{"id":12203,"date":"2018-12-05T15:00:12","date_gmt":"2018-12-05T14:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12203"},"modified":"2018-12-05T15:00:12","modified_gmt":"2018-12-05T14:00:12","slug":"soeurs-marina-et-audrey-pascal-rambert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12203","title":{"rendered":"Soeurs (Marina et Audrey ) \/ Pascal Rambert"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align:left\">C\u2019est une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale que nous propose Pascal Rambert dans son nouveau spectacle Soeurs qu\u2019il a lui m\u00eame \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord \u00e0 Paris&nbsp;: le volume est haut, tr\u00e8s haut, les voix se d\u00e9chirent au milieu des ruines d\u2019un ancien th\u00e9\u00e2tre. Les deux actrices, Marina Hands et Audrey Bonnet sont deux s\u0153urs en conflit qui se retrouvent \u00e0 la mort de leur m\u00e8re. Marina ne l\u2019a pas pr\u00e9venue \u00e0 temps. Audrey arrive sur le lieu de travail de sa s\u0153ur pour r\u00e9gler ses comptes avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Une prouesse artistique&nbsp;! Le jeu de Marina et Audrey est presque de l\u2019ordre de la performance&nbsp;: l\u2019engagement physique et \u00e9motionnel des deux actrices est total. Elles forcent sur leur voix, elles crient, elles pleurent, Audrey tourne en rond autour du plateau comme si elle devait se vider d\u2019un surcro\u00eet d\u2019\u00e9nergie. Marina para\u00eet plus stable mais l\u2019\u00e9motion est tout de m\u00eame tr\u00e8s pr\u00e9sente. Les deux s\u0153urs n\u2019ont pas la m\u00eame attitude, les m\u00eames centres d\u2019int\u00e9r\u00eat et pourtant elles se cherchent, se repoussent, se disputent et s\u2019unissent. M\u00eame si leurs propos sont blessants le courant passe, finalement le conflit est une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre ensemble, de souffrir ensemble la mort r\u00e9cente de leur m\u00e8re. La situation se tend, se tend, se tend jusqu\u2019\u00e0 l\u2019explosion o\u00f9 il ne reste qu\u2019une chose&nbsp;: la musique. Et m\u00eame si cette musique est forte, agressive, battante, elle est le seul moment o\u00f9 Marina et Audrey sont v\u00e9ritablement ensemble. La forteresse qu\u2019elles se sont construite chacune de leur c\u00f4t\u00e9 pour r\u00e9sister aux attaques de l\u2019autre tombe et laisse place \u00e0 une respiration, un l\u00e2cher prise.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant tout le spectacle le public est en apn\u00e9e, la tension monte, les spectateurs sont au c\u0153ur du conflit, ce sont les t\u00e9moins invisibles d\u2019une trag\u00e9die familiale qui ressemble \u00e0 beaucoup d\u2019autre. Les disputes dans la sph\u00e8re intime sont souvent d\u2019une fragilit\u00e9 et d\u2019une violence particuli\u00e8re.<br> Tout un chacun peut se retrouver dans les probl\u00e8mes de famille. C\u2019est la sph\u00e8re intime, la sph\u00e8re priv\u00e9e o\u00f9 les pires choses peuvent \u00eatre dites sans retenue. L\u2019une et l\u2019autre, \u00e0 tour de r\u00f4le, cherchent \u00e0 blesser, \u00e0 faire reconna\u00eetre sa souffrance, \u00e0 d\u00e9valoriser, elles se comparent vis \u00e0 vis des parents. C\u2019est un v\u00e9ritable ring de boxe o\u00f9 il faut frapper la o\u00f9 c\u2019est douloureux pour mettre l\u2019autre \u00e0 terre et surtout \u00e9viter d\u2019\u00eatre touch\u00e9. Mais l\u00e0, elles tiennent et le ton monte.<\/p>\n\n\n\n<p>Des histoires de famille que nul ne peut gu\u00e9rir, des ranc\u0153urs profondes qui remontent \u00e0 la surface et des personnages \u00e0 fleur de peau pr\u00eats \u00e0 tout pour faire reconna\u00eetre leur propre identit\u00e9, leur propre souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p>Yol\u00e8ne Forner\u2014D\u2019orazio<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p><br>Un tourbillon&nbsp;: voil\u00e0 le mot qu\u2019on pourrait employer pour parler de S\u0153urs, la pi\u00e8ce de Pascal Rambert jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord entre novembre et d\u00e9cembre 2018. <\/p>\n\n\n\n<p>Un tourbillon de violence, d\u2019abord. Entre les deux s\u0153urs qui s\u2019affrontent litt\u00e9ralement sur sc\u00e8ne, le ton est donn\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re r\u00e9plique&nbsp;: les s\u0153urs ne se parlent pas, elles hurlent. De v\u00e9ritables cris s\u2019enchainent, dans une performance qui m\u00e9rite le respect rien que pour l\u2019\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e par des actrices qui ne quittent jamais la sc\u00e8ne. Quant aux hurlements \u00e0 proprement parler, force est de constater qu\u2019ils permettent d\u2019op\u00e9rer une catharsis efficace pour des spectateurs abasourdis. Un tourbillon d\u2019\u00e9motion, ensuite&nbsp;: entre les deux s\u0153urs que tout s\u00e9pare et que tout r\u00e9unit, la haine n\u2019est jamais bien loin de l\u2019amour. N\u00e9es de parents litt\u00e9raires dans un milieu parisien branch\u00e9, elles ont suivi des voies oppos\u00e9es, que leur physique traduit d\u2019embl\u00e9e&nbsp;: entre la sportive et l\u2019intellectuelle, les ponts sont parfois difficiles \u00e0 b\u00e2tir. Mais entre les invectives, les reproches, les intimidations parfois d\u2019ordre physique, se d\u00e9couvre \u00e0 demi-mot un lien d\u2019amour tr\u00e8s fort, exerc\u00e9 presque malgr\u00e9 elles, et qui transfigure la violence en beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se fonde quasiment exclusivement sur des ressorts psychologiques que la langue de Pascal Rambert parvient bien \u00e0 actionner&nbsp;: les mots claquent sans d\u00e9tours, pr\u00e9cis et clairs. Cette langue quotidienne est elle-m\u00eame tr\u00e8s bien exprim\u00e9e par des actrices qui font parcourir des frissons dans l\u2019assembl\u00e9e au gr\u00e9 de leurs tirades. Mentionnons ici particuli\u00e8rement la performance d\u2019Audrey Bonnet, ancienne \u00e9l\u00e8ve du cours Florent qui se donne corps et \u00e2me dans son jeu d\u2019actrice, jusqu\u2019\u00e0 avoir du mal \u00e0 reprendre son souffle \u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation. <\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce est donc une r\u00e9ussite dans son ensemble, m\u00eame si l\u2019\u00e9nergie et la psychologie qui sont ses deux cartes-ma\u00eetresses m\u00e9riteraient \u00e0 mon sens d\u2019\u00eatre moins accentu\u00e9es pour laisser entrevoir une diversit\u00e9 d\u2019approches et de jeux de sc\u00e8nes. Une pi\u00e8ce que je recommande, \u00e0 aller voir entre fr\u00e8res et S\u0153urs&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br>Arnaud de Bonnefoy<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<br><br>C\u2019est lors d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition pour une autre de ses pi\u00e8ces, Actrices, que Pascal Rambert a eu l\u2019envie d\u2019\u00e9crire S\u0153urs (Marina et Audrey) pour cr\u00e9er une pi\u00e8ce propre \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9nergie qu\u2019elles produisaient quand elles jouaient cette sc\u00e8ne-l\u00e0&nbsp;\u00bb (Pascal Rambert) \u2013 \u00ab&nbsp;elles&nbsp;\u00bb, \u00e9tant Marina Hands et Audrey Bonnet.<\/p>\n\n\n\n<p>Marina et Audrey incarnent ici deux s\u0153urs, dont on comprend rapidement que tout les s\u00e9pare depuis toujours. Elles rentrent sur sc\u00e8ne en se criant dessus et cette tension, cette intensit\u00e9 subsisteront pendant toute la pi\u00e8ce. On assiste donc \u00e0 1h30 d\u2019\u00e9changes, on ira m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 dire d\u2019engueulade, car oui, Marina et Audrey sont en duel bien plus qu\u2019elles ne repr\u00e9sentent un duo. Cette une pi\u00e8ce qui nous fait penser \u00e0 la force des mots, mais aussi \u00e0 la puissance du silence. Le seul moment o\u00f9 elles semblent en connivence est celui o\u00f9 elles \u00e9coutent de la musique et o\u00f9 le temps d\u2019une chanson \u2018Le Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord\u2019 est plong\u00e9 dans un d\u00e9cor de bo\u00eete de nuit. Ce silence les deux s\u0153urs l\u2019\u00e9voquent dans leurs \u00e9changes comme l\u2019espace qui permet, qui rend possible l\u2019entente, voire l\u2019amour. <\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, ce qui prime ici ce n\u2019est pas ce silence, ce sont les mots. Des mots d\u2019une violence telle que des spectateurs fr\u00e9missaient autour de moi. Une violence qu\u2019on ne se permet qu\u2019avec les gens dont on est le plus proche, une violence dont on peut dire qu\u2019on se la permet car au fond c\u2019est l\u2019amour qui prime, mais ici&nbsp;? Entre Audrey et Marina il ne semble pas y avoir une seule once d\u2019amour, cette haine transmise par leurs paroles semble exister entre elles depuis toujours, depuis la naissance de la cadette. L\u2019une semble parfois en souffrir plus que l\u2019autre, mais ni l\u2019une, ni l\u2019autre ne semble vouloir y rem\u00e9dier. Cette violence souvent purement verbale, devient m\u00eame physique sur la fin.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor est relativement sobre, il est constitu\u00e9 de quelques chaises qui servent souvent \u00e0 appuyer la violence des propos des actrices. L\u2019accent est mis sur le texte, sur l\u2019\u00e9change et cela en fait une pi\u00e8ce qui bouleverse le spectateur et qui le fait r\u00e9fl\u00e9chir, sur lui-m\u00eame et sur les relations qu\u2019il entretient avec ses proches. Cette pi\u00e8ce \u00e9galement une prouesse sur le jeu des actrices&nbsp;; elles restent sous tension du d\u00e9but \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. On s\u2019en rend notamment compte \u00e0 la fin, lors des ovations, o\u00f9 un voile semble s\u2019\u00f4ter de leurs regards et elles ressurgissent parmi nous, se serrant dans les bras, se tenant les mains, visiblement \u00e9mues de ce qu\u2019elles viennent de vivre. Une r\u00e9elle connivence, entre les actrices, mais aussi entre les actrices et leur public.<\/p>\n\n\n\n<p>Thelma Dassesse<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Pauline Roussille<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >C\u2019est une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale que nous propose Pascal Rambert dans son nouveau spectacle Soeurs qu\u2019il a lui m\u00eame \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord \u00e0 Paris&nbsp;: le volume est haut, tr\u00e8s haut, les voix se d\u00e9chirent au milieu des ruines [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":12204,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,61],"tags":[],"class_list":["post-12203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-des-bouffes-du-nord"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12203\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}