{"id":12392,"date":"2019-01-24T14:23:01","date_gmt":"2019-01-24T13:23:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12392"},"modified":"2019-01-24T14:23:01","modified_gmt":"2019-01-24T13:23:01","slug":"songlines-joanne-leighton-espace-1789","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12392","title":{"rendered":"Songlines \/ Joanne Leighton &#8211; Espace 1789"},"content":{"rendered":"\n<p>La semaine derni\u00e8re j\u2019ai \u00e9t\u00e9 hypnotis\u00e9e par la compagnie WLDN \u00e0\nl\u2019Espace 1789 de Saint-Ouen. La compagnie a ex\u00e9cut\u00e9 le ballet Songlines\nchor\u00e9graphi\u00e9 et dirig\u00e9 par Joanne Leighton. \u00c0 travers la danse l\u2019artiste\nbelgo-australienne rend hommage aux Songlines aborig\u00e8nes de son enfance. Ces \u00ab\nSentiers chantants \u00bb convoquent la croyance en une force naturelle qui\nguiderait les tribus \u00e0 travers les roches, le vent et l\u2019eau. Songlines est\n\u00e9galement dit \u00ab Dreaming track \u00bb pour caract\u00e9riser les traces des g\u00e9nies protecteurs\nlaiss\u00e9es dans le ciel que les aborig\u00e8nes m\u00e9morisaient (\u00e0 l\u2019aide de chants, d\u2019histoires,\nde peintures\u2026) pour cartographier l\u2019espace. Ces chemins sont sobrement repr\u00e9sent\u00e9s\nsur sc\u00e8ne par un filet suspendu au-dessus des danseurs. Ainsi en interrogeant\nles notions de d\u00e9placement Joanne Leighton nous propose, \u00e0 travers Songlines,\nun sentier dans\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La danse s\u2019ouvre avec un groupe de cinq femmes et de deux hommes en\ncercle, se tenant la main, habill\u00e9s avec des v\u00eatements de tous les jours. Ils\nse mettent en mouvement tr\u00e8s progressivement et cr\u00e9ent leur propre rythme en\nharmonie avant que la musique ne commence.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque geste est certes une r\u00e9f\u00e9rence \u00ab \u00e0 la marche, au voyage, au sentier, au territoire, au paysage \u00bb mais le plus int\u00e9ressant reste la mani\u00e8re dont ils \u00e9voluent et se r\u00e9p\u00e8tent. En effet la chor\u00e9graphe a mis en place un \u00ab s\u00e9quen\u00e7age binaire r\u00e9p\u00e9titif \u00bb, c\u2019est \u00e0- dire que les passages d\u2019un mouvement \u00e0 un autre \u00e9taient presque totalement imperceptibles. Je pense que c\u2019est l\u00e0 la plus grande prouesse de ce spectacle. Face \u00e0 nous un groupe de danseurs qui se meuvent sur sc\u00e8ne et dont on ne sait lequel impose ses gestes, ses directions \u00e0 l\u2019autre. On assiste \u00e0 une mise en mouvement collective d\u2019une harmonie rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le spectateur c\u2019est comme jouer au chef d\u2019orchestre : on cherche in\u00e9vitablement \u00e0 trouver le danseur qui dirige le groupe. Mais il n\u2019y en a pas, aucun ne s\u2019impose ou ne suit l\u2019autre. On regarde une troupe qui s\u2019\u00e9coute, dont les mouvements s\u2019alternent continuellement sans en connaitre l\u2019origine. Les transitions deviennent invisibles si bien que la danse semble naturelle, exactement comme un \u00ab rite \u00bb. Chaque pas de danse va de soi, chaque geste semble anticiper le pr\u00e9c\u00e9dent et la danse se confond alors avec la marche. Pourtant ces gestes, sans \u00eatre d\u2019une grande complexit\u00e9, demandent une endurance d\u2019athl\u00e8te. J\u2019aurais aim\u00e9 revoir ce ballet dont la magnifique fluidit\u00e9 ne reposait pas sur une chor\u00e9graphie minutieuse mais semblait aller de soit. Ce n\u2019est pas pour rien que la compagnie a essentiellement travaill\u00e9 ce ballet \u00e0 travers des s\u00e9ances d\u2019improvisation.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement sensible \u00e0 la musique r\u00e9p\u00e9titive de Terry\nRiley qui, en formant des boucles musicales intensifiait l\u2019effet d\u2019harmonie.\nMalgr\u00e9 les r\u00e9p\u00e9titions les danseurs \u00e9voluent et traversent plusieurs \u00e9tapes\n(ils sont ensemble, se s\u00e9parent, se retrouvent, se dispersent\u2026). Leur voyage\ninitiatique les conduira \u00e0 renouer avec leurs origines aborig\u00e8nes (en enfilant\ndes robes ethniques). Un moment du ballet s\u2019inscrit avec justesse en rupture :\nles danseurs sont \u00e9clair\u00e9s par un unique projecteur rouge, la musique change\nbrusquement de rythme et ils se retrouvent \u00e0 danser au rythme de leurs gestes,\nleurs robes laissant \u00e9chapper des vents de poussi\u00e8re. Ces jupes ethniques sont \u00e9galement\nmobilis\u00e9e de mani\u00e8re touchante pour symboliser des tentes sous lesquelles les danseurs\ns\u2019abritent. En assistant au sentier dans\u00e9 de Joanne Leighton je me suis\nretrouv\u00e9e hypnotis\u00e9e. En effet, la mani\u00e8re dont la cartographie est devenue\nchor\u00e9graphie et inversement m\u2019a enti\u00e8rement fascin\u00e9e. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mue par les\nmouvements perp\u00e9tuels des danseurs qui rappelaient les d\u00e9placements effectu\u00e9es\npar les tribus nomades pour assurer leur survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Amandine Azzoug<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Songlines est une chor\u00e9graphie de Joanne Leighton pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;espace 1789 de Saint-Ouen ; cette artiste y est en r\u00e9sidence pour trois ans. Huit danseurs sont sur sc\u00e8ne, habill\u00e9s de mani\u00e8re branch\u00e9e et color\u00e9e. Au-dessus de la sc\u00e8ne, des fils barbel\u00e9s s&rsquo;entrem\u00ealent. Deux miroirs d\u00e9formants sont discr\u00e8tement pr\u00e9sents, l&rsquo;un \u00e0 terre, l&rsquo;autre pos\u00e9 contre un mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre, Songlines ou pistes de chants est directement inspir\u00e9 des traditions aborig\u00e8nes qui veulent que chaque chant sacr\u00e9 soit \u00e0 la fois une description tr\u00e8s pr\u00e9cise d&rsquo;un chemin physique pour le voyage \u00e0 pied et un r\u00e9cit mythique qui raconte la cr\u00e9ation d&rsquo;un endroit. Pour se diriger dans une r\u00e9gion qui lui est \u00e9trang\u00e8re, un homme n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 chanter le chant correspondant au chemin et le chant le guidera en d\u00e9crivant au rythme de la marche toutes les particularit\u00e9s du paysage de la route, tout en racontant l&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation de la contr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Songlines est une danse qui se r\u00e9f\u00e8re au voyage. Dans cette \u00e9tude du mouvement, les danseurs r\u00e9p\u00e8tent leurs gestes, le mouvement se transforme lentement et fluidement. Un premier danseur initie un changement que les autres danseurs reproduisent par mim\u00e9tisme. La chor\u00e9graphie est tr\u00e8s coordonn\u00e9e ; le bruit de chaque pas, claqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unisson, fait ressentir une grande force. Dans leur synchronisation, les danseurs deviennent envo\u00fbtants. Dans cette reproduction \u00e0 l&rsquo;unisson d&rsquo;un m\u00eame geste, les danseurs reproduisent un paysage, un rythme, une palpitation. Ils sont \u00e0 la fois la route et le marcheur qui r\u00e9p\u00e8te chaque pas pour avancer dans son voyage. Et ce voyage transforme les danseurs, ils perdent peu \u00e0 peu leurs v\u00eatements de citadins pour trouver des jupes d&rsquo;une tradition inconnue. \u00c0 la fin du spectacle, la m\u00eame palpitation du d\u00e9but se reproduit : les danseurs se rapprochent d&rsquo;un point puis s&rsquo;en \u00e9cartent, formant une dilatation puis une contraction, comme un coeur qui bat.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9na Piveteau<\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Laurent Philippe<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La semaine derni\u00e8re j\u2019ai \u00e9t\u00e9 hypnotis\u00e9e par la compagnie WLDN \u00e0 l\u2019Espace 1789 de Saint-Ouen. La compagnie a ex\u00e9cut\u00e9 le ballet Songlines chor\u00e9graphi\u00e9 et dirig\u00e9 par Joanne Leighton. \u00c0 travers la danse l\u2019artiste belgo-australienne rend hommage aux Songlines aborig\u00e8nes de son enfance. 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