{"id":12200,"date":"2018-12-11T15:00:02","date_gmt":"2018-12-11T14:00:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12200"},"modified":"2018-12-11T15:00:02","modified_gmt":"2018-12-11T14:00:02","slug":"joueurs-don-delillo-julien-gosselin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12200","title":{"rendered":"Joueurs \/ Don DeLillo &#8211; Julien Gosselin"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Spectacle total<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La\ndistribution de bouchons d\u2019oreille \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la salle annonce la couleur :\nle spectacle ne sera pas calme et d\u00e9tendu. Trois heures durant, nous sommes\nplong\u00e9s dans un univers effr\u00e9n\u00e9, \u00e9clatant et assourdissant. Dans cette superbe cr\u00e9ation,\nle metteur en sc\u00e8ne nous emm\u00e8ne dans les mondes fous de la finance et du\nterrorisme, dans le World Trade Center et dans un rep\u00e8re de fanatiques\ncommunistes. C\u2019est un trader d\u00e9sabus\u00e9 qui va faire le pont entre les deux,\nsiphonn\u00e9 par son travail et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par son couple qui ne convainc personne,\net encore moins lui-m\u00eame. Le spectateur suit, fascin\u00e9, les errements des\npersonnages principaux, incapable de se d\u00e9tacher de ce flux ininterrompu, d\u2019une\ndensit\u00e9 incroyable, de parole, de sang et de sexe, qui le frappe\nperp\u00e9tuellement. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne est brillante : elle se veut totale ; la pi\u00e8ce enti\u00e8re est film\u00e9e en temps r\u00e9el et projet\u00e9e au-dessus de la sc\u00e8ne, avec une esth\u00e9tique extr\u00eamement soign\u00e9e ; la musique est aussi cr\u00e9\u00e9e en live, et les acteurs semblent pouss\u00e9s au bout de leur capacit\u00e9s, gesticulant et parlant sans arr\u00eat aucun pendant ces trois heures (le spectacle dans son int\u00e9gralit\u00e9, avec les spectacles <em>Mao II <\/em>et <em>Les Noms<\/em> dure neuf heures&#8230;!). Bref, du grand spectacle, \u00e9poustouflant tant sur la forme que dans le fond, dont on sort compl\u00e8tement retourn\u00e9. Forme qui vient servir un propos tout aussi d\u00e9routant : o\u00f9 peut nous mener notre ennui ? Dans cette pi\u00e8ce, seuls survivent les personnages qui ont abandonn\u00e9 leurs valeurs, les autres sont emport\u00e9s par leur d\u00e9sillusion. Le reste se laisse aller au plus offrant, au plus extr\u00eame pour tenter de pallier \u00e0 leur existence qu\u2019ils trouvent insipide &#8211; et dans la r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine telle que DeLillo la d\u00e9crit, cet abandon appara\u00eet malgr\u00e9 tout comme la meilleure attitude.&nbsp; Tr\u00e8s beau spectacle donc, \u00e0 voir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Simon Fourmann<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<br><\/p>\n\n\n\n<p>Chaque\nmardi, \u00ab&nbsp;Joueurs&nbsp;\u00bb, une pi\u00e8ce formant un triptyque avec \u00ab&nbsp;Les\nNoms&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;Mao&nbsp;\u00bb, est repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Od\u00e9on th\u00e9\u00e2tre de\nL\u2019Europe. Chaque mardi soir, c\u2019est donc une dizaine d\u2019acteurs qui se retrouvent\nsur sc\u00e8ne pour jouer cette pi\u00e8ce assez colossale, tant au niveau du contenu que\nde la mise en sc\u00e8ne, d\u2019une dur\u00e9e de 3 heures.&nbsp;\n<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce porte bien son nom. Tout le monde\njoue&nbsp;: le metteur en sc\u00e8ne avec son public, en s\u2019amusant avec ses notions.\nCar est-ce vraiment une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, d\u00e8s lors que tout se d\u00e9roule sur un\n\u00e9cran&nbsp;? Le dispositif sc\u00e9nique, tr\u00e8s int\u00e9ressant, fait appara\u00eetre un 4<sup>\u00e8me<\/sup>\nmur qui, cette fois, loin d\u2019\u00eatre transparent, nous cache des acteurs, au point\nd\u2019avoir l\u2019impression d\u2019\u00eatre au cin\u00e9ma. Cette vision \u00e0 travers la cam\u00e9ra, permet\nde diviser l\u2019espace, de nous perdre, de donner \u00e0 la sc\u00e8ne une dimension hors\nnorme. On nous emm\u00e8ne dans l\u2019appartement d\u2019un jeune couple, puis en haut de\nWall Street. On prend l\u2019ascenseur, on monte les \u00e9tages avec les acteurs, on\nadmire la vue. L\u2019espace se retrouve ainsi compl\u00e8tement redessin\u00e9 par l\u2019angle de\nla cam\u00e9ra. Le jeu des acteurs aussi. La cam\u00e9ra sublime leurs attitudes, leurs\ndialogues. Ils sont \u00e0 la fois incroyablement proches, tout en restant quasiment\nsyst\u00e9matiquement en retrait derri\u00e8re ces murs. On ne les verra devant nous\nqu\u2019en de rares occasions. <\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages jouent aussi. Les premi\u00e8res\nimages, telles une bande-annonce, nous pr\u00e9sentent tour \u00e0 tour ceux qui vont\ncomposer cette histoire, d\u2019abord habill\u00e9s, puis nus, et m\u00e9lang\u00e9s. C\u2019est aussi\nau jeu de l\u2019amour que nous assisterons, aux couples qui se forment et se\nd\u00e9forment. Une sorte d\u2019annonce de ce qui va se d\u00e9rouler sous nos yeux.\nCependant, si la question du couple a certes une place, ce n\u2019est pas la\npr\u00e9occupation premi\u00e8re de la pi\u00e8ce. Le questionnement est plus profond, et il y\na une forme d\u2019absurde dans tous ces personnages, qui semblent \u00e0 la fois courir\napr\u00e8s un id\u00e9al, et courir apr\u00e8s leur destruction. Car c\u2019est avant tout un\nspectacle de la destruction qui est mis en sc\u00e8ne, avec un th\u00e8me assum\u00e9 dans les\ntrois pi\u00e8ces&nbsp;: le terrorisme. Le spectateur est litt\u00e9ralement bombard\u00e9 par\nce qu\u2019il voit, par les sons, par les fumig\u00e8nes, par les images, par les\nlumi\u00e8res. Parfois presque au point de d\u00e9crocher de la sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>Car \u00e0 force de jouer et de multiplier les\ndispositifs, le spectateur perd parfois ce qui aurait tout de m\u00eame d\u00fb \u00eatre au\nc\u0153ur de la pi\u00e8ce&nbsp;: le texte. DeLillo a offert des mots magnifiques, mais\nparfois noy\u00e9s par un abus de proc\u00e9d\u00e9s sc\u00e9niques. Une r\u00e9ussite au plan visuel\ndonc, mais qui laisse un peu de c\u00f4t\u00e9 le public, \u00e0 vouloir trop en faire. <\/p>\n\n\n\n<p>Roxane G\u00e9lineau<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re d\u2019un ensemble de trois pi\u00e8ces\nadapt\u00e9es de romans de Don DeLillo, <em>Joueurs<\/em>\ns\u2019inscrit avec coh\u00e9rence dans le parcours de Julien Gosselin et du collectif Si\nvous pouviez l\u00e9cher mon c\u0153ur (SVPLMC), form\u00e9 \u00e0 Lille. Apr\u00e8s <em>Les Particules \u00e9l\u00e9mentaires<\/em>, apr\u00e8s <em>2666<\/em>, apr\u00e8s <em>1993, <\/em>on retrouve dans cette trilogie tout ce qui fait la marque du\nmetteur en sc\u00e8ne&nbsp;: le fait que la mati\u00e8re premi\u00e8re de la pi\u00e8ce soit\nromanesque (\u00e0 ce titre, l\u2019adaptation du roman de Michel Houellebecq avait \u00e9t\u00e9\nun premier coup r\u00e9ussi et m\u00e9diatique), l\u2019attrait pour les pi\u00e8ces longues (comme\n<em>2666<\/em>, repr\u00e9sent\u00e9e en 11h30 \u00e0 Avignon),\nla pr\u00e9gnance pour des th\u00e9matiques comme le mal et la politique (avec une\ncritique du lib\u00e9ralisme, mais aussi quelques ambigu\u00eft\u00e9s, nous y reviendrons).\nUne certaine histoire du th\u00e9\u00e2tre est en train de s\u2019\u00e9crire avec les propositions\nde cette troupe, qui permet \u00e0 Julien Gosselin de monter des pi\u00e8ces avec de\nnombreux personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve dans la pi\u00e8ce les traits majeurs\nde l\u2019esth\u00e9tique gosselinesque&nbsp;: invasion de la cam\u00e9ra (pour un th\u00e9\u00e2tre\nfilmique), sc\u00e8nes de f\u00eate sur des musiques accrocheuses, monologues \u00e0 teneur\npessimiste avec un d\u00e9bit soutenu de paroles (l\u00e0 encore sur fond de musique\n\u00e9lectronique minimaliste), fum\u00e9e, riches d\u00e9cors pour de multiples tableaux,\npersonnages terriblement seuls, violents, insensibles, libidineux, nus, clopes\nau bec. Il est d\u2019ailleurs peut-\u00eatre plus facile de r\u00e9sumer la pi\u00e8ce ainsi, par\nflashs esth\u00e9tiques, que par sa trame narrative, qui semble finalement n\u2019\u00eatre\nqu\u2019un pr\u00e9texte pour le metteur en sc\u00e8ne. Penser que l\u2019invasion du romanesque\ndans la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale induirait une lin\u00e9arisation de l\u2019intrigue serait une\nerreur. Le roman induit une narrativisation, \u00e0 la rigueur, mais qui est ici\ncompl\u00e8tement d\u00e9tourn\u00e9e. Les passages explicatifs n\u2019expliquent rien \u00e0 un\nspectateur qui re\u00e7oit trop d\u2019informations pour pouvoir les assimiler, les noms\ndes personnages sont balanc\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u00e0 toute vitesse, non pour qu\u2019on les\nretienne mais bien pour exhiber toute l\u2019inutilit\u00e9 et la facticit\u00e9 des\naffichages. Exhiber le monde des m\u00e9dias et sa violence est clairement un\nobjectif vis\u00e9 par Julien Gosselin.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue que le spectateur voit se\nd\u00e9velopper sous ses yeux lui \u00e9chappe trop souvent et tourne volontiers \u00e0\nl\u2019absurde. La pi\u00e8ce est organis\u00e9e autour d\u2019un couple qui habite \u00e0 New York. Le\nmari, Lyle, travaille \u00e0 la bourse&nbsp;; sa femme dans un bureau. Ils ont pour\namis un couple d\u2019homosexuels. Tandis que la femme part dans le Maine avec ce\ncouple d\u2019amis, pour tenter de se rapprocher d\u2019une nature qu\u2019elle n\u2019a jamais\nconnue, l\u2019homme met un pied dans le milieu terroriste, sans qu\u2019on sache vraiment\ns\u2019il s\u2019agit d\u2019une fascination bien r\u00e9elle pour cette violence extr\u00eame ou s\u2019il\nambitionne d\u2019\u00eatre un agent double, servant <em>in\nfine<\/em> le gouvernement. Mais r\u00e9sumer l\u2019intrigue ainsi, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire un\neffort de clart\u00e9 que la pi\u00e8ce n\u2019a pas. Cette dislocation du sens est voulue par\nle metteur en sc\u00e8ne qui refuse de faire de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale un\nmoment avec un d\u00e9but et une fin clairement \u00e9tablis&nbsp;: dans la plaquette, il\nest \u00e9crit qu\u2019il souhaite instaurer une autre temporalit\u00e9 pour le th\u00e9\u00e2tre, afin\nque la pi\u00e8ce continue \u00e0 vivre chez chacun une fois rentr\u00e9 chez lui. Le roman de\nDon DeLillo, \u00e9crit en 1993, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans cette veine absurde et\nd\u00e9senchant\u00e9e&nbsp;: ultraviolence d\u2019un monde capitaliste, teint\u00e9e de r\u00e9alisme\net de fantastique en m\u00eame temps. Un gothique noir postmoderne, pourrait-on\ndire. (Il n\u2019est qu\u2019\u00e0 songer au film de Cronenberg, <em>Cosmopolis<\/em>, adaptation d\u2019un autre roman de Don DeLillo).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, je m\u2019interroge&nbsp;: peut-on\nmarquer le spectateur si on lui refuse constamment l\u2019\u00e9motion&nbsp;? La premi\u00e8re\nheure de la pi\u00e8ce se d\u00e9roule sur grand \u00e9cran, on refuse aux spectateurs de\nth\u00e9\u00e2tre le plaisir de jouir du visage et des \u00e9motions d\u2019autrui. Tout au plus\nl\u2019acteur ouvre-t-il pendant un bref instant la porte du d\u00e9cor, app\u00e2te-t-il les\nspectateurs avec sa pr\u00e9sence enfin r\u00e9elle, joue-t-il d\u2019une m\u00e9taphore sur\nl\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, avant de refermer la porte et de laisser le public\n\u00e0 son \u00e9cran, assoiff\u00e9 de contact humain. Les personnages m\u2019ont paru\nst\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, extr\u00eamement froids (le salaud de la finance, maniaque,\nlibidineux&nbsp;; la femme moderne alcoolique, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, elle aussi\nlibidineuse&nbsp;; le gay snob insupportablement badin). Aucun personnage ne\ntouche ni n\u2019\u00e9meut, m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019aventure dans les pires affres. La faute \u00e0\nune mise en sc\u00e8ne qui pr\u00e9cipite et d\u00e9r\u00e9alise en permanence les moments. La\nproposition ne m\u2019a pas compl\u00e8tement rebut\u00e9e mais elle ne m\u2019a pas touch\u00e9e non\nplus&nbsp;; j\u2019ai le sentiment que Julien Gosselin s\u2019abandonne \u00e0 des facilit\u00e9s,\n\u00e0 des redits (pr\u00e9senter des corps nus et alcoolis\u00e9s qui dansent ne suffit\nplus). J\u2019aurais aim\u00e9 un peu plus de tendresse pour ces personnages d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s.\nLa critique du lib\u00e9ralisme n\u2019en serait pas moins efficace, je crois. Les\nmoments politiques de r\u00e9flexion autour de l\u2019action violente et terroriste (\u00e0 un\nmoment, la chef du groupe envisage de faire sauter les universit\u00e9s pour inciter\nles \u00e9tudiants \u00e0 s\u2019adonner seulement \u00e0 l\u2019action de la r\u00e9volution. Et\napr\u00e8s&nbsp;? Ce n\u2019est pas son affaire.) sonne bien s\u00fbr avec certaine force dans\nl\u2019actualit\u00e9. L\u2019absurde pouss\u00e9 \u00e0 son extr\u00eame suscite le rire des\nspectateurs&nbsp;: c\u2019est un bon moment de la pi\u00e8ce. Certains moments m\u2019ont\ntouch\u00e9, mais j\u2019ai l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait contre la pi\u00e8ce et non avec elle. \u00c0\nla fin, un acteur mort pendant <em>Joueurs<\/em>\nrevient chanter une chanson en japonais, moment absurde parmi tant d\u2019autres qui\naurait pu \u00eatre tr\u00e8s beau. Mais j\u2019ai encore eu le sentiment qu\u2019on se moquait de\nmoi, spectateur. Alors&nbsp;? Peut-\u00eatre que la suite aurait un peu \u00e9clair\u00e9 ma\nlanterne. Ma critique ne peut qu\u2019\u00eatre partielle, n\u2019ayant pas eu acc\u00e8s au tableau\ncomplet.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Joueurs, Mao II, Les Noms<\/em>, jusqu\u2019au 22 d\u00e9cembre aux ateliers Berthier,\nantenne de l\u2019Od\u00e9on dans le 17<sup>e<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Marine Montier<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Simon Gosselin <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Spectacle total La distribution de bouchons d\u2019oreille \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la salle annonce la couleur : le spectacle ne sera pas calme et d\u00e9tendu. Trois heures durant, nous sommes plong\u00e9s dans un univers effr\u00e9n\u00e9, \u00e9clatant et assourdissant. 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