{"id":12420,"date":"2019-02-07T14:54:07","date_gmt":"2019-02-07T13:54:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12420"},"modified":"2019-02-07T14:54:07","modified_gmt":"2019-02-07T13:54:07","slug":"sei-personaggi-in-cerca-dautore-luigi-pirandello-luca-de-fusco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12420","title":{"rendered":"Sei personaggi in cerca d&rsquo;autore \/ Luigi Pirandello &#8211; Luca de Fusco"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;Ogni fantasma, ogni creatura d&rsquo;arte, per essere, deve avere il suo dramma [\u2026] Il dramma \u00e8 la ragion d&rsquo;essere del personaggio; \u00e8 la sua funzione vitale: necessaria per esistere.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Chaque fantasme, chaque cr\u00e9ature de l&rsquo;art doit, pour exister, avoir son propre drame [\u2026] Le drame est la raison d&rsquo;\u00eatre du personnage&nbsp;; il est sa fonction vitale&nbsp;: il en a besoin pour exister.&nbsp;\u00bb)<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeudi 7 f\u00e9vrier \u00e0 20h, la troupe du Teatro Stabile di Napoli pr\u00e9sentait la pi\u00e8ce italienne <em>Sei personaggi en cerca d&rsquo;autore<\/em> (<em>Six personnages en qu\u00eate d&rsquo;auteur<\/em>, 1921), de l&rsquo;\u00e9crivain Luigi Pirandello, au Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet \u00e0 Paris. Dans cette pi\u00e8ce, Pirandello m\u00e8ne sa r\u00e9flexion sur le paradoxe et l&rsquo;absurdit\u00e9 de la vie \u00e0 son apog\u00e9e en mettant en sc\u00e8ne une famille qui consiste de six \u00ab&nbsp;personnages&nbsp;\u00bb dramatiques et dont le souhait d\u00e9clar\u00e9, ou plut\u00f4t le destin inscrit dans leur chair par l&rsquo;auteur (absent), est d&rsquo;\u00eatre mis en sc\u00e8ne par une troupe de th\u00e9\u00e2tre. C&rsquo;est pour cette raison que ces \u00eatres de la \u00ab&nbsp;fiction r\u00e9elle&nbsp;\u00bb s&rsquo;adressent \u00e0 la troupe en train de r\u00e9p\u00e9ter une autre pi\u00e8ce de Pirandello&nbsp;; et tandis que chaque individu du groupe \u00e9tale son histoire tragique, la mise en abyme th\u00e9\u00e2trale prend son cours. <\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement, le spectateur est confront\u00e9 \u00e0 la question ontologique&nbsp;: les acteurs de la pi\u00e8ce qui se retirent rapidement du centre de la sc\u00e8ne, sont-ils des spectateurs&nbsp;? Les \u00ab&nbsp;personnages&nbsp;\u00bb, malgr\u00e9 leurs refus successifs, deviennent-ils des acteurs&nbsp;? Et quelle est la place du spectateur lui-m\u00eame dans cette pi\u00e8ce bouleversante&nbsp;? Ainsi, la pi\u00e8ce enti\u00e8re est b\u00e2tie sur la mise en abyme th\u00e9\u00e2trale. La mise en sc\u00e8ne de cette fiction dans la fiction, et la s\u00e9paration des deux groupes de personnages se fait, dans la mise en sc\u00e8ne de Luca De Fusco, principalement \u00e0 travers la lumi\u00e8re&nbsp;: tandis que les r\u00e9p\u00e9titions de la troupe intradi\u00e9g\u00e9tique qui occupe les premi\u00e8res sc\u00e8nes de l&rsquo;acte I sont \u00e9claircies d&rsquo;une lumi\u00e8re orange, chaude et accueillante, le caract\u00e8re fantasmatique et myst\u00e9rieux des six \u00ab&nbsp;personnages&nbsp;\u00bb est soulign\u00e9 par la lumi\u00e8re bleue, froide qui accompagne leur entr\u00e9e en sc\u00e8ne. Les entr\u00e9es et sorties de ce groupe de personnages se fait non par les portes aux coulisses utilis\u00e9es par les \u00ab&nbsp;acteurs&nbsp;\u00bb intradi\u00e9g\u00e9tiques, mais par le fond de la sc\u00e8ne qui s&rsquo;ouvre de mani\u00e8re inhabituelle comme un reliquaire, recelant l&rsquo;os et la chaire dont l&rsquo;auteur a v\u00eatu ses personnages. La s\u00e9paration des deux groupes, fondamentalement distincts, s&rsquo;op\u00e8re en outre par la voie auditive&nbsp;: tandis que les acteurs de la troupe entrent en sc\u00e8ne aux m\u00e9lodies joyeuses d&rsquo;un vieux radio, une musique myst\u00e9rieuse accompagne l&rsquo;entr\u00e9e des \u00ab&nbsp;personnages&nbsp;\u00bb et accentue leur caract\u00e8re fantasmagorique. Dans une pi\u00e8ce o\u00f9 les fronti\u00e8res ontologiques s&rsquo;estompent et les apparences sont trompeuses, cette mise en sc\u00e8ne donne au spectateur un fil conducteur pour se rep\u00e9rer dans le labyrinthe des significations.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2028<br>\nAndrea Possmayer&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Avec Sei personaggi in cerca d&rsquo;autore, Luca de Fusco nous livre une version originelle et bruyante de Pirandello.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une musique pesante<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le bruit de la pi\u00e8ce est constant. La machinerie du lever de rideau laisse entendre un son des ann\u00e9es pass\u00e9es que nos jours d\u00e9signeraient comme vintage. Instant prometteur laissant entrevoir un plateau qui se r\u00e9serve les premi\u00e8res rang\u00e9es de si\u00e8ges de la salle, mettant frontalement en sc\u00e8ne une troupe en pleine r\u00e9p\u00e9tition. Du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre.<br>\nLes bruits s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent ensuite. Un homme qui tape son marteau sur les planches, une dame qui frappe le sol avec ses feuilles et puis la musique. Une musique de fond, lancinante, d&rsquo;aucuns diront d&rsquo;ascenseurs. Cette bande son va suivre les personnages toute la repr\u00e9sentation lors de moments consid\u00e9r\u00e9s comme intenses. Le drame n&rsquo;en ressort que plus path\u00e9tique. Dommage de ne pas enti\u00e8rement laisser ces instants aux acteurs, \u00e0 leur pr\u00e9sence, \u00e0 leur silence, aux mots de Pirandello.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un langage attrayant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Car le son constant de la langue fut une grande exp\u00e9rience. Pr\u00e9senter une pi\u00e8ce en sa langue originelle est un exercice rarement d\u00e9cevant. Entendre la m\u00e9lodie, sentir les mots laisse une impression particuli\u00e8re de satisfaction personnelle. La sc\u00e9nographie du th\u00e9\u00e2tre Ath\u00e9n\u00e9e-Louis-Jouvet n\u00e9cessite n\u00e9anmoins la lecture pr\u00e9alable de la pi\u00e8ce. En effet selon l&rsquo;acc\u00e8s aux surtitres peut relever du funambulisme sans filet, les deux minuscules pupitres \u00e9tant dr\u00f4lement orient\u00e9s. De plus, ces derniers se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s d&rsquo;une fiabilit\u00e9 relative autant dans le fond que sur la forme laissant de longues minutes sans traduction.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une dualit\u00e9 discutable<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La forme de la mise en sc\u00e8ne est elle aussi discutable. L&rsquo;utilisation de la vid\u00e9o qui veut cr\u00e9er un effet myst\u00e9rieux ne fait que nous livrer une version comique entre famille Adams et fant\u00f4me de l&rsquo;Op\u00e9ra. Si la difficult\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne de cette pi\u00e8ce est de r\u00e9ussir \u00e0 marquer une distinction nette entre les \u00a0\u00bbActeurs de la troupe\u00a0\u00bb et les \u00a0\u00bbSix Personnages\u00a0\u00bb, l&rsquo;utilisation de la projection vid\u00e9o peut \u00eatre un outil mais aucunement une solution. Pirandello glissait d&rsquo;ailleurs dans ses indications que le meilleur moyen serait l&rsquo;utilisation de masques. Simple et sobre. Il mettait alors en garde contre le risque que les \u00a0\u00bbsix personnages\u00a0\u00bb apparaissent tels des fant\u00f4mes. Visionnaire l\u00e0 encore, mais visiblement pas assez entendu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des acteurs pertinents<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sence et la force des acteurs sauvent la pi\u00e8ce. Leurs diff\u00e9rences dans l&rsquo;osmose laissent un agr\u00e9able sentiment de ma\u00eetrise. M\u00eame les deux enfants pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne transmettent une force d\u00e9concertante. Jouer le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;est pas si simple mais les 17 acteurs de la soir\u00e9e s&rsquo;en sortent \u00e0 merveille.<br>\nC&rsquo;est d&rsquo;ailleurs avec une certain soulagement que la salle les voit saluer. Simplement parce-que l&rsquo;\u00e9motion de la fin de la pi\u00e8ce est pouss\u00e9e si loin par les acteurs qu&rsquo;elle en devient \u00e9touffante, emp\u00eachant chacun de respirer. Voir les acteurs reprendre leur propre corps est alors rassurant. La puissance des applaudissements montre d&rsquo;ailleurs ce besoin d&rsquo;exulter.<\/p>\n\n\n\n<p>Nils Tourne-Blomberg<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce \u00e9crite en 1921 par Luigi Pirandello est actuellement jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre Ath\u00e9n\u00e9e Louis Jouvet, dans une mise en sc\u00e8ne par Luca De Fusco et interpr\u00e9t\u00e9e par la troupe italienne du Teatro Stabile di Napoli. Le directeur d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre (plus directeur que homme de th\u00e9\u00e2tre) voit d\u00e9barquer six personnages en qu\u00eates de r\u00e9alisation durant une r\u00e9p\u00e9tition avec ses acteurs. Ces personnages, drap\u00e9s d&rsquo;une lumi\u00e8re bleue qui les rend fantomatiques (sont-ils des \u00eatres humains auxquels il est arriv\u00e9 un drame ou sont-ils des personnages sortis de la t\u00eate d&rsquo;un \u00e9crivain ? On ne le sait pas) r\u00e9clament au directeur de jouer sur sc\u00e8ne leur drame, leur vie, ce qu&rsquo;ils sont. Ils racontent leur histoire et, subjugu\u00e9, le directeur du th\u00e9\u00e2tre veut faire jouer ce drame par ses acteurs. Mais ces acteurs ne conviennent pas, ils ne reproduisent pas parfaitement la r\u00e9alit\u00e9 du drame\u2026<br><\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que la r\u00e9alit\u00e9 ? Qu&rsquo;est-ce que la fiction ? \u00c0 quel moment l&rsquo;imagination devient-elle r\u00e9alit\u00e9 ? O\u00f9 se place le th\u00e9\u00e2tre dans tout \u00e7a ? Ces questionnements sont au coeur de l&rsquo;intrigue. La mise en sc\u00e8ne, simple et efficace, nous balance d&rsquo;un monde \u00e0 l&rsquo;autre, celui de la r\u00e9alit\u00e9 et celui de la fiction par un jeu de lumi\u00e8re et de projections d&rsquo;images pour que finalement, les deux mondes se rejoignent et ne fassent plus qu&rsquo;un.<br>Seul b\u00e9mol \u00e0 la mise en sc\u00e8ne : \u00ab C&rsquo;est mieux en italien \u00bb\u2026 Certes cela ajoute un c\u00f4t\u00e9 authentique et magique \u00e0 la pi\u00e8ce, mais c&rsquo;est sans compter l&rsquo;aspect pratique : l&rsquo;italien, \u00e7a se parle vite. Deux petits \u00e9crans \u00e0 peine visible avec des sous-titres qui d\u00e9filent \u00e0 vitesse grand v, des probl\u00e8mes techniques et de synchronisation\u2026 Bref, les yeux du spectateur sont plus riv\u00e9s sur le petit \u00e9cran \u00e0 tenter de d\u00e9chiffrer les sous-titres qu&rsquo;\u00e0 regarder ce qui se passe sur sc\u00e8ne. Dans une pi\u00e8ce bavarde comme celle-ci o\u00f9 les dialogues font l&rsquo;essentiel, l&rsquo;italien nuit \u00e0 la compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9na Piveteau<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo: Marco Ghidelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >\u00ab&nbsp;Ogni fantasma, ogni creatura d&rsquo;arte, per essere, deve avere il suo dramma [\u2026] Il dramma \u00e8 la ragion d&rsquo;essere del personaggio; \u00e8 la sua funzione vitale: necessaria per esistere.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Chaque fantasme, chaque cr\u00e9ature de l&rsquo;art doit, pour exister, avoir son propre drame [\u2026] Le drame [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":12423,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,4],"tags":[],"class_list":["post-12420","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-athenee-theatre-louis-jouvet","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12420","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12420"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12420\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}