{"id":11858,"date":"2018-11-26T20:30:55","date_gmt":"2018-11-26T19:30:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=11858"},"modified":"2018-11-26T20:30:55","modified_gmt":"2018-11-26T19:30:55","slug":"la-locandiera-carlo-goldoni-alain-francon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=11858","title":{"rendered":"La Locandiera \/ Carlo Goldoni &#8211; Alain Fran\u00e7on"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>La Locandiera<\/strong><\/em><strong>, pi\u00e8ce f\u00e9ministe ?<\/strong>  <\/p>\n\n\n\n<p>Le lundi 26 Novembre \u00e0 20h30 se d\u00e9roulait \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise,salle Richelieu, <em>La Locandiera<\/em> de Goldoni, mise en sc\u00e8ne par Alain Fran\u00e7on. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes en 1752, \u00e0 Venise, et Carlo Goldoni invente un des plus beaux personnages de femme libre du th\u00e9\u00e2tre occidental. Libre\u2026 jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point, jusqu&rsquo;au point o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 ne le permet plus. <\/p>\n\n\n\n<p>Les trois coups de b\u00e2ton r\u00e9sonnent, le rideau s\u2019ouvre afin de nous transporter au temps de Mirandolina. Mirandolina est la jeune propri\u00e9taire d&rsquo;un h\u00f4tel que son p\u00e8re lui a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 sa mort, six mois plus t\u00f4t, en lui recommandant d&rsquo;\u00e9pouser au plus vite le fid\u00e8le valet Fabrizio. Ce que la jeune femme s&rsquo;est bien gard\u00e9e de faire. Mirandolina n&rsquo;a plus de p\u00e8re, pas de mari, mais un travail, un toit et un revenu : elle est dans une situation d&rsquo;exceptionnelle autonomie pour une femme de son \u00e9poque. Et elle en jouit, telle que la montre Goldoni au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. L&rsquo;auberge est un petit th\u00e9\u00e2tre, le royaume de la jeune \u00ab\u00a0<em>locandiera<\/em>\u00a0\u00bb qui y r\u00e8gne. Mais tout bascule quand appara\u00eet \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel le Chevalier de Ripafratta,qui affirme d\u00e8s son arriv\u00e9e son m\u00e9pris de l&rsquo;autre sexe, en des propos qui sont des chefs-d\u2019\u0153uvre de misogynie. S\u00e9duisant le goujat, elle est s\u00e9duite elle-m\u00eame. Sa paisible vie se transforme donc en champ de d\u00e9sirs et de rapports de force. Seule femme des lieux, elle se retrouve donc cach\u00e9 au fond de son auberge accul\u00e9e par quatre \u00ab\u00a0chevaliers\u00a0\u00bb servants furieux d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bbjou\u00e9s\u00a0\u00bb, Mirandolina est contrainte d&rsquo;\u00e9pouser Fabrizio, \u00e0 qui son p\u00e8re l&rsquo;avait destin\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne se d\u00e9roule en un seul acte de 2H qui passe \u00e0 un evitesse folle. S\u2019entrem\u00ealent des sc\u00e8nes assez classiques et d\u2019autres o\u00f9 le com\u00e9dien s\u2019adresse \u00e0 son public directement en \u00e9voquant ses \u00e9tats d\u2019\u00e2mes. Le comique de geste est beaucoup utilis\u00e9 afin de faire rire le publique. Il est vrai que l\u2019on rit beaucoup dans<em> La Locandiera<\/em>. M\u00eame la sc\u00e8ne finale qui se voudrait un peu plus dramatique car se joue l\u00e0 une \u00e9tape importante dans la vie de Mirandolina, contrainte d&rsquo;abandonner sa libert\u00e9 \u00e0 laquelle elle tenait tant pour finalement rentrer dans le moule de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque en se mariant. Mais cette ultime sc\u00e8ne, o\u00f9 les sentiments sont exag\u00e9r\u00e9s au plus haut point, sans doute dans une volont\u00e9 de comique de situation, semble tr\u00e8s confuse, car l\u2019\u00e9nervement g\u00e9n\u00e9ral et la peur que ressent Mirandolina d\u00e9note avec la bonne humeur de la pi\u00e8ce.  Si les d\u00e9cors et costumes sont assez simples, le texte et les intonations d\u00e9montrent le talent habile qu\u2019ont les com\u00e9diens \u00e0 jouer avec les mots. Si la pi\u00e8ce est en elle-m\u00eame une r\u00e9ussite, il y a cependant quelques sc\u00e8nes qui viennent d\u00e9router le public comme par exemple la pr\u00e9sence des deux com\u00e9diennes qui jouent la com\u00e9die&nbsp;: cette mise en abyme n\u2019est \u00e0 mon sens que peu utile, car on se demande ce que ces deux personnages apportent \u00e0 l\u2019histoire.   <\/p>\n\n\n\n<p><em>La Locanderia<\/em> que nous offre Alain Fran\u00e7on est un souffle de bonne humeur qui d\u00e9montre subtilement les id\u00e9es f\u00e9ministes que pouvait avoir Goldoni en faisant d\u2019une femme aux m\u0153urs bien particuli\u00e8re le personnage central de sa pi\u00e8ce.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amandine Merighi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un classique tout frais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand le rideau est enfin tomb\u00e9, quand la troupe est finalement rentr\u00e9e dans les loges, apr\u00e8s qu\u2019on les ait rappel\u00e9s d\u2019innombrables fois sur sc\u00e8ne, la repr\u00e9sentation ,elle , n\u2019est toujours pas termin\u00e9e&nbsp;: il reste ce subtil bout de la soir\u00e9e, qui ne fait pas partie de la pi\u00e8ce mais qui compl\u00e8te l\u2019image de la performance&nbsp;. Il reste la sortie de la salle, la descente des escaliers parmi ces gens inconnus, silencieux ou d\u00e9j\u00e0 en train de commenter ce que l\u2019on vient de voir. Il reste enfin la sortie dans l\u2019air frais de la nuit parisienne sur la belle place Colette et le retour aux bruits de la ville&nbsp;; Et c\u2019est dans cette derni\u00e8re partie de la soir\u00e9e que l\u2019on ressent la couleur qu\u2019a laiss\u00e9e la repr\u00e9sentation, puisque, curieusement, ces spectateurs \u00e9trangers entre eux, qui vont rentrer chacun par une autre direction, sont tous plong\u00e9s pour quelques moment encore dans la m\u00eame atmosph\u00e8re, dans les m\u00eames pens\u00e9es&nbsp;; ils viennent de partager un moment commun et exceptionnel, avant que chacun ne se retrouve dans son intimit\u00e9 inconnue \u00e0 tous les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en observant cette atmosph\u00e8re du d\u00e9part du th\u00e9\u00e2tre que je me suis aper\u00e7ue de la simple et pure beaut\u00e9 que nous a offert la repr\u00e9sentation de<em> La Locandiera<\/em>. Je suis sortie du th\u00e9\u00e2tre entour\u00e9e de personnes souriantes, soulag\u00e9es par le comique de la pi\u00e8ce, amus\u00e9es par son intelligence, satisfaites de son originalit\u00e9. Et cette satisfaction que je partageais n\u2019\u00e9tait pas seulement celle d\u2019un chef-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature italienne du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, mais aussi celle d\u2019une mise en sc\u00e8ne compl\u00e8te et sans exc\u00e8s, et d\u2019un jeu sinc\u00e8re et dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p>Que dire de Mirandoline, personnage central de la <em>Locandiera<\/em> et h\u00e9ro\u00efne insaisissable&nbsp;? Quand m\u00eame son cr\u00e9ateur la veut protagoniste d\u2019une pi\u00e8ce souvent vue comme misogyne \u2013 comme Goldoni l\u2019\u00e9crit lui-m\u00eame dans premi\u00e8re \u00e9dition de la pi\u00e8ce -.Extraordinaire&nbsp;: trop moderne pour son \u00e9poque, et encore tr\u00e8s \u00e9nigmatique pour la notre, Mirandoline appelle \u00e0 une double interpr\u00e9tation. Dans la perspective d\u2019un personnage qui sert \u00e0 la d\u00e9nonciation de son propre sexe, dans la premi\u00e8re lecture la propri\u00e9taire de l\u2019auberge ne fait que se jouer de tous les hommes.Or, l\u2019action qu\u2019elle entreprend, et qui constitue l\u2019intrigue centrale de la pi\u00e8ce, \u00e0 savoir de s\u00e9duire le Chevalier qui se veut ennemi de toutes les femmes, n\u2019est pas anodine pour elle-m\u00eame. Si elle met en danger son honneur et \u00ab&nbsp;sa propre vie&nbsp;\u00bb, ce n\u2019est visiblement pas seulement pour s\u2019amuser, mais pour d\u00e9fendre quelque chose au-del\u00e0 de sa simple fiert\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019un voyageur qui arrive dans sa maison parmi d\u2019autres. Son entreprise est celle de la d\u00e9fense du sexe f\u00e9minin, dans un contexte o\u00f9 les femmes sont trop souvent r\u00e9duites au simple profil de s\u00e9ductrices,sinon ruineuses, des hommes. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette complexit\u00e9 du personnage de Mirandoline, qui ne laisse pas toujours voir o\u00f9 commence son jeu et jusqu\u2019o\u00f9 vont ses vrais sentiments,est encore plus approfondie par le jeu de Florence Viala, actrice de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise qui l\u2019incarne dans cette production.Alternant m\u00e9lancolie et vivacit\u00e9, son jeu est aussi direct quand Mirandoline confie ses v\u00e9rit\u00e9s aux spectateurs dans ses monologues que quand elle se joue des hommes qui l\u2019entourent. Ce choix de jeu homog\u00e8ne semble avoir bien compris l\u2019\u00e9nigme de ce personnage,pr\u00e9f\u00e9rant le repr\u00e9senter au mieux au lieu d\u2019entreprendre de le r\u00e9soudre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ensemble, une pi\u00e8ce organique, bien rythm\u00e9e, une pi\u00e8ce&#8230;souriante, aussi bien gr\u00e2ce au g\u00e9nie th\u00e9\u00e2trale de son auteur que gr\u00e2ce cette mise en sc\u00e8ne d\u2019Alain Fran\u00e7on. On sort de la salle avec un sentiment de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de fra\u00eecheur, m\u00eame sil\u2019orientation de tout ce qu\u2019on vient de voir est rest\u00e9e assez classique&nbsp;: costumes, d\u00e9cors, musique. Serait-ce un paradoxe&nbsp;?Or tous ces choix convergeaient vers une belle coh\u00e9rence dans l\u2019ensemble, et celle-ci, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un style classique ou autre, suffit pour nous rafra\u00eechir et arrive bien \u00e0 le faire, l\u00e0 o\u00f9 on commence peut-\u00eatre \u00e0 se lasser des explosions de modernisme&#8230;  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Maria Constantinou<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>______________________________________________________________________________<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Se rendre \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise est toujours un plaisir, que ce soit pour la qualit\u00e9 des repr\u00e9sentations ou pour la dimension symbolique du lieu. De l\u2019arche de la bouche de m\u00e9tro, un peu kitsch mais merveilleuse, au fauteuil de velours dans lequel on essaie des\u2019enfoncer au maximum et laisser ainsi de la place \u00e0 nos jambes, c\u2019est le genre de rituel qui rend la semaine moins longue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Locandiera<\/em> est une pi\u00e8ce \u00e9crite en contre-pied des codes de la&nbsp;<em>comedia dell\u2019arte<\/em>, Carlo Goldini y d\u00e9peint une femme aubergiste pleine d\u2019esprit \u00e0 la fois lasse de repousser ses soupirants et retirant une certaine satisfaction d\u2019ego \u00e0 s\u00e9duire aussi facilement les hommes. C\u2019est bien l\u00e0 la modernit\u00e9 de la pi\u00e8ce&nbsp;: au premier abord, Mirandolina ne para\u00eet \u00eatre d\u00e9finie que par sa beaut\u00e9, sa gr\u00e2ce, son obligeance. Mais c\u2019est bien elle qui a les cartes en main, qui manie le comte et le marquis \u00e0 la baguette et qui r\u00e9alise son objectif de faire tomber amoureux d\u2019elle un client chevalier, d\u00e9sagr\u00e9able et misogyne. N\u00e9anmoins, pour se sortir d\u2019une situation d\u00e9licate, ses trois pr\u00e9tendants les plus farouches se lan\u00e7ant dans une dispute qui pourrait nuire \u00e0 la r\u00e9putation de son \u00e9tablissement, Mirandolina devra choisir un mari.Elle ne le fait pas de force, mais il est certain qu\u2019elle ne le fait pas de ga\u00eet\u00e9 de c\u0153ur&nbsp;: signe d\u2019une (pas si) lointaine soci\u00e9t\u00e9 italienne qui stigmatise la femme seule et qui donne beaucoup d\u2019importance aux rapports de pouvoir entre classes, en addition de ceux entre les sexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toujours, les costumes et les d\u00e9cors de la Com\u00e9die sont \u00e0 couper le souffle, et une fois les portes de la salle Richelieu ferm\u00e9es,Paris n\u2019existe plus et les paysages de Florence se laissent deviner par les fen\u00eatres. J\u2019ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019\u00e9criture,qui est simple et intelligente, dr\u00f4le et jamais burlesque, ce qui peut peut-\u00eatre s\u2019expliquer par la qualit\u00e9 de la traduction \u2013 la traductrice ayant \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e au processus cr\u00e9atif du montage de la pi\u00e8ce. Tout le monde rit pendant <em>La Locandiera<\/em>, parfois pas aux m\u00eames instants, tout le monde se reconna\u00eet dans ce personnage de Mirandolina qui veut plaire, qui tient \u00e0 sa libert\u00e9, mais qui anticipe bien vite les cons\u00e9quences de ses actions. Le personnage du marquis, en particulier, est exceptionnellement bien interpr\u00e9t\u00e9&nbsp;: ses multiples facettes sont esquiss\u00e9es au long de la repr\u00e9sentation, il ne tombe jamais dans la caricature du vieil homme aigri et vantard, c\u2019est un point commun qu\u2019il partage avec les autres personnages. Ce fut ainsi deux heures tr\u00e8s courtes, cl\u00f4tur\u00e9es par une <em>standing ovation<\/em> m\u00e9rit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Victoria Brun<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>______________________________________________________________________________<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><em>La Locandiera,<\/em> qui signifie en italien \u00ab l&rsquo;Aubergiste \u00bb, est une com\u00e9die du dramaturge italien Carlo Goldoni. La mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Alain Fran\u00e7on nous a fait entrer dans la psychologie de ces personnages. Tant\u00f4t, comme Mirandolina, nous sommes outr\u00e9s que le chevalier Ripafratta traite les femmes comme des \u00eatres sans attrait particulier et surtout dispos\u00e9s \u00e0 servir les hommes, et pensons comme l&rsquo;aubergiste qu&rsquo;il est pourtant dans la nature d&rsquo;une femme de vouloir plaire, et donc d&rsquo;\u00eatre coquette. Puis dans la seconde partie de l&rsquo;intrigue nous plaignions ce pauvre chevalier, qui a succomb\u00e9 \u00e0 la s\u00e9ductrice Mirandolina, qui se joue de son amour et le punit ainsi de sa sauvagerie envers les femmes. <\/p>\n\n\n\n<p>Les pens\u00e9es et les actes des personnages sont ing\u00e9nieusement mis en sc\u00e8ne par un d\u00e9cor d&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une auberge o\u00f9 les protagonistes de l&rsquo;histoire jouent chacun leur r\u00f4le, celui d&rsquo;une femme coquette et s\u00e9duisante, celui d&rsquo;un chevalier fort et pr\u00e9somptueux&#8230; Mais une fois sortis de la pi\u00e8ce, le d\u00e9cor nous pr\u00e9sente alors un mur perc\u00e9 d&rsquo;une porte, Mirandolina et ses pr\u00e9tendants se confient au public pour nous d\u00e9voiler leurs pens\u00e9es profondes. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une mise en ab\u00eeme de la com\u00e9die elle m\u00eame, les com\u00e9diens jouent un r\u00f4le dans la pi\u00e8ce de Goldoni mais dans cette pi\u00e8ce, au sens de pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, mais aussi d&rsquo;int\u00e9rieur de maison. Les personnages sont parfois hypocrites et ne sont pas toujours ce qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent \u00eatre. Ainsi, le chevalier pr\u00e9tend d\u00e9tester les femmes et finit par en aimer une, l&rsquo;aubergiste pr\u00e9tend se jouer des hommes mais se retrouve finalement contrainte d&rsquo;en \u00e9pouser un.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sindhu Mattoo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>______________________________________________________________________________<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abJe n\u2019ai peint nulle part ailleurs une femme plus s\u00e9duisante, plus dangereuse que celle-ci \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>-Carlo Goldoni<\/p>\n\n\n\n<p>Partant d&rsquo;un imbroglio sentimental, Carlo Goldoni avait choisi de donner \u00e0 voir une femme ind\u00e9pendante au caract\u00e8re affirm\u00e9, s&rsquo;\u00e9rigeant de fait contre les conventions sociales de son temps, et pr\u00e9figurant la libert\u00e9 d&rsquo;esprit qui naquit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des Lumi\u00e8res. Par une mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e et une libert\u00e9 de ton et d&rsquo;action fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;esprit originel de la pi\u00e8ce, Alain Fran\u00e7on a r\u00e9ussi \u00e0 nous livrer le portrait d&rsquo;une h\u00e9ro\u00efne moderne qui, m\u00eame si elle refuse de l&rsquo;admettre, ou ne le r\u00e9alise tout simplement pas, ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 son chevalier. Jouant de ses charmes aupr\u00e8s de ses pr\u00e9tendants pour les s\u00e9duire sans jamais rien leur promettre, Mirandolina tient \u00e0 son ind\u00e9pendance tout autant que le Chevalier tient \u00e0 la sienne. Pas de mariage, pas d&rsquo;enfant ; un credo communaux deux. Mais si le Chevalier demeure libre d&rsquo;en faire un principe de vie, Mirandolina, quant \u00e0 elle, se trouve confront\u00e9e aux <em>diktats&nbsp;<\/em>sociaux de son \u00e9poque. Tel est le g\u00e9nie de cette pi\u00e8ce : elle est moderne sans \u00eatre subversive, et le pari est risqu\u00e9. En effet, Mirandolina, qui, tout au long de la pi\u00e8ce, incarne le traditionnel personnage de la matrone italienne, finit par se marier avec Fabrizio, et laisse partir le Chevalier. A la fois par la modernit\u00e9 de son propos et le conformisme de sa sc\u00e8ne finale, cette pi\u00e8ce d\u00e9stabilise fortement le spectateur moderne et le laisse finalement \u00e0 la fois dans le d\u00e9sarroi et l&rsquo;admiration la plus grande, avec une question qui subsiste toutefois : Mirandolina \u00e9tait-elle \u00e9prise du Chevalier de Ripafratta ? La pi\u00e8ce s\u00e8me le trouble sur ce qui a d\u00e9marr\u00e9 comme un jeu de s\u00e9duction et para\u00eet s&rsquo;achever comme une fin de non-recevoir face \u00e0 un sentiment amoureux sinc\u00e8re, et c&rsquo;est en cela qu&rsquo;elle repr\u00e9sente \u00e0 la perfection la confusion des sentiments, mais \u00e9galement les conflits li\u00e9s au genre et \u00e0 la classe sociale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fleur Moissette<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>______________________________________________________________________________<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Photographie :&nbsp;Christophe Raynaud de Lage<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La Locandiera, pi\u00e8ce f\u00e9ministe ? Le lundi 26 Novembre \u00e0 20h30 se d\u00e9roulait \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise,salle Richelieu, La Locandiera de Goldoni, mise en sc\u00e8ne par Alain Fran\u00e7on. 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