{"id":11816,"date":"2018-11-20T11:27:51","date_gmt":"2018-11-20T10:27:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11816"},"modified":"2018-11-20T11:27:51","modified_gmt":"2018-11-20T10:27:51","slug":"london-symphony-orchestra-francois-xavier-roth-jean-quihen-queyras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11816","title":{"rendered":"London Symphony Orchestra \/ Fran\u00e7ois-Xavier Roth &#8211; Jean-Quihen Queyras"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion d&rsquo;acc\u00e9der, le mardi 20 novembre, au concert de l&rsquo;Orchestre Symphonique de Londres. Le contraste entre ces somptueuses \u0153uvres musicales du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et l&rsquo;architecture ultra moderne de la philharmonie de Paris \u00e9tait le symbole, quelque part, du message que voulait nous adresser Fran\u00e7ois-Xavier Roth, le chef d&rsquo;orchestre. La beaut\u00e9 de ces \u0153uvres, r\u00e9alis\u00e9es il y a maintenant plus d&rsquo;un si\u00e8cle par Debusssy, Dvorjak et Strauss, permet de prendre conscience de la richesse musicale que l&rsquo;Europe toute enti\u00e8re nous a donn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le\u00a0<em>Pr\u00e9lude \u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-midi d&rsquo;un faune\u00a0<\/em>est d&rsquo;une douceur palpable apr\u00e8s une dure journ\u00e9e de cours. L&rsquo;\u00e9change continu des vents et des cordes, coupl\u00e9s \u00e0 la harpe, donnent l&rsquo;illustration parfaite d&rsquo;un moment reposant et d\u00e9montre le g\u00e9nie de Debussy sur son pouvoir \u00e0 transporter son auditoire avec la musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lui succ\u00e8de le\u00a0<em>Concerto pour violoncelle\u00a0<\/em>de Dvorjak. Le th\u00e8me est jovial mais devient rapidement plus sombre. Cette \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 une grande surprise, j&rsquo;ai ressenti que l&rsquo;orchestre \u00e9tait une grande famille o\u00f9 chaque instrument dialoguait avec les autres et auxquels Dvorjak, par son talent, a r\u00e9ussi \u00e0 transmettre des \u00e9motions qui leur sont propres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vient ensuite Strauss avec\u00a0<em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em> dont le d\u00e9but, culte, est d\u00e9j\u00e0 connu de tous. Le reste de l\u2019\u0153uvre -presque l&rsquo;oeuvre enti\u00e8re- \u00e9tait pour moi totalement inconnu. Strauss a r\u00e9ussi \u00e0 nous transmettre avec cette musique l&rsquo;histoire de l&rsquo;Homme, de sa cr\u00e9ation au concept du surhomme nietzsch\u00e9en.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La magnifique interpr\u00e9tation de ces pi\u00e8ces est suivie d&rsquo;un tonnerre d&rsquo;applaudissements amplement m\u00e9rit\u00e9s. Le point le plus marquant de ce concert \u00e9tait pour moi les mouvements de Roth, qui furent une r\u00e9elle personnification des ces \u0153uvres \u00e0 travers l&rsquo;expression unique et vivante d&rsquo;un morceau puis de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Tardanico Angelo<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">__________________________________________________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous p\u00e9n\u00e9trons dans cette salle si particuli\u00e8re qu&rsquo;est la Philharmonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout de suite, On est saisi par l&rsquo;ambiance du lieu, ses formes, ses couleurs. En entrant dans la grande salle, on est frapp\u00e9 par son architecture. On ne sait plus vraiment o\u00f9 regarder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;orchestre entame le\u00a0<em>Pr\u00e9lude \u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-midi d&rsquo;un faune<\/em>\u00a0de Claude Debussy. On est \u00e9bloui par l&rsquo;\u00e9nergie du chef d&rsquo;orchestre qui semble partout \u00e0 la fois. Les archets des violons et des altos sont comme chor\u00e9graphi\u00e9s. Chacune conna\u00eet sa place et l&rsquo;\u0153uvre est ex\u00e9cut\u00e9e avec une pr\u00e9cision parfaite mais aussi une grande douceur. La partition se d\u00e9ploie, se d\u00e9voile dans ses moindres d\u00e9tails. On regrette parfois peut-\u00eatre une trop grande douceur mais cela est compens\u00e9 par cette pr\u00e9cision incroyable des musiciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On pourrait craindre que l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un soliste ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;orchestre, le violoncelliste Jean-Guihen Queyras, pour le\u00a0<em>Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur B. 191 op.104<\/em>\u00a0ne vienne perturber cette harmonie entre les instruments. Au contraire, il parvient \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 l&rsquo;orchestre sans imposer sa pr\u00e9sence. Les deux parties se fondent en une. Le r\u00e9sultat est splendide. Le concerto fut probablement mon \u0153uvre favorite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est avec Richard Strauss et son c\u00e9l\u00e8bre\u00a0<em>Also sprach Zarathustra op.30<\/em>\u00a0que Roth cl\u00f4t le concert. L&rsquo;orchestre parvient \u00e0 rendre la puissance de ces premi\u00e8res notes sans pour autant tomber dans le monumentalisme. Sous le contr\u00f4le de Roth, l&rsquo;\u0153uvre se d\u00e9roule, presque avec simplicit\u00e9. On savoure particuli\u00e8rement les instants de silence \u00e0 la fin de l&rsquo;\u0153uvre, o\u00f9 tout semble comme suspendu. Public et musiciens sont dans un entre deux; le calme avant la temp\u00eate d&rsquo;applaudissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Roth profite de la fin du concert pour glisser quelques paroles \u00e0 connotation politique, rappelant que les \u0153uvres de cette soir\u00e9e visaient \u00e0 montrer le lien entre les nations, au-del\u00e0 des affaires de Brexit ou autres. Le concert se termine sur \u00ab\u00a0le r\u00eave d&rsquo;enfant\u00a0\u00bb de Roth &#8211; selon ses dires. Il reprend l&rsquo;introduction au combien c\u00e9l\u00e8bre du Zarathustra de Strauss avant de saluer son public et de quitter la sc\u00e8ne accompagn\u00e9 de ses musiciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Gabrielle Soufflet<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">__________________________________________________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quel endroit impressionnant que cette grande salle Pierre Boulez\u00a0: les lumi\u00e8res ne s\u2019\u00e9teindront pas ce soir, le 20 novembre 2018, \u00e0 la mani\u00e8re dont brillera Fran\u00e7ois-Xavier Roth en dirigeant magistralement le London Symphony Orchestra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Fran\u00e7ois-Xavier Roth m\u00e9rite nombre d&rsquo;\u00e9loges, tant sa direction est nuanc\u00e9e, ing\u00e9nieuse et sied magnifiquement \u00e0 la premi\u00e8re pi\u00e8ce : de l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne, c\u2019\u00e9tait autant un spectacle visuel que sonore. C&rsquo;est un faune malicieux et dansant qui d\u00e9voile au public un printemps acoustique en ces froides soir\u00e9es d\u2019automne, chef d\u2019orchestre sautillant et agile aux mouvements fluides et ma\u00eetris\u00e9s. Les vents, dans le <em>Pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un faune<\/em>, sont particuli\u00e8rement mis en relief pour mieux peindre les agitations du personnage mallarm\u00e9en. Selon le po\u00e8te \u00e0 l\u2019origine de \u00ab\u00a0L\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un faune\u00a0\u00bb, cette \u0153uvre musicale \u00ab\u00a0prolonge l\u2019\u00e9motion de [son] po\u00e8me et en situe le d\u00e9cor plus passionn\u00e9ment que la couleur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le <em>Concerto pour violoncelle <\/em>de Dvo\u0159\u00e1k est encore davantage expressif : Roth accompagne et sugg\u00e8re avec finesse les \u00e9lans lyriques de la pi\u00e8ce. Le timbre du violoncelle d\u00e9voile une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 tout aviaire\u00a0: tel un oiseau, il plane et embrasse l\u2019onde sonore dans laquelle il se meut autant qu\u2019il s\u2019y fond. Suspendu dans les airs, il ouvre ses ailes avec majest\u00e9, retenue et d\u00e9licatesse, particuli\u00e8rement lors du second mouvement; notons la finesse du jeu du soliste. C\u2019est une \u0153uvre tr\u00e8s contrast\u00e9e, tendue entre une expression all\u00e8gre, pompeuse, et un ton beaucoup plus doux et chantant\u00a0: elle n\u2019est toutefois jamais d\u00e9nu\u00e9e d\u2019envie et d\u2019un vouloir-vivre implacable et r\u00e9joui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette expression schopenhauerienne vient \u00e0-propos puisque nous allons maintenant passer \u00e0 son disciple le plus c\u00e9l\u00e8bre, qui inspira cette \u0153uvre de Strauss qu\u2019on ne pr\u00e9sente plus. Il ne s\u2019agit pas de \u00ab\u00a0musique philosophique\u00a0\u00bb, comme le dit Strauss lui-m\u00eame, mais d\u2019un superbe hommage au livre de Nietzsche. Superbe, voil\u00e0 le mot\u00a0: cette splendeur ach\u00e8ve un merveilleux concert avec une force explosive. Retentissent les trompettes et les premiers accords bien connus, mais les trente minutes d\u00e9livrent une parole musicale incroyablement lyrique, tortueuse et anim\u00e9e. Toutes fourmillent d\u2019images ; nous sommes en pleine vocif\u00e9ration nietzsch\u00e9enne, et c\u2019est un rugissement qui s\u2019exprime, libre, dans les mains de Fran\u00e7ois-Xavier Roth d\u00e9cha\u00eenant la foudre alors que le monde ext\u00e9rieur dispara\u00eet pour laisser place \u00e0 ce sursaut \u00e9clatant. Certains passages sont m\u00eame dr\u00f4les et r\u00e9v\u00e8lent le caract\u00e8re intriguant du proph\u00e8te venu r\u00e9veiller les hommes. Apr\u00e8s la section des douze coups de cloche qui cl\u00f4ture la pi\u00e8ce, vient le r\u00e9veil\u00a0et le moment le plus extraordinaire du concert. Un silence final retentit, r\u00e9sonne, tenu d\u2019une main de ma\u00eetre, celle de Fran\u00e7ois-Xavier Roth, avant que ne surgissent les applaudissements unanimes de l\u2019auditoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0La musique a trop longtemps r\u00eav\u00e9\u00a0; nous voulons maintenant nous r\u00e9veiller. Nous \u00e9tions des somnambules\u00a0; nous voulons devenir des r\u00eaveurs \u00e9veill\u00e9s et conscients\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Nietzsche, dont la citation se trouve au d\u00e9but de la partition d\u2019<em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em> de Strauss. Comment ne pas r\u00eaver encore en sortant de cette salle, \u00e9veill\u00e9 et conscient de la fin d\u2019un pareil enchantement\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Bertille Rouillon<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">__________________________________________________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour moi, jeune provincial qui ne conna\u00eet rien \u00e0 la musique romantique, ce concert fut une r\u00e9v\u00e9lation. Je connaissais les \u0153uvres, bien sur, comme tout un chacun, mais je ne savais pas ce sentiment unique que l&rsquo;on ne d\u00e9couvre que par l&rsquo;\u00e9coute des instruments en temps r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J&rsquo;entrais dans la grande salle Pierre Boulez : l&rsquo;impression d&rsquo;immensit\u00e9 que je ressentis en cachait une autre. Soudain, des doigts vinrent pincer les cordes, des l\u00e8vres vinrent insuffler vie aux b\u00e2tons de bois ; j&rsquo;exultais. D&rsquo;un coup, un son doucereux, une balade sonore, qui berce mes oreilles, oui c&rsquo;est cela, une berceuse irr\u00e9elle et mythique. Un chant de merveille que je ne saurai d\u00e9crire, je ne peux qu&rsquo;en donner l&rsquo;impression que je ressentis\u00a0: imaginez-vous l&rsquo;effet d&rsquo;un bain d&rsquo;eau chaude lors d&rsquo;un hiver froid et glacial. Une musique chaleureuse et r\u00e9confortante, qui ondoya subrepticement autour de mes oreilles. Dvor\u00e1k me fit le m\u00eame effet, du moins au d\u00e9but, parce que tr\u00e8s vite je r\u00e9alisais la puissance de sa musique. Le th\u00e8me, impos\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;introduction, me tourmente encore ; la fougue orchestrale frappa mes oreilles, mais sans violence ; la musique romantique sait allier fougue et enchantement. C&rsquo;est avec tristesse que je vis ce lyrisme s&rsquo;\u00e9teindre dans mes oreilles. L&rsquo;entracte qui vint me fit tr\u00e9pigner d&rsquo;impatience, parce que je savais ce qui m&rsquo;attendait ensuite. Elle vint, et je crus un instant me retrouver devant 2001. \u00ab La musique a trop longtemps r\u00eav\u00e9 ; nous voulons maintenant nous r\u00e9veiller. Nous \u00e9tions des somnambules ; nous voulons devenir des r\u00eaveurs \u00e9veill\u00e9s et conscients \u00bb : Voil\u00e0 ce que dit Nietzsche sur la partition de Strauss. J&rsquo;appris que la fameuse introduction d\u00e9peint en fait le lever du jour, et la suite donne la parole de ce Zarathoustra. L\u00e0 aussi cette fougue, ce lyrisme romantique, qui raconte cette transition de l&rsquo;homme au surhomme, une passion encore plus puissante, qui s&rsquo;ach\u00e8ve dans une douce superposition de do et de si \u00e0 mesure que la nuit approche. Moi, \u00e9ternel amoureux de Beethoven, ressortais conquis de trois amants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Julien Pigeon<\/strong><\/p>\n<p>__________________________________________________________________________________________________________<\/p>\n<p>Photographie : Marco Borggreve<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion d&rsquo;acc\u00e9der, le mardi 20 novembre, au concert de l&rsquo;Orchestre Symphonique de Londres. 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