{"id":11764,"date":"2018-11-11T16:35:10","date_gmt":"2018-11-11T15:35:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11764"},"modified":"2018-11-11T16:35:10","modified_gmt":"2018-11-11T15:35:10","slug":"la-nuit-des-rois-ou-tout-ce-que-vous-voulez-ostermeier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11764","title":{"rendered":"La nuit des rois ou Tout ce que vous voulez \/ William Shakespeare &#8211; Thomas Ostermeier"},"content":{"rendered":"<p><strong>La nuit des rois ou Tout ce que vous voulez est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crite par William Shakespeare en 1600-1601.<\/strong><\/p>\n<p>Elle est jou\u00e9e du 22 septembre 2018 au 28 f\u00e9vrier 2019, \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, et est mise en sc\u00e8ne par Thomas Ostermeier, traduite par Olivier Cadiot. Il s\u2019agit d\u2019une com\u00e9die novatrice, entr\u00e9e dans le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais depuis 1940 qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e depuis 2003.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce est brillante, gr\u00e2ce \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne, r\u00e9alis\u00e9e par Thomas Ostermeier, directeur artistique de la Schaub\u00fchne, nomm\u00e9 commandeur de l\u2019ordre des Arts et des Lettres par le minist\u00e8re de la Culture en 2015. En effet, la repr\u00e9sentation ne s\u2019essouffle jamais, alternant entre les sc\u00e8nes de quiproquo, de d\u00e9claration d\u2019amour et les pi\u00e8ges tendus contre l\u2019intendant d\u2019Olivia. Le jeu des com\u00e9diens est d\u2019ailleurs \u00e0 couper le souffle, permettant une immersion totale dans la pi\u00e8ce\u00a0: le spectateur r\u00e9agit aux sc\u00e8nes comme s\u2019il les vivait, c\u2019est un sentiment assez merveilleux. Le com\u00e9dien est voulu cr\u00e9ateur\u00a0: une place est donc laiss\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019improvisation, et les artistes ponctuent le texte par des apart\u00e9s d\u2019actualit\u00e9, relevant notamment les derni\u00e8res maladresses publiques d\u2019E. Macron avec humour. Le th\u00e9\u00e2tre et sa pi\u00e8ce s\u2019en trouvent ainsi rajeunis.<\/p>\n<p>Par ailleurs, c\u2019est la sc\u00e9nographie qui donne tout son charme \u00e0 la pi\u00e8ce de Shakespeare. Pour seul d\u00e9cor, on trouve sur sc\u00e8ne deux moiti\u00e9s de palmiers sur les c\u00f4t\u00e9s, du sable au sol et au centre de la pi\u00e8ce\u00a0: une sorte de large si\u00e8ge en bois. On note la pr\u00e9sence d\u2019un long praticable qui s\u00e9pare le parterre en deux parties, permettant aux com\u00e9diens de circuler parmi le public. D\u2019ailleurs, plusieurs sc\u00e8nes se passent dans les balcons, parmi les spectateurs, permettant une interaction totale avec ces derniers qui s\u2019immergent pleinement dans la pi\u00e8ce. L\u2019id\u00e9e est de solliciter l\u2019attention du public au maximum, et cela fonctionne\u00a0: la salle, pendant la repr\u00e9sentation, vit au rythme de la pi\u00e8ce, et est r\u00e9guli\u00e8rement hilare. Pour encore mieux captiver le spectateur, des extraits musicaux sont ajout\u00e9s dans le texte, s\u2019ins\u00e9rant parfaitement dans la pi\u00e8ce. Ainsi, un contre-t\u00e9nor accompagn\u00e9 d\u2019un th\u00e9orbe (instrument \u00e0 corde pinc\u00e9e) chante des extraits de Monteverdi, Cavalli ou encore Vivaldi. Les costumes des protagonistes sont aussi \u00e0 retenir, car tr\u00e8s originaux\u00a0; ils sont modernes, presque autant que la sc\u00e9nographie. Ils sont tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9s\u00a0: la plupart des personnages masculins porte un cale\u00e7on avec une veste et ils sont torse nu, parfois m\u00eames pieds nus, et les femmes portent des v\u00eatements assez courts.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce, enfin, exulte le public. Par l\u2019impressionnant jeu des acteurs elle emporte le spectateur dans son histoire, le divertit, l\u2019\u00e9meut (que va devenir l\u2019amour du duc Orsino\u00a0?), l\u2019interroge sur des questions essentielles au XVII et qui sont encore au c\u0153ur de notre actualit\u00e9, comme celles du genre, de l\u2019identit\u00e9, du travestissement, et de la condition de la femme (car la mascarade de Viola doit lui permettre de fuir le mariage, le couvent, ou encore la prostitution, destin des jeunes femmes non mari\u00e9es). Elle invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le d\u00e9guisement, la mani\u00e8re dont le monde dicte notre conduite, r\u00e9git nos comportements, nous contraint parfois m\u00eame \u00e0 jouer un r\u00f4le qui n\u2019est pas le n\u00f4tre. Elle est d\u2019autant plus visionnaire qu\u2019elle est \u00e9crite au XVII si\u00e8cle, pr\u00e9sent\u00e9e le 2 f\u00e9vrier 1602 \u00e0 la Chandeleur, et destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre jou\u00e9e pendant les festivit\u00e9s de l\u2019\u00c9piphanie, temps d\u00e9di\u00e9s au jeu, au th\u00e9\u00e2tre et au travestissement. Remarquons que la confusion des genres \u00e9tait alors bien plus importante car les acteurs \u00e9taient uniquement masculins.<\/p>\n<p>Une pi\u00e8ce brillante, captivante\u00a0; en un mot\u00a0: r\u00e9ussie.<\/p>\n<h6>Mathilde FONDANECHE<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche 11 novembre, j\u2019ai assist\u00e9 au spectacle La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez de Shakespeare, jou\u00e9 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise dans une adaptation et mise en sc\u00e8ne d\u2019Ostermeier. Ce spectacle relate l\u2019histoire de la jeune Viola qui d\u00e9cide de se d\u00e9guiser en homme suite \u00e0 son naufrage en Illyrie o\u00f9 elle a perdu les traces de son fr\u00e8re jumeau.\u00a0 Sans d\u00e9fense, elle devient sous le nom de C\u00e9sario le valet du duc Orsino. Le duc lui demande de plaider sa cause aupr\u00e8s d\u2019Olivia mais celle-ci tombe amoureuse de l\u2019apparence de C\u00e9sario. Quant \u00e0 Viola, elle tombe amoureuse du duc. Les identit\u00e9s se confondent, au fil des ruses les personnages sont au bord de la folie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie repr\u00e9sente une \u00eele : il y a un singe, des palmiers, du sable. L\u2019ambiance est celle de la f\u00eate\u00a0: musique en direct ou enregistr\u00e9e, chant, danse, boisson. On peut relever deux axes de travail dans la mise en sc\u00e8ne d\u2019Ostermeier\u00a0: tout d\u2019abord de souligner la folie, la clownerie et l\u2019humour face au pouvoir, aux puissants et ensuite, la volont\u00e9 de moderniser l\u2019\u0153uvre de Shakespeare \u00e9crit en 1600 pour un public de 2018. La clownerie se voit dans des costumes ridicules\u00a0: le fou du roi porte un collant moulant rouge, il est torse nu et joue de la trompette, un des personnages arrive sur sc\u00e8ne en collant jaune, avec les fesses \u00e0 l\u2019air dans un string\u00a0: l\u2019ambiance est l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le double jeu des personnages renforce la folie et l\u2019illusion des situations. Les personnages sont victimes de leurs propres tromperies, comme le personnage de Viola. Tout s&rsquo;entrem\u00eale, m\u00eame les com\u00e9diens et leurs personnages, lors d\u2019apart\u00e9s sur l\u2019actualit\u00e9, alors qu&rsquo;ils toujours en costumes. Los de ces moments, le public prend alors part au spectacle, on s&rsquo;adresse directement \u00e0 lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s moderne: c\u2019est une adaptation de l\u2019\u0153uvre de Shakespeare, il y a donc des modifications. La langue de Shakespeare n\u2019est pas respect\u00e9e et rendue famili\u00e8re, modernis\u00e9e par Ostermeier. Il m\u00e9lange des improvisations, utilise le micro pour interpeller le public, les personnages interagissent avec la r\u00e9gie pour demander plus de lumi\u00e8re ou d\u2019arr\u00eater la musique. Le spectateur est troubl\u00e9, l\u2019illusion du th\u00e9\u00e2tre est rompue et \u00e0 la fin le d\u00e9cor de fond est d\u00e9fait pour laisser place aux mat\u00e9riels techniques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, cette mise en sc\u00e8ne am\u00e8ne une r\u00e9flexion sur l\u2019identit\u00e9, le genre, sur la mani\u00e8re dont le peuple parvient \u00e0 manipuler les puissants et comment les ruses am\u00e8nent \u00e0 la folie et l\u2019humour. Cette cr\u00e9ation interroge \u00e9galement sur la place du metteur en sc\u00e8ne face \u00e0 l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur c\u2019est \u00e0 dire jusqu\u2019o\u00f9 s\u2019arr\u00eate le r\u00f4le du metteur en sc\u00e8ne\u00a0: a-t-il le doit de modifier l\u2019\u0153uvre ou doit-il rester fid\u00e8le \u00e0 l\u2019auteur\u00a0? Pour ma part, j\u2019ai pass\u00e9 un bon moment, ce spectacle \u00e9tait int\u00e9ressant, j\u2019ai beaucoup ri mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9, par moment, frustr\u00e9e car l\u2019esprit de Shakespeare y est pr\u00e9sent mais pas sa langue. Et j\u2019ai trouv\u00e9 que la mise en sc\u00e8ne empi\u00e8te sur l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur. Il aurait pu arriver au m\u00eame but en gardant la langue de l\u2019auteur tout en gardant une sc\u00e9nographie, des costumes modernes. Mais il a fait le choix de faire du th\u00e9\u00e2tre contemporain, o\u00f9 souvent la mise en sc\u00e8ne prend le dessus sur le texte alors que le texte est d\u00e9j\u00e0 riche. Malgr\u00e9 cela c\u2019est un spectacle avec de belles performances d\u2019acteurs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Woodina Louisa<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce La Nuit des Rois ou Tout ce que vous voulez \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise le 11 novembre 2018 dans une mise en sc\u00e8ne de Thomas Ostermeier. La com\u00e9die de Shakespeare s\u2019organise autour de la figure de Viola qui, \u00e0 la suite d\u2019un naufrage, se fait passer pour un jeune homme, ressemblant ainsi fortement \u00e0 son fr\u00e8re S\u00e9bastien pr\u00e9sum\u00e9 mort\u00a0; le retour de ce dernier fait apparaitre toute une s\u00e9rie de malentendus et de quiproquos entre les personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s divertissante, le point fort de cette mise en sc\u00e8ne m\u2019a sembl\u00e9 reposer avant tout sur le duo de chevaliers, Sir Toby et Andrew, incarn\u00e9s par les com\u00e9diens Laurent Stocker et Christophe Montenez. \u00c0 chaque apparition, les acteurs faisaient surgir le rire chez le spectateur\u00a0: que ce soit par leur d\u00e9gaine grotesque &#8211; un grand blond aux cheveux filasse passablement d\u00e9bile et un ivrogne \u00e0 la bedaine pro\u00e9minente mena\u00e7ant de faire craquer sa cuirasse &#8211; ou par la simple intonation de leur voix, ils faisaient tr\u00e8s bien ressortir \u00e0 eux seuls la tonalit\u00e9 comique de la pi\u00e8ce. Le metteur en sc\u00e8ne a d\u2019ailleurs compris tout leur potentiel comique, en les faisant danser de fa\u00e7on d\u00e9mente et bouffonne ou encore, en pla\u00e7ant dans leur bouche quelques piques bien plac\u00e9es faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 politique &#8211; \u00e0 moins que ce ne soit un ajout de derni\u00e8re minute des acteurs eux-m\u00eames. Le ridicule a \u00e9t\u00e9 toutefois pouss\u00e9 un peu trop loin \u00e0 mon go\u00fbt au point de devenir parfois assez lourd et j\u2019ai regrett\u00e9 de temps \u00e0 autre un certain manque de finesse et de subtilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci dit, la subtilit\u00e9 \u00e9tait sans doute \u00e0 chercher ailleurs\u00a0; par exemple \u00e0 travers la musique qui accompagnait la pi\u00e8ce et rappelait sans cesse, de fa\u00e7on auditive et symbolique, que malgr\u00e9 le rire qu\u2019elle peut susciter au th\u00e9\u00e2tre, la question de l\u2019identit\u00e9 et du genre surtout quand elle s\u2019associe au jeu de l\u2019amour, constitue un sujet sensible qui peut perdre les \u00eatres et les faire souffrir terriblement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce se finit ainsi sur un tableau particuli\u00e8rement sombre\u00a0: une fois les identit\u00e9s v\u00e9ritables r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, les personnages s\u2019embrassent les uns les autres, une expression confuse au visage, r\u00e9v\u00e9lant bien le trouble dans lequel toute cette farce les a plong\u00e9s. Surtout la fin qui attend le personnage de Malvolio, l\u2019intendant ambitieux et hypocrite de la comtesse, apporte une dimension tragique \u00e0 l\u2019ensemble du spectacle\u00a0; cela a m\u00eame fait na\u00eetre chez moi un certain malaise, d\u2019autant plus que l\u2019\u0153uvre de Shakespeare n\u2019en fait pas \u00e9tat il me semble. Ce qui s\u2019av\u00e8re au d\u00e9part un m\u00e9chant pi\u00e8ge, visant \u00e0 se venger et \u00e0 faire tomber le masque de vertu d\u2019un personnage \u00e0 premi\u00e8re vue antipathique (pi\u00e8ge auquel le spectateur participe,\u00a0en finissant comme les autres personnages, par se moquer de Malvolio, ridiculis\u00e9 au plus haut point) se transforme en un geste d\u2019une cruaut\u00e9 violente, presque perverse qui aboutit \u00e0 un geste ultime\u00a0: le suicide. C\u2019est sur cette note troublante et marquante que se cl\u00f4t le spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\">Anne-Lise Jamier<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Photographie : Jean-Louis Fernandez<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La nuit des rois ou Tout ce que vous voulez est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crite par William Shakespeare en 1600-1601. 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