#8217;embl\u00e9e qu&rsquo;il ne cherche aucunement \u00e0 v\u00e9hiculer de message, il veut son jeu d\u00e9nu\u00e9 de toute arri\u00e8re-pens\u00e9e. Et pourtant nous pouvons d\u00e9celer, entre autres, une critique de l&rsquo;univers du th\u00e9\u00e2tre, des rivalit\u00e9s entre acteurs, des producteurs qui finissent comptables et investisseurs,\u00a0mais aussi du mode de pens\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 qui aurait tendance \u00e0 lier abusivement certains faits (consommer des bananes chiquita nous ferait prendre part au narcotrafic !).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux c\u00f4t\u00e9s de Jacky et Fabrice, le monde entier est finement tourn\u00e9 en d\u00e9rision. M\u00ealant habilement humour, absurdit\u00e9, et intelligence, cette pi\u00e8ce ne laisse personne indiff\u00e9rent.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Sabrina-Lina Guerbas<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un moment \u00e9trange et d\u00e9routant, une sorte de conf\u00e9rence caustique et dr\u00f4le, un objet presque pr\u00e9cieux. On parle de <em>14 juillet<\/em>, une pi\u00e8ce \u00e9crite par Fabrice Adde et Olivier Lopez, et mise en sc\u00e8ne par ce dernier au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est sommaire, il n&rsquo;y a qu\u2019un petit bureau pos\u00e9 sur un grand rectangle de couleur bleu, un radiateur au fond de la sc\u00e8ne, et un r\u00e9troprojecteur pos\u00e9 sur le sol, comme s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait plus d&rsquo;aucune utilit\u00e9. Arrive alors l&rsquo;unique com\u00e9dien de la pi\u00e8ce, Fabrice Adde, dont le costume trop grand et la gaucherie pr\u00eatent \u00e0 rire. Il s&rsquo;excuse et lit un mot qu&rsquo;aurait r\u00e9dig\u00e9 Jean-Michel Ribes, directeur du th\u00e9\u00e2tre, et tr\u00e8s peu satisfait du spectacle que l&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 voir. Pr\u00e9sage d&rsquo;une catastrophe ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Absolument pas ! Durant une heure, Fabrice Abbe explique que le travail qui devait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 avait pour th\u00e8me la ruralit\u00e9, sujet qu&rsquo;il conna\u00eet bien, \u00e9tant fils de paysan. Mais on change d&rsquo;id\u00e9e, et le voil\u00e0 oblig\u00e9 de construire une s\u00e9ance d&rsquo;aide \u00e0 la prise de parole en entreprise. Il devient alors Jacky, un personnage qu&rsquo;il pense id\u00e9al pour intervenir devant des parterres d&#8217;employ\u00e9s de grandes soci\u00e9t\u00e9s. Il n&rsquo;y aura pas de conf\u00e9rence r\u00e9elle, mais des explications sur le pouvoir de la parole. Tout se m\u00e9lange, et c&rsquo;est tr\u00e8s bien ainsi. Aux explications donn\u00e9es par Jacky s&rsquo;ajoutent des extraits litt\u00e9raires ou th\u00e9\u00e2traux, des tirades, des monologues &#8211; et l&rsquo;on ne sait plus si c&rsquo;est Jacky ou Fabrice qui parle, mais ces parenth\u00e8ses de r\u00e9citations sont si belles !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Justesse d&rsquo;une \u00e9criture qui laisse \u00e0 son personnage la possibilit\u00e9 de tout jouer, de tout montrer. Tout est fait pour que l&rsquo;on pense, en d\u00e9but de repr\u00e9sentation, assister \u00e0 un spectacle un peu paresseux. C&rsquo;est le contraire qui se passe ! Pr\u00e9cision de l&rsquo;\u00e9criture, talent pur de ce com\u00e9dien qui ne cesse de jouer \u00e0 se d\u00e9doubler. C&rsquo;est acide par moments, tendre, doux, fou. Laissez-vous emporter !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Margaux Daridon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans une salle intimiste du th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, rideaux bleus, si\u00e8ges en estrade dont la capacit\u00e9 d\u2019accueil doit \u00eatre d\u2019une centaine de post\u00e9rieurs, le spectateur attend l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de Fabrice Adde. Une douce musique aux effluves d\u2019Am\u00e9rique latine emplit l\u2019espace. Soudain, baskets rouges, costume beige trop grand, raie sur le c\u00f4t\u00e9 et lunettes transparentes, Jacky entre en sc\u00e8ne. Ou bien est-ce Fabrice\u00a0? Ou les deux \u00e0 la fois\u00a0? Difficile de savoir o\u00f9 s\u2019arr\u00eate le r\u00e9el, o\u00f9 commence la fiction (\u00ab la vraie vie \u00bb selon Proust) et l\u2019acteur s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie. Peu tendre envers sa profession, il exploite jusqu\u2019au bout la maladie du com\u00e9dien, trouble de l\u2019identit\u00e9 qui le pousse \u00e0 incarner son personnage dans la rue, avec les gens, jusque dans l\u2019intimit\u00e9 (ou le complexe d\u2019\u0152dipe revisit\u00e9 dans les \u00e9clats de rire). Le monde du th\u00e9\u00e2tre au complet se fait d\u2019ailleurs refaire le portrait, du sc\u00e9nographe au metteur en sc\u00e8ne, vrais snobs (\u00ab Je le jouerai plus en-dessous, tu vois \u00bb) et fausses victimes de la mode (comme celle de l\u2019omnipr\u00e9sence de la captation vid\u00e9o sur sc\u00e8ne), en passant par le directeur du th\u00e9\u00e2tre et le charg\u00e9 en communication. Les planches semblent un lieu bien censur\u00e9 pour qui veut s\u2019exprimer hors des clous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Grande satire du march\u00e9 de l\u2019art et de la lecture qu\u2019en font les intellectuels, ce stand-up litt\u00e9raire a de quoi s\u00e9duire. La gauche en prend pour son grade, faisant les frais de sa recherche de \u00ab message \u00bb \u00e0 tout prix dans les \u0153uvres. Ici, rien de plus simple : pas de message. Pas de propos. Rien \u00e0 en tirer. Bon \u00e0 jeter selon les lois implacables de la communication. M\u00eame le titre ne rime \u00e0 rien, n\u2019ayant pas la port\u00e9e historique, politique ou philosophique normalement attendue par les spectateurs citoyens de bonne conscience. Et pourtant. Et pourtant dans le rire et parfois l\u2019\u00e9motion, <em>14 Juillet <\/em>interroge la pertinence de l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019individu doit confondre despotisme et confiance en soi pour r\u00e9ussir. D\u00e9battre et \u00e9changer se r\u00e9sume aux formules \u00ab je suis le meilleur, j\u2019ai raison, je suis le meilleur \u00bb qui r\u00e9sonnent dangereusement telle une m\u00e9canique enray\u00e9e. Les mots de Val\u00e8re Novarina se font alors l\u2019\u00e9cho de ce spectacle au go\u00fbt doux-amer : \u00ab Voici que les hommes s\u2019\u00e9changent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s\u2019en forgeant plus qu\u2019une monnaie : nous finirons un jour muets \u00e0 force de communiquer [\u2026]. \u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Mathilde Charras<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Photographie : Giovanni Cittadini Cesi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >14 juillet par Fabrice Adde et Olivier Lopez Fabrice Adde, l\u2019interpr\u00e8te, nous annonce un changement de programme, la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui devait \u00eatre initialement pr\u00e9sent\u00e9e n&rsquo;est pas assez int\u00e9ressante et risque de d\u00e9plaire. 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