{"id":12428,"date":"2019-02-07T16:03:55","date_gmt":"2019-02-07T15:03:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12428"},"modified":"2019-02-07T16:03:55","modified_gmt":"2019-02-07T15:03:55","slug":"ervart-ou-les-derniers-jours-de-friedrich-nietzsche-herve-blutsch-laurent-frechuret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12428","title":{"rendered":"Ervart ou les derniers jours de Friedrich Nietzsche \/ Herv\u00e9 Blutsch &#8211; Laurent Fr\u00e9churet"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour pr\u00e9senter la pi\u00e8ce dans son\nentretien, Laurent Fr\u00e9churet, metteur en sc\u00e8ne en sc\u00e8ne <em>d\u2019Ervart ou les derniers jours de Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche<\/em> , parle d\u2019un\n\u00ab&nbsp;catalogue de fous&nbsp;\u00bb. Un terme bien trouv\u00e9, qui s\u2019applique\nparfaitement \u00e0 l\u2019ambiance du spectacle. La pi\u00e8ce, jou\u00e9e du 9 janvier au 10\nf\u00e9vrier au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, s\u2019est offerte pour t\u00eate d\u2019affiche Vincent\nDedienne, incarnant \u2013 avec brio, Ervart, amoureux maladif et un tantinet\nexcessif. Obnubil\u00e9 par une potentielle tromperie de sa femme, il se perd en\nmultiples hallucinations et saccages de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Le personnage d\u2019Ervart n\u2019est pas le seul\n\u00e0 \u00eatre pris de folie. Toute la pi\u00e8ce est contamin\u00e9e par celle-ci. Durant le\nspectacle, on croise Nietzsche, devenu danseur de claquettes, des Anglais qui\nne retrouvent plus leur pi\u00e8ce, une actrice en qu\u00eate de personnage. Les\npersonnages, comme le d\u00e9cor ou les costumes, sont un joyeux charivari. Couleurs\ncriardes, tenues tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, d\u00e9cor relativement sobre, mais rempli de portes,\nle th\u00e8me est donn\u00e9. Nous nous appr\u00eatons \u00e0 changer d\u2019univers. Et en effet, avec <em>Ervart ou les derniers jours de Fr\u00e9d\u00e9ric\nNietzsche, <\/em>nous effectuons un v\u00e9ritable voyage dans le <em>monde de l\u2019absurd<\/em>e. Si les premi\u00e8res minutes sont un peu d\u00e9routantes\npour le spectateur, on se laisse malgr\u00e9 tout tr\u00e8s vite emporter par l\u2019\u00e9nergie\ndes personnages, et surtout par l\u2019humour de la pi\u00e8ce, qui \u00e0 travers ses\npersonnages nous interroge sur les travers de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. A la fois\ncaricaturaux et d\u00e9bordants de v\u00e9rit\u00e9, ils sont tous, \u00e0 leur mani\u00e8re,\ncaptivants. Le personnage d\u2019Ervart en particulier est extr\u00eamement r\u00e9ussi. Ce\nm\u00e9galomane perdu dans ses r\u00eaveries et d\u00e9bordant d\u2019humour malgr\u00e9 sa folie,\nlaisse en m\u00eame temps percevoir une humanit\u00e9, une fragilit\u00e9 qui touche le\nspectateur. Une fois que nous nous sommes laiss\u00e9s happer par le r\u00e9cit, sans\nplus chercher \u00e0 se questionner sur le sens profond de cette pi\u00e8ce, on assiste\navec une certaine all\u00e9gresse aux rebondissements divers et vari\u00e9s, jusqu\u2019au\nd\u00e9nouement, aussi saugrenu que le reste de l\u2019\u0153uvre.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Au spectateur de se laisser porter par cette\njoyeuse absurdit\u00e9, afin de pouvoir savourer pleinement son contenu. Ervart n\u2019a\npeut-\u00eatre pas d\u2019ami, mais il a en tout cas un public qu\u2019il a conquis. <\/p>\n\n\n\n<p>Roxane G\u00e9lineau<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_______________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le 7 f\u00e9vrier \u00e0 21h se jouait une des derni\u00e8res\nrepr\u00e9sentations de la pi\u00e8ce <em>Ervart ou les derniers jours de Fr\u00e9d\u00e9ric\nNietzsche <\/em>en salle Renaud-Barrault au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, pi\u00e8ce \u00e9crite\npar Herv\u00e9 Blutsch et mise en sc\u00e8ne par Laurent F\u00e9ruchet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une mise en sc\u00e8ne des n\u00e9vroses d\u2019un mari jaloux&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quasi tous les travers psychologiques sont\npr\u00e9sents sur sc\u00e8ne par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Ervart lui-m\u00eame. Certain que sa femme\nle trompe, il devient jaloux, m\u00e9galomane, parano\u00efaque, en manque d\u2019amour et\ntend m\u00eame vers la folie en pensant que l\u2019ombre de l\u2019amant de sa femme est\ndevenu sienne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le cadre spatio-temporel est tr\u00e8s difficile \u00e0\nd\u00e9terminer. Par choix de mise en sc\u00e8ne, une projection sur le rideau en guise\nd\u2019ouverture explique au public que la pi\u00e8ce pourrait tr\u00e8s bien se passer \u00e0 la\nfin du XIXe si\u00e8cle, au moment o\u00f9 Nietzsche avait pr\u00e9vu de commettre plusieurs\nattentats tout comme au d\u00e9but du XXIe \u00e0 Paris apr\u00e8s les attentats du World\nTrade Center. Difficile donc de se situer avec si peu de pr\u00e9cisions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor participe \u00e9galement \u00e0 cet effet de\nflou. Des portes sont dispos\u00e9es sur sc\u00e8ne et les diff\u00e9rents personnages les\nouvrent, les franchissent et les ferment au gr\u00e9 de leurs allers et venues. Les\ncostumes port\u00e9s par les acteurs sont assez \u00e9clectiques allant de la robe de\nsoir\u00e9e, au costume de Blanche-Neige en passant par une tenue de majordome.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un flou pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019outrance qui en devient incompr\u00e9hensible&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce repose enti\u00e8rement sur les troubles\npsychiques d\u2019Ervart. Les hallucinations qui le hantent sont trop pr\u00e9sentes,\ntout en \u00e9tant trop peu expliqu\u00e9es ce qui perd le public dans un flou total. Si\ncet effet est voulu, il fonctionne \u00e0 merveille mais rend la compr\u00e9hension tr\u00e8s\ndifficile pour les spectateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9flexion sur le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame s\u2019engage\n\u00e0 travers les n\u00e9vroses d\u2019Ervart. La place du spectateur est remise en question\nainsi que toutes les r\u00e8gles du th\u00e9\u00e2tre. A travers cela, il semble d\u00e9licat pour\nle public de comprendre ce qui est \u00ab vrai \u00bb et ce qui ne l\u2019est pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une pi\u00e8ce \u00e0 propos d\u2019une poubelle est ins\u00e9r\u00e9e\ndans l\u2019intrigue principale. Trois acteurs anglais semblent s\u2019\u00eatre perdus dans\nune mise en sc\u00e8ne qui ne leur appartient pas. Ils interviennent \u00e0 plusieurs\nreprises dans l\u2019intrigue d\u2019Ervart sans que nous ne comprenions bien pourquoi.\nIls sont mis au service de la mise en sc\u00e8ne en participant m\u00eame en tant que\npersonnage (le cheval pr\u00e9sent au pique-nique organis\u00e9 par Ervart pour\nreconqu\u00e9rir sa femme). Cet \u00e9pisode rend donc la compr\u00e9hension de l\u2019intrigue\nencore plus dure et n\u2019apporte rien de concret, hormis de l\u2019incoh\u00e9rence, \u00e0 la\npi\u00e8ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une troupe au service de la folie d\u2019Ervart&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pauline Huruguen qui interpr\u00e8te la femme\nd\u2019Ervart semble d\u00e9pass\u00e9e par les agissements de son mari mais entretient le\nflou autour de sa possible infid\u00e9lit\u00e9. Le meilleur ami d\u2019Ervart jou\u00e9 par Tommy\nLuminet se met en sc\u00e8ne sous les traits de Philom\u00e8ne, la femme d\u2019Ervart, afin\nde permettre \u00e0 ce dernier de s\u2019entrainer \u00e0 pr\u00e9senter ses excuses. Tous les\npersonnages, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, stimulent Ervart et prolongent ainsi\nses n\u00e9vroses.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agent secret sous couverture interpr\u00e9t\u00e9 par\nSt\u00e9phane Bernard vient cl\u00f4turer ce tableau de parano\u00efa. En usurpant l\u2019identit\u00e9\ndu percepteur des enfants d\u2019Ervart, il apporte une derni\u00e8re touche \u00e0 la folie\nd\u2019Ervart. Ce personnage zoophile donne \u00e0 voir un spectacle navrant, sans lien\ndirect avec l\u2019intrigue. Encore une fois, le public reste face \u00e0 une sc\u00e8ne\ntroublante de bizarrerie sans avoir saisi ce qui vient de passer sous ses yeux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le talent de Vincent Dedienne est mis en valeur\ngr\u00e2ce \u00e0 divers seuls en sc\u00e8ne. Ils permettent de voir la qualit\u00e9 de son jeu\nd\u2019acteur et prouvent son professionnalisme sans faille. Les autres acteurs ont\n\u00e9galement un talent ind\u00e9niable, tous sans h\u00e9sitation. Marie-Christine Orry nous\ndonne \u00e0 voir une palette de personnages, tous plus farfelus les uns que les\nautres et participe ainsi du comique de la pi\u00e8ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, de tr\u00e8s bons com\u00e9diens dont le\ntalent est g\u00e2ch\u00e9 pour servir une pi\u00e8ce trop floue, sans trame claire, \u00e0\nl\u2019histoire quasi incompr\u00e9hensible, ne permet pas d\u2019\u00e9valuer au mieux leur brio.\nUne pi\u00e8ce d\u00e9routante au vu du nombre de spectateurs ayant quitt\u00e9 la salle avant\nla fin de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9a Th\u00e9ry<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Benjamin Chelly <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Pour pr\u00e9senter la pi\u00e8ce dans son entretien, Laurent Fr\u00e9churet, metteur en sc\u00e8ne en sc\u00e8ne d\u2019Ervart ou les derniers jours de Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche , parle d\u2019un \u00ab&nbsp;catalogue de fous&nbsp;\u00bb. 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